VI. — MAGNÉTISME ANIMAL. GASSNER, MESMER ET CAGLIOSTRO
Après avoir pratiqué quelque temps en Autriche, Gassner fut exilé dans un couvent, et Mesmer, auquel on avait interdit ses pratiques, vint à Paris. C'était en 1778. Il descendit à la place Vendôme et guérit quelques malades. Du bruit se fit autour de son nom. A Paris, c'en est assez, et l'hôtel des frères Bonnet, où il était descendu, ne désemplissait pas. La robe, l'armée, la finance, la noblesse fournissaient sa clientèle ; mais, chose importante à remarquer, les femmes étaient ses malades de prédilection.
Par son esprit, son élégance et sa beauté, Mesmer fascinait ses clientes. Il se mettait en rapport avec elles en les faisant asseoir en face de lui, le dos au nord, pied contre pied, genou contre genou. Portant alors doucement les deux pouces sur les plexus nerveux qui sont au creux de l'estomac, il mettait les doigts sur les hypochondres en les promenant pour effleurer les hypochondres sans bouger le pouce. C'étaient les passes préliminaires. Mesmer en augmentait peu à peu l'efficacité par la pénétration de son regard et par l'harmonie d'une musique suave. Alors, se produisait du froid, chez d'autres de la chaleur et de la douleur, et, d'après le siège du mal, les passes devaient aller sur la partie malade. Il fallait que le toucheur eût une main placée sur le côté opposé à celui où l'autre main agissait pourenlever, injecter le fluide vivifiant qu'il développait avec l'autre.
Si la maladie était générale, on l'attaquait par des passes plus larges qui couvraient le corps de la tête aux pieds, jusqu'à ce que le malade, saturé de fluide, se pâmât de douleur ou de plaisir.
Alors les attouchements n'étaient plus nécessaires, et à distance,
au moyen d'une baguette de fer ou de verre en pointe mousse, Mesmer injectait le fluide dont il se disait rempli. Bientôt la scène s'animait, des éclats de rire, des hoquets, des cris de douleur se faisaient entendre et l'on observait des pâmoisons et des crises convulsives que l'on charmait au piano ou à Y harmonica } instrument que Mesmer avait importé d'Allemagne. Les malades reprenaient peu à peu leurs sens, mais à peine guéries la plupart demandaient à être replongées dans leur état primitif de somnolence, de bienêtre et de langueur. Elles éprouvaient un attrait invincible pour le magnétiseur, et il leur était impossible, disaient-elles, de ne pas l'aimer.
De tout ce monde accouru à la place Vendôme, hommes et femmes, un quart seulement ressentait l'action de Mesmer, et les trois quarts y restaient insensibles. Mais qu'importe? celles que les passes magnétiques avaient charmées, et différentes cures heureuses chez des sujets nerveux, suffirent à faire la réputation du magnétiseur, en attendant que la persécution des corps savants et la vogue des gens du monde tissent le reste de sa fortune. C'est alors que Mesmer inventa son baquet.
Ne pouvant plus magnétiser chacun en particulier, il faisait des groupes de dix à quinze, auxquels il administrait collectivement son fluide. On se réunissait avec des amis; chacun voulait y aller et l'on disait : Serez-vous des nôtres ce soir, j'ai mon baquet?
C'était une véritable épidémie, et voici comment se passaient les choses : Dans une cuve à demi remplie d'eau, se trouvait au fond : du verre pilé, de la limaille de fer et un lit de bouteilles remplies d'eau à goulots convergents, tandis qu'au-dessus il y avait un nouveau lit de bouteilles à goulots divergents. Le tout était couvert d'une table percée de trous, par où sortaient des baguettes de fer ou de verre coudées que chacun devait prendre, regarder et appliquer au siège du mal. On entourait la table en tenant les tiges de verre, une corde enlaçait d'un pli chaque malade pour faire communiquer le fluide de l'un à l'autre, et bientôt arrivaient l'ennui, le malaise, les frissons, les sueurs, le sommeil, les crises de rire ou les pertes de connaissance. Cïlaient mille attitudes aussi diverses que grotesques et pénibles.
