FRÉGATES LEGERES
L'Aurore , capitaine de Chammartin.
La Gaillarde. ... le sieur de Grosbois.
La Subtile le sieur Roy, dit Champagne.
La Tempête. ... de Méricourt.
La Railleuse. . . ; de Gravenson.
m HISTOIRE DE LA ;||AlllN£. — IffTS —
BRULOTS.
Le Serpent, capitaine Rocuchon.
Le Déguisé Chaboisseau Tainé.
Le Fanfaron Ozée Thomas.
Le Trompeur Chaboisseau le cadet.
L'Inconnu Yidau.
L'Émerillon Serpeau.
Le Sauvage Jean Etienne»
Le Voilé Tortel.
En tout trente vaisseaux, cinq frégates et huits brûlots.
L*amiral, suivi de toutç Tannée , courut donc grand largue à peu près jusqu'à la hauteur du cap Lézard. Alors le pilote fit serrer le vent afin de faire le nord-nord-est pour gagner Portsmouth. Comme, d*après les instructions de Tamiral, le pilote avait Tordre de ne pas trop s'éloigner des côtes de France jusqu'à la hauteur de Guernesey , afin d'avoir des havres de retraite à portée dans le cas où Ton rencontrerait la flotte hollandaise; Tannée française, ayant passé au vent d'Ouessant, prolongea le partie septentrionale de la côte de Bretagne, qui s'étend depuis la pointe de Landegwan jusqu'aux îles Molèneet Lauiou, et serra la côte d'assez près pour voir les affreux brisants de ces parages , les plus dangereux de toute la Manche.
— Pilote, — dit le chapelain à Gaulhedek qui, une fois hors de la passe , avait remis le gouvernail aux mains du second, — nous croyez-vous assez auvent de cette côte si hérissée d'écueils? vojez donc quoique le vent vienne presque de terre, quelle écuine sur ees rochers !
— Eh bien, mon père, s'il soufflait un vent d'Avell-fall», quand même il ferait nuit... une nuit du mois noir*, malgré cette nuit, vous verriez d'ici, comme vous la voyez à cette heure, cette écume aussi blanche que du lait... Mais que Notre-Dame d' Auray vous en garde jamais , mon père. . . car, quoique je sois né à Tîle de Batz, et que je connaisse ces rochers et ces brisants, depuis le Taureau jusqu'à la pointe Arcoêstel , quand je dois approcher de ces parages maudits, hélas ! comme nous disons en breton : bisoy quen me conseaff a maru garu ne marna ff! (je ne dors jamais que je ne meure de mort amère î )
' Vent du nord-ouest.
^ Le mois de novembre.
-^ Sans doute , ces parages sont daligereux , pilote , *— dit Famiral; — mais avec la grâce* de Dieu, de bons yeax et une bonne sonde...
— La grâce de Dieu , et de Noti*e-Dame d'Auray , peut vous retirer des brisants, aussi facilement qu'un enfant peut retirer une coque de noix d'entre des roseaux, monseigneur... mais les yeux, la sonde et la science du marinier ne peuvent rien sur le pouvoir de Teuss*, et si Notre-Dame d'Auray vous abandonne à Teuss, les démons des grèves de Saint-Pol se chargent de vous. Mais, monseigneur, ne parlons pas de cela devant cette côte, s'il vous plaît
Et le pilote se retira gravement après avoir salué Famiral et fait un signe de croix. •
— Et qui dirait, mon père, qu'un homme bien ferme dans le danger, et que ses connaissances élèvent au-dessus du vulgaire, soit sujet à d'aussi singulières superstitions ? — dit M. d'Estrées au chapelain, après que le pilote se fut retiré.
— Permettez-njoi de vous faire observer, monsieur Je comte, qu'il y a beaucoup de vrai dans ce qu'il dit , et que ce qu'il appelle les démons de la côte de Saint-Pol sont au moins aussi cruels que l'était jadis Nauplius, lequel Nauplius, pour se venger sur les Grecs de la mort de son fils Palamedes, les voyant en revenant du siège de Troie, accueillis par une furieuse tempête, monta sur un rocher où il alluma un grand feu, les trompant par ce phare mensonger , de telle sorte que la flotte grecque donna à travers des écueils, croyant entrer dans un havre bien assuré ; mais au moins, si Nauplius vengeait son fils par un moyen cruel et blâmable, je le sais, au moins il ne profitait pas des débris de la flotte grecque.
— Mais le droit du bris% mon père, est aboli sur toutes les côtes de France... et cette coutume monstrueuse n'existe plus, grâce au ciel.
* Teuss, dieu des tempêtes.