‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 25 sur 119 · HISTOIRE DE LA MKUKUM · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA MKUKUM

la matière n'expliquent pas tout , l'harmonie de l'univers <i

l'ordre qui s'y révèle (xoqioç, veut dire ordre), semblent Paire croire (jue tout s'y passe comme si tout était dirigé par une intelligence, dont la nôtre n'est qu'une faible image.

Ailleurs, le monde est mû par une intelligence d'où vient, soit le mouvement et la séparation des parties discordantes, soit l'union des parties analogues, de façon à bien établir que toutes les parties dé l'univers obéissent à une influence générale et commune. Enfin, au point de vue médical, la composition du corps lui paraît semblable à celle de l'univers, et commence la comparaison si souvent faite entre ce que l'on a appelé le grand monde et \epetilmonde, c'est-à-dire le macrocosme et le microcosme. Il se livre aux mêmes discussions que les philosophes de son temps, sur le rôle des quatre éléments dont l'assemblage constitue le corps humain. Ce sont ces éléments qui forment les liquides ou les solides, et leur distribution est ordonnée dans l'organisme par la même force qui régit l'univers. S ils sont rassemblés d'une autre façon, l'ordre cesse et la maladie commence.

Seulement, quand Hippocrate fait intervenir cette force suprême à propos de l'état morbide, ce n'est pas pour dire que cette force s'altère en aucune façon. Jamais il n'a tenu ce langage.

D'après lui, les causes de maladies agissent sur les éléments et non sur cette force qu'il appelle nature et qui n'intervient que pour conduire, diriger ou coordonner les actes de l'économie, afin d'y établir la solidarité d'action qu'on y rencontre. De même que dans l'univers les phénomènes naturels sont soumis à des lois constantes et invariables, de même, au sein du corps vivant, les phénomènes physiologiques sont régis par des lois qui leur donnent la régularité nécessaire à la conservation de l'être Dès que l'ordre physiologique est troublé ou rompu, la maladie commence sans porter atteinte à celte force, sans pouvoir l'anéantir; car dans son développement, dans sa durée, elle favorise les terminaisons à certains jours heureux ou néfastes, pairs ou impairs, qui rappellent les idées philosophiques et spéculatives de Pythagore sur les nombres. Elle continue là son action conservatrice et agit comme dans l'état de santé; tendant sans cesse à ramener l'harmonie troublée par une série d'actes nouveaux, qui, comme les actes physiologiques, ont leur ordre de développement, de succession et de durée. Enfin la thérapeutique n'a d'autre but que de prévoir, de favoriser, ou de modérer les phénomènes au moyeu desquels cette force conservatrice manifeste sa puissance, pour ramener le désordre des fondions à l'ordre qui leur est naturel.

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Une fois mis en présence de la maladie, l'observateur semble entraîné par les mêmes idées philosophiques et elles dominent l'observation de toute leur influence. Il considère dans l'homme, comme dans l'univers, le mouvement d'impulsion qui en dirige l'économie, To svop(xov; ôuvajjuç; cpuatç; et il admet qu'une chaleur innée naissant avec l'individu et se développant avec lui, se sert des mêmes éléments dont se compose la nature , pour former dans le corps humain les différents solides et les différentes humeurs, le sang, la pituite ou phlegme ; la bile et l'atrabile ou l'eau.

Principalement attentif au rôle important que jouent ces dernières dans l'institution comme dans l'entretien des phénomènes de la vie, d'après leurs proportions, il leur accorde une influence exagérée que ne pouvait ratifier l'avenir. Complètement trompé sur leur origine, tout en croyant la connaître avec certitude, il imagine que le sang fabriqué par le cœur, la pituite par le cerveau, la bile par le foie et l'atrabile ou l'eau par la rate, se répandent dans tout le corps en proportions différentes, pour faire le mélange convenable à la santé. De plus, en vertu d'un principe de physiologie et de pathologie fort contestable, sinon erroné, il pense que toutes parties communiquant ensemble, comme les aréoles du tissu cellulaire, qu'elles sont traversées par ces humeurs, libres de se porter sur différents points sous l'action des diverses influences morbifîcrues, et que cet afflux anormal est l'origine de la plupart des maladies. A cette grande idée se rattache la théorie des fluxions et l'emploi des révulsifs. Si le fait est vrai pour la diffusion séreuse de l'anasarque et des humeurs dans les différentes diathèses scrofuleuse, syphilitique, bilieuse aiguë ou ictère, goutteuse, etc., il n'en est pas toujours ainsi, et la diffusion humorale est soumise à d'autres lois hydrauliques que celles de la porosité des tissus.

Il lui semble impossible de faire une bonne médecine sans étudier préalablement la nature de l'homme, et en effet qui ne connaît pas l'homme sain ne connaîtra jamais l'homme malade. C'est ce qu'Hippocrate a dit en d'autres termes dans le Traité des lieux, § 2 : « La connaissance de la nature du corps est le point de départ de tout raisonnement en médecine », et dans le Régime : « Celui qui fait un bon traité du régime de l'homme doit connaître dans la nature humaine. Ce qu'il doit pénétrer, c'est la constitution intime et primitive du corps, c'est-à-dire les éléments, et après, il cherchera à connaître les parties dont cette nature est secondairement composée, c'est-à-dire les solides et les liquides. » — Bien que le livre de l'ancienne médecine renferme quelques propositions qui

semblent contraires aux précédentes, M. Andral l'ait remarquer que la contradiction est plus apparente que réelle.

En elTel, lorsque Hippocrate avance que le médecin n'a pas besoin de faire une étude spéciale de la nature de l'homme et que les faits médicaux peuvent lui suffire dans celte recherche, on voit, en lisant tout le paragraphe, qu'il attaque seulement ceux qui procèdent dans cette étude d'une manière hypothétique, substituant aux réalités naturelles les conceptions arbitraires de leur esprit.

Cette nature est le résultat du mélange des éléments combinés de façon à produire les solides et les liquides de l'organisme. Tout est à étudier dans l'homme, et les auteurs du Régime ont raison, à notre point de vue contemporain, de vouloir étudier d'abord les éléments, puis ce qui en dérive à l'état solide ou à l'état liquide. On sait tout le parti qu'Hippocrate a tiré de cette étude. Pour lui, les propriétés et qualités, ou forces (Suvafxiç), résultent de leur composition (voir de Y Ancienne médecine), et les modifications de ces propriétés ou qualités sont subordonnées aux altérations des parties constituantes du corps. C'est la localisation des maladies. En outre, la chaleur innée qui va en diminuant avec l'âge et qui persiste autant que la vie, joue un rôle dans les phénomènes de la santé aussi bien que dans l'état de maladie, et Hippocrate dit qu'il y a des circonstances où les humeurs acquièrent une chaleur plus grande, qui se communique aux solides du corps et que cette augmentation de chaleur fait la fièvre.

Pour lui, le corps est constitué par un mélange de parties solide» et de parties liquides; recevant de l'air apporté du dehors ; animé d'une chaleur interne; doué de qualités et de propriétés en rapport avec la nature de ses parties constituantes et pouvant changer avec ses parties ; dirigé dans l'ensemble de ses actes normaux êet anormaux, par la force régulatrice de l'univers sans laquelle on ne comprend rien à l'harmonie de la nature. C'est là l'origine de ce principe de composition des corps vivants : ce qui contient, ce qui est contenu et ce qui donne le mouvement (zk tayovTa, xà ivcayopeva, xal xà xivoïïvxa). (Épidémies, liv. 6, sect. 8.)

Ce corps vivant, ainsi doué, avec sa force, présente des propriétés particulières qui le caractérisent, entre autres celles d'être impressionné, troublé en totalité, dès qu'une partie se trouve atteintt!, bien différente sous ce rapport du corps brut qui, altéré sur un point, ne sent rien sur les autres. C'est ce qui a pu faire dire métaphoriquement à Hippocrate :

« Le corps vivant est un cercle dont on ne peut trouver le commencement Tout est commencement et fin Tout concourt,

DES NATURISTES — ÏIIPPOCRATE 125

tout conspire Le corps vivant est un tout harmonique dont les

parties se tiennent, restent en état de dépendance mutuelle, et dont tous les actes sont solidaires les uns des autres. »

Voilà l'idée qui domine toute la médecine de ces temps et qui règne dans la collection des œuvres hippocratiques.

C'est encore à beaucoup de titres la loi fondamentale de ceux qui observent sagement et obéissent aux grands principes de l'observation raisonnée.

Toutes les parties du corps, quel que soit le point malade, exercent une action sympathique sur les autres, le ventre sur la tête, la tête sur le ventre, sur les chairs et cela dépend de ce que les diverses parties quoique n'étant pas disposées de même, sont au fond identiques, formées des mêmes éléments combinés de différentes façons. La plus petite lésion d'une partie est ressentie par tout le corps, parce que la plus petite a tout ce que possède la plus grande ; de là un principe de traitement auquel chacun peut encore souscrire, à savoir qu'il faut souvent traiter tout le corps, mais qu'il faut surtout rechercher la partie primitivment atteinte pour y porter remède, dans le but de faire plus sûrement disparaître la souffrance générale.

4" De l'étiologie d'Hippocrale.

Les causes des maladies étaient déjà classées au temps d'Hippocrale sous le nom de causes intérieures, dépendantes de l'âgé, du sexe, du tempérament, des habitudes, de l'exercice, de l'hérédité, et de causes extérieures dues à l'influence de l'air, des aliments, des eaux, des lieux, du sommeil et des veilles, des choses qui sortent de notre corps, et de celles qui y sont retenues, des passions, des poisuiis, des venins, etc. Nous n'avons fait que perfectionner cette étude des causes morbides, en précisant le mode d'action de ces causes, mieux qu'on ne pouvait le faire alors.

Age. — Le livre des Aphorismes et le livre Ier des Épidémies, § 22, renferment beaucoup de principes importants sur les rapports de l'âge avec la nature, la forme, la gravité, la marche, la durée et le mode de terminaison des maladies.

« Dans les maladies, il y a moins de danger pour ceux dont la maladie est conforme à leur âge. » (Sect. IV, aphor. 34.)

Cela est très-vrai pour quelques maladies aiguës, et surtout pour les fièvres éruptives.

