BOL'CHUT
HISTOIRE DE Lk MÉDECINE
fort incommodes ou un notable affaiblissement des membres infél'ieurs, avec des fourmillements paraplégiques.
On cite le fait d'un Esquimau qui, ayant perdu sa femme, éprouva un si ferme désir d'allaiter son enfant, que du lait se forma dans ses mamelles et qu'il essaya de nourrir au sein {Revue Britannique, ¥ série, t. XVI, p. 52). Ce fait, qu'il ne faut accepter qu'avec réserve, a été réellement observé chez la femme encore vierge. Il a été plusieurs fois constaté chez les jeunes fdles qui ont essayé de se substituer à une mère qui venait de mourir. En donnant leur sein vide, la succion de l'enfant y faisait venir du lait.
Le mysticisme religieux produit des phénomènes analogues, sinon semblables, et parmi eux, les plus étranges sont ceux qui sont connus sous le nom de stigmatisations .
L'exemple le plus frappant est celui de saint François d'Assise. (( Ce religieux était arrivé à la fin de sa carrière, après avoir mi réussir tous ses projets. II avait obtenu du pape IlonoriusIII la confirmation de l'ordre fondé par lui, pour les deux sexes; il avait inauguré une règle nouvelle, qui était regardée comme la conception la plus parfaite qu'on eût jamais eue de la vie monastique. Satisfait d'une lâche si glorieuse, il s'était démis du généralat entre les mains de Pierre de Gatane, pour ne plus songer qu'à son salut. Il se retira, en conséquence, dans une solitude de l'Apennin, entre l'Arno et le Tibre, non loin de Camaldoli et de Vallombrosa, et fixa sa retraite sur une montagne appelée l'Alverne, que lui avait abandonnée le propriétaire, un seigneur du pays, nommé OrlandoCataneo : là, dégagé de tous les devoirs et de toutes les préoccupations de la vie pratique, il se livrait sans mesure aux rigueurs de l'ascétisme le plus sévère et méditait incessamment en Dieu.
Des extases s'emparaient de temps à autre de son esprit, et le rendaient de plus en plus indifférents aux objets de la terre. Les macérations, les abstinences se succédaient chez lui sans relâche. Parmi les carêmes surérogatoires qu'il s'était imposés, se trouvaient les quarante jours qui séparent la fête de l'Assomption de celle de saint Michel. Exténué par le jeûne et s abîmant une fois dans les élans de la prière la plus ardente, il crut entendre Dieu qui lui ordonnait d'ouvrir l'Évangile, afin que ses yeux pussent y lire ce qui serait le plus agréable à son créateur. Frappé de cet avertissement divin, saint François remercia Dieu dans une nouvelle prière qui dépassait encore en ferveur celles auxquelles il se livrait depuis le commencement de ce carême. « Ouvre-moi le livre sacré », dit-il au frère Léon, qui l'avait suivi dans sa retraite. Trois fois cette épreuve fut faite, et trois fois le volume s'ouvrit à la passion
MYSTICISME MEDICAL hT TIIÉURGIE 5[
de Jésus-Christ. Le saint crut reconnaître là un ordre de poussez son imitation de la \ie du Sauveur plus loin qu'il ne l'avait encore fait. Sans doute, il avait imposé silence à la chair, par la mortification, et crucifié son esprit et ses désirs, mais il n'avait point encore soumis son corps au supplice de la passion, et c'était le supplice que Dieu lui prescrivait en lui montrant du doigt le récit de l'Évangile.
Après cette épreuve, le solitaire n'eut plus qu'une pensée ° le crucifiement de son divin Maître. Il en passa et repassa en esprit les douloureuses phases, exaltant davantage son imagination à chaque raison. En même temps qu'il exténuait son corps par un jeûne prolongé, il travailla à évoquer en lui le tableau émouvant du Sauveur sur la croix.
Dans ses visions, il était tellement absorbé par la contemplation du Dieu souffrant, qu'il perdait conscience de lui-même, et se trouvait transporté dans un monde surhumain. Le jour de l'Exaltation de la croix, se livrant plus encore que de coutume, en raison de la solennité, à une de ces contemplations extatiques, il crut voir un séraphin ayant six ailes ardentes et lumineuses descendre rapidement de la voûte des cieux et s'approcher de lui. L'esprit évangélique soutenait entre ses ailes la figure d'un homme, les pieds et les mains attachés à une croix. . Lorsque le saiht assistait à ce spectacle miraculeux avec une onction et un étonnement profonds, la vision s'évanouissait tout à coup. Mais le pieux anachorète en avait ressenti un contre-coup étrange, et toute son économie était demeurée profondément troublée. Il éprouva surtout aux pieds et aux mains des sensations douloureuses qui firent bientôt place à des ulcérations, à des espèces de plaies qu'il considéra comme les stigmates de la passion du Christ.
Ce miracle eut un immense retentissement. Rien n'était plus fait pour frapper des imaginations avides du merveilleux, et fortifier la vénération profonde que ce saint personnage excitait par ses travaux et ses vertus. Le pape proclama les stigmates de saint François un don miraculeux de la grâce, et les chrétiens tinrent le prodige pour une démonstration péremptoire du mystère de la Rédemption, à raison surtout de cette circonstance que les stigmates avaient été imprimés au saint jour de l'Exaltation de la croix.
