‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 2 sur 119 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce livre est destiné à consacrer le souvenir de mon enseignement d'Histoire de la médecine et des doctrines médicales à l'École pratique. Il résume tout mon cours, et j'espère que ceux dont les idées sympathisent avec les miennes, qui n'ont pas entendu ces leçons, ou qui les ont écoutées sans fatigue, les liront avec plaisir.

Je dois le dire immédiatement, je n'ai aucune prétention de faire l'histoire de la médecine d'après les procédés ordinaires de philologie, de linguistique et de chronologie généralement employés par les historiens qui font autorité dans la science. Loin de là, car si j'apprécie, comme ils le méritent, les travaux de ceux que l'étude familière des langues anciennes place au premier rang des hellénistes et des latinistes ; si j'admire le travail ingrat de nos chronologies médicales, ou enfin si j'honore jusqu'aux commentaires hasardés des érudits qui se contredisent sans cesse dans leurs interprétations, j'essayerai de faire autrement, et je suivrai une voie différente. Ma méthode sera celle de Bordeu, de Dezeimeris et de Broussais. En fait d'histoire , celle des événements et des dates de l'enfance des sociétés est tellement problématique que je ne crois guère à sa précision. Comment pourrions-nous prétendre sérieusement refaire l'histoire du passé , nous qui pouvons à peine écrire avec exactitude celle des temps où nous vivons et qui

Vr PRÉFACE

ne pouvons souvent savoir les détails d'un fait important qui s'accomplit à quelques pas de nous, si nous sommes absents du lieu où il s'est produit. En histoire , il n'y a de véritablement utile que celle des idées par lesquelles se conduisent les hommes. Celle-là, au moins, se laisse lire, car elle fait comprendre l'esprit et l'enchaînement des choses. En médecine surtout, l'histoire des variations de la pensée, c'est-à-dire des systèmes suivis d'âge en âge, me semble préférable, pour le médecin qui veut connaître la philosophie de la science , à l'énumération de dates incertaines et à l'histoire de la succession des hommes et de leurs œuvres. Énumérer les doctrines fondamentales, indiquer leurs principes, les transformations qu'elles ont subies dans le cours des siècles; mentionner les découvertes utiles qui s'y rattachent, raconter la vie et les travaux des principaux doctrinaires, voilà le but de mon enseignement et de ce livre. Dans mon opinion, c'est là l'histoire philosophique de la médecine.

Il ne faut pas se le dissimuler, ce procédé historique est plus difficile à employer que l'autre. Il renferme de dangereux écueils d'appréciation, et il exige des connaissances spéciales d'anatomie, de physiologie et de médecine pratique, que ne possèdent généralement pas les chronologistes, les philologues et les érudits. Il ne peut être employé ou compris que par les médecins, et il n'y a qu'un esprit bien nourri des connaissances médicales qui puisse apprécier convenablement les hommes et leurs doctrines, découvrir la pensée d'une époque ensevelie sous le nombre croissant des faits et comparer le présent à ce qui n'est plus. Je ne sais si j'ai préjugé de mes forces en commençant un travail de ce genre, mais j'ai pensé que mes travaux et mes études cliniques me donnaient l'autorité nécessaire pour ces recherches, et je les ai entreprises autant pour me rendre compte des anciennes traditions médicales que pour découvrir celles d'où relève ma doctrine de la Vie, et de la Nature de V homme.

PRÉFACE Vil

Aux médecins donc, plutôt qu'aux philologues, s'adresse cette étude des doctrines médicales. S'il en est encore parmi nous qui préfèrent l'histoire chronologique des événements de la science, je les prie de ne pas aller plus loin, ce livre ne pourra leur plaire. Ils trouveront dans les traités d'histoire de la médecine de Leclerc , de Freind , d'Éloy, de Sprengel , de Renouard, etc., tout ce qu'ils aiment et désirent connaître. Mon travail est un complément de mon Traité de pathologie générale, et je réclame pour lui la bienveillance qui m'a été accordée par mes auditeurs de l'Ecole pratique. Il ne contiendra que l'histoire des doctrines médicales et des principaux chefs d'école, avec des extraits choisis de leurs œuvres, de façon à ce que le médecin puisse juger par lui-même du mérite des doctrines dont je transmets les principes.

On y trouvera : 1° l'exposé du Mysticisme et de la Théurgie médicale, avec l'histoire de la démonomanie, de la sorcellerie, du magnétisme, de l'homœopathie, de l'hypnotisme, des tables tournantes, etc., dont une partie a été publiée dans la Revue des cours scientifiques. Viendra ensuite, 2° l'exposé du Naturisme, de ses principes, de ses transformations dans le Pneumatisme, dans YArchéisme; dans Y Animisme et un extrait des œuvres des principaux Naturistes. C'est là que je placerai l'analyse critique des ouvrages d'Hippocrate, d'Athénée, de Galien; de Rhazès, d'Avicenne et des principaux médecins arabes, de Jean le Milanais et de l'École de Salerne; de Paracelse, de Van Helmont, de Stahl, de Bordeu, enfin de Barthez, à propos duquel j'ai cru pouvoir exposer mes idées sur la vie et sur le Vitalisme séminal. D. Leclerc, Éloy, Sprengel, Andral, Littré, Bordes-Pagès, Malgaigne, Renouard, etc., ont été mes auxiliaires, et si je n'ai pas suivi leur méthode historique, je dois leur rendre ici cet hommage que leurs recherches ont beaucoup favorisé les miennes. La fin du premier volume est consacrée à l'étude de YEmpirisme ancien et moderne; aux principaux Empiriques tels que Philirms, de Cos ; Heraclite ;

Page 1