« Les vieillards sont moins sujets aux maladies que les jeunes

gens, mais les maladies chroniques qui viennent chez eux ne Unissent souvent qu'avec eux. »

Cela est très vrai pour la bronchite chronique, les tumeurs du foie, les maladies de la vessie, etc.

« Les catarrhes des vieillards ne guérissent jamais. »

Cela est vrai.

Complexions. — Les constitutions sanguine, bilieuse et phlegmatique, ce que nous appelons aujourd'hui le tempérament, ont été indiquées par Hippocrate dans leurs rapports avec l'apparition de certaines maladies (Épidémies, liv. Ier et III). Dans ce dernier livre, § 54, se trouve un passage qui indique la complexion prédisposante à la phthisie pulmonaire.

« La phthisie sévit de préférence sur des hommes dont le corps est glabre, la peau blanchâtre, le teint blafard, la chair molle, et qui présentent une saillie considérable des omoplates.

« Dans une année, les complexions sanguines et mélancoliques turent frappées par les frénésies, les manies et les entérites intenses. »

Habitudes. — Les habitudes sont aussi indiquées comme des causes fréquentes de maladie.

« Les choses auxquelles on est accoutumé depuis longtemps, lors même qu elles sont moins bonnes que d'autres, nuisent moins que celles auxquelles on n'est pas habitué. » (Aph.)

« C'est un grave inconvénient que de passer brusquement d'une vie laborieuse à une vie inoccupée et réciproquement. » (De la nature de V homme.)

Exercice. — V exercice peut devenir cause de maladie, soit par défaut, soit par excès, ce qui arrivait fréquemment dans ce temps, où la gymnastique était en honneur. A ce sujet, Hippocrate {Régime, liv. II) s'occupe des maladies des athlètes; ces hommes auxquels l'exercice avait créé un tempérament spécial, tempérament athlétique, avaient des maladies à eux; mais tout cela a disparu avec le changement d'habiiude.

Hérédité. — Lliérédite, cette cause si importante de nos maladies, a été signalée en termes explicites à l'époque primitive de la science. Hippocrate en parle dans son traité Des airs, des eaux et des lieux, à propos d'un vice de conformation singulier, la macrocéphalie, qu'il avait observé chez un petil peuple voisin. On défor-

mait la tête des enfants après la naissance, et il arriva qu'après bien des générations, les enfants venaient au monde la tête mal conformée. C'est alors qu'il dit :

« Si ceux qui naissent de parents chauves, louches ou avec des yeux bleus ont des yeux bleus, sont louches ou chauves, rien n'empêche qu'un homme ayant une longue tête n'engendre un enfant à longue tête. »

Il ajouta plus loin :

« Le bilieux naît du bilieux, le phlegmatique du phlegmatique. »

Il admettait l'hérédité de l'épilepsie, de la phthisie et de l'affection calculeuse.

De l'air, des eaux, des lieux. — Les causes extérieures de la santé et de la maladie sont, en général, les influences incessantes des agents physiques qui nous entourent, et dont l'ensemble constitue l'univers. On aura une idée de leur action quand on apprendra que par eux se forment, non-seulement l'état physique de l'homme, mais encore son état intellectuel et moral, ses sentiments, ses passions, et jusqu'à ses institutions civiles, politiques et religieuses. C'est Hippocrate qui, le premier, dans le traité Des airs, des eaux et des lieux, a frayé la voie que plus tard Montesquieu devait parcourir avec tant d'éclat.

A l'origine de la science, on s'est beaucoup occupé de l'influence des agents physiques sur la vie, et Hippocrate est un de ceux qui l'ont fait avec le plus de succès. Cela était d'autant plus nécessaire, que l'on attribuait généralement les épidémies et la plupart des maladies à une intervention de la divinité, à la colère des dieux ou à l'influence des démons. En prononçant les mots to OeTov, à l'occasion du développement de certaines maladies, et surtout de la maladie sacrée ou épilepsie, Hippocrate employait une locution de son époque, sans y ajouter la créance qu'elle avait dans l'esprit du vulgaire, et il proteste contre cette croyance. C'est lui qui a déclaré ne. voir rien de plus divin dans cette maladie que dans les autres, et il termine sa critique en donnant le conseil d'en chercher les causes naturelles, sûr qu'on trouvera quelque chose à cet égard. Combien de temps a-t-on cru à l'intervention des dieux dans la production des fièvres paludéennes ? Il a fallu le génie d'Empédocle pour en découvrir la véritable cause. On sait que les populations d'Agrigente, en Sicile, désolées par les fièvres, faisaient de nombreux sacrifices dans les temples pour être débarrassées du fléau, lorsque Empédocle, faisant fermer l'ouverture placée entre deux collines d'où venaient avec le vent les miasmes d'un marais voisin, fil dispa-

raître la fièvre. Il fit de même à Sélinum, en noyant, par de grands courants d'eau, un marais placé au centre de la ville. Les habitants, qui voyaient dans la fièvre une punition du ciel, virent un Dieu dans leur sauveur, et lui offrirent des sacrifices dans des temples érigés en son honneur.

Comme on le voit, le mysticisme de l'esprit humain ne perd jamais ses droits, et le surnaturel vient toujours le trouver, sûr d'être bien accueilli par lui.

Parmi toutes les causes extérieures des maladies, les aliments, l'air, le climat, le sol, etc., sont celles qui ont été étudiées avec le plus de soin par Hippocrate, dans le traité Des airs, des eaux et des lieux ; dans Y Ancienne médecine ; dans le Régime des maladies aiguës ; dans le Régime en général, dans le livre des Epidémies, et enfin dans quelques Aphorismes de la troisième section.

Des aliments. — Les aliments peuvent nuire par leur abondance, par leur insuffisance et par leur mauvaise qualilé.

a Si la pléthore produit des accidents, l'insuffisance des aliments en produit de plus funestes. »

Pour lui, l'insuffisance des aliments cause un très-grand nombre de maladies, et modifie leur physionomie en changeant leurs symptômes, leur marche, leur durée et leurs terminaisons. Dans les maladies aiguës, l'abstinence amène l'anxiété, l'insomnie, le délire, le trouble de la vue, les tintements d'oreille, des vertiges, l'angoisse de la respiration; elle empêche la résolution et favorise le passage à l'état chronique. C'est alors qu'il dit :

« Il est honteux de ne pas connaître les symptômes engendrés par l'inanition. Beaucoup de médecins les produisent par une diète trop prolongée, alors il survient un autre médecin ou même un homme étranger à la médecine qui ramène tout simplement à la santé un homme qu'on croyait perdu. C'est ainsi qu'on déconsidère la médecine. »

Dans le traité du Régime des gens en santé, Hippocrate établit que l'alimentation doit varier suivant la saison et selon les âges, selon les sexes, le tempérament et l'exercice que font les personnes. Ainsi :

« Les enfants supportent plus difficilement la diète que les adultes. L'absence d'exercice, chez une personne qui mange beaucoup, amène des accidents de pléthore accompagnés de phénomènes d'irritation du côté des voies digestives.

« Il y a des cas où, avec un exercice très-considérable, l'alimentation n'est pas assez abondante, et occasionne des accidents gastriques qu'un peu de repos fait disparaître. »>

Tout cela est très-vrai, et aujourd'hui ce sont des faits vérifiés par tous ceux qui observent, sans prévention, les phénomènes de la nature.

Le traité Des airs, des eaux et des lieux est exclusivement consacré aux influences de l'air et du climat sur la santé. C'est le plus remarquable de -la collection hippocratique. On y voit que le médecin amoureux de son art doit étudier la qualité des eaux, l'influence des saisons et de leur action respective, ia nature des vents chauds ou froids, ceux qui sont communs à tous les pays, et ceux qui sont propres à chaque localité. Hippocrate dit même que , sans jamais avoir séjourné dans une ville, le médecin peut avoir une idée assez exacte de la santé des habitants, et des maladies qui y régnent, s'il a égard à 1 exposition de la ville par rapport aux vents, au lever et au coucher du soleil, aux qualités du sol bas ou élevé, sec ou humide, nu ou boisé, aux qualités des eaux, au genre de la vie, d'alimentation, d'exercice et d'occupation des habitants, etc. Cela est très-juste.

En étudiant l'influence sur la santé des différentes expositions au nord, au sud, à l'orient ou à l'occident, Hippocrate formule pour la première fois les principes que vingt siècles d'expériences ultérieures n'ont fait que légitimer.

Influence du Nord. — Sous l'influence de l'air froid et sec, l'homme a un grand développement de forces physiques et des fonctions digestives avec une tonicité plus grande des tissus. La puberté est tardive, les règles moins abandantes, les conceptions moins nombreuses, et la vie moyenne plus longue.

Là, sont plus communes les maladies aiguës, telles que la pleurésie, la pneumonie, les hémorrhagies nasales, et elles marchent plus vite vers la résolution.

Les femmes récemment accouchées sont plus sujettes qu'ailleurs à devenir phthisiques, et il y a chez les enfants de fréquentes hydropisies du scrotum.

Influence du Midi. — Les vents du midi, chauds et humides, produisent la faiblesse et l'atonie avec peu d'appétit, prédominance du phlegme ou suc muqueux; les évacuations sont faciles, abondantes, et la durée de la vie est généralement plus courte que chez les habitants du nord.

Les maladies aiguës inflammatoires sont rares, et quand elles se montrent, elles ont une certaine disposition à devenir chroniques. Il se produit souvent de la diarrhée, des ophthalmies avec sécrétions

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abondantes, plutôt muqueuses que purulentes, mais elles sont courtes et sans gravite. C'est le pays des hémorrhoïdes, des pertes utérines et de la leucorrhée Quant aux enfants, ils sont plus que partout ailleurs sujets aux convulsions et à l'épilepsie.

Influence du Levant. — A cette exposition, la plus salubre de toutes, l'air est chaud, sec, et les habitants ont en général la coloration vermeille du tempérament sanguin, avec un caractère doux et pénétrant.

Les maladies sont assez rares, légères et de même nature que dans les villes exposées au midi.

Influence de V Occident. — Ici l'air est humide, et offre de fréquentes alternatives de température. Il y a un contraste fâcheux entre la fraîcheur ùu matin ou du soir avec la chaleur du jour. C est la plus insalubre des expositions.

