REVUE SOMMAIRE DU X* SIÈCLE
Le IX' siècle nous a présenté ce spectaclej unique flan<ï l'histoire, d'un peuple de pasteurs que renthouaiaame religieux avait rendus maîtrea da plus vaste empire qui se Boit jamais vu, se préoccuper tout aussitôt d'acquérir la grandeur întellectuelle qui leur manquait, et transporter la geience de la Grèce dans leur langue, étonnée de cm nouveautés. Nous avons vu le zèle de ces néophytes ae produire sur le terrain de la science avec autant de ferveur qu'ils en avaient montrée dans leur prosélytisme religieux. Au X* siècle nous allons voir que cette passion pour la science n'était pas un caprice passager, mais répondait à des besoins et à des aptitudes. La greflfe importés de la Grèce a grandi; elle produit déjà des fruits merveilleux* (1)
Le mouvement intellectuel au X* siècle se résume en deux ordres de faits. D'une part, Tinîtiation scientifique, en même temps qu'elle se complète, se propage à tous les membres de la vaste famille musulmane» De l'autre les Arabes» non-seulement s'émancipent de leurs initiateurs désormais impuissants à les suivre dans les voies qu*ils leur ont ouvertes, mais s'engagent déjà dans des voies inconnues des Grecs, soit en fécondant les notions qu'ils en ont reçues, soit en systématisant rensemble des connaissances dont ils sont les possesseurs.
Le travail des traductions se prolonge encore, tantôt il exploite de nouveaux filons, tantôt il reprend en sous-œu-
(1) Miraturque novas frondes et non sui poma*
:^^2 HISTOIRB DB LA MÉDECINS ARABB. — LIVRE TROISIÊI».
vre des travaux défectueux ou inachevés. Il se complète aussi par les commentaires, rendus parfois nécessaires par le génie diflFérent des langues.
Le IX* siècle ne nous avait guère présenté chez les Arabes qu'une personnalité hors ligne, El Kendy. Au X* siècle les rôles sont changés. Les chrétiens ne produisent plus que des savants de second ordre, et c*est chez les Arabes qu'il faut chercher les hommes supérieurs, tels que Razès, Alfaraby, Ali ben el Abbas, Abulcasis, autour desquels se pressent une foule de médecins, de mathématiciens, d'astronomes et de géographes.
Non-seulement les rôles sont changés, mais la scène s*est prodigieusement agrandie. Restreinte pendant le IX« siècle à peu près à l'Irak, elle s'étend au X» de l'Oxus à l'Atlantique et du Nil au Caucase.
Nous manquons de renseignements pour suivre pas à pas durant le IX» siècle les progrès de l'infiltration scientifique à travers l'empire musulman, mais les faits constatés au X* siècle accusent partout son existence. Indépendamment de quelques voyages individuels à nous connus, le pèlerinage de la Mekke en fut probablement le plus puissant véhicule. C'est ainsi que le fanatisme trouvait dans la science un dérivatif et un calmant.
Telle était la puissance de l'impulsion primitive, que les révolutions politiques, les dissensions intestines, le morcellement du Khalifdt ne purent en arrêter le cours.
Si les Khalifes subalternisés n'ont plus la même influence, nous les voyons cependant encore intervenir en faveur de la science. L'un d'eux réglementa la pratique de la médecine. Le fils du Khalife El Moktafy, Djafar, était profondément versé dans la connaissance des philosophes anciens et modernes, et cultivait lui-même l'astronomie.
Un fait arrivé en l'année 031 de l'ère chrétienne prouve l'extension qu'avait déjà prise la médecine à Bagdad, en même temps qu'il fut l'occasion d'une loi de police médicale. Un malade ayant succombé par la faute d'un médecin, le Khalife décida que désormais personne n'exercerait la médecine, à moins d'avoir été examiné par Sinan ben Tsabet.
BElVUlâ ;[30\tMAmB 1^0 DIXIÈME SIÈCLE. <*33
Le nombre des médecins qui se présentèrent de Bag-dad et des environs dépassa le chiffre de huit cents, et encore on dispensa de î*examenles médecins attachés à la cour et ceux qu'une habileté notoiresemblaitmettre au-dessus des épreuves^.
Adhadeddoula, qui régnait effectivement à Bagfdad comme nos anciens maires du Palais* fit revivre un instant les traditions des premiers Âbbassides. Il protégea les savants et fonda des mosquées, des écoles et des hôpitaux. L'hôpital cl Adhedy. ainsi nommé du nom deaon fondateur, fut îmmé^ diatement pourvu de vlu^t-quatre médecins, répartis eu des services divers, et dont un certain nombre nous sont connus. Nous dirons plus tard le moyen imag-iné pour s'assurer de l'emplacement le plus salubre de la grande ville.
Deux familles conservaient encore à Bagdad les traditions de leurs ancêtres : celle des Bakhtichou qai avait présidé à rinitiation scientifique des Arabes, et celle de Tsabet qui Ta^ vait puissamment secondée.
