PLATON DE TIBUR
La traduction d'El Batany fut plusieurs fois imprimée.
Nous citerons, d'après M. Boncoinpagmi, les éditions de Nuremberg- en 1537, de Bologne en 1645, et d'après Fabricius celle de Venise en 1552. Dans l'édition de Bologne, l'éditeur parle du style semi-barbare de Platon de Tibur. M. Boncompagni cite Halley, Bailiy et Del ambre, qui se plaignent que le traducteur n'entende guère mieux l'astronomie que l'arabe.
2° Liber Capitulorwn ou Capitula siellarum.
C'est un opuscule d'astrologue, qui ne contient dans les Mss. que deux ou trois feuilles. Telle est la forme sous laquelle le titre se présente le plus communément : Capitula stellarum oblata régi Magno Saracenorum Almansor aslrologo filio abrae (judei) a Tiburtino Platon e translata. On trouve encore : Almansoris judicia seu propositiones.
Le premier titre ne se présente pas toujours ainsi, et l'on trouve Almansoris, ad Almansorem, ab Almansore, d'où il résulte que cet Almansour paraît tantôt le nom du prince, et tantôt celui de l'auteur.
Dans la première hypothèse,, en admettant qu'il s'agisse du Calife Almansour, qui protégea effectivement les études astronomiques, on pourrait admettre pour auteur Elfazzary, qui portait les noms de Mohammed ben Ibrahim, n'était cette qualification judei. Rien ne nous dit qu'Elfazzary fût le fils d'un juif.
En admettant Almansor comme le nom de l'auteur, nous ne sommes pas moins embarrassé. M. Boncompagni le considère, sans preuve du reste, comme identique avec Âlmaoïm, sur lequel nous ne trouvons que des renseignements contradictoires.
Quoi qu'il en soit, nous allons donner un échantillon de la prose dite barbare de Platon de Tibur. On lit d'abord:
Mi rex, petisti ut tuis satisfaciam votis. Laborem ne quaquam subire recusavi. Scripsi œquo animo, accipias quœso. Fortius testimonium est ictisal lune ad planetam...
Algebutar fortior est...
Cum fuerifc Jupiter in Ariete directus absque malo aspectu
fortmiarum dabit fortitudinem et regnum in quo îmlla fiet injustitia.
On voit que Platon de Tibur est obligé de conserver des expressions arabes, dont il ignore les équivalents latins.
Nous ne pouvons omettre son curieux explicit:
Perfectus est liber capitulorum Alinansor cum Dei auxilio translatas de arabico in latinum a Platone Tiburtino quem Deus exaltet, in civitate Barchinonia, anno Arabum DXXX octava décima die mensis dulhigida, sole in virg'ine I. V, luna in ariete XV, XVI (1).
Cet opuscule a été imprimé, et M. Boncompag'ni en a relaté les éditions.
3° Les Sphériques de Théodose.
Pour cette traduction, nous devons nous en rapporter à M. Boncompagmi, n'ayant pas trouvé le nom de Platon de Tibur accolé à la traduction des Sphériques dans les Mss. de Paris. Cette traduction a été imprimée à Venise en 1518 et à Paris, en 1558. M. Boncompagni transcrit un passage de cette dernière, en forme d'avertissement.
« Cum enim sphericam doctrinam appeterent, nec haberent ut opinor, grecum exemplar, ad arabicam versionem confugerunt, et Theodosium qui grece scripserat, non e greco et genuino fonte sed ex arabico et alieno in latinum verterunt. Imo etiam eam versionem annis ab hinc 40 Venetiis excuderunt, quam a Platone Tiburtino factam fuisse asseverat auctor de speculis ustoriis, quiquis ille sit. Atqui si quis Theodosium ex arabico versum et Venetiis excusum cum greco conférât, incredibile discrimen non modo facilitatis sed etiam brevitatis inveniet... »
M. Boncompagni cite quelques recueils où se trouvent les Sphériques, mais sans que l'on y rencontre le nom de Platon. Nous savons que Gérard de Crémone traduisit de Théodose les Sphériques et les Lieux habités.
4° Le Tetrabiblon de Ptolémée, ou Liber alarba.
Cette version se rencontre dans le n° 7320 du Couds latin de Paris sous cette forme:
(1) C'est par erreur qu'on lit parfois la date M DXXX.
PLATON DE TIBDR. 393
Incipit liber 4 tractatuum Ptolemei alfaludhi (on alkaludhi) in scientia judiciorum astrorum, a Platone Tiburtino de arabico in latinum translatus.
Le nom de Tetrabiblon n'était pas connu de Platon. C'est ainsi qu'on lit: Tractatus quartus libri alarba Ptolemei.
5° Astrologie d'Alkassem.