Les habitants sont de faible complexion, ont le teint décoloré, et les tissus du visage un peu bouffis. Leurs maladies sont nombreuses et à peu près les mêmes que dans toutes les autres expositions.

Une remarque à faire ici, c'est que ces observations ne sont applicables qu'aux lieux où pratiquait Hippocrate, et il n'a pas dit qu'il en dût être partout de même.

C'est dans le traité De la nature de V homme, dans le traité Des humeurs, et dans le livre Des vents, qu'il revient encore sur les qualités de l'air, de l'atmosphère et des particules nuisibles, et des miasmes qui peuvent s'y trouver en suspension.

« Si l'air entre dans le corps chargé de miasmes ennemis de la nature humaine, les hommes sont malades; s'ils sont ennemis des autres espèces animales, l'homme restera sain, mais celles-ci seront frappées. » (Des vents.)

Cela est très- remarquable. Lucrèce en a dit autant dans son poëme sur la Nature des choses.

« Ils viennent on ne sait d'où par les vents, voyageant avec les nuages et portant la mort, ou ils s'élèvent de la terre humide sous l'influence du soleil. »

C'est la théorie actuelle sur la formation des miasmes qui produisent les typhus et les fièvres intermittentes.

Des eaux. — Hippocrate attribuait une grande influence aux eaux d'un pays, et particulièrement à celles qu'on destinait à la boisson, aux eaux de source, de rivière, de pluie, de neige, de fonte des glaces et des marais qu'il appelle eaux dormantes.

« Les eaux des marais et dormantes sont les plus funestes à la santé de l'homme. »

Mais, dans sa pensée, il parlait de ces eaux prises en boisson, car, malgré les travaux antérieurs d'Empédocle, il ne connaissait pas l'action des effluves qui s'élèvent des marais. Cela est d'autant plus curieux qu'il n'ignorait aucun des accidents produits par l'intoxication paludéenne.

D'après Hippocrate, là où les eaux sont dormantes, la durée moyenne de la vie est plus courte, la vieillesse prématurée, les enfants naissent gras, boursoufflés ; il semble qu'ils sont forts, mais ce n'est qu'une apparence trompeuse ; peu de temps après leur naissance ils perdent leur embonpoint factice, deviennent maigres, chétifs et meurent en grand nombre.

Chez les femmes, les conceptions sont rares, les accouchements plus difficiles, et souvent suivis de leucophlegmasie.

Dans ces pays, régnent : 1° La fièvre intermittente avec toutes ses variétés, avec l'augmentation de volume de la rate et les hydropisies consécutives; 2° la fièvre rémittente, et 3° le flux de ventre avec épreintes, selles sanguinolentes, en un mot la dyssenterie.

Tout cela est très-vrai. Pour la contrée où vivait Hippocrate, et pour tous les pays chauds où existent des eaux dormantes, la science moderne n'a fait que confirmer ces assertions du médecin grec.

Des saisons et des influences atmosphériques. — Dans le troisième livre des Épidémies, Hippocrate divise l'année en deux parties, Y estivale et Yhivemale.

C'est là où il dit :

« L'arrivée de l'hiver guérit les maladies de l'été.

« L'arrivée de l'été change les maladies de l'hiver. »

Rien n'est plus vrai d'une manière générale que ce double principe, dont il ne faudrait cependant pas exagérer l'importance. Ainsi dans les pays de fièvre intermittente, ces fièvres, qui viennent à la fin de l'été, disparaissent pendant l'hiver. La bronchite chronique et l'asthme s'améliorent dans l'été. Certaines maladies épidémiques, comme le choléra qui a son lieu d'origine dans l'Inde, se montrent l'été, et cessent l'hiver pour revenir l'été suivant.

Hippocrate a été plus loin, mais sa manière de voir est peut-être moins exacte, lorsqu'il a dit : Les maladies d'une saison sont souvent dues à l'influence de la saison précédente. La saison hivernale engendre les maladies de la saison estivale qui lui succède, et celle-ci,

à son tour, donne naissance aux maladies de la saison hivernale qui suit.

Dans cette doctrine, adoptée par Celse et Galien, l'étude de la constitution hivernale pourrait faire prédire les maladies de l'été suivant, et on suppose que l'organisme, différemment modifié par les saisons estivale et hivernale, est plus ou moins influencé par la saison qui remplace l'autre, d'où une prédisposition aux maladies compliquées par l'influence saisonnière actuelle.

Hippocrate admet, en effet, que, dans chaque saison, prédomine une humeur, et comme la maladie dépend de leur intempérie, c'està-dire de leur prédominance, cet excès, en rapport avec l'influence saisonnière précédente, crée pour le présent une prédisposition morbide toute spéciale. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'influence des saisons sur la production des maladies. (De la nature die Vhomme.)

En hiver, prédominent les sucs blancs, le phlegme, la pituite, les mucosités, ce qui amène les maladies de la gorge, des fosses nasales, des bronches, la diarrhée indolente, et toutes les affections catarrhales.

Au printemps, apparaît un mouvement plus vif du sang, occasionné par son excès de quantité, d'où une disposition aux hémorrhagies et aux phlegmasies aiguës.

En été, les fonctions du foie s'exagèrent, la bile est plus abondante, et se montre comme élément dans toutes les maladies qui ont un caractère bilieux plus ou moins prononcé, dans la diarrhée, dans la fièvre bilieuse, etc. C'est là un fait constant dans les pays chauds, comme dans la Grèce, où ont été faites ces observations.

En automne, le sang diminue, et la bile noire, ou l'eau, prédominent; c'est le temps des fièvres intermittentes et des maladies de la rate, de la dyssenterie, du retour des affections catarrhales, etc.

On trouve l'application et la répétition de ces principes dans le livre des Épidémies, dans le livre du Pronostic, dans quelques passages des Aphorismes, mais il ne s'y trouve rien autre que ce que je viens de dire,

Des climats. — L'influence des climats a été pour Hippocrate l'occasion de montrer toute sa sagacité d'observateur et de philosophe. Dans son traité Des airs, des eaux et des lieux, il compare les habitants des climats chauds de l'Asie, et ceux des climats tempérés de l'Europe, sous le double rapport du physique et du moral, et il montre tout l'avantage que possèdent ces derniers sur les autres. Dans son opinion, les qualités de l'air respiré du sol, haul

ou bas, sec ou humide, les eaux à boire et les vapeurs d'eau, la nourriture, etc., exercent une influence considérable sur l'état intellectuel, moral et politique des peuples. En Asie, dit-il, où la température est éloignée de chaleurs excessives et du grand froid,

« Les mœurs sont douces et faciles, tout dans l'homme est tempéré comme le climat; il est sans courage, sans constance dans le travail, facile à abattre par la fatigue, sans énergie morale, tout entier à l'attrait du plaisir, facile à gouverner, et acceptant sans peine l'institution des gouvernements despotiques, qui, à leur tour, agissent sur lui en l'énervant davantage. » (Des airs, des eaux et des lieux, p. 55.)

En Europe, c'est tout le contraire, mais les mœurs varient avec les dispositions locales de chacune des contrées qu'on observe.

Quand le pays est montueux, inégal, très-élevé au-dessus de la mer, et sujet à de grandes vicissitudes atmosphériques, les habitants sont courageux, ardents au travail, rudes à la fatigue, opiniâtres, capables de grandes entreprises, violents dans leurs résolutions et dans leurs mœurs, plus sauvages que civilisés, et d'humeur généralement très-belliqueuse. (Des lieux, p. 87.)

Si le pays est plat, enfoncé, exposé à des vents chauds qui entretiennent une température douce et variable, les habitants ont moins de courage, sont mous, indolents, et ont des qualités toutes différentes de celles qu'on observe chez les montagnards et chez les hommes du nord.

Dans les pays humides, bas, brumeux, les habitants sont peu intelligents, et leur moral est aussi peu développé que leur constitution physique.

Tout cela varie, et n'a rien d'absolu, mais ces observations renferment un fond d'exactitude incontestable, et qu'on ne peut bien juger qu'en lisant ce remarquable traité Des airs, des eaux et des lieux. C'est ainsi qu'après avoir exposé d'une manière générale l'influence des climats, il parle des effets produits par certaines localités sur les populations qu'on y trouve.

Dans le Phase, pays chaud, marécageux, humide et boisé, les habitants, qui vivent au milieu des brumes sur le bord des marais, sont décolorés, bouffis, et leur peau ressemble à celle des ictériques.

Chez les Sauromates, aux environs des Palus- Méotides, les femmes montaient à cheval, et faisaient la guerre tant qu'elles étaient vierges. Une fois mariées, elles vivaient dans leur intérieur. Pour faciliter leurs habitudes de tirer de l'arc, on leur détruisait la mamelle droite, au moyen de la cautérisation.

H 4 histoire de la médecine

Dans la Scythie, où parait à de rares intervalles un soleil sans chaleur, et où régnent dos brouillards et de continuels vents froids, les habitants ont beaucoup d'embonpoint, la peau rouge, basanée, dépourvue de poils, de sorte que les hommes ont la plus grande ressemblance avec les femmes. Ils sont mous et indolents, peu disposés à l'amour, et leurs femmes sont peu fécondes. Leurs articulations sont couvertes de nombreuses cautérisations faites pour combattre leurs maladies articulaires, et ils ont des habitudes essentiellement nomades. Leur vie se passe à cheval, et sur des chariots que suivent les troupeaux.

« Ils demeurent dans le même lieu tant que le fourrage y suffit à la nourriture de leurs bestiaux, et quand tout est consommé ils se transportent ailleurs. Ils mangent des viandes cuites, et boivent du lait de jument, avec lequel ils font une sorte de fromage nommé hippace. » (Des airs, des eaux et des lieux, p. 69.)

C'est parmi eux que régnait à l'état endémique une maladie singulière qui n'existe plus que d'une façon exceptionnelle, c'est la maladie efféminée, qui d'après Hérodote commença à l'époque où les Scythes ayant fait une invasion en Asie, pillèrent à Ascalon un temple consacré à Vénus.

On la considérait comme une punition de la déesse. Mais Hippocrate proteste contre cette superstition, en disant :

« Que si cette maladie vient de la divinité, comme toutes les maladies, aucune n'est plus divine ou plus humaine que l'autre, mais que toutes sont semblables et toutes sont divines. »

Les hommes étaient impuissants, ce quHippocrate attribue à l'habitude de l'équitation. Le mal était plus commun chez les riches que chez les pauvres et une fois affectés ils quittaient leurs habits d'hommes, vivaient avec les femmes dans les chariots et cessaient de monter achevai.

