‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 180 sur 239 · VRE HUITIEME · texte numérisé non relu

VRE HUITIEME

daient aux phénomènes météorologiques. Il s'agit donc ici j d’un calendrier astronomique ou d’une sorte d’almanach.

Nous sommes tenté de croire que nous avons ici le Liber anoe, qu’a publié Libri dans son Histoire des sciences mathématiques, et après lui M. Dozy, avec le texte arabe.

Nous trouvons môme, dans la préface de M. Dozy, des raisons à l’appui de notre manière de voir.

« Le texte arabe contient des choses qui ne sont pas dans le texte latin, mais, en général, ce dernier est plus étendu..' On y trouve notamment l’indication des lieux à Cordoue qu i j dans le voisinage de cette ville, où se célébraient les fêtes des saints, indication que l’autre texte ne donne jamais, et ce qui est fort curieux, c’est que les noms des martys du temps des princes Omaiyades Abdérame II, Mohammed et Abdérame III, s’y trouvent, tandis qu’on les cherche en vain dans l’autre version.

« De tout cela on serait presque tenté de conclure qu’à parler strictement notre calendrier n’est ni celui de Rabi, ni celui d’Arib, mais l’ouvrage d’une troisième personne qui, • après avoir abrégé les deux calendriers, les aura fondus eu un seul. Les différences notables entre la version arabe et la version latine font même penser qu’il y a eu deux abrégés, ou deux rédactions d’un seul abrégé. »

Cette troisième personne, dont parle M. Dozy, ne seraitelle pas Gérard de Crémone ?

En tout cas il nous semble que les difficultés énoncées par M. Dozy trouvent une explication facile en admettant Gérard comme traducteur.

Outre les traductions inscrites dans notre liste, il en est encore quelques autres attribuées à Gérard de Crémone.

1° On lui.attribue généralement la traduction du Traité de perspective d’El Hassan ebn el Heitsam, vulgairement connu sous le nom d’Al Hasen, mais sans apporter de preuves à l’appui. Cette attribution n’en est pas moins vraisemblable, d’autant plus que cette traduction ne porte pas de nom, et que Gérard a traduit le Traité des crépuscules du même auteur.

2° L’ouvrage de magie, connu sous le nom de Kiranides, sur lequel on peut consulter le Dictionnaire historique

GÉRARD EE CRÉMONE

de Marchand, est encore attribué à Gérard de Crémone.

3° M. Boncompagni, dans sa notice sur Gérard, a publié une traduction d’un traité d’algèbre qui commence ainsi :

Incipit liber qui secundum Arabes vocatur algebra et al mucabala, et apud nos liber restauracionis nominatur, et fuit translatus a Magistro Giurardo Cremonense in Toleto de arabico in latinum.

4° M. Boncompagni cite encore la traduction d’un traité d’astrologie d’Al Cbabitius, qui existerait à Oxford sous le nom de Gérard de Crémone. D’autre part, il en existe plusieurs exemplaires à Paris, mais sous le nom de Jean d’Espagne. Ce ne serait pas, du reste, le seul ouvrage traduit par d’autres, que ce traducteur aurait aussi traduit. C’est ainsi que le Secretum secretorum, attribué à Aristote, nous est arrivé en traduction latine sous le nom de Jean d’Espagne et sous celui de Philippe de Tripoli.

5° Rappelons encore, une autre traduction d’astronomie que nous avons déjà citée à propos des Tables de Géber ben Aflah, et qui paraît différente de la traduction de ces Tables. Elle existe à Oxford sous ce titre : Liber omnium splierarum celi et compositionis tabularum translatus a Magistro Gerardo Cremonense de arabico in latinum. L’explicit dit la traduction faite à Tolède.

Tel est donc l’ensemble des traductions de Gérard, à nous connues. Elles montent à soixante-seize.

Pour mieux faire comprendre l’importance de l’œuvre accomplie par Gérard, nous allons récapituler ces traductions par ordre de matières et par noms d’auteurs.