Le n° 7439 du fonds latin de Paris renferme cet écrit sous le titre: Alkassemde nativitatum revolutionibus.
Il débute ainsi : Dixit Alkassem films alkasit.
Tel est l'explicit : Expliciunt revolutiones nativitatum secundum Alkassem translate a Platone Tiburtino de arabico in latinum.
M. Boncompagni rapproche de cet ouvrage un traité qui se trouve à la Bibliothèque Bodléienne (Uri 1658) sous ce titre : Excerpta ex libro Aboaly translatus per PlatonemTyburtinum.
Pour notre part, nous n'admettons pas l'identité des deux écrits. D'une part, nous n'avons pu, jusqu'à présent, nous procurer de renseignements sur notre Alkassem, et de l'autre le mot Aboaly manque de précision, ayant désigné plus d'un auteur.
6° De l'Astrolabe.
M. Boncompagni cite une traduction qui se trouve au Vatican sous ce titre: Liber Abualcasin in operibus astroiabii a Platone Tyburtino, ad amicum suum Johannem David.
Dans une introduction à l'adresse de ce même ami Jean David, nous trouvons l'auteur arabe qualifié de filius asafar. JNous pensons qu'il s'agit du traité de l'astrolabe d'Abouleassem ebn Essofar, disciple de Moslema.
7° Traité de géométrie de Savasorda.
Cette traduction est faite d'après l'hébreu. Tel est le titre, qui se lit nettement au n° 11,246 (ancien 774 de Paris), et moins distinctement au il0 7224, dont l'encre a rongé le papier:
Incipit liber embadorum a Savasorda in ebraico compositus et a Platone Tiburtino in latinum sermonem translatus anno Arabum D X mense saphar.
Ces deux Mss. ont attiré l'attention de Libri, qui a reconnu
le dernier, donné comme anonyme dans le catalogue imprimé. L'auteur de la notice de Platon dans la biogTaphie Didot, s'en est complaisamment rapporté au catalogue et a fait du n° 7224 un nouvel ouvrage sous le titre de Geometria practica.
Ce mot Embadus est employé dans la traduction des fils de Moussa ben Chaker par Gérard de Crémone, avec la signification de surface ou valeur superficielle d'une figure à mesurer.
Le liber Èmbadorum est divisé en quatre chapitres. Le premier est de la géométrie théorique. Le deuxième traite de la mesure des surfaces. Le troisième de leur partage. Le quatrième traite de la mesure des objets solides ou creux, tels que puits, tours, etc. Nous donnerons l'explicit à titre de curiosité.
Finit liber èmbadorum a Savasordajudeo in ebraico compositus et a Platone Tiburtino in latinum sermonem translatusanno arabum DX mense saphar die XV ejusdem mensis ora tertia sole in XX gradu et XV minuto leonis luna in XII gradu et XX minuto piscium Saturno in VIII gTadu et LVII minuto tauri jove in arietis XXVI gradu et LU gradu Marte in libra XXVII. XV. Venus in libra IL XXVII1I Mercurio in leone XIIII. XLV. Capite in cancro. Ti cauda in capricornii. Voyez ci-dessus SAVASORDA.
8° M..Boncompagmi relève d'après Fabricius une traduction d'un traité du pouls par un certain Eneas, traduction faite d'après le grec. (B. grecque XIII.)
ADIIKLARD DE BATII.
Bien qu'il ait peu traduit, Adhélard n'en est pas moins un des personnages les plus intéressants de notre galerie. Bits nous en a laissé une courte notice, et Jourdain en a fait l'objet (l'iinc étude que nous utiliserons.
11 naquit à Bath, en Angleterre, sur la fin du XI'' siècle.
Dès son enfance, il donna des preuves de son génie studieux. .Jeune encore, il quitta son pays pour aller chercher
ADHÉLARD BE BATH. 395
à l'étranger un aliment à sa curiosité de science. Il parcourut la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Egypte et l'Arabie, dit son biographe, ce qui veut dire probablement les contrées où l'on parlait arabe. Observateur intelligent, il retourna dans son pays, sous le règne de Henri, fils de Guillaume (le Conquérant), ainsi qu'il nous l'apprend lui-môme, riche de connaissances. (1)
La poésie, l'éloquence, les mathématiques, la philosophie, la médecine et les langues furent l'objet de ses études.
Il traduisit plusieurs ouvrages tant en anglais qu'en latin . Pits ledit de l'ordre de saint Benoit, et ne nous a pas laissé la date de sa mort.
Nous croyons devoir nous arrêter un instant sur le séjour d'Adhélard en France.