Mesmer, en habit lilas, avec jabot de malines, présidait à tout avec une assurance parfaite, aidant l'action de ses regards et de ses gestes, au son de l'harmonica et en touchant chacun de sa baguette ou de ses doigts. Si la crise convulsive avait lieu, Mesmer emportait la malade dans ses bras, le plus souvent c'était une femme, dans la salle des crises, soigneusement matelassée. Il les délaçait et les
laissait se débattre dans ce sanctuaire, où personne ne devait entrer que lui. ...
Je n'ai pas à en dire davantage, pour ne point compromettre la gravité de cette histoire. Mais ce qu'il faut remarquer c'est qu'il y a dans ces transformations du mysticisme, passant de la théurgie à la démonologie, de la démonologie à la magie et à la sorcellerie, delà sorcellerie au magnétisme animal, au somnambulisme et à l'homœopathie, quelque chose qui afflige profondément l'esprit humain et qui montre jusqu'à quel point peut aller sa crédulité.
Un peu plus tard, en 1785, le marquis de Puységur découvrit le somnambulisme artificiel, qui devait à son tour captiver l'opinion.
Mesmer abandonné, mais n'ayant pas encore quitté la France, n'avait produit que des crises ; mais voici de simples passes produisant le sommeil et remplaçant le fameux baquet. Dans ce sommeil, les facultés du magnétisé étant exaltées, le rendent docile à la volonté du magnétiseur. Le nombre des adeptes va bientôt en grossissant, et M. de Puységur, imitant Mesmer, qui avait magnétisé un arbre sur le boulevard du Temple, magnétise l'arbre de la place de Buzancy, auquel il communique ainsi les plus merveilleuses propriétés. L'engouement fut à son comble ; tout le monde veut toucher l'arbre, on l'entoure de cordes, dont on donne les bouts aux malades, qui font la chaîne , et reçoivent ainsi la bienheureuse influence du fluide renfermé sous son écorce. On obtint ainsi soixante-deux guérisons dans l'espace de deux mois. L'engouement devint universel, et l'on ne vit bientôt de tous' côtés que des arbres magnétisés opérant des guérisons miraculeuses.
C'est alors qu'apparut le célèbre Cagliostro, qui remplaça les passes par de simples attouchements, produisant des effets semblables. Mais outre cela, ce nouveau magicien possédait un élixir de longue vie, et s'était fait le chef d'une nouvelle secte de franc-maçonnerie égyptienne. En peu de temps il arriva à avoir de nombreux adeptes dans la haute classe de la société. Les femmes elles-mêmes voulurent être initiées aux mystères de la nouvelle franc- maçonnerie, et il faut lire le récit des scènes impudiques qui avaient lieu dans ces initiations pour apprendre ce que peut inspirer la folie humaine et où peut conduire le mysticisme médical.
Cagliostro opéra quelques cures parmi les grands personnages de l'époque, notamment celle du prince de Soubise, ce qui lui attira une très-grande célébrité et la plus fructueuse clientèle.
Il était jeune, beau et généreux, ce qui ne gâte jamais rien; il avait un regard fascinateur, et son influence sur les femmes était prodigieuse. Les carrosses envahissaient la rue Saint-Claude où il habitait, et sa personne excitait un tel enthousiasme, que son buste fut taillé en marbre, et au-dessous on lisait cet hommage poétique :
De l'ami des humains reconnaissez les traits.
Tous ses jours sont marqués par de nouveaux bienfaits.
Il prolonge la vie, il secourt l'indigence ;
Le plaisir d'être utile est seul sa récompense.
Ce qu'il y a de curieux dans toutes ces manifestations du mysticisme médical, c'est de voir la plus ridicule crédulité régner toujours, non pas dans la classe pauvre, ignorante, et par cela même facile à tromper; mais parmi les nobles, les riches et les lettrés, qui sont à la tête d'un pays et qui aspirent à la réputation d'esprits distingués .
§ VII. — HOMŒOPATHIE.
VIII. Homœopathie. — Au moment où les merveilles du magnétisme animal préoccupaient encore les esprits, lorsqu'on commençait à peine à se désabuser des supercheries deMesmer et de Cagliostro, à l'aurore du somnambulisme, parut, en 1790, une nouvelle transformation du mysticisme médical. Dans cette nouvelle superstition, l'auteur crut devoir accorder à des propriétés occultes et fantastiques de la matière magnétisée des vertus thérapeutiques d'autant plus fortes qu'on emploie moins de substance, et que l'intention de l'expérimentateur est plus formelle. Ce mysticisme est celui d'Hahnemann, c'est Yhomœopathie.