On les vénérait à cause de leur malheur et on les adorait presque comme dans quelques pays on adore les idiots et les crétins. (Des lieux, p. 79.)

Telles sont en abrégé les opinions d'Hippocrate sur l'étiologie des maladies. Comme on le voit, c'est un exposé très-complet où abondent les vues philosophiques et qui atteste un degré très-avancé des connaissances médicales.

5° De la nosologie d'Hippocrate.

11 n'y a pas de nosologie, c'est-à-dire de nomenclature ou de classification des maladies dans Hippocrate, mais Daniel Leclerc a pris

DES NATURISTES — HIPPOCRATE 13b

la peine d'en faire une avec les matériaux renfermés dans les livres hippocratiques. On y trouve la plupart des maladies connues de nos jours sous les mêmes noms, ce qui prouve que leur connaissance remonte à une époque bien reculée.

D'après Leclerc, les maladies indiquées par Hippocrate peuvent être divisées en cinq classes :

1° Les maladies dont les noms n'ont pas changé et qui ont les mêmes symptômes. Ce sont les plus nombreuses. Le nombre en est immense. (Daniel Leclerc, Histoire de la médecine, p. 165.)

2° Les maladies dont les noms ont changé et qu'on reconnaît par leurs symptômes. Ex. : la maladie desséchante, qui est aujourd'hui laphthisie; la maladie ructueuse, où l'on rend beaucoup de gaz par la bouche, la maladie noire, etc.

3° Les maladies qu'Hippocrate n'a pas nommées, mais qu'il a décrites. Ex. : la rate grosse, la mélancolie, le scorbut, l'impuissance, etc.

Y Les maladies désignées par certains noms qui ne sont pas reconnus exacts eu égard aux symptômes rapportés. Ainsi on ne sait ce qu'est le typhus indiqué par Hippocrate.

5° Les maladies qui ont des noms et qu'on ne reconnaît pas parce que la description ne s'applique à rien de connu aujourd'hui.

A part cette classification, si Ton veut savoir de quelle façon Hippocrate envisageait les maladies, on voit qu'il admettait des maladies aiguës et chroniques ; des maladies endémiques^ épidémiques, dispersées ou sporadiques ; des maladies héréditaires ; enfin, des maladies de bonne et de mauvaise nature, c'est-à-dire bénignes ou malignes.

Hippocrate connaissait : 1° les fièvres (Ttupexot), c'est à-dire les maladies aiguës où il n'y a pas d'organes spécialement atteints, ce qu'il appelait les fièvres continues et intermittentes ; 2° les inflammations ou phlegmasies ; 3° les hémorrhagies ; \° les hydropisies ; 5° les maladies organiques, xapxivioixa ; 6° les paralysies ; 1° les convulsions, etc.

Ce peu de mots suffit pour montrer que si la nosologie n'était pas très-avancée au temps d'Hippocrate, à en juger du moins par les livres qui sont parvenus jusqu'à nous, l'idée qu'on se faisait des différentes espèces de maladies était parfaitement claire dans l'esprit des observateurs, et qu'il avait commencé par faire les distinctions qui plus tard ont été nettement formulées par les pathologistes. Hippocrate connaissait les choses et ses successeurs ont créé les mots.

6° Dn pronostic.

« Le meilleur médecin est celui qui sait le mieux prévoir et prédire. »

Dans cet aphorisme d'Hippocrate se trouve toute la pensée de l'auteur sur l'importance des observations qui doivent permettre au médecin de deviner la marche et l'issue des maladies.

C'est par l'étude du pronostic que brille surtout le talent d'observation d'Hippocrate. Il avait tellement étudié la nature, qu'il en devinait souvent les actes prochains, avantages que n'auront jamais ceyx qui en méconnaissent la force et la puissance. Le médecin qui sur quelques symptômes saura dire à un malade ce qui lui est arrivé et ce qui lui arrivera, en ajoutant ce qu'on a omis de lui raconter, qui indique d'avance ce qui doit se produire dans la suite, inspirer.i la confiance et, s'il ne guérit pas son malade, son pronostic servira du moins à le garantir de tout reproche. C'est dans le livre des aphorismes et dans le pronostic que sont surtout consignées les observations d'Hippocrate sur la Doctrine des signes. Il y en a également dans les prédictions et les pronostics de Cos que Galien attribue à ses successeurs.

L'observation et le raisonnement l'ont guidé dans l'institution de ces préceptes que l'observation brutale des empiriques n'eût jamais pu réaliser. Il appelait à son aide les lumières de l'analogie et comparant le présent avec les faits semblables précédemment observés, il cherchait à se rendre compte de la succession nécessaire des phénomènes morbides. Sa réserve était aussi grande que sa pénétration, car ne voulant pas donner à son pronostic une précision qu'il ne saurait avoir que dans les mains présomptueuses de l'ignorance et du mercantilisme, il dit :

« Les prédictions qui concernent les maladies aiguës sont incertaines, et l'on ne saurait dire au juste si le malade doit succomber ou guérir. »

Il avait parfaitement compris qu'il ne suffisait pas de chercher dans tout ce qui compose l'homme les signes du pronostic, il interrogeait encore dans ce but les fonctions naturelles, les actes, les gestes, les attitules, la manière d'être qui, avant et pendant la maladie, peuvent en éclairer la nature et en faire prévoir les suites.

Le visage était pour lui l'enseigne des maladies aiguës, et en effet, leur nature et leur degré de gravité s'y montrent pour tous les yeux exercés. Il a mentionné la coloration rouge des pommettes dans la pneumonie, et c'est à lui qu'on doit la description du visage des mourants qui a le nom de faciès hippocratique.

« Quand un malade a le nez aigu, les yeux enfoncés, les tempes creuses, les oreilles froides et retirées, la peau du front dure, tendue et sèche, le teint plombé, on peut assurer que la mort est prochaine, à moins que l'individu n'ait été tout d'un coup épuisé par de longues veilles ou par un flux de ventre, ou qu'il n'ait été longtemps sans manger. »

Les yeux d'un malade ne pouvant pas supporter la lumière, ou répandant des larmes involontaires indiquent une situation grave. Les yeux ternes sont un présage de mort ou de grande faiblesse. Les yeux étincelants, hagards, marquent le délire. Les yeux divergents marquent la paralysie. Les yeux devant lesquels il y a quelque chose de rouge, ou des étincelles, ou des éclairs, annoncent une hémorrhagie, une perte sanguine.

Le decubitus sur le côté, les jambes retirées est bon ; mais sur le dos et les bras étendus c'est le signe d'une grande faiblesse. — Si le malade glisse et se laisse couler au pied du lit, c'est un signe de mort. — Sur le ventre, si c'est un decubitus naturel, c'est l'indice du délire ou de la douleur de ventre.

La carphologie fébrile est le signe du délire et des fièvres.

Un taciturne qui parle, ou un parleur qui se tait, annonce le délire. Il en est de même des soubresauts des tendons.

Le délire gai est moins grave que le délire lugubre ou terrible.

La respiration aisée naturelle des maladies aiguës est un bon signe , fréquente elle annonce l'inflammation des poumons; longue, prenant beaucoup de temps, elle annonce le délire; petite, courte, empêchée, elle indique une phlegmasie au-dessus du diaphragme, etc.

Les excréments ont été étudiés par Hippocrate, dans leur couleur, dans leur odeur, dans leur consistance , dans les matières étrangères ou extraordinaires qui s'y trouvent mêlées; leur chaleur, leur froid, leur âcreté, leur quantité, le lieu d'où ils sortent, le temps de leur séjour, les circonstances de leur sortie, leur goût même ont été signalés, et il est impossible que cet examen n'ait donné d'utiles renseignements au pronostic.

On a dit qu'Hippocrate goûtait les excréments, c'est probablement une erreur, car il en pouvait parler d'après le goût des malades et non sur le sien. C'est ainsi qu'il a pu dire également (Livre des Humeurs et livre "VI, sect. 5, des Épidémies) :

« Des crachats salés ou doux, de la sueur, des larmes, des sécrétions nasales salées ou aigres ont une signification différente ; du cérumen auriculaire doux s'observe chez ceux qui doivent mourir ; il est amer chez ceux qui doivent guérir. »

Les urines lui fournissent beaucoup de signes. Celles qui sont

claires, jaunâtres, dont le sédiment est blanc, doux au manier, égal, c'est-à-dire homogènes, et qui restent telles tout le temps, annoncent une guérison rapide.

Les urines cuiles annoncent la coction parfaite des humeurs, et paraissent surtout dans les jours de crise à la fin des maladies. Les autres sont mauvaises et rendues dans la période de crudité; elles ne diffèrent entre elles que du plus au moins. Quelques-unes , rougeâtres, avec un sédiment doux, homogène, annoncent une maladie de courte durée dont l'issue sera favorable ; d'autres, au contraire, sont très- rouges, claires, sans sédiment, ou troubles au moment de l'émission et en rapport avec une situation grave.

Il y en a qui renferment un nuage ou énéorème suspendu dans le liquide à une hauteur plus ou moins grande, et plus ce nuage est élevé au-dessus du fond du vase, plus il y a de crudité.

Les urines blanches, claires comme de Veau, annoncent aussi une grande crudité ou un transport de la bile au cerveau. Celles qui sont jaunes ou rousses marquent l'absence de la bile. Celles qui sont noires sont très-mauvaises; qnand il y a un sédiment comme de la farine grossière ou de petites larmes, il y a un mauvais état de la vessie ou des reins.

La graisse qui surnage comme une toile d'araignée indique la consomption.

Une grande quantité d'urine est. un signe de crise ou fait une espèce de crise. Les urines de mauvaise odeur, claires ou épaisses, sont fâcheuses.

Les vomissements de bile ou de pituite sont les plus naturels. Ceux où il n'y a que de la bile ou de la pituite seulement sont plus mauvais.

Les matières très-vertes,^ porracées, sont funestes. 11 en est de même de celles qui sentent fort mauvais. Le vomissement de sang est très-souvent morlel.

