‹ Histoire de la médecine arabe v.1, c.2Chapitre 41 sur 162 · SÉRAPION LE JEUNE · texte numérisé non relu

SÉRAPION LE JEUNE

Sérapiou, dit le jeune, pour le distinguer de Sérapion l'ancien, qui vivait au IX« siècle, est un être mystérieux sur lequel nous ne rencontrons aucun renseignement.On a le droit de s'en étonner quand on en a sur tant d'autres médecins qui ne valent pas mieux que lui et qui n'ont pas eu les mêmes honneurs.

On peut arriver èi lui assigner approximativement une époque en cherchant dans son livre les médecins qu'il a cités. Et encore cette tâche est difficile quand on ne possède le Traitt^ des simples que dans une traduction latine, t)ii les noms propres aussi bien que les mots techniques sont étrangement défigurés.

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Le Traité de» raWicaments simples est un Iriivail ili^ pure compilatioa. L'auteur met k coutribution surtout Dioacorides et Galien, le premier pour la descriptiou des simples et le second pour leurs propriétés. Il lfi3 complète par quelque» autres médecins f^recs, tels que Paul d'Églne, Oribase, Rufus, et par les médecins arabes, persans et indiens ses devanciers. Une liste des auteurs est donnée en tète de l'édition des Simples de 1531, Strasbourtf. On y compte quatre-vingts noms, y compris quelques titres de livres et des ■ doubles emplois, ce qui réduit le nombre des auteurs cités à une soixantaine.

On a déjà essayé d'assig-ner une date à Sérapion par l'inspection de ces noms. On a mis en avant celui d'Ebn Guéfith, que l'on a cru sans doute le plus rapproché de nous. Ebn Guéfith mourut en 1074, ce qui met Sérapion au plus tôt vers

■ la &n du XI* siècle ou au commencement du XII*. Nou.i connaissons un autre nom citéqui rapprocha davantage de nous Sérapion le jeune. Au n' 380, sous la rubrique Bézoard, on lit: Hahamed eben ririfus. Lapis Beiahar confert veneno scorpionis, quando portatur in anulo, et

■ inciditur in eo imago scorpionis, luna existente in signa scorpionis. Nous lisons d'autre part dans Ebn el Beithâr, k l'article Bézoar: • Ahmed beo lousef. La pierre de Bézoar est utile contre le venin des scorpions si on la porte dans un anneau d'orsur lequel on aura gravé la figure d'un scorpion, la lune étant dans le signe du scorpion, > — Il est évident que ces deux passages sont identiques. Malgré les altérations, qu'elles soient dufait du traducteur ou de l'imprimeur, nous n'hésitonspas à voir Ahmed ben Yousef dana.fîa/iome(i 6cn ririfus.

Nous constatons, soit dans cette traduction, aoit dans d'autres, des altérations beaucoup plus étranges. Or Ahmed ben Yousef n'est pas autre que le naturaliste Tîfachy, qui écrivait au beau milieu du XIII' siècle. Ce serait donc au

IXIII' siècle qu'il faudrait placer Sérapion le jeune. Il est encore quelques autres noms qui pourraient fournir des indices, mais il faudrait opérer sur le texte arabe et ce texte n'existe pas, sinon peut-être ii Oxford, Il y a bien encore à

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Parla uue version hébraïque que noua avoua déterrée et sur laquelle noua reviendrons, mais elle est incomplète. Nous avons essayé plus d'une fois de faire le dépouillement complet des auteurs citéa dans Sérupion, mais nous allions toujours nous heurter contre certains noms d'une restitution impossible. La collation avec la version hébraïque nous a bien fourni quelques éléments nouveaux, mais c'est surtout b un autre point de vue qu'elle nous a^irésenté de l'intérêt, et puis elle s'arrête au n' 350.

Sérapion produit bien rarement quelque chose de son crû.

On ne peut lui attribuer que de courts passag-es d'introduction, qui ne sont pas accompag'nés de noms d'auteur.

Jamais il ne prend la parole pour éclaircir des passag-es douteux, signaler des erreurs ou des contradictions, ainsi qu'il arrive souvent k Ebn el Beithâr.

Le livre se divise en deux parties.

La première est une sorte de thérapeutique générale, où il est question des propriétés élémentaires, secondaires et tertiaires dea médicaments.

Dans la deuxième, les médicaments sont traités en particulier, divisés en trois clauses, végétaux, minéraux et animaux.

Le chiffre total est de 462.

