‹ Histoire de la médecine arabe (volume 2)Chapitre 33 sur 239 · ABOU MEROUAN EBN ZOHR · texte numérisé non relu

ABOU MEROUAN EBN ZOHR

Abou Merouan Abd el Malek ben Mohammed ben Merouan ben Zohr Elyady el Achbily fut le premier médecin de la famille. Son père Mohammed était un des traditionnaires et des jurisconsultes les plus renommés de Séville, et mourut à Talavera en 1031. Nous ignorons la date tant de la naissance que de la mort de son fils Abou Merouan, mais on voit suffisamment qu’il vécut au cours du XIe siècle de notre ère.

Abou Merouan se rendit en Orient, en passant par Caïrouan. Il se fixa au Caire où il exerça quelque temps la médecine. Il revint ensuite en Espagne et se fixa à Dénia qui appartenait alors à l’émir Moudjahed, auprès duquel il jouit d’une grande considération. Là il se fit une réputation de praticien qui se répandit par toute l’Espagne. Il revint ensuite à Séville où il passa ses derniers jours.

Tout ce que nous savons en outre de lui comme médecin se réduit à ceci, qu’il avait de l’antipathie pour les bains.

ABOUL OLA ZOHR BEN ZOHR.

Aboul Ola Zohr ben Abi Merouan ben Zohr, fils du précédent, se montra digne de son père et même le surpassa.

Nous igmorons la date de sa naissance, mais nous savons qu’il vécut jusqu'en 1131 et qu’il fut enterré à Séville près de la porte de la Victoire, où vinrent le joindre plusieurs de ses descendants.

Il étudia la médecine non-seulement sous son père, mais encore à l’école d’Àboul Aïna, médecin qui était venu de l'Orient en Espagne. Il l’exerça de bonne heure; du temps

de Motliad eil Billah Abou Amr ben Abad. Il fut aussi en j faveur auprès des Almoravides.

II jouissait d’une grande réputation comme praticien et. on vantait son habileté dans le pronostic et dans le traitement des maladies. Son pronostic se tirait particulièrement du pouls et de l’inspection dçs urines.

Le Canon d’Avicenne fut apporté de sou temps en Egypte. Ce livre qui annonce plutôt un génie méthodique qu’un praticien, ne fut pas de son goût. Il ne voulut pas lui donner place dans sa bibliothèque et même on dit qu il détachait des feuilles de son exemplaire pour y inscrire ses prescriptions.

Aboul Ola était encore un humaniste distingué.

Il composa plusieurs écrits.

Traité des propriétés.

Quand même cet ouvrage ne nous serait pas parvenu (1), nous pourrions le juger par les extraits que nous rencontrons dans le Traité des simples d’Ebn Beithar. Il y est cité une cinquantaine de fois. La plupart de ces citations ont trait à des animaux et à leurs propriétés médicales, et nous devons dire qu’elles portent généralement un cachet si prononcé de crédulité que cet ouvrage ne nous recommanderait guère l’auteur, s’il ne nous était connu d’autre part.

Quelques-unes des citations d’Ebn Beithar n’appartiennent pas à notre Aboul Ola.

Traité des médicaments simples.

Trompé par le catalogue, Wüstenfeld. a cru que cetouvrage existait à Paris sous le n" 1028, deuxième fascicule, mais c’est une erreur. Après avoir indiqué le premier, qui traite effectivement des médicaments et des aliments, la notice ajoute: Sequiturin eodem codice opusculum ejusdem argument i.

Nous allons voir. ce que contient en réalité ce deuxième opuscule contenu dans le n° 28.

Parmi les ouvrages d’ Aboul Ola mentionnés par Ebn Abi

(1) Nous le croyons représenté par le h" 1076, A. F. de Paris. Il existe aussi à Leyde, n" 1840, et à Vienne, n° 1460.

psaïbiah, nous trouvons celui-ci : Recueil d’observations ou d’expériences, ouvrage posthume dont Ali ben Iousef ben Tachfin fit recueillir les éléments sur les deux rives du détroit. Nous croyons que ce recueil est représenté par le n” 1028 de Paris, ainsi que par le n° 844 de l’Escurial, ancien 839, sur le compte duquel s’est aussi trompé Casiri.