Plusieurs de ses écrits, dit Pits, furent dédiés à Richard, évêque de Bayeux. Nous croyons avoir la preuve des relations qui existèrent entre les deux amis dans la dédicace d'un élève d'Adhélard à son maître. Telle est cette dédicace: Prologics h. O'creati in helceph ad Adélardum baiocensem magistrum suum. Elle se trouve dans le Ms. 6626 de Paris. Jourdain, qui l'a reproduite, écrit Baiotensem, mais nous croyons cette lecture fautive. Jourdain a déjà fait observer que dans un de ses écrits dont nous parlerons tout à l'heure, Adhélard imagine une apparition qui lui serait survenue à Tours, aux bords de la Loire.
Dans un autre ouvrage, les Questions naturelles, composé sous forme de dialogue entre lui et son neveu, on lit ce qui suit:
a Nous étions convenus, lorsque je te laissai il y a sept ans dans les écoles de Laon, que je me livrerais àl'étude des doctrines arabes, et que toi tu t'instruirais des opinions philosophiques reçues en France. Le moment est venu d'examiner jusqu'à quel point nous avons rempli cet engagement mutuel. Je neveux point toutefois prendre sur mon compte les choses nouvelles que j'émettrai ; je connais trop bien le sort réservé par le peuple aux maîtres de l'enseignement; j'embrasserai la cause des Arabes et non la mienne. »
(1) Henri I" régna de 1100 à 1135.
La conclusion de ce passage, dit Jourdain, dont nous empruntons la traduction, est qu'Adhélard regardait les Arabes comme supérieurs aux Occidentaux.
Une autre conclusion, c'est que les voyages d'Adhélard durèrent probablement sept années.
Bien que les deux écrits dont nous venons de parler ne soient pas des traductions, nous croyons devoir en dire un mot.
Le premier porte pour titre : Deeodem et diverso. Jourdain, qui l'a tiré de l'oubli, en a donné une intéressante analyse. Adhélard suppose qu'aux environs de Tours, deux déesses, qu'il appelle la Philosophie et la Philocosmie, lui apparurent, la première accompagnée de sept vierges qui n'étaient autres que les arts libéraux., et la seconde accompagnée de cinq suivantes, à savoir : la Fortune, la Puissance, la Dignité, la Réputation et la Volupté.
La Philocosmie prend la première la parole, et veut gagner le jeune homme. La Philosophie lui réplique victorieusement, et pour récompenser Adhélard de son adhésion, elle lui étale et lui décrit ses sept vierges, lui laissant le choix de se vouer à l'une d'elles ou à toutes ensemble.
La ferveur d'Adhélard s'en accrut. 11 nous apprend qu'il passa par Salerne, où un médecin lui expliqua la vertu de l'aimant.
Nous avons déjà parlé des Questions naturelles, et nous n'en dirons plus qu'un mot, renvoyant, pour les détails, à Jourdain. Adhélard y traite de toutes les questions générales qui agitaient alors la philosophie. Telle est une de ces questions : Utrum animatac sint stellae. Cette question explique comment l'écrit d'Adhélard se trouve ainsi intitulé dans le Catalogue de la B. Bodléienne, Uri, 1612 : Adelardi Bathoniensis et nepotis Diàlogus, ubi docet stcllas esse animât as.
Parmi les Mss. de Paris, nous citerons lesnos 0280, 0739 et 14,700.
La principale traduction d'Adhélard est colle des Eléments d'Euclide. On La trouve au n" 7213 de Paris, avec le commentaire <ln Campano, sous ce titre : Euclidis philosophi Socratici liber, Elementorum artis geometrice, translatas ab ara-
O CREATH. 397
bico in latinum per Adelardum Gothum Bathoniensem, sub commento magistri Campani (1). Le Ms. est magnifiquement exécuté et richement illustré.
La même traduction existe aux nos 7214 et 7215.
Tables Khouarezmiennes.
Pits a donné cette traduction sous ce titre : Erichiafarim ex arabico : Ii faudrait tout d'abord corriger ce titre sous cette forme: Ezzidj iafaris, pour reconnaître l'œuvre d'Adhélard.
Nous trouvons un titre plus correct dans la B. Bodléienne :
Ezich alkauresmi, id est Tabula? chwaresrnicae per Ethelarclum Bathoniensem ex arabico traductae, n° 4137.
Cette traduction existe aussi à la B. Mazarine, n° 1256, sous ce titre: Liber ezichiafaris el Kauresmi per Adelardum Bathoniensem ex arabico in latinum sumptus.
Il s'agit ici des tables rédigées pour Almamoun par Abou Djafar Mohammed ben Moussa el Khouarezmy, tables accréditées chez les Arabes.
Parmi les dates énumérées, nous en citerons une : De la naissance du Messie à l'hégire : 621 ans, 6 mois et 17 jours.
La B. Bodléienne donne sous le n° 1669 le titre différent d'un livre qui nous paraît identique avec le premier : Isag-og*e minor Jafaris Mathematici in astronomia per Adelardum Bathoniensem ex arabico sumpta.