Les crachats indiquent aussi la coction des maladies du poumon. 11 faut qu'ils sortent facilement. Les crachats noirs, verts, rouges, sont très-fâcheux.

Les crachats mêlés de bile et de sang au début des inflammations du poumon sont de bon augure, mais ils soni mauvais s'ils ne viennent qu'au septième jour.

Les plus mauvais signes dans les mêmes maladies, c'est leur rétention et le bouillonnement ou ràlement qu'ils produisent dans la poitrine ou le gosier. — Le crachement de sang est suivi du crachement de pus et de la mort.

Les bonnes sueurs sont abondantes, chaudes, universelles, et elles emportent souvent la fièvre.

La sueur froide est mauvaise, surtout dans les fièvres aiguës ; car dans les autres, elles marquent surtout la langueur. La sueur de la tête et du cou annonce que la maladie sera longue et périlleuse. Une légère sueur de quelque partie, tête ou poitrine, ne soulage point et marque la faiblesse de la partie. Hippocrate l'appelle éphidrose.

Le pouls n'a été que très-superficiellement indiqué par Hippocrate :

« Dans les fièvres très-aiguës, le pouls est très-fréquent et trèsgrand. »

Plus loin, il parle des pouls tremblants qui battent avec lenteur. (Épidémies, liv. IV.)

C'était pour lui le pouls des artères, mais il ne parle pas de la radiale. — A propos des pertes blanches des femmes,. il dit :

« Le pouls qui frappe légèrement et languissamment les doigts est un signe de mort prochaine. »

Enfin, dans les Prénotions de Cos, il parle des léthargiques dont le pouls est lent et tardif.

Tout cela est le commencement des études si approfondies de Galien sur ce sujet.

7U De l'hygiène dans Hippocrate.

Tout en parlant de la nature de l'homme et de ses maladies, Hippocrate, aussi encyclopédiste qu'il était possible de l'être à cette époque primitive de la science, s'occupe beaucoup de l'hygiène et des moyens de conserver la santé. L'une de ses principales maximes êla\l (Épidémies, liv. VI, sect.4, aphor. 20) :

— Pour entretenir la santé, il faut ni trop se charger de nourriture, ni être paresseux à prendre de l'exercice ou à travailler. »

Il passe en revue les viandes de chien, de cheval, de renard, fit A1 âne dont on faisait usage à cette époque, et il en apprécie les qualités. Il indique ensuite les herbages, le lait, le petit-lait, le fromage, le poisson frais et salé, le blé, les légumes et toutes sortes de graines.

Il s'occupe des boissons : de l'eau ; du vin, dont l'usage peut être porté jusqu'à la gaieté, mais non à l'ivresse, comme on l'a dit. Il parle de Y exercice, de la gymnastique, de la lutte, du sommeil ou des veilles; de Y air; des autres corps qui nous environnent ; de ce qui doit sortir de notre corps ou y être retenu ; enfin, des

passions. Il recommandait de me pas trop garder les excrément ,

et, dans ce but, il conseillait les viandes relâchantes, les lavements onctueux, salés, les suppositoires .

Comme préservatif des maladies, il conseillait les vomitifs une on deux fois te mois, pendant l'hiver et au printemps

8" De la thérapeutique d'Hippocrate.

Confiant dans le rôle de la nature qu'il considérait comme toutepuisssanle dans la formation du corps et dans la guérisou des maladies, Hippocrate observait avec soin pour se rendre compte de l'essence des maladies soumises à son examen; il disait avec une raison que chacun doit admirer (Épidémies, liv. "VI) :

« Il ne faut rien faire témérairement. Il faut quelquefois se repo ser ou demeurer sans rien faire. De cette manière, si vous ne faites pas de bien au malade, vous ne lui faites pas mal. »

Toujours plein de respect pour la raison et sans se laisser atleiu dre par l'influence dissolvante du scepticisme, il ajoute :

« Quand on fait quelque chose selon la raison, quoique le succès ne réponde pas toujours, on ne doit point aisément ou trop vite changer de manière d'agir, tant que les raisons que l'on a eues au commencement subsistent. » (Aphorismes .)

Toutefois, comme ce principe pourrait entraîner trop loin celui qui doit avant tout suivre la nature en imitant ses opérations, il en atténue l'expression par ces mots :

« Il faut faire une grande attention à ce qui soulage et à ce qui l'ait du mal, à ce qu'on supporte aisément et à ce qu'on ne saurail souffrir. »

Son dogmatisme se montre surtout dans un certain nombre de propositions thérapeutiques inspirées de la plus saine observation fécondée par d'irréprochables raisonnements.

« Les contraires ou les opposés sont les remèdes de leurs opposés. »

Principe d'où résulte cet aphorisme :

« Que l'évacuation guérit les maladies qui viennent de réplélion, et la réplélion celles qui sont causées par l'évacuation. »

Il avait plus d'une fois observé, comme nous le faisons encore chaque jour :

« Qu'il y a des sucs ou des humeurs qu'il faut, en certaines rencontres, vider ou faire sortir du corps, ou les dessécher, et d'autres qu'il faut remettre dans le corps ou faire qu'elles s'y produisent derechef. »

Mais pour remplir ces indications, il conseille ; « De ne pas vider ou de ne pas remplir tout d'un coup, ou trop vite ou trop abondamment, et qu'il est même dangereux de réchauffer ou de refroidir subitement ou plus qu'il ne faut, tout ce qui va à l'excès étant ennemi du bien. »

Enfin, sachant quelles sympathies rattachent toutes les parties du corps les unes avec les autres, quel consensus il y a entre tous les organes, il observe qu'une souffrance locale accidentelle amoindrit un travail morbide antérieur; il en conclut le fait de la révulsion, et intelligent ministre de la nature, docile à ses inspirations, il crée la doctrine thérapeutique de la révulsion et de la dérivation.

« Il faut prendre garde au cours que les humeurs prennent, d'où elles viennent, où elles vont; et, en conséquence de cela, lorsqu'elles vont où elles ne doivent pas aller, qu'on leur fasse prendre un détour (irapo'/s'œuetv), ou qu'on les conduise d'un autre côté, à peu près comme on détourne les eaux d'un ruisseau. Ou, en d'autres occasions, qu'on tache de rappeler (avxiWxv) ou faire retourner en arrière ces mêmes humeurs, attirant en haut celles qui se portent en bas, et en bas celles qui se portent en haut. »

C'est à la révulsion que se rattache ce dernier principe, consacré par l'observation de tous les siècles, et dont chaque médecin peut reconnaître la justesse :

« Aux extrêmes maladies il faut des remèdes extrêmes. Ce que les médicaments ne guérissent pas, le fer le guérit ; ce que le fer ne guérit point, le feu le guérit ; mais ce que le feu ne peut guérir, doit être regardé comme incurable. » (Aph., sect. VII.)

A. Du régime des maladies aijuës et chroniques dans Hippocrate. — Ce n'est pas une vaine puissance que celle de la nature sur l'homme sain ou malade, et-Hippocrate en était si profondément convaincu, que tout, dans sa conduite, dans ses doctrines et dans ses écrits, est inspiré par son culte et son admiration pour l'influence d'où résultent les merveilleux phénomènes visibles et invisibles de la vie.

Le rôle qu'il lui accorde dans la constitution de l'homme, dans la formation des organes, dans le maintien de leur intégrité contre les influences morbifiques, dans la guérison naturelle des maladies, il l'utilise dogmatiquement par la puissance de sa raison et de l'observation, pour jeter les fondements de la plus sage thérapeutique. En se proposant d'ajouter ou de suppléer à ce qui manque dans l'organisation malade, de diminuer le superflu, il formule pour la

142 HISTOIRE DE t,A MÉDECINE

première l'ois cette idée toujours grande, bien que le temps l'ail rendue vulgaire : T

« Qu'il faut soutenir la nature, l'aider à surmonter la cause du mal, et la mettre en état de faire d'elle même ce qu'il faut pour la guérison des maladies. »

Sous ce rapport, le naturisme a rendu le plus grand des services à la médecine, car il a enfanté la diététique, et s'il est vrai, comme le dit Hippocrate,

«. Que les anciens (c'est-à-dire tous les médecins qui l'avaient précédé) n'avaient presque rien écrit touchant la diète des malades, et avaient omis cet article, qui était néanmoins l'un des plus essentiels de fart » {Du régime dans les maladies aiguës), il est certain qu'on doit à cette doctrine philosophique le plus impérissable et le plus important de nos procédés curatifs.

Dans les maladies aiguës et dans les fîè-res, il donnait sous le nom de ptisane, de 7ma<7av7] [mia<seîv, broyer, ôter Yècorcé), une décoction de farine A' orge mondé, de froment, de riz. de lentille, une partie sur quinze, avec un filet de vinaigre, un peu d'huile, de graisse et de sel. D'abord un peu épaisse au début, il ordonnait qu'on la rendît plus claire à l'apogée du mal, et il en suspendait quelquefois l'usage si la fièvre offrait des redoublements, pour y revenir dès qu'une détente avait lieu. Il en donnait deux fois par jour, et en principe conseillait de nourrir un peu plus les enfants que les hommes faits ou les vieillards. Cette méthode, qui n'a rien de choquant pour notre expérience, fut d'abord une révolution ; elle eut beaucoup de contradicteurs, et Hippocrate se défendait en leur reprochant par leur régime :

« De dessécher leurs malades comme des harengs avant qu'il en fût temps, et qu'ils les faisaient mourir. »

A la ptisane on joignait, dans les maladies aiguës, principalement dans les fièvres, des légumes cuits, blette, citrouille, melon, etc., dès que le malade paraissait être en état de manger davantage.

Les boissons étaient l'eau miellée, hydromel, ou l'eau miellée avec un peu de vinaigre, oxymel; l'eau vineuse, à moins de rêveries et de douleur de tête.

Dans les maladies chroniques, on ajoutait le lait ou le petit-lait, l'exercice modéré, les bains, les frictions légères et un peu de gymnastique. C'est à cette occasion que, parlant des malades pusillanimes qui se complaisent trop au lit, il s'écrie : « Tl faut quelquefois pousser hors du lit les timides et exciter les paresseux. » (Épid., liv. VI.)

