COMMUNIQUÉE PAR LA FAMILLE COLBERT
Nous nous faisons un devoir d'insérer la note suivante, qui nous a été transmise par les descendants de la famille Colbert, tout document historique concernant ce grand homme devant être accueilli comme une bonne fortune pour la France. Un grand nombre d'historiens ayant avancé que Colbert était (ils d'un marchand, et un passage cité par nous », et extrait de l'instruction de Colbert à son fils, M. de Seignelay , tendant à faire adopter ce fait, les honorables descendants de ce grand homme pensent que la note détaillée des pièces suivantes peut au contraire prouver que Colbert était de noble extraction. Nous croyons qu'il est utile de donner, pour ainsi dire, le texte du procès, «ans néanmoins nous prononcer , laissant à l'opinion publique l'appréciation d'un fait historique qui, selon nous, n'est pas absolument décidé.
Voici la note des pièces que la famille possède.
1° L'acte de naissance de M. Colbert, du 29 août 1619 ;
2° Les preuves de noblesse pour l'ordre de Malte de Gabriel Colbert de Saint-Pouange, du 18 septembre 1647 ;
3° Les preuves pour le même ordre du propre lils de M Colbert, du 1" août 4667.
La première de ces pièces énonce que Jehan Colbert (Jean- Baptiste) est fils de Nicolas'vl de Marie Pussort. Le parrain est
1 Voyez, t. I, l' Instruction de Colbert à son fil* Seignelay; la phrase relative à la noblesse, tout entière dans le manuscrit original de Colbert, est biffée dans la copie de cette instruction faite par Seignelay. Les deux originaux sont à la Bibliothèque royale.
mcssire Cliarlcs Coltert , conseiller au siège* prcsidial de Vermandois ; la marraine , Marie Bachelier, veuve de feu messire Jehan Culberl.
Il n'y a rien dans cel acte qui puisse porler à croire que le père du grand Colbert ni aucune des personnes qui y sont nommées fussent des marchands.
La marraine, aïeule du baptisé , avait été mariée, par contrat du 2 janvier 1585, à Jehan Colbert, seigneur du Terron , nommé contrôleur-général des gabelles de Bourgogne et de Picardie, le 7 juin 1595, pour avoir contribué à la soumission de Reims à Henri IV. Marie Bachelier lui avait porté en dot la terre de Saint- Mars, en Champagne, qui passa à son second fils, Charles Colberl, parrain du grand Colbert, et qui plus tard fut président et lieutenant-général au bailliage de Vermandois, en 1633. Quant à Marie Pussorl, mariée, le 24 septembre 161 4, à Nicolas Colbert, seigneur de Vendière, elle était sœur de Henri Pussort, seigneur de Cernay, qui fut depuis doyen des conseillers d'Etat. Colbert n'avait que sept ans lorsque son père fut nommé capitaine de la ville et de la tour de Fismes. Appelé à Paris par son bcau-frére Henri Pussort, en 1630, Colbert (Nicolas) fut maitre-d'hôtel du roi en 1650, et conseiller d'Etat en 1652.
La seconde pièce (1647) justifie qu'antérieurement au crédit du grand Colbert, sa famille était non-seulement réputée noble, mais mémo qu'elle jouissait do la notoriété d'une noblesse ancienne , puisque la preuve pour l'ordre de Malte de Gabriel Colbert de Sainl-Pouange remonte à Gérard Colberl, écuyer, seigneur de Crèvecœur, né en 1500, auteur de la branche de Villacerf, et frère puîné iV Hector Colbert.
Cet Hector Colbert , écuyer . seigneur de Magneux , marié , en 1532, avec Jeanne Cauchon, dite de Condé, fille de Jacques Cauchon, écuyer, seigneur de Condé et de Vendière (cette dernière terre possédée par Jean-Baptiste Colbert du chef de celte dame , sa trisaïeule), est celui par lequel commence la preuve faite à Malte eu 1667, par Antoine-Martin Colbert, troisième fils du grand Colbert, et c'est cette preuve qui forme la troisième pièce.
Je suis heureux de pouvoir rendre ici un témoignage public de toute ma gratitude envers plusieurs de Messieurs les Bibliothécaires ou Archivistes de Paris, qui ont mis avec une si parfaite obligeance leurs richesses historiques à ma disposition.
En ce qui concerne la Marine, je citerai d'abord M. Régnier , chef du dépôt des Archives, ainsi que MM. Jal et Parisot, chefs de la section d'histoire au ministère de la Marine; car c'est à leurs bienveillantes communications que j'ai dû une grande partie des correspondances et documents inédits que j'ai cités.
M. Saunier, chef du secrétariat des Archives du royaume , en m'offrant les renseignements les plus utiles , m'a mis à môme de pouvoir tracer un relevé statistique des navires capturés par Jean Bart, en me permettant de compulser les jugements rendus par le conseil des prises.
C'est aussi avec un grand plaisir que j'exprime ici, d'une façon toute particulière, mes vifs et sincères remerciments à l'un de messieurs les conservateurs de la riche collection des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Non-seulement M. Champoluon-Fiueac a répondu à mes demandes avec la plus gracieuse et la plus inépuisable complaisance, mais encore il a extrêmement facilité mes travaux , en voulant bien me donner les indications les plus précieuses et les plus éclairées, qui m'ont sûrement guidé dan* la compulsation de masses de manuscrits presque absolument inex-
plorés jusqu'ici , tels que les papiers des ministères de Colbert et de Seignelay, les pièces authentiques des expéditions de Messine et de Pologne, etc., etc.
M. Mignet, directeur des Archives et Chancelleries au ministère des Affaires étrangères, s'est aussi empressé de me communiquer, avec la plus aimable bienveillance, les documents diplomatiques nécessaires à l'exposition fidèle que je pouvais faire des causes réelles et politiques qui ont amené les guerres maritimes les plus importantes du dix-septième siècle; documents que j'ai pu aisé ment recueillir, grâce à l'aide obligeante de MM. Jorellb père et fils, attachés au ministère des Affaires étrangères.
M. M \i.mn . conservateur des livres imprimés à la Bibliothèque Royale, a bien voulu aussi concourir au complément de cette œuvre, en m'ouvrant le trésor bibliographique à la tète duquel il est placé.
Je ne puis enfin terminer cette longue énumération des services rendus à la science par des hommes d'une érudition si reconnue et d'un talent si honorable sans dire aussi tout ce que je dois à M. Richard, attaché à la Bibliothèque du Roi, qui, mettant une conscience, un savoir et un intérêt des plus remarquables dans les recherches qu'il a bien voulu se charger de faire pour moi , a classé mes matériaux avec une haute sagacité , qui m'en a rendu l'emploi aussi fructueux que facile.
Paris, ce 30 avril 1837.
Eugène SUË.