Il y a, dans cette folie allemande, deux choses à considérer : la doctrine et la thérapeutique. —Par sa doctrine Similia similibus curantur, empruntée à Paracelse, qui l'avait prise à l'antique médecine de Galien, l'homœopathie a une prétention philosophique élevée, et elle serait discutable dans l'erreur de sa formule ; mais, par le surnaturel de sa thérapeutique , elle sort des domaines de la science, et rentre dans ceux de la superstition médicale. Il n'y aurait même pas à en parler si elle n'avait conquis le suffrage de gens que leur intelligence devrait mettre plus à l'abri d'une pareille mystification. En effet, ce n'est pas dans les classes pauvres ou ignorantes de la société qu'elle trouve des adeptes : ses clients et ses patrons sont justement des personnes riches, éclairées, des ministres, des officiers supérieurs, des lettrés, des femmes nerveuses du plus haut monde, des gens qui, souvent, se vantent de
leur incrédulité, des esprits forts, libres penseurs, ne croyant, ni aux miracles, ni au surnaturel, traitant assez mal les choses de la religion, et les considérant comme les restes d'une superstition destinée ;ï s'éteindre. Ces personnes d'élite ne croient pas au surnaturel, mais elles croient, avec l'homœopathie, qu'un novemdécillionième de silice ou de charbon végétal, trituré d'une certaine façon, a des propriétés thérapeutiques plus puissantes qu'un caillou ou qu'un gros morceau de braise.
De toutes les inconséquences de l'esprit humain, c'est là, à mon sens au moins, une des plus fortes qu'il ait jamais été donné à l'histoire de faire connaître.
PourHahnemann, il n'y a pas de maladies, il n'y a que des malades et des symptômes; il est inutile de faire un diagnostic, et il faut noter avec le plus grand soin tous les phénomènes que présente le patient, pour appliquer les remèdes propres à combattre chacun de ces accidents. Peu importe la pneumonie, la pleurésie ou la fièvre typhoïde, ce diagnostic local ne sert à rien ; ce qu'il faut rechercher, c'est ce qu'éprouve celui qui souffre, constater un mal de tête, le siège de la douleur, son caractère, l'heure de son retour; constater la soif, reconnaître la couleur des crachats ; en un mot, faire ce qu'on appelle la médecine des symptômes.
Un malade vomit, par exemple, il faut combattre le vomissement. Mais ce phénomène se présente dans des affections souvent bien différentes ; n'importe , on combat le vomissement sans souci de sa cause.
C'est ainsi qu'un homme éminent, occupant, il y a quelques années, un poste élevé dans le gouvernement de son pays, a payé de la vie sa foi dans l'homœpathie. Cet illustre personnage, atteint de hernie étranglée, se mit tout à coup à vomir de la bile, puis des matières jaunes liquides stercorales; il fit appeler un médecin homceopathe, qui administra des globules contre le vomisseent. Mais ces infiniment petits ne produisaient pas de soulagement, et, dans un état désespéré, le malade fit appeler un chirurgien. A peine celui-ci eut-il examiné les matières rendues, qu'il devina la nature du mal, et, portant son examen sur l'abdomen, il découvrit une hernie étranglée. Malheureusement l'étranglement avait duré si longtemps, que le mal en était arrivé à un point où toute opération était inutile. La mort fut la conséquence de cette erreur.
De plus, pour l'homœopalhie il y a deux choses dans les remèdes : Y 'effet primitif et Y effet secondaire, celui-ci étant l'opposé du premier; il s'ensuit que si l'on veut combattre un symptôme , il faut employer des agents dont l'effet primitif soit semblable au symptôme
existant, pour produire l'effet secondaire, qui est la guérison. Ainsi la quinine ne guérit la fièvre que parce quelle provoque, ditHahnemann un mouvement fébrile primitif, suivi d'un effet inverse d'apyrexie. — Un bain chaud est suivi de froid ; le froid est suivi de chaleur, et les substances qui apaisent commencent par exciter : exemple, l'opium et l'alcool. C'est en vertu de ce principe que, ne voulant pas combattre un symptôme donné par des agents qui, physiologiquement, produisent un effet contraire, dans la crainte que la réaction de cet effet ne soit suivie de la réapparition du symptôme primitif, c'est-à-dire de l'augmentation du mal, il ordonne de choisir un remède produisant primitivement l'effet semblable au symptôme existant. C'est, pour lui, le meilleur moyen d'en déterminer la guérison. Similia similibus curantur.
