ABOUL FARADJ
Aboul Faradj fut, ainsi que son père, médecin de Saladin, qui le tenait en grande considération. Nous pensons que c'est le môme dont il est question à propos d'Ebn Mathran. Il servit ensuite Malek el Adel.
EBN EL MATHRAN.
Abou Nasr Asad ben Abil Fateh Elias Mouaffeq eddin ebn el Mathran naquit à Damas. Son père était un médecin chrétien, qui avait voyagé dans le pays grec pour y étudier les sciences, puis était revenu à Bagdad suivre les leçons d'Amin Eddoula ebn Ettelmid.
De Bagdad, il se rendit à Damas, où il exerça la médecine jusqu'à sa mort. Le nom d'Ebn el Mathran donné au fils implique chez le père la dignité de métropolitain.
L'histoire d'Ebn el Mathran est un curieux exemple de la haute position dont jouissaient les médecins auprès des souverains de l'Orient. Elle nous rappelle le temps des premiers Abbassides et des Bakhtichou. Ici encore, nous voyons la fortune aveugler son favori, et, si nous n'avons pas de disgrâce à signaler, c'est qu'il y avait chez Saladin plus de noblesse et de générosité que de fol orgueil chez son médecin. Les services rendus étaient, sans doute aussi, un titre à l'indulgence.
Ebn el Matliran étudia la médecine sous Mohaddeb eddin Ebn Ennaqqach. C'était un homme studieux et intelligent, mais fier, hautain et ami du faste.
Saladin le prit à son service et le combla de faveurs et de présents,, l'admettant dans son intimité, lui confiant le secret des affaires, et lui pardonnant ses travers. Saladin, dit l'historien de la médecine, était généreux et libéral, au point qu'à sa mort, on ne trouva rien dans ses coffres.
On peut douter que ce fût sous la pression de Saladin qu'Ebn el Mathran embrassa l'islamisme, attendu que, parmi les médecins employés à son service, la plupart étaient juifs ou chrétiens. Il est plus admissible que le motif de cette apostasie fut un amour-propre froissé, ainsi qu'il arriva pour Aboul Barakat Aouhad Ezzeman.
On nous a conservé plusieurs faits d'Ebn el Mathran qui l'eussent perdu avec tout autre que Saladin.
Dans ses expéditions, Saladin avait l'habitude, comme signe distinctif, de se faire dresser une tente de couleur rouge. Ebn Mathran s'avisa d'en faire autant. Saladin, se promenant dans son camp, vit cette tente, et demanda à qui elle appartenait. Voilà bien, dit-il en souriant, la folie d'Ebn el Mathran, et il ordonna qu'on l'abattît. Il ne manquerait plus, dit-il, qu'un ambassadeur passât par là et s'adressât à lui. Ebn el Mathran fut mortifié et ne reparut pas de deux jours. Saladin le calma par des cadeaux.
Un jour, un médecin chrétien du nom d'Aboulfaradj, également au service de Saladin, vint le trouver, et lui exposa qu'ayant des filles à marier, il était embarrassé pour leur faire un trousseau. Saladin l'invita à dresser une liste de tout ce, qui lui ('tait nécessaire, et il donna l'ordre de faire acheter tout ce qu'elle portait. La note se montait à 80,000 drachmes. Ebn el Mathran le sut et ses visites devinrent plus pares. Saladin comprit la jalousie et lui fit parvenir l'équivalent des présents faits à Aboulfaradj.
Ebn el Mathran avait La passion des livres. Il entretenait continuellemenl trois copistes et l'on nous a, conservé le nom de l'un d'eux, Djemal eddin ben Djemala. Lui-même on <•<>-• pi lil el il ''ii laissa un grand nombre écrits de sa main.
SYRIE. 4o
Quant aux livres qu'il lisait, il les chargeait d'annotations. À sa mort on trouva dix mille volumes dans sa bibliothèque.
Nous ignorons si Ebn el Mathran fut attaché à l'hôpital Ennoury, mais nous connaissons un fait qui s'y passa, où il figura comme acteur. Il convint un jour avec Ben Hamdan Eddjerraidjy de ponctionner un hydropique, et c'était lui qui tenait le pouls du malade. Voyant ses forces diminuer, il fit suspendre l'écoulement, appliqua un bandage et recommanda de ne pas y toucher avant deux jours. Le malade, qui avait trouvé du soulagement, espérant une guérison complète par une évacuation totale, tourmenta tellement sa femme qu'elle enleva le bandage. L'écoulement continua, mais le malade perdit ses forces et mourut.
Malgré ses grandeurs, Ebn el Mathran ne dédaigna pas d'enseigner la médecine. Du reste, il se dépouillait parfois de sa fierté. Quand il se rendait à la mosquée, entouré d'un cortège de Mamelouks, il descendait de cheval et se mêlait à la foule, son livre à la main. Nous connaissons deux de ses élèves, dont nous aurons à parler, Mouaffeq eddin Abd el Aziz et Ebn el Dakhouar.
Il avait deux frères qui pratiquèrent aussi la médecine. Ebn el Mathran mourut en 587 (1191) à Damas.
Parmi les écrits qu'il laissa nous citerons les suivants :
Le Parterre des médecins, où il se proposait de renfermer tout ce qu'il avait rencontré d'intéressant dans ses lectures et ses conversations. Ebn Abi Ossaïbiah lui a fait plusieurs emprunts intéressants dans son introduction où il traite des origines de la médecine.
Un traité d'hygiène, intitulé Maqala Nedjemya.
Un traité des médicaments simples.
Un recueil des Périodes des Chalcléens d'après Ebn el Ouahchyah. Nous pensons gu'il s'agit ici d'astronomie, ce quel'énoncé de Wùstenfeld, mansionum, n'indique pas assez catégoriquement.
Il laissa aussi plusieurs ouvrages inachevés.
MOHADDEB EDDIN AHMED BEN EL I-IADJIB.
11 naquit à Damas et suivit les leçons de Moliacldeb eddin ebn Ennaqqacli. A l'époque où Clierf eddin Ettousy se trouvait à Mossoulet y faisait grand bruit comme mathématicien et philosophe, Ebn el Hadjib et Mouaffeq eddin Abd el Aziz s'y rendirent pour suivre ses cours. Ils le trouvèrent à Tous et y séjournèrent quelque temps. Ebn el Hadjib se rendit ensuite à Arbel où il suivit Fakhr eddin Eddehhan l'astronome, qui vint ensuite à Damas. Ebn el Hadjib était aussi un savant mathématicien. Dans sa jeunesse il était horloger, et c'est lui qui avait construit les horloges du grand hôpital Ennoury, où il entra plus tard comme médecin traitant. Après avoir servi Taky eddin prince deHama, il suivit Saladin en Egypte et le servit jusqu'à sa mort. 11 se rendit alors à Hama près de Malek el Mansour fils de Taky eddin, et y mourut au bout de deux ans.