On trouve encore dans la Bodléienne, n° 3265 ce titre : Adelardi astrolabium. Nous ig-norons si c'est une traduction.
Jourdain pense que l'on pourrait attribuer à Adhélard la traduction du livre: Liber imbrium secundum Indos, n8i 7316 et 7329 de Paris.
O CREATH.
Nous avons déjà dit qu'Adhélard de Bath paraît avoir formé des disciples, et nous avons parlé de son neveu l'interlocuteur des Questions naturelles, et d'O'creath.
(1) On voit que l'attribution de la traduction de l'arabe à Campano, qui a eu cours, est complètement erronée.
Ce dernier ne nous est connu que par un opuscule contenu dans le n° 6626 du fonds latin de Paris, qui porte ce titre : Prologus h. O'creati in helceph ad Adelardum baiocensem ruagistrum suum.
Le mot helceph nous paraît une altération de l'arabe elhasséb , le calcul. 11 s'agit aussi d'un traité du calcul d'après les Arabes.
On lit au début de cet opuscule : C'est une loi qui régit les vrais amis que si l'un d'eux commande, l'autre s'empresse d'obéir. Aussi commandé par un ami, que dis-je, par mon seigneur et mon maître, je m'empresse d'aborder le calcul des Arabes {helceph sarracenicum ) et de traiter de la multiplication des nombres, de la division, ainsi que de la multiplication des propositions que l'on ne poursuit pas autrement que par les nombres.
GERARD DE CREMONE.
Le plus infatigable et le plus fécond des traducteurs est Gérard de Crémone, dont on peut dire qu'il traduisit à lui seul à peu près autant que tous les autres réunis.
Ce qui étonne dans son œuvre, ce n'est pas seulement l'étendue des matières mais leur diversité, car elle embrasse l'universalité des sciences: philosophie, mathématiques, astronomie, sciences naturelles et médicales.
Pour s'initiera ces sciences il lui fallut préalablement apprendre l'arabe et se pénétrer de sa technologie, aussi ne faut-il pas s'étonner si l'on rencontre dans ses traductions des expressions techniques transcrites plutôt que traduites, la pénurie contemporaine ne lui fournissant pas d'équivalents, et c'est à quoi n'ont pas assez songé ceux qui ont relevé ces défectuosités.
( rérard de Crémone est assurément une des plus larges intelligences du moyen âge. C'est incontestablement l'homme qui rendit le plus de servici s à la science par l'étendue et la variété dos matériaux qu'il mit en circulation.
Sa renommée ne fut pas en rapport avec son mérite, et
peut-être faut-il eu chercher la raison dans sa modestie, qui lui fit négliger d'attacher son nom à toutes ses traductions.
C'est tout récemment que l'on a pu se rendre compte de la grandeur des travaux de Gérard. Cette découverte a son importance historique, et prouve que le moyen âge entra plus largement qu'on ne l'avait pensé jusqu'alors en communication avec les Arabes. Faite plus tôt, elle eût fourni de nouveaux documents aux auteurs des Recherches sur les traductions d'Aristoie et à'Averroës et V Acerroïsme, et modifié leur manière de voir.
On s'était occupé de Gérard et de ses œuvres, mais ou n'en connaissait que la moindre partie. Ses compatriotes furent longtemps à le méconnaître ; quelques-uns même l'abanbonnèrent à l'Espagne pour laquelle le revendiquait Antonio dans sa Bibliothèque espagnole.
La meilleure étude sur Gérard de Crémone fut donnée au siècle dernier, par P. Marchand, dans son Dictionnaire historique, mais privé d'un document important, il n'arrive à lui reconnaître la paternité que d'une douzaine d'écrits. Un certain jour n'en était pas moins fait sur cette intéressante personnalité. Fabricius n'alla pas plus loin que Marchand.
Cependant la Chronique de Pipini, publiée par Muratori, tout en produisant des renseignements biographiques sur Gérard, faisait monter à soixante-seize le chiffre de ses traductions, mais sans nous en donner la nomenclature.
Jourdain doubla le chiffre des traductions admises par Fabricius.
Quelques années plus tard, en 1849, un Ms. de Laon produisit une liste de trente-trois traductions sous le nom de Gérard.
On savait qu'il en existait une liste complète enfouie dans la bibliothèque de Leipsick. Déjà, Marchand avait fait des vœux pour sa publication. Bandini la signala de nouveau, et, naguère encore, Daremberg' en espérait la communication.
Ce que l'on avait si longtemps et vainement attendu de l'apathique Allemagne fut découvert à Rome et publié en 1851 par M. Boncompagni. Enfin, tout récemment, en 1874,
nous avons nous-mème découvert à Paris une liste identique à celle de Rome.