Mais voici où commence l'incroyable folie du système. On ne doit agir qu'avec des doses très-faibles de médicament, car l'action de la substance employée est en raison inverse de sa quantité. Là est le principe thérapeutique fondamental de la doctrine. En effet, dans cette posologie infinitésimale, le point de départ est un grain dans une quantité centuple de sucre de lait, de sorte que chaque grain de poudre renferme un centième de grain de la substance (0,01). C'est ce qu'on appelle une première atténuation. A une deuxième atténuation, ce centième de grain mêlé à cent grains d'excipient donne, pour chaque grain, un dix-millième (0,0001). De même pour la troisième atténuation, et alors un grain de la substance représente la millionième partie de ce qui a été divisé
Hahnemann est allé ainsi jusqu'à la trentième atténuation; c'est-à-dire à la proportion d'un novemdécillionième, soit une fraction avant pour numérateur l'unité et pour dénominateur 59 zéros (0,00000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000001). Un homœopathe de Saint-Pétersbourg, le docteur Korsakoff, est allé encore plus loin, et il a poussé la réduction des doses jusqu'à la cent cinquantième atténuation, c'est-à-dire à une fraclion ayant, pour dénominateur, 3000 zéros. Lorsqu'il s'agit de substances liquides, la préparation est la même, mais porte un nom différent, celui de dilution, et les doses médicamenteuses sont ainsi réduites jusqu'à la trentième dilution.
Pourquoi ces atténuations et ces dilutions? C'est pour dynamiser le médicament, et les triturations ou les dilutions successives, faites d'une certaine manière, n'ont d'autre but que d'accroître la force du remède, qui est d'autant plus actif, qu'il est plus dilué ou plus atténué.
Ainsi la dilution trentième de la bryone est infiniment plus active
oO HISTOIRE DE LA MÉDECINE
que la première, et, bien qu'elle n'en renferme que la novemdécillionième partie, ses effets sont d'une énergie excessive, en rapport inverse avec la proportion décroissante de la substance.
C'est, comme on le voit, la magnétisation du médicament, semblable au magnétisme des arbres par le marquis de Puységur, des tables par les spirits, ou des carafes d'eau par les somnambules, que l'on considère comme pouvant donner à la substance employée les plus merveilleuses propriétés curatives. Quelle folie ! Est-il possible de pousser plus loin la crédulité, la superstition , ou, ce qui est plus pénible à dire, la supercherie ; car il est impossible qu'un homme encore doué de sens commun ait pu croire à de pareilles dérogations aux lois de la nature.
Mais, dira-t-on, cela guérit! Oui, cela est quelquefois vrai. En effet, on peut ainsi guérir ceux qui, ayant une maladie aiguë, que dissipe tout naturellement la nature, aidée de la diète et du repos, n'ont besoin de prendre aucun remède. Cela guérit encore ceux qui croient à l'action miraculeuse des remèdes préparés par les soins d'une mystérieuse doctrine, car ici l'imagination excitée imprime à l'organisme un mouvement intime , de nature à dissiper certaines douleurs ou à guérir quelques névroses.
C'est ici un effet analogue à celui que produisent les incubations dans les temples, les charmes, les amulettes, certaines eaux minérales et la conviction d'une guérison prochaine. C'est l'analogue d'une purgation produite par une boulette de mie de pain, ou un chiffon de papier réputé devoir produire une action purgative.
Tout repose ici sur la crédulité de celui qu'on soigne, et l'incrédule ne tire aucun avantage de cette médication. Comment de rien pourrait-on produire quelque chose? Et, en effet, les maladies chroniques qu'une dose infinitésimale ne guérit pas cèdent bien à une dose convenable du médicament approprié.
L'homœopathie ne peut guérir que les maux qui se guérissent par les seuls efforts de la nature, ou les affections nerveuses que calme et dissipe l'influence de l'imagination et de la volonté.
Je n'insisterai pas davantage sur cette aberration, qui fait la honte de notre époque médicale, et dont la vogue n'est pas près de cesser. Elle marche de compagnie avec le somnambulisme artificiel, qui lui dispute le suffrage des gens du monde, et par lequel on opère, disent les crédules, de si grandes merveilles thérapeutiques, avec les médiums et les spirits, qui prédisent l'avenir, et avec les tables tournantes, dont les oracles servent encore de guide médical à une foule de personnes.