En suivant l’ordre établi par notre liste, on trouve qu’elles

se répartissent ainsi :

Dialectique . 3

Géométrie . 17

Astrologie (Astronomie) . 12

Philosophie . . . il

Physique (Médecine).. . . 21

Alchimie . . . . . 3

Géomantie . 4

Total . 71

Si nous faisons le recensement des auteurs traduits, nous trouverons les noms suivants :

Parmi les Grecs, Aristote largement représenté, Alexandre d’Aplirodisée, Tliémistius, Archimède, Euclide, Thé’odose, Ménélaüs,. Ptoleinée, Hypsiclès, Autolycus, Hippocrate et Galien ; et parmi les Arabes, Alfaraby, Tsabet ben Corra, les fils de Moussa ben Cbaker, El Khouarezmy, Send ben Aly, Ennaïrizy, Al Kendy, Alfargan, Géber ben Aflah, Macha Allah, Ebn el Heitsam, Sérapion l’Ancien, Isaac l’Israélite, Ebn el Guefith, Razès, Abulcasis, Avicenne et Aly ben Iiodhouan.

Il nous semble qu’on pouvait faire un choix plus mauvais parmi les philosophes, les mathématiciens, les astronomes et les médecins de l’une et l’autre catégorie.

Gérard a bien mérité de la science et du moyen âge en lui livrant une masse aussi considérable de traités scientifiques alors introuvables ou complètement inconnus.

Pour accomplir un labeur aussi considérable, il fallait l'homme laborieux et dévoué tel que la notice nous le révèle. Sa modestie, qui lui fit dédaigner de signer toutes ses traductions, l’a laissé dans un demi-jour d’où nous nous sommes fait un plaisir de le retirer.

On sait quelle était la pauvreté scientifique du moyen âge quand apparut Gérard de Crémone. Jourdain, qui l’a signalée dans ses Recherches surles traductions d’Aristote, ne connaissait de Gérard que vingt traductions sur soixante-seize, dont la moitié relatives à la médecine. D’Aristote, il ne connaissait que celle des Météores et nous en connaissons six autres. Il ignorait absolument celles relatives aux sciences mathématiques et astronomiques. Nul doute qu’il eût autrement apprécié Gérard s’il avait connu, comme nous le connaissons aujourd’hui, son œuvre entière, et qu’il eût autrement jugé le mouvement scientifique de l’époque. On pourrait en dire autant, relativement à la philosophie, de l’auteur d’Averroès et l’Averroïsme (v. p. 201).

Gérard, à lui seul, mit en circulation une masse plus considérable d’idées que tous ses émules réunis., Si, parmi ses traductions, il en est de proportions exiguës, il en est aussi

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de grandioses, notamment celle du Canon d’ Avicenne, qui suffirait presque à elle seule pour occuper la vie d’un homme.

Comment s’étonner que ces traductions soient défectueuses, et qu’elles soient écrites dans un latin barbare ? Gérard n’avait pas seulement la langue arabe à apprendre, mais pour ainsi dire l’encyclopédie des sciences à apprendre, car elles sont à peu près toutes, même les plus difficiles et les plus abstraites, comprises dans son œuvre. Pour l’une et l’autre tâche il n’avait pas les ressources que l’on possède aujourd’hui et qui rendent les traductions beaucoup plus faciles. C’est ce qu’ont oublié des critiques sévères, tous plus ou moins incompétents, sans en excepter l’auteur du livre de l’Interprétation, l’illustre Huet. Cette barbarie de langage que l’on reproche à Gérard était fatale. Gn n’écrivait pas alors comme on écrivit plus tard lors de la Renaissance. Cette barbarie, du reste, nous ne l’avons pas vue reprochée par des hommes spéciaux^ tels que les Libri, les Chasles, les Boncompagni, les Woepcke.

Quant aux équivalents qui lui ont fait défaut, pouvait-il en être autrement, vu l’époque où il vécut et l’immensité de son œuvre ? Du reste, parmi les termes techniques simplement transcrits, un bon nombre répondaient à des idées nouvelles et sont restés dans l’usage.

La technologie est le côté faible des traductions de Gérard, ce qui les rend plus ou moins incorrectes et leur donne parfois une apparence de barbarie. Si l’on compare la traduction de la Chirurgie d’Abulcasis avec celle du Canon d’Avicenne, on ne rencontre pas dans la première ce qui choque dans la seconde. C’est qu’ici la technologie occupe une place importante, particulièrement dans le deuxième livre. Beaucoup d’équivalents devaient nécessairement faire défaut, ayant trait à des substances nouvelles. D’autres étaient d’une détermination difficile, car on sait qu’après tant de commentaires la synonymie des Simples de Dioscorides n’est pas encore irrévocablement établie. La technologie grecque ne parvint à Gérard que défigurée par les copistes arabes, de là tant de transcriptions vicieuses, faciles du reste à rétablir

pour des arabisans, un grand nombre pêchant surtout par la position vicieuse des points diacritiques. Une traduction d’Ebn el Beithar, au lieu de Sérapion le jeune, eût épargné bien des dissertations souvent stériles aux Mattliiole et aux Saumaise, en même temps qu’elle eût évité des accusations à l’école arabe, faites par des savants munis de toutes les ressources modernes.