Ajoutons qu'un fragment, d'origine évidemment identique, avait été envoyé d'Oxford à M. Boncompagmi, contenant les douze traductions d'ouvrages d'astronomie.
Voilà donc la bibliographie complète de Gérard exhumée, représentée par quatre monuments, dont deux complets et deux autres fragmentaires.
La liste d'Oxford présente la série des ouvrages d'astronomie dans le même ordre que les listes complètes.
Celle de Laon, tirée du Ms. 413, contient 32 écrits. Elle commence au n° 33 pour finir au n° 68, avec quatre lacunes et quelques interversions.
La liste de Rome, tirée du Ms. n° 2392 de la Bibliothèque du Vatican, et celle de Paris contenue dans le n° 14,390 delà Bibliothèque nationale, sont concordantes, à part quelques légères différences tenant à des difficultés de lecture, et à un n° manquant clans la liste de Paris.
Une particularité remarquable, c'est que dans les trois derniers manuscrits, cette liste est annexée à la traduction du Petit art de Galien, particularité sur laquelle nous aurons à revenir tout à l'heure. Nous verrons aussi que cette liste a été rédigée de bonne heure, probablement vers la fin du XIIe siècle, peu de temps après la mort de Gérard.
Avant de produire ce document nous dirons encore quelques mots des manuscrits.
M. Boncoinpagni dit du Ms. d'Oxford : « La maggior parte délie righe di essa nota e inintelligibile, per esser la carta del codice, in que luoghi appunto macchiata e corrosa. »
Pour nous, la liste d'Oxford est parfaitement intelligible, et il est très facile de suppléer ce qui manque. Seulement deux lignes sont en blanc, sur douze, et il faut lire Thebit au lieu (YAlchabitii.
Nous avons déjà dit que la liste de Laon présente quelques lacunes, au nombre de quatre. Elles sont relatives à Alexandre d'Aphrodisias (n° 39) à El Kendy (n° 41), à la Chirurgie d'Abulcasis (n° 61) et au Canon d'Avicenne (n°62). On a lu abusivement à propos d'un écrit de Galien : Contempla-
tionibus au lieu de complexionibus. La liste s'arrête au n° 68, de la Géomantie. On trouve ensuite un fragment de l'éloge de Gérard : Aciceni Âvolai fecit Canonem.
D'après M. Boncompagni, c'est de ce même n° 2392 du Vatican que l'on aurait déjà tiré précédemment l'éloge en vers de Gérard. On doit s'étonner que l'on n'ait pas jeté les yeux sur la liste qui précède.
M. Boncompagni a fait de son importante découverte l'objet d'une magnifique publication. Après avoir produit la liste et la notice qui l'accompagne en double expédition, dont une en fac simile, il fait l'histoire critique de Gérard de Crémone, et de ses traductions imprimées, dont il donne des spécimens. Il reproduit aussi un traité d'algèbre composé par Gérard; il fait enfin l'histoire d'un autre Gérard, dit de Sabionetta, postérieur au premier, avec lequel on l'a confondu.
Le manuscrit dans lequel nous avons fait à Paris la même découverte que M. Boncompagni à Rome est le n° 14,390 du fonds latin. C'est un magnifique in-folio de 355 feuilles, parchemin, à deux colonnes, d'une belle exécution, supérieure à celle du Ms. de Rome.
On y rencontre d'abord les ouvrages suivants : 1° Isagoge Joliannitii ad tegni Galeni.
2° Tegni Galeni.
3° Aphorismi Johannis Damasceni. 4° Aphorismi Ypocratis.
5° Pronostica Ypocratis.
6° De regimine acutorwn morbofiim.
7° Philâretus de pulsibus.
8° Thcopkili liber iirinarum.
9° Isaac L. urinarum.
10" Isaac L. clietarwn.
11° Viaticus à Constantino translatus.
12° Liber in quo haly fdius Rodoan exponil librum Galeni qui dicitur arsparva.
A Paris, comme au Vatican, le commentaire d'Ali ben Rodhouan sur le petit Art de Galien précède immédiatement la notice consacrée à Gérard de Crémone. Dans le Sis. de
TOMIC n 26
Paris la notice commence au folio 223. Ces deux monuments ne présentent entre eux que des différences insignifiantes.
La notice se compose en réalité de trois parties : la notice biographique proprement dite, la nomenclature des traductions, quelques vers en l'honneur de Gérard.
Nous avons pensé qu'un certain nombre de nos lecteurs nous sauraient g-ré d'une traduction française.