Les deux Mss. nous paraissent représenter le même ouvrage. Nous n’avqns pu faire intégralement la collation, n’ayant avec nous à, l’Escurial que des notes prises sur celui de Paris, mais néanmoins suffisantes. Le début est absolument le même. D’ailleurs le Ms. de l’Escurial est dans un désordre notable par le fait du relieur ; des feuilles qui devaient être placées à la fin, se trouvent en tête du titre. Le caractère posthume de l’opuscule doit être aussi une cause de différences dans les copies.

Tel est le début dans l’un et l’autre manuscrit :

* Livre d’Aboul Ola ben Zohr, adressé à son fils.

Rappelle-toi, et que Dieu te conserve la santé, que la plupart des médecins de notre temps ne dirigent pas leur médication dans un sens contraire à celui vers lequel tend le tempérament, proportionnellement à cette tendance, de sorte qu’en employant des calmants ils suscitent au malade une affection contraire à celle qu’il avait déjà. »

Tiennent ensuite des préceptes marqués au bon coin, puis des recommandations relatives aux indications spéciales des médicaments suivant les organes malades.

Vers la fin les deux Mss. nous ont paru différer.

Ce qui se rencontre surtout dans celui de Paris, ce sont des recommandations, et dans celui de l’Escurial, des observations. Aussi trouvons-nous dans le premier: Ici finit le mémorial, Tedkira, et dans le second : Ici finissent les expériences, Moudjerbat.

Quant au titre donné par Casiri à cet opuscule, Utilia et vera, el Manafi ou el Haquïq, nous n’en avons pas trouvé la moindre trace.

Wüstenfeld a rapproché de ce Ms, le n° 1076 de Paris, mais nous croyons que ce manuscrit n’est autre que le Traité des

propriétés, qui se distingue, du reste, par sa forme alphabétique.

Tels sont encore des ouvrages d’Àboul Ola.

Réponse à l’adresse d’Ali ben Rodhouan à propos de son écrit sur le livre de l’introduction de Honein.

Eclaircissement des doutes de Razès sur les livres de Galien.

Remarques sur différents points des médicaments simples d’Avicenne.

Livre des dits mémorables en médecine. Cet ouvrage, ainsi que le dernier, est adressé à son fils.

Critique du traité d’El Kendy sur la composition des médicaments.

Hadji Khalfa parle d’un livre A’ Expériences d’Aboul Ola rédigé sous forme alphabétique, dont il fait le livre des propriétés. Nous ignorons s’il est différent de celui dont nous avons parlé.

Il en mentionne aussi un autre sous le titre El Idhah, dont nous ne trouvons pas trace ailleurs.

ABOU MEROUAN ABD EL MALEK BEN ABIL OLA BEN Z0HR, VULGAIREMENT AVENZOAR.

C’est ici le médecin le plus éminent de la famille, celui qui la résume et la représente à peu près exclusivement pour la généralité de nos historiens de la médecine, sous le nom vulgaire d’Avenzoar.

Formé à l’école de son père il devint un éminent praticien, d’un grand tact médical, d’une grande expérience, ne jurant plus sur la parole des anciens, mais soumettant leurs dires au contrôle de l’observation. Quelques historiens le considèrent comme le plus grand médecin de l’école arabe. On ne pourrait lui comparer qu’Avicenne et Razès, et encore faudrait-il écarter le premier de ces noms si l’on veut parler du véritable médecin, c'est-à-dire du médecin praticien. A ce

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point de vue il n’aurait de rival que Razès. Il dut sans doute cette supériorité à, la concentration de ses études sur le terrain de la médecine, car chez lui nous ne trouvons pas le médecin doublé, comme chez Avicenne et Razès, d’un philosophe et d’un savant encyclopédiste.

Nous ignorons la date de la naissance d’Avenzoar, mais nous savons qu’il vécut jusqu’en l’année 1162.

On lit dans le Colliget qu’il vécut 135 ans et ne commença l’étude de la médecine qu’à 40. Est-ce une erreur !