L'allégresse que causa le miracle fut surtout grande chez les franciscains. C'était le triomphe de leur ordre; ce prodige donnait une preuve éclatante de l'amour infini de Jésus-Christ pour leur fondaleur, puisqu'il l'avait choisi pour offrir sur la terre une image visible de sa divinité. Il y eut donc désormais pour les religieux mendiants deux passions, celle de Jésus-Christ et celle de sain
François. On vit un gardien des cordeliers de Reims, le père Laafranc, taire inscrire au fronton de son couvent : Deo homini et heato Francisco^ ulrique crucifixo : « A l'Homme-Dieu et à saint François, tous deux crucifiés. » (Maury, Magie, p. 340.)
D'autres moines, Philippe d'Acqueria, Benoît de Reggio, Charles de Saeta; Dodo, de l'ordre des Prémontrés; Angèle del Paz, de Perpignan; Nicolas de Ravenne, sainte Catherine de Sienne, etc., eurent le même avantage, et rêvant sans cesse aux souffrances de la passion, en virent les stigmates se montrer sur leurs corps. Une fois répandue, la nouvelle de ces stigmatisations en fit paraître d'autres dans les cloîtres du xv* siècle. Mais des variations se produisirent. Sainte Catherine de Raconisio et quelques autres eurent sur le front les stigmates de la couronne d'épines. D'autres éprouvèrent les doufeurs de la flagellation et en conservèrent les marques, complétant ainsi dans leurs extases toutes les douloureuses circonstances de la passion. Ce fut une véritable épidémie, et pendant près d'un siècle on ne parlait que de semblables miracles. Ils se reproduisirent jusqu'au siècle dernier.
Des phénomènes semblables à ceux de la stigmatisation ont été obtenus en d'autres circonstances. Ainsi on a vu desindividus s'imaginer en rêves recevoir des blessures, des coups, être frappés de maladies, et avoir au réveil, ou quelques jours après, les stigmates de ces contusions sur les parties qu'ils supposaient atteintes, ou les symptômes de la maladie rêvée. L'histoire nous apprend que les solitaires de la Thébaïde et quelques visionnaires faisaient voir sur leur peau les marques rougeàtres laissées par le fouet du démon ou de l'ange qui les avait châtiés. On sait aussi que les malades lutinés dans le sommeil par le succube montrent sur le corps des taches violacées que les auteurs de démonologie ont appelées sugilla- Hones, stigmates qui, dans les procès de sorcellerie, servaient à établir le fait de la pression démoniaque.
Burdach dit qu'on a vu une tache bleue sur le corps d'un homme qui venait de rêver avoir reçu une contusion.
Le docteur Marmisse, de Bordeaux, rapportait, dans Y Union médicale de 1862, le fait curieux que voici : Une dame, souffrante déjà depuis qu'^lque temps, eut besoin d'être saignée. Sa femme de chambre, qui lui était très-attachée et qui la soignait très-assidûment, assista à cette petite opération; elle en ressentit une émotion si profonde, qu'au moment où le praticien enfonçait sa lancette dans le l)ras de la malade, la servante éprouva au pli du coude le sentiment d'une piqûre, et vit, peu de temps après, apparaître une petite plaie dans cet endroit.
Le docteur Elliotson a recueilli un assez grand nombre de faits, dans lesquels l'attention concentrée sur une partie du corps y a fait naître de la douleur. Ainsi, les hystériques, dont les fonctions périodiques sont supprimées, ont souvent des hémorrhagies par les divers organes sur lesquels elles portent leur attention.
Un travail matériel dans l'économie peut donc s'opérer sous l'influence des préoccupations de 1 ame, et, selon, le degré de cette influence, la chair en garde les traces apparentes. Ces faits sont de la plus haute importance, et ils justifient parfaitement la croyance populaire sur le rapport des préoccupations de la femme enceinte et des taches qui se produisent quelquefois sur le corps de l'enfant.
Si la pensée agit sur la matière, elle agit encore plus sur la sen sation; delà les hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat des extatiques dans leurs rapports avec Dieu, les sensations du toucher qui leur fait croire qu'elles sont enlevées de terre, et les ravissements qu'elles éprouvent de leur commerce avec Jésus-Christ. Cette influence de l'imagination sur la vitalité des organes, sur leurs fonctions et sur les sensations, est telle, qu'on a vu le trouble de cette faculté être suivi d'une mort immédiate. En voici un exemple. En 1784, dans un rapport de Bailly sur le magnétisme, ce philosophe attribue les crises nerveuses magnétiques à l'imagination. A ce sujet, il rapporte l'anedocle suivante. En 1750, à Copenhague, voulant éprouver les effets de l'imagination sur le corps, quelques médecins obtinrent qu'un criminel, condamné au supplice de la roue, périrait par un moyen plus doux, tel que l'hémorrhagie. Après l'avoir conduit, les yeux bandés, dans la pièce où il devait mourir, on piqua le patient aux bras et aux jambes et l'on simula un bruit d'écoulement de liquide. Bientôt le condamné fut pris de syncopes, de sueurs froides, de convulsions, et il mourut au bout de deux heures et demie... Or, il n'y avait pas eu de saignée; de simples piqûres, sans hémorrhagie, avaient été faites aux bras et aux jambes, et l'eau s'écoulant de quatre robinets ouverts simulait le bruit du sang tombant dans un vase. La mort de ce malheureux fut donc l'effet des troubles de son imagination. (L. Figuier, Histoire du merveilleux, t. III, p. 841.)
