‹ Histoire de la médecine arabe (volume 3)Chapitre 77 sur 165 · I. — XIV SIÈCLE · texte numérisé non relu

I. — XIV SIÈCLE

!• Orient.

EBN EL KOTBY ET LE MA LA lESA.

Près d'iiD siècle 6*était écoulé depuis la mort d'Ebu Bei* th&r, quand son faraud Traité des Bimples fut l'objet d'une refonte. L'auteur de ce travail est lousef ben Ismaïl el Khouy (ou El Djouiny) Ibn el Kebir, Ibn ei Cotby, Echcha* fey. Il lui donna le nom, sous lequel il est bien connu, de Ma la ie&a etthabib djahlouhou^ Ce qu'il n'est pas permis à un médecin d'ignorer.

Suivant l'auteur du Ma la iesa^ le grand ouvrage d'Ebn Beitbir a des défectuosités. 11 a des longueurs, des répétitions, des confusions^ des omissions^ des inégalités, des inexactitudes, etc. Toutefois, il avoue que, dans ses recherches sur les ouvrages de ce genre, il n'a rien trouvé d'aussi utile et d'aussi complet.

On ne saurait nier qu'il y ait des longueurs et quelques n'^pétitions dans l'œuvre d'Ebn Beitbftr : c'était une nécessité du plan qu'il avait adopté. Voulant reproduire intégralement les auteurs cités, il était bien difficile, à moins de les mutilur, que les extraits successivement reproduits ne se répétassent ])as un peu l'un l'autre. Il y a cependant beaucoup d'art dans la manière dont ces extraits sont groupés. Après la description, viennent le& propriétés et les emplois. Chacun de ces emplois a des citations spéciales et exclusives, de telle sorte qu'un auteur peut ôtre cité plusieurs fois dans le courant d'un chapitre consacré à un seul et même médicament. Ëbn Beith&r s'était proposé d'écrire un répertoire complet d'histoire naturelle médicale et de thérapeutique, oii l'on ])ftt trouver tout ce qui concerne les aliments et les médicaments, et il a mis ti contribution tous les auteurs ayant traité ta matière. Le but de l'auteur du Ma la iesa est tout autre. Il a voulu, comme il nous le dit dans sa préface, fdire

un livre qui serait en quelque sorte l'abrégé de celui d'Ebn Beithâr, sans en avoir les superfluités et les défauts.

Le Ma la iesa, sous un volume moitié moindre, et avec tous les éléments fondus ensemble, pouvait mieux convenir aux praticiens insoucieux de la critique et préférant la science toute faite. Pour nous, le Ma la iesa n'a plus guère de valeur. En admettant même que le choix et la synthèse des matériaux y soient toujours irréprochables, rien ne nous intéresse dans cette compilation que ce qu'elle peut avoir de véritablement neuf. Il en est tout autrement pour l'ouvrage d'Ebn Beithâr. Il nous a conservé, d'un grand nombre de médecins dont les écrits ne sont pas parvenus jusqu'à nous, des extraits qui peuvent nous faire connaître la nature et la valeur de leurs écrits. D'un autre côté, bon nombre de questions ont été tranchées dans le Ma la iesa, qui peuvent être reprises plus compétemment par la critique moderne mieux renseignée. Pour l'histoire naturelle de l'Orient, Ebn Beith&r sera toujours consulté avec fruit, et tel détail qui aura paru superflu à l'auteur du Ma la iesa, peut avoir de l'intérêt pour nous.

Les omissions reprochées à Ebn Beithâr sont d'avoir négligé d'indiquer souvent le degré des simples, leurs inconvénients, leurs correctifs, leurs modes d'emploi, leurs doses, leurs succédanés. Ges reproches ne sont pas toujours mérités tant s'en faut, et puis ces indications ne rentraient pas toutes dans le plan de l'auteur.

Quant aux inégalités, c'est-à-dire à ce que certains articles sont trop longs et d'autres écourtés, il ne pouvait guère en être différemment.

Malgré toutes ses recherches, à l'époque oii vivait Ebn Beithâr et malgré son séjour en Egypte, en Syrie, pays de bibliothèques, il était bien difficile de posséder tout ce qui avait été écrit sur la matière, et Ebn Beithâr ne voulait produire que des documents sûrs, ou le résultat de son expérience. Telle est l'explication de ses quelques lacunes.

On lui reproche des infidélités de reproduction. Pour le constater, nous manquons de documents. Cependant nous pouvons affirmer que ses citations du Canon et du Traité

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(les correctifs de Kazès sont fidèles et conformes à Toriginal.

Le Ma la iesa mérite quelques-uns de ces reproches. Il donne assez souvent des étymologies grecques qui sont tout autre chose, ainsi pour l'Ârdjiqua, rÂmdryan, etc.

Ses déterminations ne sont pas toujours sûres et les éléments de la discussion font défaut. Il tombe aussi dans des erreurs relevées par Ebn Beithâr, ainsi à propos du succin qu'il admet comme un produit du peuplier. Il a aussi ses répétitions et ses confusions, ainsi à propos de Tholosteum, etc.

