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CHAPITRE II

DE l'apparition DU NATURISME

Le naturisme est, comme je l'ai dit, une doctrine dans laquelle le médecin accorde à l'action de la nature la direction de tous les actes physiologiques et morbides de l'organisation ; c'est, malgré les affirmations contraires de Daremberg, qui a parlé d'Hippocrate sans le comprendre, le fond de la philosophie médicale du père de la médecine. Il a été assez longtemps après lui appelé dogmatisme par les partisans de la secte empirique, pour indiquer que le raisonnement venait s'ajouter à l'observation.

Mais si le mot dogmatisme appliqué aux doctrines d'Hippocrate et de ses successeurs immédiats, ne signifie rien de plus que l'usage de la raison en médecine, il n'a aucune valeur : car foutes les doctrines prétendent raisonner et dogmatiser, même l'empirisme qui, honteux de son origine, ne veut plus qu'on s'en tienne, comme le faisaient Acron, Philinus de Cos et Sérapion, ses fondateurs, à l'observation pure et simple des faits et au témoignage des sens privés du secours de la raison. Le mot de naturisme, introduit beaucoup plus tard dans la science, et adopté par un grand nombre de médecins, me paraît préférable. Il a l'avantage d'exprimer sans nulle équivoque le principe de la doctrine hippocratique, et la netteté de sa signification me le fait choisir de préférence à tout autre.

Noûawv cpufftç ÎYiTTip. « La nature suffit seule aux animaux pour toutes ces choses ; elle sait d'elle-même ce qui leur est nécessaire, sans avoir besoin qu'on le lui enseigne et sans l'avoir appris de personne Elle est le premier médecin des malades, et ce n'est qu'en

favorisant ses efforts, que l'on obtient quelques succès. » {Traité de l'aliment.) Tel est le principe de la médecine hippocratique et du dogme de la nature médicatrice, corroboré par une foule d'aphorismes ayant la même signification.

Ainsi, l'homme est un être doué de la propriété caractéristique d'être impressionné ou troublé en totalité dès qu'une partie se trouve atteinte, bien différent sous ce rapport du minéral altéré sur un point, et qui reste intact partout ailleurs.

DU NATURISME MÉDICAL

« Le corps vivant est un cercle dont on ne peut trouver le commencement ni la fin. » (Hipp.)

« Tout est commencement et fin. » (Hipp.)

(( Dans le corps vivant, tout concourt, tout conspire, pour le même but. » (Hipp.)

(c Le corps vivant est un tout harmonique dont les parties se tiennent dans une dépendance mutuelle, et dont tous les actes sont solidaires les uns des autres. » (Hipp.)

« Les différentes parties du corps, quel que soit le siège primitif du mal, se le communiquent de l'une à l'autre ; le ventre à la tête, la tête au ventre, aux chairs, et ainsi du reste. »

Ces principes sont ceux de la doctrine des sympathies physiologiques et morbides, doctrine qui est, comme l'on voit, l'un des plus fermes appuis donnés au naturisme par l'observation et par l'expérience.

Ce n'est pas tout. Si le corps vivant est un ensemble régi par une puissance qui préside à tout, qui sent tout et qui manifeste son action partout où il est besoin, quand la maladie est déclarée, la même puissance révèle son énergie en favorisant l'élaboration ou la coction du principe morbifique. Tantôt le phénomène a lieu sans effort, la maladie se termine naturellement par résolution (Xuatç), tantôt le retour à l'état normal a lieu au moyen d'une manifestation particulière, la formation d'une humeur sécrétée par les voies naturelles ou déposée sur quelques parties du corps. C'est ce qu'il appelait les crises, dogme qui constate avec non moins de certitude que les précédents l'influence de la puissance régulatrice de l'organisation.

A ce dogme se rapporte l'idée des jours critiques ou décrétoires et celle des métastases, lorsque l'humeur fixée sur une partie malade se portait sur une autre partie, en débarrassant la première.

Enfin, en thérapeutique, la même idée fondamentale se montre. Cherchant les indications curatives, Hippocrate pose en principe que le médecin doit être « le ministre de la nature », que « là où tend la nature, il faut en aider le travail », et que, en vertu des sympathies qui unissent toutes les parties du corps vivant pour les rendre solidaires les unes des autres, on peut dans un but curatif provoquer sur un point un travail morbide qui en déplace un autre plus ancien et plus éloigné. Duohus lahorihus non in eodem loco fortior ohscurat alterum. C'est là le principe de la révulsion.

Ainsi, la nature médicatrice, les sympathies physiologiques et morbides, les crises et les métastases, la révulsion et la dérivation, telles sont les bases du naturisme indiqué plutôt que formulé par Hippocrate, développé par ses fils, amplifié par Galien et ses

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successeurs, modifié d'abord par Athénée, plus lard par Paracelse, par Van Helraont, par Stahl, par Bordeu, par Barthez et par un grand nombre de médecins dévoués à la défense du même principe. Malgré les changements et les additions qu'a pu subir la doctrine, malgré sa conversion en pneiimatisme, en animisme et en vitalisme, malgré les archées de Van Helmonl substituées à l'influence de la nature, le fond est resté, reste et restera le même comme une de ces variétés immuables que l'oubli ne peut jamais ensevelir.

Si nous voulons bien connaître le naturisme, et en approfondir les bases telles que l'observation les fournit, afin de savoir ce qu'il renferme de vérité ou d'erreur, il faut pénétrer plus avant- dans l'analyse des faits que j'ai cités, et les justifier ou les combattre par les preuves que donne l'élude des malades. Je vais donc exposer les bases du naturisme, et cela terminé, je commencerai l'analyse des œuvres de tous les médecins illustres, tels qu'Hippocrate, Athénée, Galien, Oribase, Aétius, Alexandre Trallien, Paul d'Égine, Rhazès et les Arabes; Paracelse , Van Helmont, Stahl, Fernel, Grimaud, Bordeu, Barthez, etc., qui ont été les soutiens plus ou moins célèbres de cette remarquable doctrine.

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