Les maux enfantés par les troubles de l'imagination ne sont rien en comparaison des bienfaits qu'elle procure ; ses guérisons sonX innombrables, et là où elle ne peut guérir, elle apporte du moins le bonheur, la joie et la douce espérance d'une amélioration prochaine.
Contentement passe richesse, dit avec raison le proverbe, et cela est bien vrai, car il suffit souvent d'avoir confiance en celui qui
HISTOIRE DE LA MÉDECINE peut guérir, pour êlre soulagé ou guéri. En médecine, comme ailleurs, la loi est une force dont la puissance est sans limites et fait des miracles. Les incubations dans les temples, les paroles magiques, les charmes, les grimoires, les philtres, les arcanes, les talismans, les nombres, les amulettes, les terreurs morales, les attouchements royaux, ceu.x d'un prêtre, d'un oracle ou d'un médecin en sont la preuve; et les malades qui croient fermement à ces inUueaces sont, dans beaucoup de cas, bien près d'être guéris.
Proi'anes ou sacrés, tous les pèlerinages et toutes les pratiques du mysticisme médical produisirent des merveilles.
C'est ainsi que le simple toucher du roi guérissait les scrofuleux; que les exorcismes faisaient disparaître les attaques convulsives chez les malheureux qui en étaient atteints.
C'est pour la même raison que la main d'un mort appliquée sur des écrouelles les a fait guérir (Yan Helmont et Bayle); que Pyrrhus, roi des Épirotes, avec son pied, obtenait des guérisons miraculeuses (Tacite).
Herlwig (Ohs. médic.) rapporte qu'un médecin ayant donné à un paysan une ordonnance écrite pour avoir une purgation, lui dit : Vous prej^drez cela. Notre homme, rentré chez lui/se met au lit, avale le papier, qui le purge fortement, et peu après il revient dire au médecin que sa purgation i'a guéri.
Des guérisons ont même été obtenues par le simulacre des exor-
cismes.
Une prétendue possédée faisait beaucoup de dupes au temps d'Henri III. Amenée devant l evêque d'Amiens, celui-ci ordonna à un laïque de se vêtir d'habits sacerdotaux, et de feindre de l'exorciser sur les Évangiles; mais on lut en place les épîtres de Cicéron. Ce diable, qui ne se doutait pas de la ruse et ne connaissait pas le latin, s'agita avec violence, comme s'il eût déjà ressenti les tourments de l'enfer. Le voilà donc conjuré par l'incrédule Cicéron, comme par les plus saints apôtres.
Les pèlerinages produisirent aussi des merveilles, et cela dans toutes les religions. Ainsi, à Cachemire, on conserve précieusement trois poils de la barbe de Mahomet qui accomplissent des cures miraculeuses chez les nombreux pèlerins qui viennent chaque année implorer la relique du grand prophète.
Moi-même, qui n'ai guère de prétention à passer pour sorcier, ni pour un envoyé céleste ou pour un prophète, j'ai fait des miracles, et il m'est arrivé de guérir des malades qui ont eu l'immense avantage d'avoir en moi une confiance illimitée.
En 1849, lorsque j'étais chef de clinique à l'Hôtel-Dieu, on m'ap-
porta une petite fille de onze ans, nommée Louise Parquin, qu'une frayeur excessive, causée par une tentative de viol, avait rendue muette et paralytique des quatre membres. Cette enfant venait de la province. Pendant deux mois, tout avait été mis en œuvre par les médecins de la localité et des environs, mais tout était resté infructueux. Désespéré, le père voulut amener son enfant à Paris. Celle-ci, qui n'entendait parler de la grande ville, de ses grands médecins et de l'Hôtel -Dieu que d'une façon pompeuse, pour elle plus saisissante en raison de son âge, arriva pleine de foi à l'Hôtel-Dieu pour y chercher la guérison. Le soir, je la vis muette et paralytique, et fâché de trouver une infirme dans un hôpital, je ne fis aucune prescription. Elle était encore dans le même état le lendemain matin. J'ajournai tout traitement. Dans la journée, elle commença à parler ; le jour d'après, elle commençait à remuer les jambes ; et le troisième jour, elle marchait dans les salles, complètement guérie : sa foi l'avait sauvée. Une impression morale vive, de nature différente, lui avait, à quelques mois de distance, enlevé et rendu l'usage de la langue et des membres.