C'est à rémir Adhad eddouîa qu*Ali beû el Abbas dédia son Maleky, le premier ouvrage qui ait réuni dans un faisceau méthodique et complet toutes les branches de la médecine, entreprise hardie que Tantiquité grecque n'avait pas encore tentée. Déjà un essai plus modeste avait été fait par Abou Sahl el Messihy dans le Meya, Ce que nous constatons à Bagdad se reproduit ailleurs. En Perse, Razès était protégé parles souverains, auxquels il dédiait ses ouvrages. En même temps qu'il écrivait le Continent, vaste répertoire de la médecine ancienne et mo-^ derne, enrichi de sa propre expérience et sans prétention dogmatique, il donnait ses leçons â de nombreux élèves qui eux-mêmes en donnaient à d'autres. La philosophie était encore à cette époque représentée en Perse par Alfaraby-
En Syrie, les savants trouvaient un protecteur dans l'émir Seif eddoula.
En Eg3^pte, nonobstant le caractère violent du chef des Toulonides, les sciences furent encouragées par lui et par ses successeurs, .Alimed ben Touloun fit construire un liôpital et la mosquée qui porte encore aujourd'hui son nom, A cette
mosquée était annexée une école dont les cours s'ouvrirent en sa présence.
Les Fathmides suivirent les mêmes traditions. Le célèbre astronome Ebn lounis était encouragé dans ses travaux par les Khalifes El Aziz et El Hakem. D'autre part le vizir Djouhar faisait construire Fa célèbre mosquée El Azhar, qui fut pendant de longs siècles une pépinière de savants et se montre encore aujourd'hui digne de son passé.
Dans le Magreb, la médecine brilla pendant le X* siècle d*un éclat malheureusement passager.
En Espagne, les sciences et les arts n'étaient pas moins encouragés par les Ommiades qu'en Orient par les Âbbassides.
Le trône fut occupé pendant un demi-siècle par un prince intelligent, Âbderrahman, troisième du nom, dignement remplacé par El Hakem.
C'est l'époque la plus brillante du Khalifat de Gordoue. Si les sciences brillèrent alors d'un moindre éclat que les arts, on leur posait les solides assises d'un édifice futur.
Partout on fonda des écoles et des bibliothèques d'une richesse inouïe. S'il faut en croire les historiens, la Bibliothèque royale de Cordoue ne contenait pas moins de 600,000 volumes, et son catalogue en avait exigé quarantequatre. (1)
El Hakem n'était pas seulement un protecteur des savants, il était savant lui-même et ne lisait pas un ouvrage qu'il ne l'enrichît de ses annotations.
Telle était la splendeur des écoles de l'Espagne, qu'elles attirèrent l'attention de l'Europe ignorante et barbare, et que Gerbert passa pour y être venu puiser sa science. Il paraît bien avéré cependant qu'il ne les visita pas, n'ayant pas dépassé Barcelone et s'étant contenté de quelques livres traduits en latin.
Au milieu d'une foule de savants modestes, dont les noms nous ont été conservés, deux hommes seulement se détachent de la foulCi L'un est Moslama, de Madrid, savant mathématicien et astronome, qui fit de nombreux et illus-
(1) Casiri, II, 38.
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très élèves. L'autre est Abulcasis, le plus haut représentant de la cbirurg:ie dans Técole arabe.
Il faut citer aussi un fait de L'histoire scientifique de TEs^ pagne, Tenvoi, par l'empereur de Byzance, du texte g^rec do DioscorideSj dont la traduction fut revue avec une certaine solennité.
Non-seulement la médecine et la philosophie, mais aussi les sciences mathématiques étaient cultivées partout avec ardeur. C'était Tépoque d'El Batany, d'Aboul Ouéfa, d'Abderrahman Essoufy, d*Ebn lounis, dont les noms ont retenti dans notre Occident.
Les observations astronomiques se poursuivaient partout avec zèle et ténacité. Les Béni Amadjour en continuèrent pendant près d'un demi-siècle.
La géographie de TAsie, peu connue des anciens, s^enrichissait par les travaux d'Ebn Haukal et dlstakary. Abou Zéïd publiait une relation de l'Inde à la Chine.
Alors vivaient aussi le savant polygraphe Massoudy^ et Fauteur du Fihrist, Mohammed ben Ishaq, dont Touvrage étonne par la somme de documents qu'il renferme sur les «avants de la Grèce (1).
En résumé le X* siècle accuse la prise de possession et la mise en culture par les Arabes de la science de la Grèce.
Si Ton jette un coup d'oeil sur la liste que nous avons donnée des savants au X* siècle, on verra que le nombre des chrétiens s'amoindrit. En même temps apparaissent quelques juifs, qui deviendront plus nombreux aux siècles suivants,
La multiplicité des centres de lumières et le besoin de méthode et de clarté nous font maintenant un devoir de diviser Thistoire de la médecine par contrées. Nous la suivrons d'Orient en Occidenti
(1) H est encore un ouvrage que nous devons mentionner, c'est la célèbre Recueil connu aous le nom de Priienî di$ Frèrti éi ta pureté^ que l'on pourrait appeler rEoevelopédie des Arabes. Il rappelle en effets sou a plus d*îiii rapport, l'Encyclopédie du XVI II* siècle. Sous prétexte de rendre à U religion musulmane sa pureté primitire, par son alliance avec la philosophie, il ne tendait pas moins qu*à la renverser.