Après avoir servi les Almoravides, il passa au service des Almohade3, qui le comblèrent d’honneurs.

On sait qu’Abd el Moumen était un homme d’utie grande intelligence, d’un génie organisateur et qu’il encouragea la culture des sciences. Il prit Avenzoar à son service, et c’était lui qui était chargé de confectionner pour son usage la grande thériaque.

On raconte qu’Abd el Moumen voulut un jour user de purgatifs. Avenzoar sortit alors des routes vulgaires. Il imagina d’arroser une vigne avec une solution purgative, et quand elle eut porté des fruits, il les fit manger au Khalife émerveillé.

Nous citerons une autre anecdote.

En se rendant au palais, il rencontra plusieurs fois un individu affecté de tympanite avec une teinte ictérique. L’ayant un jour examiné de plus près, il vit à côté de lui une jarre dans laquelle il buvait. Il la cassa et l’on en vit sortir une grenouille. Te voilà guéri, dit-il au malade.

Avenzoar avait sur l'exercice de sa profession, certaines idées que nous devons relater, car elles ont aussi une certaine importance historique. Ces idées sont exposées dans son principal ouvrage, le Teissir.

En raison sans doute de sa haute position, il exerçait la médecine d’une manière assez aristocratique et 11 semblerait avoir astreint son rôle à celui de médecin consultant. Il dédaignait la pratique de la saignée et des opérations chirur-^ gicales qu’il considère cotnme le lot des aides, noùs alliohi dire des valets du médecin. Il a le mèine dédain pour là pfé* parution des médicaments. Il va même jus.qu’à dire qu’.jirest

certaines opérations qui sont indignes d’un homme libre, telles que l’opération de la taille, attendu que la loi défend de découvrir les parties génitales.

On est tout étonné d’entendre ces paroles en Andalousie, un siècle après Abulcasis.

Il nous semble permis d’en conclure la séparation actuelle des trois professions qui se partagent l’exercice complet de la médecine.

Cependant il ne faut pas prendre à la lettre ce dédain de la pratique chirurgicale qu’Avenzoar tenait en partie de son père, car nous le voyons parfois y déroger et saisir les indications opératoires avec le tact d’un ingénieux praticien. Il est probable que ces idées ne lui vinrent qu’avec les honneurs, et ÿù il en fut autrement dans sa jeunesse qui fut parfois éprouvée.

Il nous parle souvent avec amertume d’un certain vizir Aly qui le fit mettre en prison, et qui n’en eut pas moins recours à son ministère. Il s’agissait précisément d’un cas de chirurgie. Le vizir était affecté d’un panaris que l’on avait négligé. Avenzoar appelé en consultation voulait enlever immédiatement les parties mortifiées avec l’instrument tranchant, disant que si l’on avait recours aux caustiques ainsi que le voulaient ses confrères, le mal pouvait empirer en attendant leur action. Son avis fut rejeté et môme considéré comme dicté par la rancune.

Avenzoar eut' des élèves parmi lesquels nous signalerons 1 illustre Averroès, auquel il dédia le Teissir.

On dit qu’il mourut d’un abcès du côté, et qu’à ses derniers moments il fut pris de ce découragement que connut aussi Avicenne. Comme son fils lui donnait des conseils, il lui répondit: si Dieu a décidé que je change cette habitation, mes efforts ne pourront que concourir à l’accomplissement de sa .volonté.

C’était en l’année 1162, il fut enterré à côté de son père, à ^Séville, près de la porte de la Victoire.

Comme nous l’avons dit, Avenzoar ne fut pas un génie •'encyclopédique à l’instar de Razès et d’Avicenne. Ses ouvrages- opt exclusivement trait à la médecine,

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Il en est un que nous ne trouvons pas mentionné par les historiens, et qui existe à la Bibliothèque de Paris. C’e,st par celui-là que nous allons commencer. Il porte le titre d ’lktisad, et il est signé par Abd el Malek ben Zohr ben Abd el Malek.

