‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 35 sur 119 · III, — PATHOLOGIE DE GALIEN · texte numérisé non relu

III, — PATHOLOGIE DE GALIEN

Galien n'a pas fait de nosographie telle que nous l'entendons aujourd'hui. Les descriptions sont incomplètes et il n'y a pas de suite dans l'exposition qu'il fait des maladies. Il parle en philosophe sur la nature et les causes des maladies plutôt qu'en nosographe, et ses idées, disséminées au milieu d'un grand nombre de traités spéciaux, sont assez difficiles à rassembler, surtout quand on tient compte des contradictions qu'elles présentent.

Partout cependant, Galien considère ce qu'il appelle les forces comme dominant et dirigeant les phénomènes organiques, tout en acceptant que ces altérations organiques, à leur tour, sont le point de départ de désordres' fonctionnels qui permettent d'en reconnaître l'origine, la nature et l'étendue.

— GALIEN

C'est donc dans les différents ouvrage qu'il a publiés sur les lenipéraments ou causes ; — sur la bonne constitution du corps ; — sur la conservation de la santé {De sanitate tuenda) ; — sur les bons et mauvais aliments ; — sur la constitution de l'art médical; — sur l'art médical; — sur les fièvres ; — sur le phegmon ; — sur les lieux affectés, etc., etc., qu'il faut étudier les idées médicales de Galien. Comme on le verra par ce qui va suivre, ces ouvrages doivent être séparés en deux catégories, l'une pour la pathologie générale, l'autre pour la pathologie spéciale.

Pathologie générale. — Digne représentant de la science, Galien montre (De constitutione artis mediccé) que la médecine n'a de base solide que si elle s'appuie sur l'anatomie et sur la physiologie, car pour bien apprécier l'altération des organes à l'état de maladie, il faut connaître leur conformation et leur fonction à l'état normal.

« La santé est l'équilibre et l'harmonie des quatre éléments des humeurs, des parties similaires, des organes, et enfin des forces iqui régissent l'ensemble de l'organisation.

« La maladie est le trouble porté dans l'harmonie et dans l'équi- 1 libre des solides, des humeurs ou des forces. Elle disparaît toute ; seule sous l'influence des forces naturelles ou par l'intervention de ! l'art qui emploie des moyens contraires; mais dans un grand nomtbre de cas le médecin ne doit agir que pour aider aux efforts de la mature. » (Andral, loc.cit.)

La santé n'est cependant pas quelque chose de bien déterminé. (Considérée comme un parfait mélange des quatre qualités éléraentlaires dans les parties similaires et dans les humeurs, c'est pour I Galien le tempérament par excellence, perfection idéale qui ne se I rencontre pas dans la nature et en dehors de laquelle cependant la ; santé peut exister. Les modifications de ce tempérament idéal com- ! patibles avec la santé sont les tempéraments ou causes. Ils résultent tous de la prédominance de quatre humeurs {sang, pituite, * bile et atrabile). et, comme on le voit, il ne tient ici aucun compte ' du tempérament nerveux, un des plus importants de tous. Chaque I individu a son tempérament variable aux différentes époques de la ' vie, comme chaque partie a sa cause, son tempérament, c'est-à-dire I une qualité prédominante dont le médecin doit tenir compte.

Un degré de plus dans cette imperfection du mélange des hu- ' meurs, il y a dyscrasie ou intempérie, c'est l'état morbide qui commence. Ici, la maladie est une altération du mélange des humeurs incompatible avec l'exercice régulier des fonctions, définition

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humorale qui ne ressemble plus à celle dont j'ai parlé ^un peu plus haut et qui est beaucoup plus complète.

Quoi qu'il en soit, à ce point de vue, Galien, poursuivant sou idée, admet quatre intempéries simples, sèche, humide, chaude et froide, correspondant aux quatre qualités élémentaires; et quatre iulempéries composées résultant du mélange de deux intempéries simples, sèche et chaude, sèche et froide; — humide et chaude, humide et froide; jetant ainsi les bases de cet humorisme hypothétique qui devait se prolonger jusqu'au xv^ siècle, où il succomba sous les coups de Paracelse. I Dans son traité de Vart médical, Galien défmit la médecine, la j science de la santé et de la maladie, et fidèle à cette idée il étudie j le corps à l'état sain et les conditions de la santé, puis le corps à • l'état de maladie produite par l'intempérie des parties similaires et par l'altération des organes.

