‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 278 sur 327 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

sévérité des édits pour ne pas fermer la carrière militaire à leurs membres ? Les Madaillan n'avaient-ils pas eux aussi accepté un peu par contrainte leur conversion et gardé au fond du cœur des sympathies pour la religion d'Isaac, d'Elie et de Jean, comme un vieux, le vain de réforme qui fermenta de nouveau aux premiers effluves de la révolution ? En 1787, Louis XVI rendit l'accès des grades militaires aux protestants ; on n'eut plus dès lors à se préoccuper des extraits baptistaires et des certificats de catholicisme ; chacun pouvait revenir à ses préférences et les Madaillan du Cauze, laissant s'effacer volontiers le souvenir de l'abjuration des leurs, s'en tenaient à la religion protestante qui avait été pendant si longtemps celle de presque toutes les branches de leur famille et constitué pour ainsi dire une possession d'état.

Le 24 juin 1777, par contrat passé par devant Charbonnier notaire royal, Simon de Madaillan acquit de messire Marc de Vaucocour, le domaine et le château de Costy situés dans la paroisse d'Agnac et confinant au Cauze. Dans cet acte qui fut signé au château du Cluzeau paroisse de Flaujeac en Périgord, appartenant à Marc de Vaucocour, le vendeur et l'acheteur se qualifient l'un comme l'autre de « haut et puissant seigneur » (i), ce qui paraîtra peut-être excessif. Quelques années après, le « haut et puissant seigneur du Cauze » devait se contenter du titre plus modeste de citoyen et réclamer aux municipaux de La Sauvetatun certificat de civisme pour avoir le droit de vivre. Sa lettre qui ne manque point de dignité est écrite dans le style dithyrambique et boursouflé de l'époque. Elle se termine par une professsion de foi républicaine très catégorique qui fut bien accueillie quoiqu'elle put

I. Ârcb. de M. Aurélien de Vivie auquel appartieat aujourd'hui le château de Costy.

paraître suspecte. Simon de Madaillan ne se sentait assurément aucune vocation pour le martyre ; il avait alors soixante ans, aspirait au repos et voulait sauver sa tête ; c'est une excuse que n'ont pas les ralliés de nos jours.

Aux citoyens maire et officiers municipaux de La Sauvetat. Citoyens, Un article de la proclamation des représentants du peuple porte que tous les ex-nobles obtiendront avant huitaine un certificat de civisme et le corps municipal doit donner ces certificats. Je ne viens pas à vous en suppliant; les fautes seules tiennent cette posture. Mon amour seul pour les loix de ma patrie régénérée m'en fraye la route. J'ai fait dans le service militaire ce que tout bon et loyal citoyen aurait fait à ma place. Ni les infirmités inséparables des longues années, ni les intempéries des saisons, ni les ardeurs du soleil, ni la fraîcheur des nuits; rien ne m'a servi de prétexte pour décliner mon de\-oir. Fidèle à mon poste, j'y av donné l'exemple de la persévérance et quiconque aime à calomnier n'a qu'à épier ma conduite. Ennemi de toute insurrection subversive de l'ordre, j'ay écouté avec respect les décrets qui convoquaient les assemblées auxquelles j'ay assisté avec cette ponctualité qui était en moy moins une nécessité qu'une gloire. J'ay eu soin de transmettre à mes enfants ces impérissables leçons et mon espoir a été couronné de succès. .\lon fils aîné qui prodigue son sang en versant celuy de nos cruels ennemj's m'avait causé quelque inquiétude. Sa résidence parmi l'armée républicaine a soulagé mon cœur, et si le civisme modifie la loi quant aux ex-nobles, j'espère que le sien le fera rester au camp jusqu'à ce que la mort l'en arrache, ou qu'il le quitte pour venir remettre dans mes mains les lauriers que luy aura fait cueillir son courage. Si 'ces témoignages peuvent me servir, je vous les offre et comme vrays et comme républicain.

.\Iadaillan. — 1793 (1).

Voici le certificat qui lui lut délivré.

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