Chaque article est une série de citations oii les parties descriptive et thérapeutique ne sont pas nettement séparées comme dans Ebn el Beitbar. Uue autre différence qui semblerait indiquer une époque plus reculée que le XIII' siècle, c'est que le chiffre des médecins arabes est relativement restreint dans Sérapion : Dioscorides et Galien en font presque tous les frais. Ce sont, du reste, des noms qui se retrouvent chez Ebn el Beithàr. Le Traité des simples de ce dernier rend presque inaig-nifiante l'importance historique des simples de Sérapion.quirestentsimplement un jalon, comme tant d'autres ouvrag-es qui n'ont pas eu l'avantage d'une traduction latine.

Sérapion fut traduit en latin vers la fin du XIII" siècle par U juif Abraham et Simon de Gènes, qui était médecin du pape Nicolas IV en 1288, La bnrbîirie de cette traduction

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s'explique d'abord par 30U procédé d'exécution a deux, procédé qui était fréquent à cette époque eu Eapag^ue. Un juif ou UQ muaulmau traduisait eu langnie vulgaire et un lettré reproduisait en latin. Ou sent dans les transcriptions l'iufluencede l'espagnol, ainsi : Xambar pour Chambar, Xaham pour Chaham, Bedegiiard pour Badaauard, Guasima pour Ouasima, etc.

Quant aux énormitéa de transcriptions, que l'on ne saurait toutcâ mettre sur le compte des copistes ou des imprimeura, nous croyons en trouver une autre raison, c'est que cette traduction latine dérive peut-être d'une traduction hébraïque.

Il existe au fonds hébreu de Paris une traduction hébraïque de Sérapion parfaitement mécounue. Le catalogue se contente de dire que c'est un Traité des Drogues, et que chaque article renferme des extraits de Dioscorides, de Galien, etc.

La n* 1187 est tout simplement une traduction de Sérapion, dont il manque le commencement et la fin. Le manuscrit commence è. la Garance, Foua, n° 60 de la traduction latine, et finit au Mezerion, n" 353. Nous avons lu attentivement ce manuscrit, et nous l'avons trouvé en tout conforme & la traduction latine tant dans son ordonnance générale que dans ses détails. Il peut servir à redresser bien des transcriptions vicieuses.

Dans la traduction latine un fait nous avait frappé, dont nous avions vainement cherché l'explication : nous l'avons trouvée dans la traduction hébraïque. Ce fait, ce sont des synonymies en langue latine ou vulgaire. Noua les avons retrouvées dans la traduction hébraïque. Elles semblent donc prouver que la traduction latine ne procède pas de l'arabe, mais de l'hébreu. Quelques-unes de ces syuonymies sont dites appartenir k la langue latine et le plus grand Dombreà la langue vulgaire, azs. Ce dernier mot correspond k i'Adjemya d'Ebn el Beith&r. Citons-en quelques exemples :

Sousen c'est le Lilium, dit le latin. En vulgaire Liliou, dit l'hébreu.

150 HISTOIRE DB LA If ÂDECINB ABABB — UVRB SIXIÈME.

Kerua c*est le Peniedactylus^ dit le latin. En vulgaire Fintidakcïli^ dit Thébreu.

Selikha c'est le Cassia lignca^ dit le latin. En vulgraire Kaaia ligniah^ dit l'hébreu.

Caphor c*estle Camphora, dit le latin. En vulgraire Kamfoura.dit Thébreu.

Il n*y a pas jusqu'aux fautes qui ne soient reproduites. Ainsi au lieu de Mougats^ racine de grenadier sauvage, rhébreu donne Maad, et le latin Afî/iad. Â propos du Raphanu8^ rhébreu donne Acsdkoua au lieu de Gostus et le latin donne Asceos.

Nous croyons donc la version latine faite en regard, sinon d'après l'hébreu, ce qui a dû nécessairement apporter le trouble dans les transcriptions, indépendamment de l'ignorance de la langue origrinale par l'auteur de la rédaction latine. Quelques exemples de noms propres. Maçoudi est souvent cité, parfois correctement mais aussi sous cette forme : Almasaherodi. lounioua est transformé en Barbios, Co8tu8 en Constantinus. (Abou Hanifa) Ahmed ben Dacud eddinouri, en Ahamet ében David lumar. Au lieu de Damascus ou Damascenua^ on lit Damaschut, etc.

La traduction n'en est pas moins donnée comme faite d'après l'arabe.

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