Somnambulisme artificiel. — Spiritisme, médiums.
Depuis la découverte du somnambulisme artificiel, en 1785, par M. de Puységur, c'est-à-dire du sommeil nerveux avec exaltation des sens, produit par les passes du magnétisme animal, les thaumaturges, les médicastres, les magnétiseurs et les charlatans se sont emparés du phénomène pour créer une pratique médicale assez lucrative.
La prétention du somnambulisme artificiel est, comme on le sait, de créer une sorte de seconde vue, de divination de l'avenir, de vue à distances éloignées, de transposition des sens, et, au moyen de ces dispositions surnaturelles, de prédire les événements, de voir dans la pensée d'autrui, de le suivre dans ses actions, dans les contrées les plus lointaines, de distinguer ,1a conformation normale ou pathologique des organes d'un malade, de dire sans aucune étude la cause des maladies et leur remède, enfin de voir par le dos ou par les talons, sans le secours des yeux ; d'entendre avec les oreilles bien closes, de sentir des odeurs ou des saveurs qui n'existent pas, qui ne frappent point le goût ni l'odorat, et cela uniquement par l'influence de la volonté des magnétiseurs, etc. Dans cette médecine, les amis d'un malade portent à la somnambule une mèche de cheveux, une chemise, un gilet de flanelle ou quelque chose de la personne qui consulte, et dans son sommeil la devineresse dit le mal et indique le remède.
C'est le plus souvent un remède insignifiant, car la police ne permettrait pas autre chose, les médicaments actifs ne pouvant être délivrés que par ordonnance de médecin.
Dans quelques cas les somnambules vont à domicile, mais les choses se passent là comme chez elles, et , après avoir touché le malade des mains, elles font une insignifiante prescription, généralement composée d'infusions végétales et d'applications extérieures sédatives.
De nos jours l'action mystérieuse occulte et fantastique de la matière sur l'homme se révèle par d'autres pratiques inspirées du même sentiment et des mêmes superstitions.
Il y a des êtres qu il n'est plus nécessaire de magnétiser pour endormir et qui ont une telle exaltation cérébrale, qu'à leur volonté, pour ainsi dire, ils peuvent se mettre dans l'état de sommeil nerveux et du somnambulisme. Ici le magnétiseur n'est pas nécessaire; ce sont les médiums. Ces êtres faibles, impressionnables et excitables au dernier degré, s'endorment quand il leur plaît, et, pendant ce sommeil, causent d'une façon singulière, pour amuser les oisifs de
nos salons et les esprits crédules de la haute société. Ils prédisent l'avenir, indiquent la retraite des voleurs et des objets volés, distinguent les maladies et en l'ont connaître les remèdes. Ce sont des magnétisés, moins les magnétiseurs, et il faut toute la crédulité du monde pour que leurs sottises obtiennent des auditeurs. Du reste, ils savent trouver le moyen de maintenir celte crédulité dans l'esprit de leurs spectateurs. Lorsqu'un médium fait son entrée dans un salon, il commence par examiner toutes les physionomies, et s'il en trouve de peu sympathiques, il a soin de les faire éloigner ; alors, ne conservant que des croyants, il se place dans une demi-obscurité, et peut en toute assurance se livrer à ses jongleries qui sont acceptées sans contestations.
Ailleurs ce sont les tables tournantes animées par des esprits invisibles, disant l'âge de celui qui les interroge, lui indiquant l'avenir, l'époque de sa mort, la nature de ses maladies et jusqu'aux remèdes à employer. Ces esprits frappeurs, que les spirits (c'est le nom que prennent aujourd'hui ceux qui croient aux manifestations des esprits) consultent et dont ils expliquent les oracles, tant sous le double rapport de la santé et de la maladie, que sous celui des intérêts ordinaires de l'existence.
Jamais peut-être l'esprit de crédulité n'est allé aussi loin depuis l'avènement du christianisme et la renaissance des lettres. On se croirait aux beaux jours d'un enfant séduit par les contes de fées, ou aux absurdes féeries du théâtre contemporain ; mais en réalité ce sont les idées de la civilisation naissante, de la barbarie et de l'ignorance qu'on essaye d'introduire de nouveau parmi nous.