DES NATURISTES — HTPPOCRATE 143

B. De la purgation. — Les mêmes principes de naturisme qui ont enfanté cette diététique qu'à travers tant de révolutions politiques et sociales vingt siècles ont consacrée , ont également engendré la méthode évacuante. (Hist. de la médecine, D. Leclerc, p. 194.) Quoique Bacon ait affirmé que le principe des causes finales comme la vierge consacrée à Dieu, était stérile, ce qui n'est qu'une métaphore sans portée, nous devons à ce principe la médication évacuante, qui n'est, en définitive, qu'une imitation des actes de la nature réputés utiles.

L'indigestion permanente, naturelle et mille fois répétée de l'enfant qui tette sa mère, et l'indigestion accidentelle de l'adulte, ont fait voir que la purgation émétique était chose utile, nécessaire, avantageuse, et qu'il était bon de l'imiter à propos. L'expérience a confirmé la théorie, et dès qu'il s'agit de diminuer ou d'ôter ce qui est superflu en débarrassant la corps d'humeurs trop abondantes ou corrompues, on a quelquefois recours à la purgation, l'un des moyens les plus convenables pour atteindre ce résultat.

Nous avons modifié la théorie d'Hippocrate sur les purgatifs, mais sans en changer le principe. Nous aurions honte de croire à Y attraction des éléments du purgatif sur les éléments semblables du corps humain, et nous ne voudrions plus soutenir :

« Qu'un médicament qui doit purger la bile, tire premièrement la bile ; mais si son action continue trop longtemps, ne trouvant plus de bile à purger, il purge encore la pituite, et après la pituite la bile noire, et enfin le sang. » {De la nature de V homme.)

Cependant, nous savons qu'un violent purgatif, après avoir évacué de la bile, amène des sécrétions de glaires, c'est-à-dire de pituite, des évacuations de sang, et nous pensons, comme il y a 2000 ans, que la purgation délivre l'organisme de certaines humeurs et de quelques matières trop abondantes ou corrompues

Croyant ou sceptique de l'influence de la nature, nous faisons notre possible pour imiter ses procédés, pour produire artificiellement , et à notre gré, ce que seule elle fait quelquefois , en purgeant par le haut et par le bas des individus qui ont des entrailles obstruées ou embarrassées d'humeurs et de matières peu assimilables.

La divergence de la théorie, comme celle de l'opportunité d'application, n'a ici aucune importance. Que l'on discute sur le mode d'action des purgatifs et sur l'instant d'y recourir, la contestation ne nuit en rien au principe qui sert de base à leur usage, et, au lieu de l'amoindrir, elle lui donne une consécration nouvelle. Si quid est movendum, move, dit Hippocrate ; voilà son principe inspiré

des opérations de la nature restée maîtresse d'elle-même, et sur ce principe, nous voyons qu'il conseille surtout les purgations dans le cours des maladies chroniques. Il n'en donnait point, on ne sait trop pourquoi, dans la canicule et chez les femmes grosses, jamais avant le quatrième ni après le septième mois de la grossesse, sans doute par crainte de provoquer l'avortement.

Dans les maladies aiguës , sa réserve était grande ; il ne semble pas qu'il y ait eu fort souvent recours, et il parle de leurs mauvais effets. Cependant il les employaitdans quelques maladies épidémiques, dans la pleurésie, etc.

Il a même indiqué le moment d'y recourir, en disant :

« On doit seulement purger les humeurs qui sont cuites et non pas celles qui sont encore crues, et il faut bien se garder de purger au commencement d'une maladie, si ce n'est que les humeurs s'enflent ou se remuent extraordinairement, ce qui arrive peu souvent. » (Aph XXII, sect. 7.)

Le commencement des maladies était pour lui du premier au quatrième jour (De ratione victus in acutis).

On a mis très à tort cet aphorisme en contradiction avec cet autre, qu'au commencement des maladies il faut remuer s'il y a quelque chose à remuer. La contradiction n'existe pas, et si en général Hippocrate conseille de ne pas purger au début des maladies, il excepte les cas spéciaux où il y a quelque chose à remuer, ou qu'il faille mettre en mouvement.

; Au reste, comme le mot de purgation employé par Hippocrate s'applique non seulement aux évacuations artificielles stercorales, mais à la purgation émétique, elle n'est pas susceptible d'une généralisation absolue; aujourd'hui encore, si l'on ne séparait point sa médication vomitive de la médication purgative, Userait impossible de donner aucune formule générale de leur emploi. Si l'on parle seulement des purgations excrémentitielles, le véritable et bon praticien sera , comme au temps d'Hippocrate, d'avis qu'en général elles ne valent rien au début des maladies, tandis qu'à ce moment, la purgation émétique, souvent indiquée par la nausée, le goût de bile ou le vomissement naturel, signe de quelque chose à remuer, est presque toujours très-utile.

La purgation émétique s'obtenait surtout au moyen de V ellébore blanc, seul ou associé à la sésamoïde. La purgation oriinaire était produite par Y ellébore blanc et noir, les semences de thymelea ; le peplium, espèce de tithymale ; le thapsia, le suc dliippoplur, Yélatérium,]^ coloquinte, la scammonée, etc. (D. Leclerc, ouvrage cité), et, avant d'y recourir, on préparait toujours le malade avec une

boisson rafraîchissante, destinée à détremper les humeurs qu'on se proposait d'évacuer.

Quand on ne voulait agir que sur l'extrémité des intestins par l'expulsion des excréments, il employait la boisson de mercuriale, de chou, le petit-lait, le lait d'ânesse jusqu'à plusieurs litres, les lavements,les suppositoires, etc.

Il parle de la purgation de la tête seule, dans l'apoplexie, la jaunisse et quelques maladies chroniques, dans les céphalalgies invétérées, etc. C'est un résultat qu'il obtenait en faisant respirer le suc de céleri, ou la décoction de plantes aromatiques, en faisant priser de la poudre de myrrhe, d'ellébore blanc, etc. Ces remèdes donnaient un coryza aigu ou chronique, avec sécrétion plus ou moins abondante, et l'on pensait que c'était là une purgation du cerveau.

C'est à lui et aux médecins Cnidiens qu'on doit la première idée de purger le poumon et la poitrine dans l'empyème, et dans la phthisie, par le cathétérisme du larynx et les insufflations de poudres dans les bronches conduisant au poumon malade. Après avor fait tirer la langue autant que possible, on faisait entrer dans la cornue du poumon ou trachée, une liqueur irritante capable d'exciter la toux et d'obliger le poumon à expulser le pus qu'il renfermait. Il employait la décoction à' arum avec un peu d'huile, de sel et de miel, l'ellébore, la fleur de cuivre, etc.

C. De la saignée, de l'application des ventouses. — Les empiriques, qui attribuent la plupart de nos connaissances au hasard plutôt qu'à la raison, ne croient pas que l'homme soit arrivé du premier coup à la découverte et à l'emploi de la saignée. L'idée que la théorie a pu conduire à ouvrir une veine, les révolte à tel point qu'ils aiment mieux faire hommage de cette inspiration de génie à l'hippopotame. On dirait que pour eux, l'homme est le seul être qui ne puisse rien tirer de son cerveau. En effet, Pline (liv. VIII, cap. 26) rapporte que l'hippopotame ou cheval marin, devenant trop gros et trop gras à force de manger, se sert d'un roseau pointu pour s'ouvrir une certaine veine de la jambe; et après en avoir laissé couler une quantité suffisante de sang, bouche la plaie avec de la boue, ce que les hommes n'ont pas manqué d'imiter. En admettant la réalité de ce conte, l'empirisme n'y gagne rien au point de vue de la doctrine ; car dépouiller l'homme de son initiative de la saignée en faveur de la bête, ne prouve rien et ne sert qu'à déplacer la solution du problème philosophique. On peut toujours se demander qui a enseigné l'hippopotame, à quel heureux hasard il doit la découverte de la saignée et, dans le cas où le hasard refuserait de

répondre, à quelle supériorité d'intelligence sur l'homme il a pu deviner qu'une émission sanguine pouvait être utile contre les congestions et contre les phlegmasies.

Il est inutile de s'arrêter longuement sur une question de ce genre. C'est déjà la résoudre que de l'exposer. Le plus mince bon sens ne saurait s'y tromper, et chacun conviendra, ou que l'origine de la saignée est tellement ancienne qu'on ne saurait en préciser la date, ou qu'elle est une inspiration du naturisme imitant les hémorrhagies spontanées, dont l'apparition fait cesser la congestion ou la phlegmasie.

Ilippocrate est le premier des auteurs qui parle de la saignée, mais il n'en est pas l'inventeur, car le degré de perfection où elle était arrivée de son temps annonce une origine plus ancienne. Il pratiquait la saignée du bras, du pied, du jarret, du front, de la langue, de Yocciput, etc. ; n'hésitait pas à ouvrir ou à brûler de petites artères et appliquait souvent des ventouses scarifiées. Ici, comme pour la diététique et la purgation, il se laissait guider par la théorie et par la raison. Inspiré par les actes de la nature, son dogmatisme, assiégé des contradictions les plus vives, adopté et repoussé tour à tour, a survécu à toutes les luttes passionnées dont il a été l'objet, et il est arrivé jusqu'à nous encore digne de la plus sérieuse considération. On peut en discuter les détails, mais son principe est inébranlable et peut braver les rigueurs de l'expérimentation la plus sévère. Il couronne dignement l'œuvre philosophique d'Hippocrate, et, par sa hardiesse même, établit la supériorité de la raison éclairée par l'expérience sur les observations de hasard, seules reconnues valables par l'empirisme antique.

La saignée était pour Hippocrate un moyen d'ôter le superflu des vaisseaux ou des parties engorgées, et il l'employait aussi pour détourner ou pour rapveler le sang de parties où il ne doit pas être. C'était là un mode particulier de dérivation. Dans quelques cas, lorsqu'il y avait perte de connaissance subite et sans cause sensible, c'est-à-dire lorsqu'il y avait apoplexie, il la proposait :

« Comme étant capable de procurer un mouvement libre au sang et aux esprits. »

Ce qui était en rapport avec l'idée qu'il se faisait de la nature de cet accident, qu'il rapportait à une occlusion momentanée des veines

(cpXsêcov a7roX^t£ç).