J'ai vu une fille hystérique et frappée depuis quelques mois d'une paralysie des membres inférieurs qui avait résisté à tout traitement. On lui annonça qu'on allait la guérir par la cautérisation du dos avec le fer rouge. Au jour fixé, assise nue devant le brasier où chauffaient les fers, on prit un cautère froid dont on se servit pour toucher la colonne vertébrale. Aussitôt la jeune fille, qui n'avait rien vu, pousse des cris de douleur comme si on l'avait brûlée, et, faisant des elYorts pour échapper à cette cautérisation imaginaire, se lève, se sauve comme si elle avait du feu dans les reins.
A ces récits je veux enjoindre un autre, non moins curieux, et dans lequel un simple effort d'imagination, l'espérance de guérir, a fait le miracle de la disparition subite d'une paralysie.
On le trouve dans la Revue britannique et dans le charmant livre du baron Feuchtersleben (Hygiène de Vâme, 1854, p. 33).
Un médecin anglais, le docteur Beddoës, croyait que l'oxyde nitreux était un spécifique certain contre la paralysie. Davy, Coleridge et lui se déterminèrent à tenter une expérience sur un paralytique de bonne maison, abandonné par les médecins. Le patient ne fut point averti du traitement auquel on allait le soumettre. Davy commença par placer sous la langue de ce malade un petit thermomètre de poche, dont il se servait dans ces occasions pour connaître le degré de chaleur du sang, degré que l'oxyde nitreux devait augmenter. A peine le paralytique eut-il senti le thermomètre entre ses dents, qu'il fut persuadé que la cure s'opérait et que l'instru-
HISTOIRE DE LA MÉDECINE ment merveilleux qui devait le guérir n'était autre que le thermomètre : « Ah! s'écria-t-il, je me sens mieux. )> Davv adressa un regard expressif à Beddoës et à Goleridge. Au lieu du spécifique, ou se contenta du thermomètre, qui, pendant quinze jours consécutifs, fut placé avec toute la solennité convenable sous la langue de ce pauvre homme, dont les membres se délièrent, et dont la santé renaquit, dont la cure fut complète, et auquel on ne fit subir aucun autre traitement. Si Davy n'eût pas entouré d'un certain mystère son expérience, s'il avait négligé la partie dramatique de son art, s'il avait dit au patient : Voici un thermomètre qui doit servir à tel usage, le malade serait resté paralytique, et le traitement par l'oxyde nitreux aurait peut-être entraîné la mort.
§ III, — DE l'imitation DANS SES RAPPORTS AVEC LA PRODUCTION ET LA GUÉRISON DES MALADIES.
A l'influence de l'imagination qui crée les maladies et qui les fait disparaître, il faut, pour bien comprendre tout ce qui est relatif à l'histoire de la théurgie et du mysticisme médical, et des qualités thérapeutiques occultes accordées à la matière, tenir compte d'une autre disposition de l'esprit, qui exerce une action tout aussi réelle tant sur la production des maladies que sur leur propagation et sur leur guérison : je veux parler de Vimitation. On ne tient pas, en toute chose, à faire comme son voisin, mais un sentiment irrésistible y pousse l'individu, et, en bien comme en mal, chacun, plus ou moins, fait instinctivement ce qu'il voit faire, L'imagination n'y est pour rien, et la pensée subjugée impose aux organes la reproduction involontaire des actes accomplis par un autre. Comme l'imagination, l'imitation est la source d'un grand nombre de maladies, surtout des névroses convulsives et mentales, mais il faut dire aussi qu'elle peut être l'instrument de leur guérison.
« La vue des angoisses d'aultrui m'angoisse matériellement, et a mon sentiment souvent usurpé le sentiment d'un tiers ; un tousseur continuel irrite mon poulmon et mon gosier. » (Montaigne.)
C'est dans l'humanité 1 histoire de Panurge et de ses moulons : « Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les autres moutons, criant et bellant en pareille intonation, commencèrent soy jecter et sauller en mer après à la fde. La foule esloyl à qui premier y saulteroyt après lour compaignon. Possible n'estoyt de les en guarder. Comme vous scavez estre du mouton le naturel toujours suivre le premier quelque part qu'il aille. » (F. Rahehis, Pantagruel, liv. IV, chap. viii.)
L'imitation produit toutes les névroses, et à ce titre il n'est pas surprenant qu'elle ait produit les épidémies de folie suicide, de convulsions, de démonomanie, de lycanthropie, etc., dont l'histoire a gardé le souvenir.
Ce n'est pas seulement de nos jours qu'on a constaté l'influence de l'imitation sur la production et la guérison des maladies.
En eifet, deux cents ans avant la guerre de Troie, on vit les fdles de Prœtus en proie à des attaques d'hystérie, qui erraient à travers les campagnes, se croyant changées en génisses ; bientôt, la maladie se propageant, ce fut une véritable épidémie de lycanthropie parmi les femmes d'Argos. Le berger Mélampe parvint à guérir les fdles du roi. Ayant remarqué que ses chèvres se purgeaient en mangeant de l'ellébore, il eut l'idée d'en faire prendre à ses malades.
Ensuite, pensant qu'une grande fatigue musculaire ne ferait que compléter la cure, il les fil poursuivre à outrance par de jeunes garçons.
