CONCLUSION
C'est ainsi que les dignes descendants de la plus illustre famille de TEurope, dont l'histoire de plusieurs siècles enregistre les héroïques exploits et les mâles vertus, ont offert à leurs contemporains et continuent de leur offrir un magnifique exemple de dévouement. Au lieu de se livrer à de vaines compétitions de pouvoir ou de se retrancher dans une existence oisive et mondaine, les Lusignans appliquent leur vaste intelligence à d'infatigables et utiles travaux. Cette race royale, si chère au cœur des populations de la Grèce et de l'Arménie, mérite donc les sympathies de l'Europe occidentale.
Sans aspiration dynastique, absorbée par des travaux scientifiques et par la pratique des bonnes œuvres, loin de rêver la triple couronne de ses ancêtres, elle n'ambitionne que le développement du progrès, du bien et de la civilisation.
Son Altesse est un grand humanitaire : plein de compassion pour toutes les misères qu'il soulage avec une charité inépuisable, il a sa porte ouverte à toutes les infortunes. Comment dès lors s'étonner de la popularité qui entoure son nom ? Et cependant, malgré son prestige royal, malgré ses travaux immenses, malgré sa fortune, le très digne prince Guy est encore un modeste qui n'est bien connu que des
savants. Ne réunit-il pas dans son auguste personne la triple auréole de la science, de la vertu et de la charité? Ces admirables qualités remplacent aujourd'hui avantageusement les trois couronnes de ses ancêtres.
A la fin d'un magnifique article, la Revue Contemporaine, en date du i5 décembre 1889, adressait les paroles suivantes à Son Altesse Royale :
« Si jamais un prince pouvait mériter le respect par son nom seul, c'est, croyons-nous, le prince de Lusignan, si digne d'un des trônes de ses pères, en dépit et à cause même de sa louable modestie. »
Un grand journal américain, connu par ses tendances républicaines, s'exprimait ainsi : « Le prince est un travailleur énergique, si tous les princes lui ressemblaient, on leur pardonnerait facilement leur naissance. »
Le Patriote du XIX'^ Siècle disait aussi : « La France peut être fière d'avoir su enchaîner ce savant à son centre de civilisation, car il donne Texemple de la charité. Jamais ce prince n'a refusé son secours à un Français indigent. Sa fortune appartient aux pauvres, tout son être à la science, c'est-à-dire à la France. »
Ses ouvrages, si précieux pour les orientalistes, mériteraient d'être plus étudiés, puisqu'ils concourent à la mission sublime — elle est chrétienne et française — d'initier les peuples de l'Orient à la civilisation européenne, par la langue et l'influence de notre pays. Mais le temps fera son œuvre.
Nous ne savons quelle destinée Dieu réserve aux augustes descendants de cette Maison souveraine. Nous ne savons si le drapeau antique des Lusignans, grâce à la politique généreuse de l'Angleterre, flottera de nouveau dans l'ile de Chypre. Quel que soit l'avenir, nous sommes fiers de posséder un prince si humanitaire, si savant et si distingué dans notre
belle France, qui fat le berceau de sa race ; et nous souhaitons ardemment, pour les malheureux de Chypre et d'Arménie, que le triomphe de ses droits lui permette bientôt de tenir le
sceptre indestructible de la charité, comme ses illustres ancêtres ont tenu celui de la gloire et de la puissance.
Terminons notre travail par la Liisignane, charmant poème d'Abel Letalle :
A Son Altesse Royale Monseigneur le Prince Guy de Lusignan.
LA LUSIGNANE
Pour loyauté maintenir.
Parmi les noms fameux qu'enregistre l'histoire, Pfvrmi tous ces soleils et toute cette gloire
Qui rayonnent sur l'univers, Prince, vous êtes grand, vous êtes magnanime ! Et, parmi les géants, vous êtes le sublime !...
— Pardonnez à mes humbles vers.
Quand le marbre ou l'airain fait revivre à la foule Les héros, morts vainqueurs, que le lourd canon foule
Sous son tonnerre furieux, Prince, le peuple encense, en son cœur qui délire, Ces hommes immortels — pour moi, je les admire,
Pour en faire un instant des dieux.
Et j'admire leurs fronts, les sachant héroïques, Leurs fronts que mille éclairs ont rendus si stoiques,
Leurs fronts éprouvés tant de fois...
Et je me dis : « C'est là que le cœur se reflète. C'est là que le penseur, c'est là que le poète
Reconnaît l'homme et ses exploits. »
C'est pourquoi, quand je scrute en ma pensée intime, Le passé glorieux, je te sens légitime,
Voix qui parles de souvenir !
L'homme est tombé, c'est bien, l'homme n'a pas de foudre, Et l'on dit : « C'est un corps qu'on va réduire en poudre ■•.
— Non, c'est un cœur pour l'avenir !
Mais, parmi cette page où la gloire énumère, Pour les siècles futurs, sa valeur si prospère.
Grave et superbe monument 1 Il est de ces débris que le temps éparpille. Mais, Prince, votre nom en lettres d'or scintille
Dans un pompeux rayonnement.
Oh ! quand nous évoquons aujourd'hui dans nos âmes. Tous ces preux chevaliers, ces généreuses ilammes
Que la foi mettait dans leur cœur ; Quand ils allaient, bravant toutes les injustices, Et toutes les fureurs avec tous les supplices,
Guidés par la croix du Sauveur !
Oh ! nous sentons alors notre race immortelle
Dans ce transport sacré. — Nous i-ous disons : « C'est elle,
La voilà, soleil radieux !
Le voilà, notre sang, c'est le sang de la France ! » O passé ! montre-nous la divine espérance,
Et guide-nous par tes aïeux !
Car la foi soutenait leur sublime conquête,
La splendeur des saints lieux auréolait leur tête.
C'est le ciel qu'ils voyaient s'ouvrir ; Rien ne les ébranlait dans leur pèlerinage. Car l'héroïsme était leur plus bel apanage,
Croyants, ils savaient bien mourir.