: Ce manuscrit, qui contient 140 feuilles, est d'une belle exécution, mais la lecture en est très pénible, en raison de l’absence' des points diacritiques. Nous avons pu cependant y pénétrer en grande partie.

C’est un traité de médecine fruit de sa jeunesse, qui fut écrit sur l’invitation de l’émir Ibrahim ben Yousef ben Tachfin, dont le nom figure au début. Vers la fin, nous rencontrons encore ces expressions : Monarchie des Marabouts, puissance des Lemtounes.

Nous en relèverons quelques passages.

Il y a.. deux médecines, dit l’auteur, celle du corps et celle de l’âme. Quant à l’âme on en admet trois, dont l’âme raisonnable, qui siège au cerveau, et qui distingue l’homme de l’animal. La langue étant l’interprète du cette âme, c’est par les maladies de cet organe que Fauteur croit devoir entrer en matière. Il traite ensuite des maladies de l’œil, parce que l’œil est le plus noble des sens. Suivent celles de l’oreille, de la tête, etc.

A propos des mamelles,, nous lisons : Il y a des nations qui les aiment volumineuses chez les femmes, ainsi les Arabes et les Almoravides, que Dieu les protège ! ,

Plus loin nous lisons que les ulcères se. présentent à la verge aussi bien qu’en toute autre partie du corps.

En traitant de la grossesse, iPne: craint pas de donner des recettes pour empêcher la conception',, par la raison qu’elle ne convient pas à tout le monde.

A propos des fractures, il dit que l’anatomie des os est chose facile à connaître, qu’il suf&t de les mettre en place et de les examiner, ce qui semblerait indiquer que les médecins avaient des os à leur disposition.

Vers la fin du livre, nous trouvons des recettes particulièrement rédigées à l’adresse des rois.

Un autre ouvrage, qui se trouve aussi à Paris, est le Traité

des aliments et des médicaments. 11 fait la première partie du Ms. coté 1028, ancien fonds, et contient une quarantaine de pages seulement.

Il débute par les aliments, qui occupent la plus grande place. Il les considère d’une façon générale et s’occupe plutôt de leurs propriétés que de leur description.

Il les considère d’abord au point de vue des saisons. La digestion, dit-il, étant plus active en liiver qu’en été, on doit alors manger davantage et des aliments chauds et secs. Il traite ensuite des différentes sortes de pains, tant au point de vue de leur préparation qu’à celui de leur composition. C’est ainsi que nous voyons du pain confectionné avec du sorgho, des fèves, des pois, du riz, etc. Il passe ensuite aux viandes empruntées aux divers animaux, et raconte qu’en un temps de disette on fit un usage avantageux des serpents.

Viennent ensuite le laitage, les fruits, le sucre, les préparations au sucre et au miel, les boissons, les confitures, enfin les médicaments, qui sont très sommairement traités. L’ouvrage se termine par les autres parties de l’hygiène.

En somme, cet ouvrage ne manque pas d’intérêt et se place avantageusement à côté de ces innombrables traités des médicaments simples que nous ont laissés les Arabes, exécutés au point de vue descriptif et particulier.

Le livre le plus important d’Avenzoar, et qui lui a fait une juste réputation d’éminent médecin, est le Teissir, sur lequel nous allons nous arrêter.

Cet ouvrage- non-séulement nous est parvenu, car il existe particulièrement à Paris sous le n* 1028, dont il occupe les feuilles de 50 à 175, mais il a été traduit en latin et imprimé plusieurs fois, seul ou associé. t »

DéjàFreind en a fait une assez longue analyse, qül nous permettra de ne pas nous arrêter sur toutes les parties qui mériteraient d’être signalées.

Le Teissir est aussi un Traité de médecine, comme l’Ikti— sad, mais il porte le cachet de la maturité, et il est digne d’Averroès, auquel il fut dédié.

Ce qui caractérise le Teissir et lui fait une place à part entre toutes les productions de la médecine arabe, c’est que

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l’auteury parled’abondance et avec une entière indépendance de la tradition.