Il obtint ainsi une guérison complète, et bientôt l'épidémie cessa d'elle-même. Prœtus, en récompense d'un si grand service, voulut lui donner une de ses filles en mariage, mais Mélampe n'accepta qu'à la condition que son frère aurait la même faveur et qu'il épouserait une des Prœtides.
Nous trouvons dans Plutarque le récit d'une épidémie de suicide qui régnait chez les filles de Milet.
Elles avaient adopté un lieu spécial où chaque jour un grand nombre d'entre elles venaient se pendre. JPour arrêter cette triste monomanie, il ne fallut rien moins qu'un édit de la république qui ordonnait d'exposer à nu, en public et la corde au cou, le corps des filles qui se seraient pendues. Les magistrats, en frappant l'imagination populaire de terreur par l'idée d'une profanation, réussirent ainsi à arrêter les suicides qui dépeuplaient leur ville.
A une époque beaucoup plus rapprochée de la nôtre, on a vu un fait du même genre se produire à Lyon ; de nombieuses jeunes filles se précipitèrent dans le Rhône, choisissant toujours le même lieu pour leur suicide.
Un autre fait analogue a existé en Artois. Une jeune fille s'élant noyée dans une mare, celle-ci devint bientôt un lieu de prédilection que choisirent plusieurs jeunes filles qui recherchaient la mort avec une sorte d'avidité.
Dernièrement, il y eut, à la maison de détention de la Roquette, une épidémie de suicide parmi les jeunes détenus. Un enfant, désespéré par la dureté de la discipline, eut l'idée de mettre fin à ses jours ; il parvint à s'échapper de son cachot et se précipita du haut
d'un pont qui conduit à la chapelle. Peu de jours après, on constata un nouveau suicide dans le même endroit, puis un autre, jusqu'à ce qu'enfin on ait contruit une clôture capable de mettre fin àcette sorte de monomanie.
Tout le monde connaît l'histoire de cette fameuse guérite qu'on fut obligé de brûler ; car depuis qu'un soldat s'y était brûlé la cervelle, plusieurs de ceux qui y montèrent la garde suivirent ce funeste exemple.
Il en est de même de cette porte des Invalides, où un grand nombre de vétérans mirent fin à leurs jours depuis que l'un d'entre eux s'y était pendu. On ne put arrêter cette folie suicide qu'en détruisant la porte.
De tous ces faits où l'imitation joue un si grand rôle, on peut rapprocher ceux qui se passaient au moyen âge. L'histoire du vampirisme et delà lycanthropie en offre des exemples curieux.
On voyait des hommes errer dans les forêts, se prétendant changés en loup, ou s'accuser de sucer le sang des enfants et de manger de la chair humaine.
Tous les faits que je viens d'indiquer se sont souvent reproduits, mais il en est de moins connus et qui n'en sont pas moins intéressants.
L'un d'eux, observé après la bataillede Lulzen, aété l'objet d'un cu- :rieux conflit entre l'autorité deLarrey et l'omnipotence deNapoléonI".
Le lendemain de la victoire, dans le compte rendu du chirurgien en chef Larrey, l'empereur s'aperçut que beaucoup de jeunes soldats, parmi les nouvelles recrues, avaient à la main des blessures ^ui n'étaient pas ordinaires et qu'il crut n'être pas le résultat du combat. Suspectant là des mutilations volontaires, épidémiques et contagieuses, accomplies dans le but d échapper au service militaire ; encouragé d'ailleurs dans celte funeste pensée, par quelques-uns de ses généraux, il entre en colère, et, pour arrêter le mal à ses débuts par une vigoureuse intimidation, il ordonne de décimer les blessés en fusillant ceux que désignerait le sort. Aussi humain que courageux dans la circonstance, Larrey veut persuader à l'empereur qu'il se trompe, et il insiste avec une telle vigueur, que l'empereur le congédie presque en disgrâce en lui demandant un rapport pour le lendemain.
Larrey se retire et fait le rapport exigé. Il revient alors, sûr de lui-même, certain de faire cesser le mal que veut atteindre l'empereur, sans recourir à aucune violente extrémité. Il attribue à la maladresse et à l'inexpérience des armes ce que l'empereur croyait
êlre un lùclie effet de la préméditation, et il réussit à sauver la vie de ces malheureux soldats.
Le même phénomène de mutilation volontaire s'est reproduit de nos jours en Afrique. Un soldat s'étant fait sauter l'index, il est bientôt imité par un grand nombre de ses camarades. On fut obligé de disperser le régiment. Mais le bruit de ces mutilations s'élant répandu, on les vil, pendant quelque temps, se reproduire dans divers endroits. (Gaz. méd., 1838.)
C'est à l'imitation qu'on doit rapporter aussi tous les phénomènes V des convulsions qu'on a observés à Saint-Guy, dans les Cévennes, sur le tombeau du diacre Paris, etc., de même que ceux qui se passaient autour du baquet de Mesmer.
J'ai également publié plusieurs faits très-intéressants de convulsions, dont la cause doit certainement être attribuée à l'imitation. En voici, du reste, quelques-uns que je reproduis ici :
Au mois de juin 1848, à l'époque de nos discordes civiles, lorsque I tant d'ouvriers sans ouvrage étaient dans le besoin, le gourvernement provisoire eut l'idée de créer des ateliers nationaux de femmes, où l'on pourrait faire fabriquer les chemises de la troupe moyennant un modique salaire quotidien. Plusieurs ateliers furent ouverts : l'un d'eux fut installé au bout de la rue de Grenelle, dans le vaste manège de M. Hope.