Quelques articles d'Ebn Beithâr ne se rencontrent pas chez lui, ainsi le Zemeb, le Serrent, etc.

Par contre il en a une dizaine peut-être de nouveaux, ainsi le rhinocéros, le perroquet, la gomme élémi, etc. Nous citerons encore chez lui, comme provenance, les Bulgares et les Russes : il dit notamment que le peuplier est commun chez eux.

Si nous appuyons nos reproches d'exemples à l'appui, nous ajouterons que le Ha la iesa n'en agit pas de môme pour Ebn Beithâr.

En somme si ce livre était un travail avantageux pour les étudiants et les praticiens, il n'a pour nous qu'un faible mérite. Les documents y sont fondus ensemble, quelle que soit leur provenance et nous ne pouvons de la sorte y puiser que des renseignements douteux, tandis que chez Ebn Beithftr, chacun porte son étiquette et se produit avec sa valeur propre. Enfin avec Ebn Beithftr nous pouvons reconstituer les travaux des différents médecins, et faire le bilan des acquisitions que l'histoire naturelle médicale doit aux Arabes.

Ce livre cependant nous a rendu quelques services. Il nous a fourni de temps en temps quelques éléments de contrôle, autant que sa forme le permet, pour les passages et les transcriptions douteuses.

Nous lisons h la fin de la première partie, consacrée aux médicaments simples, que l'auteur se propose d'en faire une seconde consacrée aux médicaments composés, et qu'il finissait d'écrire cette première partie à la date de 711 de Thé-

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gire. C'est à peu près là tout ce que nous savons sur Tauteur. Hadji Khalfa ne nous en apprend pas davantagre. A Tarticle 12,623 où il parle des simples d'Ebn Beithâr, il reproduit sommairement l'appréciation qu'en a faite l'auteur du Ma la iesa. Au n* 11,278, il ne donne qiïe le titre du livre et le nom de l'auteur, avec la date 711. La Bibliothèque de Paris possède un bel exemplaire du Ma la iesa. Ce manuscrit, coté n* 1072 est un in-4» de 304 feuillets, bien conservé, d'uu beau papier, bien écrit, à 25 ligrnes à la pag^e^ d'une écriture unique, fine, très serrée, exigeant parfois un peu d'attention. Les caractères sont orientaux. Les noms des simples sont écrits en caractères rouges plus gros.

Les prolégomènes occupent les 15 premières pages.

D'après une note de Celsius, on a voulu voir son Aboulfadhl comme l'auteur du Ma la iesa. Nous n'avons rencontré nulle part Aboulfadhl dans la nomenclature des noms d'Ebn el Kotby . D'autre part, Sprengel place l'Aboulfadhl de Celsius au X® siècle et le qualifie de Chirasy ou Chierzy. Nous n'en avons non plus trouvé de trace. L'Aboulfadhl de Celsius pourrait être celui dont parle Hadji Khalfa, u"» 301.

SEDH) EL CAZROUNY.

Il ne nous est connu que par uu commentaire du Moudjiz el Canoun d'Ebn Ennefis, intitulé el Mor'nxj ficharh cl Moudjiz^ ou le Livre qui suffit par le commentaire du Mou* djiz. Parmi les commentaires du Moudjiz, celui de Sedid est un de ceux qui ont le plus de vogue. Il nous en est parvenu plusieurs exemplaires. Il en existe & Oxford, à Munich, et à Paris, sous les n" 1004, 1005 et 1006 de l'ancien fonds, et 1034 du supplément Les bibliothèques de l'Orient en possèdent une demi douzaine.

Il semblerait que l'auteur fut un des disciples de Cothob eddin Echchirazy, d'après ce qu'on lit dans son introduction, dont nous reproduirons le résumé.

« Pénétré, dit-il, de l'excellence de la médecine, je me

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suis adonné à la lecture et attaché au service des médecins de diverses contrées, jusqu'à ce que je compris le mérite du Canon, qui est la quintessence d*Hippocrate et de Galien et de leurs commentateurs. J*étudiai les commentaires du Canon de notre maître, Moulena, Cothob eddin Echchirazy et d'Ebn Ennefis connu sous le nom de Moudjiz. Je me proposai de compléter ce livre et je l'ai enrichi de ce que j'ai gagué aux leçons de mon maître el Âbery Hiuy. >

Le Mor'ny est mentionné simplement par Hadji Khalfa, n' 13,399, et il ne nous apprend rien sur la personnalité de l'auteur.

De même que le Moudjiz, le Mor'ny a eu les honneurs de l'impression. Il parut à Calcutta eu 1832, sous ce titre anglais: Ashshurh ool Moognee^commentatio absoluta^ a corn-' mentary to the Moodjiz ool Qanoon, Known hy the name of the audeedee, compiled by the celebrated phyaician Moulana Sudced Cazroonee, on the thcory and practice ofphysic and the matcria medica.

EL AKSARAÏ.