Il n’a pas la déférence de Razôspour les travaux antérieurs, il ne songe pas ainsi qu’Ali ben Abbas et Avicenne à faire un travail méthodiquement ordonné. Avenzoar se croit en pleine possession de la science médicale et il parle en maître. Si l’occasion se présente parfois de parler des anciens, il traite avec eux d’égal à égal, et, le cas échéant, relève les opinions de Galien et les met en présence de l’observation. Nul autre, parmi les Arabes, n’apporte aussi fréquemment à l’appui de ses préceptes le résultat de son expérience. Quant à l’ordonnance dé son livre, elle est toute empirique et poursuit les maladies de la tète aux pieds.

Comme nous l’avons déjà dit, malgré la hauteur avec laquelle il traite la chirurgie, maintes fois il lui arrive de faire acte d’excellent chirurgien.

Les réflexions de Freind nous dispensent d’entrer dans de plus longs détails. Nous nous contenterons de rappeler ce fait où, consulté par un malade, il en référa à son père, qui lui mit entre les mains un passage de Galien et lui dit : Lis cela et si tu n’es pas fixé, ne te mêle plus de médecine.

Nous ajouterons cependant quelques observations que nous a suggérées la lecture de l’original.

Il raconte vers le milieu de son livre un voyage qu’il fit par ordre d’Abou Zacharya Iahya ben lamour, où le vent et la pluie lui suscitèrent un engourdissement de la jambe gauche. La traduction latine a méconnu le nom de ce personnage, et l’exprime ainsi : Et mihi jam accidit quod tibi dicam quod eundo precepto regis in abuzacbadria, cum frigorc vehementi, etc.

Nous pensons que le- personnage dont il est ici question n’est pas autre qu’un certain gouverneur de Niebla, dont nous avons retrouvé la trace. En l’année 1151, il aurait fait exécuter huit mille habitants de cette ville, en punition de s’ètre livrée à un rebelle du nom d’El Ouchby. Cet acte de rigueur fut désapprouvé par Abd el Moumen qui mit le gouneur aux arrêts. Ebn Khaldoun, dans son Histoire des Berbères, lui donne le nom d’Iahya ben laghmour (traduction

de Slane, II, 192) et M. Romey.dans son Histoire d’Espagne, l’appelle Abou Zacharya fils d’Ioumer, VI, 90. Il nous paraît évident qu’il faut lire aussi, dans le texte du Teissir, Iaghmour ainsi que dans Ebn Kbaldoun. On sait que ce nom était celui du fondateur de la dynastie Zeyanide à Tlemcen.

Il est d’autres aberrations h signaler dans la traduction latine.

Avenzoar raconte que son aïeul rapporta de l’orient de l'huile de baumier, douhn bachamy, dont il vante l’efficacité contre la paralysie. La traduction latine écrit Alquisemi, qui ne signifie rien.

Un peu plus loin à propos de la fièvre putride, il dit que certaine médication serait impuissante à l’enrayer, fut-on un Escalape. Au lieu d’Esculape, le latin a mis Archilinus.

Deux fois, autre part, il rappelle son séjour à Maroc, Marrakech,' et le traducteur a pris ce mot pour Marestan qui signifie un hôpital. Nous avons tenu à cette rectification pour la raison suivante.

Dans nos recherches sur les institutions médicales chez les Arabes, nous avons constaté avec surprise que les hôpitaux ne s’étaientpas établis en Espagne comme dans l’Orient, et nous n’avons guère trouvé mentionné que celui d’Algésiras. En lisant la traduction latine, on croirait Avenzoar chargé d’un service d’hôpital.

Dans une consultation dont faisait partie son aïeul, se trouvait un médecin que la traduction latine appelle Aven Motaref. Ce médecin n’était autre qu’Ebn Ouafed, dont nous avons fait Ebn Guéfith.

Ces défauts ne sauraient nous étonner, la traduction n’ayant pas été faite directement de l’arabe, mais d’après l’hébreu, par le concours de deux interprètes, ainsi qu’il est arrivé souvent en Espagne. Cette traduction se fit h Venise en 1280.