« Ceux qui perdent ainsi la parole ont des rougeurs de visage, de l'immobilité des yeux, des tensions extraordinaires des bras, des grincements des dents, des battements d'artères ou des palpitations ; ils ne peuvent desserrer les mâchoires ; ils ont les extrémités

DES NATURISTES — HIPPOCRATR 147

froides et les esprits sont interceptés, on les passages que ces esprits ont dans les veines sont bouchés (tcvsu^octojv à7roX^siç àvà laç cpXèêaç). En ce cas-là, il faut ouvrir la veine interne du bras droit, et tirer plus ou moins de sang selon la constitution ou l'âge du malade. »

Enfin la saignée était pour lui un moyen de rafraîchir les entrailles échauffées et resserrées , ou étranglées dans Vileus ( Des maladies, liv. III. ). Sauf le mot rafraîchir, adopté par les traducteurs, qui n'a peut-être pas eu autrefois la signification qu'on lui donne aujourd'hui, et toute théorie à part, le fait est encore vrai, et chacun sait que dans les cas de hernie ou d'étranglement interne, une saignée copieuse poussée jusqu'à syncope peut atténuer la résistance des parties et les ramener soudain à leur position naturelle.

Ses idées étaient fort arrêtées ; bien qu'il eût pour principe d'abandonner les maladies à l'influence de la nature, il savait, comme on le voit, s'en départir selon la nécessité , d'après l'indication, et pour évacuer ou détourner le superflu du sang des vaisseaux et des parties.

Son premier principe était dans ce cas de n'extraire le sang que dans les maladies aiguës , véhémentes ou fortes et en supposant que le malade soit robuste et à la fleur de son âge, ce qui prouve qu'il ne saignait qu'exceptionnellement les enfants et les vieillards.

Contrairement à ce qui s'est beaucoup fait depuis lors, il proscrivait la saignée dans la grossesse, crainte de provoquer l'avortement, ou il ne l'employait que dans la parturition difficile et prolongée, chez des femmes jeunes et robustes. Alors il se servait de la saignée du pied.

C'est surtout dans les maladies aiguës, véhémentes et douloureuses ( De ratione victus in acutis ), que la saignée était pratiquée au temps d'Hippocrate.

On l'employait dans les inflammations du poumon, du foie, de la rate, et elle était souvent poussée jusqu'à la syncope. Dans Yesquinancie , on saignait aux deux bras à la fois, et, dans les grandes douleurs, sur la veine la plus rapprochée de l'endroit douloureux (Epid. liv. VI, sect. 6 ), par exemple sur la veine brachiale correspondante, ou du côté de la poitrine occupée par une pleurésie.

D'après ce précepte, on saignait au front et aux tempes, dans certaines douleurs de la tête ; mais chez d'autres individus dont la douleur apaisée pouvait revenir, on ouvrait les veines dans une "partie très -éloignée, afin de rappeler insensiblement le sang

qui se porte vers le siège de la douleur. (De la nature de l'homme. )

En dehors des grandes douleurs, des inflammations et de l'apoplexie, llippocrale saignait peu, et déjà (au dire de Leclerc ) les fièvres continues les plus ardentes, où il n'y avait pas de douleur ni de marque d'inflammation, n'étaient pas mises au nombre des maladies aiguës e» ne réclamaient pas la saignée. L'idée du rôle que la bile jouait dans la production de ces maladies, qu'il savait être très-distinctes des inflammations, lui faisait penser à priori que cette humeur ne pouvait pas être évacuée par une émission sanguine. Il saignait quelquefois dans les maladies chroniques à titre de révulsion, dans Yhydropisie ordinaire et dans Yhydropisie venteuse de Y hypertrophie de la rate (Des affections), et quelquefois dans l'hypochondrie. Le fait qu'il rapporte à ce sujet est des plus remarquables , mais c'est un exemple qu'on fera bien de ne pas imiter :

' « Un jeune homme se plaignait d'une douleur de ventre accompagnée d'un grand bruit lorsqu'il demeurait quelque temps sans manger, et qui cessait après avoir pris de la nourriture. Celte douleur et ce bruit continuant, les aliments ne profitaient point à ce malade, au contraire il s'amaigrissait et devenait tous les jours plus exténué. On lui avait inutilement donné divers médicaments, tant purgatifs que vomitifs. Enfin, on s'avisa de lui tirer, par intervalles, du sang de Tune et l'autre main, jusqu'à ce qu'il ne lui en restât presque plus, ce qui le guérit parfaitement. » (Epid., liv. V. sub. princip.)

On saignait sur les veines des bras, des mains, des malléoles, du jarret, du front, du derrière de la tête, du dessous des mamelles, des tempes, de dessous la langue , du nez, de l'anus , et sur quelques artères, principalement la temporale. Comme principe , l'émission sanguine avait lieu aux bras et aux autres veines supérieures, dans les maladies ayant leur siège au-dessus du foie et du diaphragme, tandis qu'on ouvrait les veines d'en bas pour les parties diaphragmatiques. Toujours dirigé par la théorie née de l'ohservation des actes naturels et appuyé de l'expérience , Hippocrate a pu s'égarer dans l'explication qu'il donne des phénomènes morbides, mais sa pratique reste grande comme tout ce qui émane des intelligences d'élite, inspirées de la grande et belle nature. La saignée, dont il a dogmatisé l'emploi, en est la preuve.

D. Des diurétiques et des sudorifiques. — L'unité de vues et la multiplicité des moyens se retrouvent dans toute la médecine

d'Hippocrate, et planent encore sur la médecine moderne, qui sait comprendre la grandeur du but qu'elle est appelée à remplir. En dogmatisant la pratique de ses prédécesseurs et en montrant l'importance des indications qui résultent de l'observation des actes de la nature luttant contre les causes morbifiques, le célèbre fondateur du naturisme a promulgué des lois dont chaque jour éclaire la vérité.

Après avoir établi, comme une loi fondamentale de la thérapeutique, la nécessité qu'il y a de diminuer le superflu du sang et des humeurs, il montre l'emploi qu'on peut faire, dans ce but, du régime, des pur gâtions, de la saignée, et enfin des substances diurétiques et sudorifiques qui produisent un effet semblable par des voies différentes.

« Toutes les maladies se terminent ou se guérissent par les évacuations qui se font par la bouche, ou par le ventre, ou par la vessie, ou par quelque autre semblable ouverture; mais la sueur est commune à toutes les maladies ou les termine toutes également. » (De ratione victus in acutis.)

Parmi les diurétiques employés, on trouve le bain, quelquefois le vin doux, le vin blanc, et une nourriture herbacée, d'ail, d'oignon, de poireau, de citrouille, de melon, de concombre, de céleri, etc. ; de viandes sèches, et enfin de cantharides au nombre de quatre, dont les ailes et les pieds étaient enlevés et dont la poudre était prise avec du vin et du miel.

Les sudorifiques étaient employés, surtout dans une fièvre qui n'est point causée par la bile ni par la pituite, mais qui vient, ou de lassitude, ou de quelque autre cause, ce que nous appelons aujourd'hui la courbature ou la fièvre symptomatique d'une inflammation.

Les lotions et les boissons chaudes ont été employées à cet usage.

E. De la spécificité dans la thérapeutique d'Hippocrate. — Si le dogmatisme d'Hippocrate a trouvé l'occasion de s'exercer sur des observations d'une signification précise ou réputée telle, il s'est arrêté devant celles qui semblaient échapper au pouvoir de la raison. A côté de faits soumis à une interprétation quelquefois judicieuse, souvent erronée, s'en trouvent d'autres qui ne relèvent que de l'observation irréfléchie, empirique, et qui montrent tout le respect d'Hippocrate pour la vérité. Il suffit, en parcourant ses œuvres, de lire ce qu'il dit des médicaments qui procurent le sommeil, qui purgent et qui sont propres ta toute espèce de maladie, sans qu'on puisse se rendre compte de leur action. Il se hasarde bien à dire :

« Que les médicaments qui ne purgent ni la bile, ni le phlegme, agissent en rafraîchissant, ou en échauffant, ou en séchant, ou en humectant, ou en resserrant et épaississant, ou en résolvant ou dissipant, i) (De affectionibus , p. m. 525.)

Mais au fond leur usage n'est (\u empirique, et révèle déjà l'existence des qualités occultes ou cachées dans certaines substances, pour agir sur certains organes et pour guérir certaines maladies. L'action spéciale de ces médicaments ne s'accorde avec aucune espèce de théorie, et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la spécificité. Si le mot n'est point dans Hippocrate, on y trouve la chose au triple point de vue de la pathogénie, de l'action élective des substances sur les tissus, et de leur action curative sur telle ou telle espèce de maladie. On reconnaît la spécificité des causes dans ce qu'il dit du génie épidémique..., etc.; la spécificité organique, dans l'action du mecon (pjxtov), ou meconium somnifère (jjnrpuoviov), dont le suc (ôtuoç) a formé otuov, et procure le sommeil; dans l'action des cantharides sur la vessie, de l'ellébore sur l'intestin ; et la spécificité thérapeutique, dans l'action de la limaille d'airain sur les pâles couleurs.

10° De la chirurgie d' Hippocrate.

Si quelque chose peut montrer jusqu'à quel point la médecine était avancée au temps d'Hippocrate, nonobstant ce que disent les historiens sur son ignorance de l'anatomie normale et pathologique, c'est l'état de la chirurgie à cette époque. On en faisait beaucoup sans en prononcer le mot, qui n'existe pas dans les œuvres hippocratiques, et qui n'a été créé que beaucoup plus tard. La saignée du bras, de la main, de la langue, de l'occiput, du jarret, des malléoles, atteste des connaissances très-profondes en anatomie, et révèle une étude très-minutieuse des veines du corps humain. Le traitement de Yesquinancie par un tube (Leclerc, p. 221) placé dans le gosier, afin d'empêcher la suffocation (De morb., lib. III) ; de Y iléus par Yinsufflation du gros intestin avec un soufflet de forge introduit dans le rectum, et suivie d'un lavement qu'on fait garder en bouchant l'anus, indiquent une connaissance très-exacte des lésions cadavériques de cette maladie (De morb., liv. III, chap. 16-24). Il en est de même du traitement de la phthisie par ce qu'il appelle la purgation du poumon, ou injection dans la canne du poumon (trachée-artère) d'une liqueur irritante, d'arum, d'ellébore, de fleur de cuivre, susceptible d'exciter une violente toux, et l'expulsion des matières purulentes contenues dans la poitrine (Des maladies, liv. II, et Des affections internes).