« De même qu'une lampe luisante ne doit pas être mise à l'écart sous le boisseau, mais placée sur le chandelier, ainsi les faits éclatants des gens de bien ne doivent pas rester enfouis et gardés dans un oiseux silence, mais présentés à l'attention de la postérité. En effet, ils ouvrent à leurs successeurs les voies de la vertu, ils présentent aux regards des contemporains l'exemple de leurs devanciers, comme une règle à observer dans la vie.
« Afin donc que maître Gérard de Crémone ne reste pas enseveli dans les ténèbres de l'oubli, afin qu'il ne perde pas les honneurs de la renommée qu'il a méritée, pour empêcher que d'impudents voleurs n'attachent des noms étrangers à ses livres, car il s'est abstenu d'inscrire le sien sur aucun d'eux, nous allons à la suite de ce traité du petit Art, qu'il a tout récemment traduit, novissime ctb eo translati, et à l'instar de Galien qui rappelle ses livres à la fin de ce même traité, donner la liste des écrits de Gérard, dont ses amis ont conservé très soigneusement la nomenclature; et si quelqu'un est désireux de connaître leur contenu, il pourra sûrement et facilement savoir ce qu'il a traduit en matière de dialectique, de géométrie, d'astrologie, de philosophie, de physique (médecine) et d'autres sciences.
« Bien qu'il ait méprisé la gloire et la renommée, qu'il ait fui les louanges et les vaines pompes du siècle, qu'il n'ait pas voulu répandre son nom par la recherche d'objets nuageux et chimériques, cependant ses ouvrages ont porté leurs fruits à travers la postérité et rendu témoignage de ses mérites.
« Riche des biens de ce monde, il accepta d'un cœur égal leur abondance et leur privation et supporta virilement et «''gaiement les caresses ou les outrages de la fortune. Corn-
battant les désirs de la chair, il était tout entier aux choses de l'esprit. Préoccupé d'être utile dans le présent et dans l'avenir, il se rappelait ce mot de Ptolémée : Quand approche le terme de ton existence, redouble dans la pratique du bien. Elevé, dès sa plus tendre enfance, dans le giron de la philosophie, en ayant pénétré les diverses parties suivant qu'elles étaient connues des Latins, le désir de posséder l'Almageste, qu'il ne trouvait pas chez eux, le conduisit à Tolède.
k Voyant que les Arabes avaient une abondance de livres dans toutes les sciences, déplorant la pauvreté des Latins dont il avait été frappé, il apprit l'arabe afin de se consacrer aux traductions. Muni de cette double connaissance, à savoir celle de la science et celle de la langue (car ainsi que le dit Ahmed dans son Livre de la proportion et de la proportionnalité, il faut qu'un interprète connaisse non-seulement la langue de laquelle il traduit et celle dans laquelle il traduit, mais encore la science sur laquelle il opère), à l'instar d'un homme sag'e qui, parcourant une verte prairie, se fait une couronne non pas de toutes les fleurs, mais des plus belles, il passa en revue la littérature arabe. Il transmit à la langue latine, comme à une héritière chérie, un grand nombre d'ouvrages arabes, traitant de diverses matières et les plus beaux qu'il put, aussi nettement et aussi intelligiblement que possible, et ne cessa de traduire jusqu'à la fin de sa carrière. Il entra dans la voie ou entre toute chair l'année de sa vie 73e et de N. S. J. C. 1187. »
Vient ensuite la nomenclature des traductions que nous devons reproduire textuellement.
Nous suivrons le texte de Paris, donnant entre parenthèses les variantes du Ms. de Rome.
« Hase sunt (vero) nomina librorum quos transtulit : De Dialectica,
Liber analeticorum posteriorum Aristotelistractatus duo.
Liber commentarii Temetistii (Themistii) super posteriores analeticorum, tractatus I.
Liber Alfarabii de Silogismo.
De geometria (manque à Rome).
Liber Euclidis, tractatus XV.
Liber Tlieoclosii de speris, tractatus III.
Liber Archimenidis (Archimendis, R), tractatus I.
Liber de arcubus similibus, tractatus I.
Liber Milei, tractatus III.
Liber Thebit de fig'ura alcliata, tractatus I.
Liber trium fratrum, tractatus I.
Liber Ameti de proportione et proportioualitate, tractatus I.
Liber Judei super decimum Euclidis, tractatus I.
Liber Algorismi (Alchoarisrui) de iebra et almucabila, tractatus I.
Liber de practica géométrie, tractatus I.
Liber Anaritii super Euclidem, tractatus I.
(Liber ditorum Euclidis, tractatus I, R).
Liber Thidei de speculo, tractatus I.
Liber Alcliindi de aspectibus, tractatus I.
Liber demonstratiouum (divisioimm RJ, tractatus I. De Astrologia.
Liber carastouis, tractatus I.
Liber Alfragani continens capitula XXX (XX. R.)
Liber almagesti, tractatus XIII.
Liber introductorius Tholemei ad artem spericam.