Quatre cents femmes furent installées dans ce manège, dont la quantité d'air fut mesurée et fixée à 5000 mètres cubes, ce qui donnait environ 12 mètres cubes par ouvrière. De vastes fenêtres pratiquées dans la partie supérieure, près du toit, répandaient à profusion l'air et la lumière dans celte vaste enceinte.
La durée du travail était de dix heures, avec un repos de deux heures dans la matinée et un repos semblable après midi. Ce n'était pas là une règle bien pénible, et l'occupation n'était guère fatigante, ni exercée dans de mauvaises conditions de salubrité.
Malgré cela, au bout de quinze jours, on vint annoncer à la mairie que des accidents sérieux, alarmants pour la population, se manifestaient sur le personnel de l'atelier national du manège Hope.
Une des ouvrières perdit tout à coup connaissance, elle pâlit et eut des convulsions toniques et cloniques dans les membres, avec serrement des mâchoires. A l'autre bout du manège, une seconde ouvrière, qui n'avait pas vu la première, éprouva des accidents à peu près semblables; puis ce fut une troisième, successivement d'autres encore, prises çà et là dans celte immense assemblée; si bien qu'en deux heures il y eut trente de ces femmes, jeunes ou âgées, qu'on fut obligé d'emporter loin du manège. On allait les étendre en plein
air, sur l'esplanade des Invalides, alors couverte de gazon ; el malgré l'ardeur du soleil el une atmosphère élouffante, sous l'influence d'un peu d'eau fraîche, tous ces accidents nerveux cessèrent en vingt ou trente nninutes, d'après ce qui me fui raconté.
Le lendemain, les malades de la veille revinrent à l'atelier pour reprendre leur travail.! Au bout de quelques heures, l'une d'elles fui de nouveau surprise par une perle de connaissance avec convulsions générales. Il y en eut une seconde, puis une troisième, et les mêmes phénomènes nerveux, à quelques nuances près, se montrèrent sur quarante-cinq personnes, qui furent portées à l'air et couchées sur le gazon de l'esplanade. De ce nombre, il y fneul beaucoup qui avaient été malades le jour précédent, mais l'affection nerveuse avait évidemment fait de nouvelles victimes.
Le troisième jour, mêmes accidents sur quarante ouvrières, et la population de ces quartiers ne put assister sans murmure à ce spectacle quotidien d'ouvrières accumulées dans ce vaste atelier de travail, et qui présentaient ainsi des accidents de syncope convulsive, pouvant, par la crainte de la mort, effrayer ceux qui ne sont pas familiarisés avec les malades. Ignorance ou malveillance, on entendit accuser le gouvernement provisoire de vouloir se débarrasser de ceux qu'il ne voulait pas avoir à nourrir; des menaces de vengeance se firent entendre et arrivèrent jusqu'à la mairie. Elle était ?alors dirigée par deux confrères, MM. Dujardin Beaumelz et Des Étangs, qui me donnèrent mission d'étudier ces accidents, pour en faire connaître les causes dans un rapport à M. le préfet de police. C'est ce que je fis ausfilôt; mais je revins pour observer la suite des événements el prendre des notes pécises sur les faits que j'avais signalés.
Je ne vis les malades qu'au troisième jour, lorsque cent quinze d'entre elles avaient déjà été affectées. Plusieurs avaient eu peu de chose. Au moment de ma visite, quelques-unes avaient repris l'usage des sens el ne ressentaient plus rien de leur attaque. Quinze étaient encore à peu près sans connaissance, étendues sur le gazon, au milieu d'une foule immense que ce spectacle avait profondément ériiue el passionnée. Toutes avaient le visage naturel ; quelques-unes étaient roides, immobiles, les yeux fermés, avec rigidité des membres, insensibles au bruit, aux odeurs, à la piqûre d'une épingle el le pouls très-ralenti. D'autres avaient des soubresauts du tronc, des secousses musculaires dans les membres, le même ralentissement du pouls et la même insensibilité des organes des sens. Je n'en ai pas vu qui eussent de vraies convulsions, ni les spasmes cyniques de certains cas d'hyslérie; aucune n'eut de pleurs ni de suffocation vc-
rilable. Et quand, après avoir repris leurs sens, elles purent me raconter leurs sensations, elles nie dirent qu'elles avaient été prises d'élouffement avec fourmillements des membres, de vertiges avec besoin d'air, crainte d'une mort prochaine, et alors qu'elles étaient tombées sans connaissance dans l'état convulsif que je viens de décrire.
Quelques-unes de ces femmes étaient antérieurement sujettes à des pertes de connaissance ou h des attaques d'hystérie, mais il y en eut un grand nombre, et j'ai le regret de n'avoir pu les compter, qui furent prises pour la première fois de ces accidents nerveux.