Parmi les ouvrages d’ Avenzoar que nous no possédons plus, nous citerons un Traité de cosmétique reproduit deux fois dans la liste de Wiistenfeld, sous le titre Liber ornamenti et sous celui de Liber de decoratione ; un Traité de la lèpre et de l’impetigo, un Mémorial adressé à son fils sur

ce qu’il faut faire d’abord dans le traitement des maladies, et un autre sur l’administration des purgatifs.

Outre ces renseignements tirés d’Ebn Abi Ossaïbiab, nous lisons dans Hadji Ithalfa qu’Avenzoar publia un livre d’aphorismes, et que s’étant borné à donner le traitement des maladies dans le Teissir, il le compléta par un supplément auquel il donna le nom de Djami, qui paraîtrait exister à la Bibliothèque Bodléienne.

EL HAFIDH ABOU BEIOt BEN ZOHR.

Abou Bekr Mohammed ben Ali Merouan ben Zohr, dit El Hafidh, naquit en 1113 h Séville, où il apprit la médecine à l’école de sonpère. Dès sa jeunesse, il fit preuve de sagacité. Voyant un jour chez son père la formule d’un purgatif destiné au Khalife Abd el Moumen, il y remarqua un défaut et le fit observer à son père, qui trouva juste son observation.

C’était un homme parfaitement doué au physique et au moral. Non-seulement il fut un médecin distingué, mais il était aussi versé dans la connaissance des belles-lettres et de la littérature arabe, de la philosophie, de la jurisprudence et des traditions, ainsi que l’indique son surnom d’El Hafidh, ou le traditionnaire. Il était aussi poète.

Après avoir servi comme son père les Almoravides, il le remplaça dans sa haute position auprès des Almohades. Après Abd el Moumen il servit Abou Iakoub Iousef el Mansour, puis Abou Abd Allah Mohammed Ennacer.

Son caractère, aussi bien que ses connaissances, lui attiraient la considération. C’était un homme d’un jugement sûr et d’un bon conseil, religieux et bienfaisant. On cite plusieurs traits de sa générosité.

Malgré la protection que les Almohades accordèrent aux savants, ils apportèrent eu Espagne leur fanatisme de sectaifes, et ce fanatisme ainsi que la politique les entraîna à des mesures violentes. Ils proscrivirent les dissidents, chrétiens et juifs, et nous savons que le célèbre Maimonide,

ainsi que plusieurs de ses coreligionnaires durent chercher ailleurs un régime plus tolérant. C’est alors que le Languedoc, aussi bien que l’Egypte recueillirent les proscrits. La philosophie aussi leur portait ombrage. El Mansour décréta la destruction de tous les ouvrages de dialectique et de philosophie. Abou. Bekr Ébn Zohr fut chargé d’en faire la recherche, avec cette condition cependant qu’il ne serait pas inquiété pour ceux qu’il pourrait avoir en sa possession. Mais il avait, à Séville, un ennemi, personnage important qui recueillit plusieurs témoignages attestant qu’Abou Bêler avait chez lui des livres prohibés en grand nombre et qu’il en faisait sa lecture habituelle. Une lettre de dénonciation lut rédigée, signée et adressée à El Mansour qui se trouvait alors à sa résidence de Hisn el Ferdj (sanb doute Azn el Farache) qu’il avait construite sur la recommandation u Abou Bekr qui lui en avait signalé la bonté de l’air. El Mansour fit emprisonner le dénonciateur, et les signataires prirent la fuite. Telle était la confiance d’El Mansour dans Abou Bekr qu’il dit : Quand même toute l’Andalousie témoignerait contre lui, je n’y croirais pas.

Une autre inimitié lui fut fatale. Le vizir Abou Zéid lui fit, dit-on, prendre un œuf empoisonné dont il mangea ainsi que sa sœur, et tous deux en moururent. C'était à Maroc, en 1 année 590 de l’hégire, 1199 de l’ère chrétienne.

Cette sœur d’Abou Bekr mérite une mention.

Elle était, ainsi que sa fille, instruite dans la pratique médicale. C’étaient elles qui accouchaient les femmes d'El Mansour et de sa famille. Quand mourut la sœur d’Abou Bekr, sa nièce la remplaça dans ces fonctions,

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