Avant de traduire, il faut commencer par assurer son texte. Ce dut être difficile à Gérard d’assurer celui d’Avicenne, quand on songe que l’édition de Rome, qui parut en des temps beaucoup plus avantageux, est cependant criblée de fautes.

Ilne faut donc pas s’étonner de rencontrer dans les traductions de Gérard tant d’épaves de la technologie arabe, mais s’étonner qu’un homme ait pu suffire à tant de traductions diverses, n’ayant, pour établir sa technologie, que l’étude approfondie des originaux.

La notice biographique de Gérard mentionneexclusivement des traductions. Elle ne laisse pas même supposer qu’il ait composé des ouvrages originaux.

Il existe à la Bibliothèque Bodléienne un traité d’arithmétique sous ce titre : Algorismus magistri Gerardi de integris etminutiis. M. Chasles s’est demandé si cet ouvrage ne serait pas de Gérard de Crémone. On le rencontre aussi à la Biblioque nationale, notamment aux n°s 7215 et 7292, mais sans nom d’auteur.

Il est encore d’autres ouvrages qui portent le nom de Gérard, que l’on a parfois attribué à Gérard de Crémone, mais qui appartiennent à des homonymes. Ces homonymes sont au nombre de trois.

Le premier qui porte aussi le nom de Gérard de Crémone, est plus connu sous le nom de Gérard de Sabionetta, parce qu’il naquit h Sabionetta, localité voisine de Crémone. Ce que nous savons de lui atteste qu’il vivait dans le courant du XIIIe siècle. Tiraboschi a misen avant l’hypothèse qu’il pourrait bien être le fils ou le neveu du premier Gérard, et cette hypothèse a été reproduite. On oubliait que notre Gérard le traducteur était entré dans les ordres, ainsi que nous l’avons vu dans la notice : Nostri gloria ckri, Tiraboschi propose

GÉRARD DE CRÉMONE

encore de laisser au premier Gérard les traductions, et de ‘ rapporter à Gérard de Sabionetta les ouvrages originaux. Cette opinion est erronée. Le seul écrit que l’on puisse attribuer pertinemment à Gérard de Sabionetta est la Theorica Planetarum, qui fut plusieurs fois imprimée, etdontRégiomontan fit une réfutation.

L’auteur de l’article Gérard de Crémone, dans la nouvelle Biographie universelle, fait un triage dans les traductions, et attribue les unes au premier Gérard et les autres au second. Nous ne saurions adopter cette manière de voir. La notice que nous avons exhumée après M. Boncompagni nous paraît un document beaucoup plus sûr que tout ce que l’on peut trouver dans les écrivains italiens, qui trop souvent font preuve d’ignorance. C’est ainsi qu’ils prennent le titre d’un livre de Razès, adressé à El Mansour, pour en faire le nom d’un grand médecin arabe. Que Gérard de Sabionetta ait connu l’arabe, ait fait des traductions, nous l’ignorons, et on ne nous en a pas donné d’autres preuves qu’en puisant dans la liste des traductions, qui nous paraissent incontestablement l’œuvre du premier Gérard, pour les attribuer au second. On lit bien dans Cremona illustrata que, sur l’invitation de Frédéric II, Gérard de Sabionetta traduisit Avicenne de l’arabe en latin, mais cela nous paraît simplement fabuleux.

Quant aux autres ouvrages attribués à Gérard de Crémone, et qui parfois portent son nom dans les manuscrits, nous renvoyons à la dissertation de M. Littré, inséréedans le tome XXI de l’Histoire littéraire. Nous nous bornerons à dire que M. Littré considère comme de Gérard ou Géraud du Berry la Summa medendi et le commentaire sur le Viatique, etcomme de Gérard de Solo Ylntrodudorius. Nous aurions bien quelques observations à faire, mais ce serait sortir de notre sujet.

Il existe à la Bibliothèque de la Faculté un Ms. contenant la traduction du commentaire d’Ali ben Rodhouan par Gérard de Crémone, avec la liste de ses écrits et la notice biographique. M. Franklin, dans ses Recherches , p. 143, donne le eontenu de ce Ms, Malheureusement on n’a pu jusqu’à présent nous le présenter1.

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