Ne trouvant rien dans le manège qui pût expliquer ces accidents; aucune mauvaise odeur, pas de chaleur excessive, le sol étant fréquemment arrosé, pas d'insuffisance d'air, puisqu'il y avait 12 mètres d'air par personne en plein jour ; pas d'accumulation d'acide carbonique, puisqu'une allumette brûlait à peu de distance de la terre, je pensai :
1° Que les accidents nerveux observés sur les ouvrières du manège Hope étaient des syncopes convulsives probablement de nature hystérique;
t° Qu'ils étaient le résultat d'une contagion nerveuse;
3° Qu'il fallait renvoyer les ouvrières malades pour empêcher la propagation du mal à d'autres personnes ;
A° Qu'il fallait faire ventiler le manège au moyen d'ouvertures pratiquées dans le bas de la muraille.
Ces conclusions furent adoptées, et la peur du renvoi de l'atelier, l'absence de tout principe contagieux hystérique, ou la ventilation plus complète, firent immédiatement cesser la manifestion des syncopes convulsives.
Des faits du même genre se sont produits en 1861, à l'église de Montmartre, le jour de la première communion, et les syncopes convulsives contractées ainsi sous l'influence d'une émotion morale ont été, pour une enfant, le point de départ d'une épilepsie fort grave. Ce récit a son importance, comme on va en juger.
Le 9 juin 1861, les enfants de la paroisse de Montmartre étaient rassemblés pour la retraite de la première communion, qui devait avoir lieu le jeudi suivant, 13 du même mois. Il y avait dans l'église cent cinquante garçons et à peu près cent cinquante filles, ce qui pouvait faire cinq cents personnes avec les assistants. . Dès le premier jour, le sanctuaire n'étant pas encombré et nul exercice de piété n'ayant encore surexcité l'imagination des enfants, trois filles furent prises de perte de connaissance et de mouvements convulsifs généraux qui durèrent quelques instants. C'était une syn-
HISTOIRE DE L\ MÉDECINE
cope convulsive. Il en fut de même aux offices du lendemain, 10, le matin et le soir. Le jour d'après, 41, les mômes accidents se reproduisirent sur trois ou quatre autres jeunes filles ; le mercredi 12, les convulsions apparurent encore sur quelques jeunes filles. Les ecclésiastiques, craignant alors de trop exalter l'imagination de ces enfants, prièrent le prédicateur, jusque-là toujours réservé, de ne pas se laisser aller à aucun entraînement de paroles capables d'exciter la terreur ; il n'y eut là, par conséquent, aucune de ces intimidations morales auxquelles on a l'habitude de se livrer pour inspirer I horreur du vice en montrant les vengeances du ciel prêles à punir le pécheur. Malgré ces précautions, le 13, jour de la première communion, au milieu d'une assistance nombreuse, évaluée à trois mille personnes, par une chaleur excessive, bien que foules les fenêtres fussent ouvertes, douze ou treize jeunes filles furent prises de convulsions avec perle de connaissance; on fut obligé de les emporter hors de l'église. Prises çà et là dans l'assemblée sans se voir les unes les autres, elles poussaient un cri, tombaient en syncope, et j se tordaient sur le sol. Chez quelques enfants, l'attaque dura peu ; | mais il en est d'autres chez lesquelles la perte de connaissance dura une heure et demie, avec les apparences les plus graves.
Aux offices du soir, une vingtaine d'enfants furent prises comme le matin, avec les mêmes symptômes, durant de quelques minutes à une heure. On remarqua aussi que plusieurs de ces enfants étaient prises pour la deuxième ou troisième fois.
On amena à l'hôpital Sainte -Eugénie une de ces enfants, et dans mes salles j'ai pu l'observer avec soin.
Elle était prise trois ou quatre fois par jour, de céphalalgie, de vertige, de strabisme, suivis de syncope convulsive. Elle tombait n'importe où elle se trouvait, en se frappant avec violence sur le sol et en se faisant de très-fortes contusions. Le visage était rouge, la bouche tordue, écumeuse; il y avait du strabisme, et quelquefois l'enfant se mordait profondément la langue. Elle se débattait avec violence et se roulait comme une possédée sans connaissance, insensible au bruit et à la douleur; ses membres roidis se dressaient et s'abaissaient avec violence, puis au bout de dix minutes les accidents se calmaient pour reparaître avec la même force ou cesser définitivetnent. Alors l'enfant revenait un peu à elle, restait abasourdie , étonnée, et comme endormie pendant une heure. Les yeux troublés ne voyaient que du feu, et, à la fin de chaque attaque, elle disait voir quelque temps devant elle un grand crucifix rouge. Il ne lui restait qu'un peu d'insensibilité aux avant-bras et aux mains.
A rexception de ces accidents, elle mangeait bien et paraissait en très-bonne santé.
Ces attaques convulsives épileptiformes ont duré près de deux mois etontélé guéries par des lavements de chloroforme administrés trois fois par jour.
Je pourrais multiplier indéfiniment les exemples de névroses dues à l'imitation. Cela est inutile; mais disons, pour compléter le sujet, qu'il est aussi un grand nombre de phénomènes organiques qui sont sous l'influence de l'imagination.