En disant :

a Ce que les médicaments ne guérissent, le fer le guérit, et si le 1er ne sert de rien, il faut avoirs recours au feu » {Epid., lib. VI), Hippocrate a formulé un principe qui n'est pas celui d'un art encore en enfance, mais qui relève d'une expérience aussi longue qu'intelligente et raisonnée. Il faut avoir beaucoup vu et beaucoup appris pour en arriver là, et les secours de la tradition ont dû ne pas lui être inutiles sous ce rapport.

Le fer et le feu étaient pour Hippocrate des moyens de petite et de grande chirurgie. Par le feu, il cautérisait sur plusieurs points la poitrine et le clos des phthisiques ; le ventre de ceux qui avaient la rate grosse ; le ventre des hydropiques sur la région du foie ; la tête, aux oreilles, à la nuque, à l'occiput, et auprès de l'angle des yeux, dans les violentes douleurs de tète; les tempes et la nuque dans les maladies des yeux, etc., etc.; et il se servait dans ce but de fers chauds, de fuseaux de bois trempés dans l'huile bouillante, d'un champignon qui est probablement de l'amadou, enfin de lin cru ou étoupe arrangée en moxa.

Avec le fer, il faisait des incisions en couronne autour du front, et il y entretenait la suppuration au moyen de la charpie, dans les douleurs de tête, dans les fluxions qui se jettent sur les yeux C'était là de la dérivation. Il ouvrait le crâne au moyen du trépan dans une espèce de douleur de tète, qu'il croyait causée par une eau renfermée entre le crâne et le cerveau; et dans les fractures du crâne pour relever les os enfoncés, pour enlever des esquilles pouvant blesser le cerveau, et pour vider le sang et le pus qui pouvaient se trouver sous la calotte crânienne. C'était là une grande hardiesse, et, il faut le dire, une merveilleuse entente de Tanatomie pathologique dont on lui a dénié trop arbitrairement la connaissance.

Par le fer, il traitait Yempyème et Yhydropisie de poitrine qui avaient résisté aux moyens médicaux. Dans Tempyème, outre ce qu'il appelle la purgation de la poitrine par des injections bronchiques irritantes d'arum ou d'ellébore, quinze jours après le temps où il supposait le pus formé dans la poitrine, il faisait asseoir le malade et lui secouait assez fortement les épaules pour savoir de quel côté se tronvait l'épanchement : c'est ce que nous appelons la succussion hippocratique. Un bruit de flot lui annonçait le siège du mal, et si l'épaisseur des chairs ou la qualité du pus empêchait la production du bruit, il choisissait le côté où il y avait dilatation et douleur. Avec un rasoir, il incisait la peau de côté, assez en arrière, et le plus bas possible, entre deux côtes; puis, prenant un instrument étroit et pointu, garni dans toute sa longueur, à l'exception de la pointe dans

la longueur d'un ongle du gros doigt, il le poussait dans la plaie jusqu'à cette profondeur, et faisait sortir le pus. Après une évacuation suffisante, il bouchait la plaie avec du linge maintenu par un fil, recommençait l'évacuation du pus tous les jours pendant dix jours, et après l'écoulement déjà plus grande partie du pus, il seringuait dans la poitrine du vin et de l'huile qu'on y laissait douze heures.

Quand l'écoulement devenait clair et gluant comme de l'eau, il mettait une courte sonde d'étain pour le passage du liquide, et quand l'humeur se tarissait, on diminuait le volume de la sonde, ou l'on fermait la plaie.

Dans Yhydropisie de poitrine, il prenait la troisième côte en commençant à compter par en bas, et y pratiquait le trépan; il tirait une petite quantité d'eau de la poitrine, bouchait la plaie avec de l'étoupe, une éponge molle par-dessus, et maintenait le tout par une bande. Chaque jour, pendant douze jours, il soutirait une nouvelle quantité d'eau, puis enlevait le reste en une seule fois, et travaillait à sécher la poitrine par des médicaments et un régime particulier (Des affections internes).

Dans Yhydropisie du ventre, ce que nous appelons ascite, il pratiquait la ponction de l'abdomen auprès du nombril, et en arrière auprès de la hanche. Il en faisait autant dans le dos en cas d'abcès du rein, et avait déjà appris l'utilité, en certains cas, des mouchetures de la peau des jambes et du scrotum dans Y enflure qui caractérise l'anasarque.

C'est à lui qu'on doit les meilleurs préceptes de l'opération du trichiasis (De vie. ratione inacutis); et les premiers conseils écrits, reproduits plus tard par Celse, sur le traitement des os cassés et disloqués, sur les bandages, sur les moyens d'arrêter le sang dans les hémorrhagies, et sur la cicatrisation des plaies et des ulcères ; ainsi que desréflexions, encore aujourd'hui pleines d'actualité, sur le danger des plus petites blessures, comme une très-petite plaie au front avec carie osseuse suivie de mort, sans doute par infection purulente; ou une simple plaie au doigt causant des convulsions mortelles (probablement le tétanos), etc. Mais ce qui doit causer la plus grande surprise, et je dirai même une réelle admiration, c'est le traitement de la pierre par Y opération de la taille. Il est certain que si les Grecs n'avaient pas connu l'anatomie du bassin, ils n'auraient jamais osé entreprendre l'ouverture de la vessie par le périnée, car les motifs du choix de cette région sont exclusivement anatomiques et tirés de la crainte qu'on avait sans doute alors d'ouvrir le péritoine. C'est une gloire qui ne revient pas à Hippocrate, et qui, tout entière, se rap-

porte à la science de son époque. Jamais, en effet, le père de la médecine n'a pratiqué la taille, et il redoutait à ce point l'inexpérience de ses disciples, qu'il leur faisait prendre l'engagement de ne point tailler ceux qui ont la pierre, et de laisser faire cette opération à ceux qui en ont pris la spécialité, admirable leçon faite pour inspirer la conscience des médecins, et pour les engager à ne se charger que de ce qu'ils savent réellement bien faire.

1 1 ° Des aphorismes.

Les aphorismes sont le témoignage de la manière dont on observait au temps d'Hippocrate, alors que, privé de moyens faciles d'exprimer sa pensée, on était obligé de dire beaucoup de choses en peu de mots. Ce sont des résumés qui pourraient donner lieu à de nombreux commentaires et qui renferment, comme la science du temps, autant de vérités que d'erreurs. C'est la médecine hippocratique condensée en un certain nombre de propositions concises, relatives à la philosophie de la médecine, au diagnostic, à la thérapeutique, et surtout au pronostic des maladies. Pour les comprendre et pour en profiter, il faut être très au courant de la science, et avoir étudié à fond les doctrines de leur auteur. C'est par là qu'il faut terminer la lecture des œuvres d'Hippocrate.

Les Aphorismes comprennent sept sections :

Dans la première, se trouvent des aphorismes sur l'utilité et sur le danger des évacuations naturelles ou provoquées dans les maladies. Il y en a d'autres sur le danger de la diète trop absolue :

« Il est d'autant plus dangereux de tenir les malades à une diète prolongée que, lorsque ensuite on veut les nourrir, on éprouve plus de difficulté. »

Pour Hippocrate, la diète n'était utile qu'à l'instant du plus haut degré des maladies aiguës.

Là il est dit que ce sont les vieillards qui supportent le plus faciement la diète, puis les hommes faits, puis les jeunes gens, puis es enfants.

Il faut plus de nourriture en hiver et au printemps que dans l'été, et il y a lieu de tenir compte de certaines dispositions individuelles qui supportent plus difficilement la diète que les autres.

Quand une maladie a été combattue avantageusement, et que tout annonce qu'elle va disparaître, Hippocrate conseille de laisser agir la nature, et à ce moment de ne faire aucun traitement actif.

Dans la seconde section, Hippocrate parle du sommeil, et indique celui qui répare et celui qui ne répare pas.

« Quand le sommeil l'ait cesser le délire. r.Ysl un bon signe

Il parle des lassitudes spontanées qui annoncent les maladies.

Dans les maladies aiguës, la prédiction du retour à la santé, et celle de la mort, ne sont jamais absolument sûres.

Ilippocrate parle ensuite des jours où se montrent les crises dans les maladies aiguës.

Les contraires guérissent par les contraires.

La fièvre qui complique les convulsions n'est pas très-grave, tandis qu'au contraire, dans les convulsions qui compliquent la fièvre, le pronostic est très-grave.

Dans un autre aphorisme, il recommande de se tenir sur ses gardes, quand, dans le cours d'une maladie aiguë, les symptômes disparaissent, et le retour à la sanlé semble s'effectuer, car la maladie reparaît presque toujours.

Il n'y a pas trop à s'inquiéter des aggravations qui ne sont pas dans l'ordre de la maladie.

Il est très-fâcheux de voir maigrir très-rapidement un malade dans le cours d'une fièvre.

Lorsque chez les convalescents qui mangent bien, la réparation ne se fait pas, il faut craindre qu'une nouvelle maladie succède à celle qui vient de guérir.

Une maladie est d'autant moins dangereuse qu'elle frappe un âge, qui, d'ordinaire, y est plus sujet.

Dans l'épilepsie, la guérison n'est possible que si le mal s'est montré avant l'âge de vingt-cinq ans.

Quand deux souffrances naissent au même instant sur deux endroits différents du corps, la plus forte enlève l'autre.

Dans la troisième section, il y a quelques aphorismes sur l'influence des saisons , des tempéraments et des âges sur la production des maladies; sur l'emploi de l'ellébore, sur le vomissement de sang et sur les maladies aiguës qui viennent aggraver la marche des maladies chroniques.

La quatrième section renferme des aphorismes sur les purgations, sur les fièvres, sur les sueurs et les urines. Tout ce qu'elle renferme est de la plus haute importance.

Dans la cinquième section, il y a des aphorismes sur les spasmes, sur la phthisie et l'empyème, enfin sur la grossesse.

La sixième et la septième section sont presque tout entières consacrées au pronostic, et tout ce qui s'y trouve annonce une grande expérience des maladies, ainsi qu'une tradition déjà ancienne de connaissances relatives aux études médicales. On y trouve quelques

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