Liber Jebri, tractatus VIIII.
Liber Mesehala de Orbe, tractatus I.
Liber Theodosii de locis liabitabilibus, tractatus I.
Liber Cusculei (Esculegii, R..), tractatus I.
Liber Thebit (Tembit, R) de expositione nomiiium almagesti, tractatus I.
Liber Thebit de motu accessionis et (recessionis, R) translations, tractatus I.
Liber Actolici de spera mota (tractatus, I, R).
Liber tabularum Jaberi (Jahem, R) cum regulis suis.
Liber de crepusculis, tractatus I.
Note. Le Ms. de Paris offre ici une difficulté de lecture : l'encre a disparu et il ne reste plus (pie l'impression produite, sur Je parchemin parla plume.
JJc Philç8ophia.
Liber Aristotelis de expositione bonitatis pure,
GERARD DE CREMONE, 4uD
Liber Aristotelis de naturali £Luditn? tracta 'tus, VIII.
Liber celi et mundi, tractatus IIII.
Liber Aristotelis de causis proprietfitum elemeniorum, tractatus IIII (I. R). Tractatum autem secundum non transtulit eo quod non in venit in arabico nisi de fine ejus parum.
Liber Aristotelis de generatione et corruptione.
Liber Aristotelis metehororum, tractatus III. Quartum non transtulit quia (eo quod, R) sane (eum, R) translatum invenit.
Tractatus unus Alexandri Afrodisii de tempore, et alius de sensu, et alius deeo quod augmentum et incrementum ftunt in forma et non in yle.
Distinctio Alfarabii super librum Aristotelis de naturali auditu.
Liber Alchindi de V essentiis.
Liber Alfarabii de scientiis.
Liber Jacobi Alchindi de sompno et visione. De Physica.
Liber Galieni de elementis, tractatus I.
Expositiones Galieni super librum ypocratis de regimine acutarum egritudinum, tractatus IIII.
Liber de secretis Galieni, tractatus I.
Liber Galieni de complexionibus, tractatus IIII.
Liber Galieni de malitia complexionis (diverse, R), tractatus I.
Liber Galieni de simplici medicina, tractatus V.
Liber Galieni de creticis diebus, tractatus III.
Liber Galieni de crisi, tractatus III.
Liber Galieni de expositione libri ypocratis in pronosticatione, tractatus III.
Liber veritatis ypocratis (tractatus I. R), tractatus III.
Liber Isaac de elementis, tractatus III.
Liber Isaac de descriptione rerum et diffinitionibus eorum et de differentia inter descriptionem etdiffinitioneim tractatus I.
Liber Abubecri Rasis qui dicitur Almansorius, tractatus I.
Liber Divisionum (almansoris, R) continens CLIIII capitula cum quibusdam confectionibus ejusdern.
Liber Albubecri (nul, R) Rasis introductorius in medicina parvus.
Pars libri Albengnesim (Albenguefiti, R) medioinarum simpliciurn etciborum.
Breviarius Jobannis Serapionis, tractatus VII.
Liber Azarâgui (Azanigni, R), de cirurgùa, tractatus III.
Liber Jacobi Alchindi de gradibus, tractatus I.
Canon Aviceni, tractatus V.
Tegni Galieni cum expositione Haly ab Rodoan, De Alchimia.
Liber divinitatis (de,, R) LXX.
Liber de alurninibus (luminibus, R) et salibus.
Liber luminisluminum.
De Geomantia.
Liber geomantie — de artibus divinatoriis, nul à R.
Liber alfodoclii de arabaclii (alfadliol, R.)
Liber de accidentibus alfel (alfeb, R.)
Liber anoe et est tanquam sacerdocii in ar in arlogium, tractatus I. »
Ici se termine la liste des traductions. C'est pour n'y avoir pas songé qu'on a vu dans les quelques lignes qui suivent une répétition, tandis qu'elles ne sont qu'une sorte de prologue à l'éloge en vers qui vient après.
«. Rasis Abubecri fecitel hagui(el haugui, R) et almansorium et division es.
Albucasim fecit azauguiet ejus cirurgiam quamtranstulit magister Gerardus.
Aviceni alboali fecit Canonem.
Girardus (Gerardus, R) nostri fons lux et gloria cleri,
Auctor (Actor, R.) consilii spes et solamen eg'eni,
Voto carnali i'uit liostis, spirituali.
Ad plaudéns, hominis splendor fuit interîoris.
Facta viri vitam studio florere (florente, R) perhennant.
Vivcntein famam libri quos transtulit ornant.
Hune sine consimili genuisée Cremona superbit.
Toleti (Tolecti, R) vixit Toletum reddidit astris. »
Nous donnerons aussi la traduction du préambule et de L'éloge en \ ers :
Razès Abou Bekr a fait le Continent (El haouy), le livre à El Mansour et les Divisions.