Beaucoup de gens ne peuvent voir vomir devant eux sans avoir des nausées ou sans vomir; c'est ce qui arrive fréquemment à l'occasion du mal de mer dans les traversées pénibles. La toux de coqueluche est, comme sa cause, contagieuse au même degré, et j'ai va plusieurs fois, dans mes salles de l'hôpital, des enfants malades, des enfants atteints de coqueluche tousser en même temps, dès que l'un d'eux avait donné le signal. Ce n'est cependant pas là une imitation vaniteuse, semblable à celle qui engendre un certain nombre de névroses mentales.
On ne peut voir hâiller quelqu'un sans bâiller soi-même. Le rire amène le rire.
On a vu le hoquet se reproduire par contagion, et, en 1698, à la Nouvelle-France, dans l'hôpital de Villamané, une fille entrée avec le hoquet et les convulsions transmit son mal, au bout de trois jours, à quatre autres filles affectées de maladies diff'érentes.
Des cris, des miaulements se transmettent enfin de la même manière. On en verra la preuve dans le récit suivant.
« M. Nicolle a connu une maison religieuse où se sont produits des faits remarquables.
«C'était une communauté très-nombreuse de filles, lesquelles se trouvaient saisies tous les jours, à la même heure, d'un accès de vapeurs, le plus singulier et pour sa nature et pour son universalité, car tout le couvent y tombait à la fois ; on y entendait un miaulement général par toute la maison, qui durait pendant plusieurs heures, au grand scandale de la religion et du voisinage, qui entendait miauler toutes ces filles. On ne trouva pas de meilleur moyen, plus prompt ni plus efficace, pour arrêter ces imaginations blessées, qu'en les frappant d'une impression qui les retînt toutes et toutes à la fois. Ce fut de leur faire signifier, par ordre des magistrats, qu'il y aurait à la porte du couvent une compagnie de soldats qui, au premier miaulement, entrerait dans le couvent, et que sur-le-champ ces soldais fouetteraient chaque fille qui aurait miaulé.
« Il n'en fallut pas davantage pour faire cesser cette ridicule
scène, car rimaginalion de ces religieuses, frappée par la honte qu'elles auraient d'être fouettées par des soldats, les réduisit au parfait silence. » (Naturalisme des convulsions. Soleure, iTà'3, t. II, p. 30. Extrait de Tissot, t. III, p. 288.)
Des faits d'imitation donnant lieu à de véritables névroses s'observent nriême chez les animaux. Ainsi, tous les vétérinaires connaissent les faits relatifs à la contagion du tic chez le cheval , et de Vavortement chez les vaches.
Qu'un cheval prenne l'habitude de serrer convulsivement sa mangeoire et d'avoir des éructations, et les autres bêtes du voisinage prendront le même tic.
Il en est de même du tic de l'ours, car un cheval, habitué à remuer sa tête coramel'ours blanc, transmet sa mauvaise habitude à ses camarades d'écurie. — On sait, enfin, que dans une élable où plusieurs vaches sont pleines, celle qui avorte provoque quelquefois l'avortement sur toutes les autres places dans le voisinage.
Au reste, si l'imitation est quelquefois l'origine de certaines maladies et l'un des moyens de leur propagation, comme on le voit dans les épidémies de névroses convulsives et mentales, elle peut aussi être l'instrument de leur guérison.
C'est par l'imitation qu'on se guérit dans certains pèlerinages ; et sans contester la réalité des cures de l'épilepsie obtenues à Tain, dans la Drôme, au moyen du galium-alhum cueilli la nuit de la pleine lune de mai, il y a des cas où la guérison est le fait de l'imagination frappée par le récit de guérisons miraculeuses, et de l'imitation qui dispose à la répétition du même phénomène. Ces mois, où guérit-on ? accueillis avec enthousiasme par les malades, sont souvent pour eux un instrument de salut, et dans les névroses que propage l'imitation, c'est aussi l'imitation de la guérison qui peut faire cesser.
g IV. — CONCLUSIONS.
Le mysticisme médical et la théurgie ont régné et régnent encore, comme doctrine thérapeutique, dans tous les pays. Ils vivront toujours.
C'est la médecine primitive des peuples encore au début de la civilisation, comme elle est celle de l'ignorance et de la superstition chez les peuplades sauvages qu'une science réelle n'a pas encore éclairés et on la retrouve chez tous les individus d'esprit faible et peu cultivé. Très-favorisée par le polythéisme et par la théocratie, elle fuit devant la lumière des sciences modernes, et si elle trouve des adeptes au milieu de pays civilisés comme le nôtre, c'est en secret et dans
les bas-fonds de la société ignorante. Elle se mêle parfois aux saines doctrines, à petites doses, en quelque sorte, et la médecine, telle que nous la pratiquons, a encore sa petite part de merveilleux et d'influences occultes. Ici, seulement, le mysticisme est l'appoint de la doctrine, au lieu d'en être la base, et, sans croire qu'on puisse jamais le faire disparaître entièrement, il est certain que son influence diminuera de jour en jour, par le fait même des progrès de la science. Sous ce rapport, l'histoire du passé nous montre ce que doit être l'avenir.
BOUCHUT.