Djemal eddin Mohammed ben Mohammed dit El Aksaraï, du nom d'une ville de l'Asie mineure, fit aussi un commentaire du Moudjiz d'Ëbn Ennefis, auquel il donna le titre de Hall el Moudjiz^ ou l'Ouverture, la Clef du Moudjiz. La Bibliothèque Bodléienne en possède deux exemplaires, sous les n* COO et 635. Nous en avons trouvé six dans les bibliothèques de l'Orient.

Hadji Khalfa, n* 13,399, cite Aksaraï et dit qu'il naquit on 714 de l'hégire, et mourut en 800 (1377). Ce commentaire existe à Leyde, n* 1322.

AROU SAID BRN ABl SRROUR BSSAOUY EL ISRaIlY.

Ce médecin juif ne nous est connu que par une simple mention de Hadji Khalfa au n' 11,108. Il le dit auteur d'un livre intitulé Ellemha Fitthebbi^ l'Éclair médical. Nous savons d'autre part qu'un des commentateurs du Moudjiz, El

Amchaty, voulut annexer ou fondre, avec son commentaire, la Lemha^ ce qui fait penser que cet ouvragée avait quelque mérite. El Amchatliy vivait au XV* siècle, et c'est pour cette raison que nous avons placé l'auteur de la Lemha au XIV*.

La Lemha et le commentaire d'El Amchaty existent dans les bibliothèques de l'Orient.

Ajoutons que Hadji Khalfa qualifie Abou Saïd de chef des médecins, Cheikh el athibba.

THABARISTANY.

Abou lahya Issa ben Omar Etthabaristany est auteur d'un traité d'alchimie intitulé Destour ettedjarib^ ou la Règle des expériences. Cet ouvrage existe à la Bibliothèque médi* céenne de Florence. L'auteur nous est dit un philosophe et un médecin éminent du VIII* siècle de l'hégire.

KHIDER BEN AL Y»

Khider ben Aly ben el Khatib, surnommé Hadji Pacha^ vivait au XIV* siècle de notre ère. Nous ignorons la date de sfi naissance, mais nous savons par Hadji Khalfà, n* 7587,

-^ qu'il vécut jusqu'après l'année 800 de l'hégire, 1307deJ.-0. Il paraît avoir vécu dans l'ancienne Carie, probablement au service de petits souverains, à l'un desquels il dédia un ouvrage qui nous est resté. Cet ouvrage existe en diverses collections et notamment à Paris sous les n" 1017 de l'ancien fonds arabe, et 1000 du supplément. Il porte le titre de Chefa el Asquam^ la Guérison des maladies. L'introduction en est remarquable, et nous la donnerons sommaire*ment en accordant la parole à l'auteur, v J'ai préféré la veille au sommeil, je me suis livré à la vérification des problèmes de la médecine, ii l'observation des faits ; j*ai fréquenté les hôpitaux, étudié les cas et les traitements, sur-

^ tout à l'hôpital el Mansoury du Caire; je -me suis attaché au service des professeurs et des maîtres habiles, après avoir étudié les écrits des médecins renommés, parmi les chré-

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tiens et les Israélites ayant le bras longf dans l'art de guérir ; que Dieu les place dans son paradis, qu'il les couvre d'un vêtement de grâces et d'honneur! j'ai enrichi mon livre du profit que j'ai tiré des leçons de mon maître Djemal eddin ben el Choubeky, le phénix de son siècle. » "^

Malgré les troubles politiques, les saines traditions se conservaient donc encore à la fin du XIV* siècle.

L'ouvrage de Khider ben Aly est une encyclopédie médicale, dans le genre du Canon, dont il reproduit exactement l'ordonnance, à part le cinquième livre, les médicaments ^ composés étant traités à la suite des simples. C'est une œuvre considérable, et nous en donnerons une idée en disant que le n* 1017 est un in-folio qui ne contient pas moins de 406 feuilles à 32 lignes à la page.

La Bibliothèque Bodléienue possède de lui un common* taire des généralités du Canon, sous le n« 525. —

Les aliments, les viandes et les condiments sont particulièrement l'objet de longs développements. Les simples sont traités sous forme alphabétique. L'auteur cite fréquemment Ebn el Beithar, au point de lui emprunter des dénomina- ^ tions berbères. Il cite aussi fréquemment son maître, Oustady.

Nous avons dit que Khider avait dédié son livre à un prince. Ce prince, qu'il qualifie de vicaire du Prophète, est Fakr eddin Issa ben Mohammed ben Âidin. C'était sans doute le fils du fondateur d'une petite souveraineté, Âidin, qui prit quelquefois parti avec les empereurs de Byzance contre la dynastie naissante des Ottomans. Nous relèverons à ce propos, une erreur de d'Herbelot. Iladji Pacha, dit-il, lui dédia son livre Chefa el Asquam^ qui est un titre métaphorique, car il signifie la santé des malades et cependant il . traite de toute autre chose. D'Herbelot renvoie ensuite à Aidmerin (Eidemir Djeldoky le célèbre alchimi.ste, auquel M. de Sacy a consacré une notice) qui fut son contemporain, cl avec lequel il est confondu par «l'Herbelot.

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