Abulcasis a fait le livre intitulé Alsahraoui et la Chirurgie que maître Gérard a traduite.
Avicenne Abou Ali a fait le Canon.
Gérard, la source, la lumière et la gloire de notre clergé, auteur judicieux, espoir et consolation de l'indigent, combattant les passions charnelles et aux choses spirituelles réservant ses hommages, fut la splendeur de l'homme intérieur. Ses actes attestent que toute sa vie fut consacrée à l'étude. Les livres qu'il a traduits ornent sa mémoire toujours vivante. Crémone est fière d'avoir vu naître cet homme incomparable. Tolède fut son séjour, Tolède le rendit aux cieux.
Tel est le document précieux que M. Boncompagni a eu l'honneur de tirer de l'oubli.
La chronique de Pipini, mise en lumière par Tiraboschi, n'en est qu'une reproduction sommaire, et perd désormais tout son intérêt. On y lit cependant en plus ce qui suit:
Il est enterré à Crémone, au monastère de Sainte-Lucie auquel il avait légué sa bibliothèque.
Nous croyons devoir mettre en relief les faits les plus importants que contient la notice.
Et d'abord, elle porte un cachet d'ancienneté qui en assure la valeur. Elle dut être rédigée quelque temps après la mort de Gérard, témoin ce passage : In fine luijus tegni novissime ab eo translati.
Nous devons revenir encore sur l'opinion qui fait naître Gérard non pas à Crémone, en Italie, mais à Carmone en Espagne.
On sait que l'auteur de la Bibliothèque espagnole, Antonio, a soutenu cette thèse avec de très mauvaises raisons déjà réfutées par Marchand. Un journal italien l'a soutenue en s' appuyant sur une lecture vicieuse de l'avant-dernier vers. Au lieu de:
Hune sine consimili genuisse Cremona superbit,
On lisait : hune sine consilio, etc.
Le Ms. de Paris donne très nettement consimili, tout aussi bien que le Ms. du Yatican.
D'autre part, des tables astronomiques de Gérard donnent la position exacte de Crémone, ce qui prouve que cette localité avait pour lui un intérêt tout particulier.
Ainsi que Marchand l'a déjà fait observer, Gérard paraît être entré dans les ordres, comme l'attestent ces paroles : Nostri gloria cleri.
Des vertus de Gérard, nous en relèverons une en particulier, sa modestie. Comme le dit la notice, il négligeait de mettre son nom à ses traductions, contrairement à l'usage de ses émules, qui y attachent assez généralement une date, ce qui nous prive de renseignements sur l'époque précise et la durée de son séjour à Tolède. Yoilà pourquoi beaucoup de traductions qui nous sont parvenues, et qui sont évidemment de lui, sont anonymes.
Il est encore une autre conséquence probable de cette vie retirée. On peut s'étonner de ne pas voir son nom mêlé à ceux de Jean de Séville et d'Adhélardde Batli.
Signalons encore les motifs qui déterminèrent Gérard à passer en Espagne : son désir de posséder l'Alinageste et la pauvreté de la littérature latine en matière de science.
Le préambule qui précède les vers a donné lieu à des méprises. On n'en a pas compris la signification, qui est de mettre en présence les titres des anciens médecins à côté de ceux de Gérard. On a vu dans les ouvrages cités, une sorte de prolongement de la liste bibliographique, ce qui a fait porter le chiffre des traductions de Gérard à soixante-seize par Pipini. M. Boncompagmi est tombé dans une erreur contraire. Il y a vu des traductions deux fois mentionnées.
M. Boncompagni s'est contenté de donner simplement la nomenclature des écrits de Gérard, réservant à peu près ses très intéressantes annotations pour les écrits qui ont été imprimés.
Nous croyons qu'il reste quelque chose de plus à faire.
Il faut d'abord passer une revue critique de cette nomenclature, ou des titres d'ouvrages sont altérés ou obscurs.
Il faut chercher ensuite à retrouver ces nombreuses traductions parmi les manuscrits conservés dans nos bibliothèques.
Il convient enfin d'en dresser une sorte de statistique, non seulement pour mieux préciser la nature et l'étendue des travaux de Gérard, mais pour montrer la grandeur des services qu'il rendit à la science et l'influence que ces traductions purent exercer sur le mouvement scientifique au moyen âge. Une vingtaine seulement de traductions de Gérard étaient connues de Jourdain ; nous en connaissons aujourd'hui plus de soixante-dix. On peut dire que Gérard à lui seul fournit au moyen âge une véritable encyclopédie.
Nous rappellerons que notre liste est sectionnée par catégories de matières. Quelques-uns des titres de sections manquent dans l'exemplaire de Rome.