Les signes de l'état de santé ou de l'état de maladie sont de trois sortes : signes diagnostiques ; signes pronostiques ; signes ano mnestiques, tirés du passé.

Il les étudie dans l'état de santé en se livrant à de nombreuses hypothèses; puis dans l'état de maladie, où il est plus exact. Ici les signes varient selon que la maladie est extérieure ou intérieure. Dans le premier cas, les changements de forme, de volume, de con- ^ sistance, de couleur, de situation, etc., indiquent la maladie. Dans le second cas, le diagnostic plus difficile repose sur le trouble des fonctions de la partie malade, sur les changements de matières sé-, crctées ou excrétées, sur les sensations dont elle est le siège, principalement la douleur, enfin, dans quelques cas, sur la présence de tumeurs anormales.

Les signes pronostiques annoncent l'imminence de la maladie, et dans l'état morbide indiquent les événements futurs. Comme le fait très-justement remarquer M. Andral, cette partie n'est que le commentaire d'Hippocrate.

En terminant ce livre, il s'occupe de l'hygiène et de la Ihéra* peulique. C'est là qu'il pose les axiomes suivants :

« Pour conserver la santé, il faut traiter les semblables par les

semblables. . ,

(( Pour guérir la maladie, il faut traiter les contraires par les coq

« Dans les maladies le médecin ne doit qu'aider à la nature, car souvent c'est la nature qui guérit: » • i-

Dans le De (Hfferentiis morhorum, Galien considère toujours a maladie comme un trouble général des forces, bien qu il sombie

laire de la maladie un trouble malériel de l'organisation. 11 déclare que toute altération de fonction suppose une altération correspondante de la partie chargée de l'accomplir; mais il ajoute que la maladie n'existe que s'il y a lésion de fonction; que la lésion sans symptômes n'est pas une maladie, et qu'il y a des troubles fonctionnels impossibles à rapporter à un trouble matériel, exemples : la fièvre, les convulsions, la dyspepsie, de sorte qu'il semble faire entrer dans la définition de la maladie l'idée de la lésion matérielle et celle du trouble de fonction.

Comme on le fait encore de nos jours, Galien fait des réserves sur les troubles fonctionnels sans lésion appréciable, et pensant qu'on pourra un jour découvrir ces lésions invisibles et cachées, il dit qu'il faut en faire provisoirement des maladies.

11 admet des maladies primitives, ou simples, caractérisées par l'altération d'un des quatre éléments, d'où les quatre intempéries de chaud, froid, sec et humide, et des maladies composées, secondaires, résultant de la combinaison des états morbides primitifs. Nous aussi, nous admettons des maladies primitives et des maladies secondaires, mais d'après des idées différentes et plus vraies, lorsque, par exemple, un état morbide particulier succède à un autre ayant existé seul pendant quelque temps. Exemples : la péritonite, qui succède à une entérite ou à une inflammation du foie, de l'utérus; l'encéphalite causée par une hemorrhagie cérébrale ou une tumeur du cerveau, etc. Il y a même des maladies ternaires et quaternaires, lorsque de nouvelles maladies se combinent successivement les unes aux autres

Dans un livre (De causis morborum), Galien passe en revue les causes morbides fournies par les iiigesta, par les excrota, par les acta et par les circonfusa, et il se demande comment elles agissent.

Il survient une altération des humeurs entraînant l'altération des solides, ou bien une désorganisation des solides amenant l'altération des humeurs, ce qui est plus rare, et quelquefois ce sont les forces ou facultés qui s'altèrent avant toute modification des organes.

Comment s'allèrent les humeurs? En masse, parle sang d'où elles sortent toutes dans les cas de pléthore ou d'anémie ; partiellement, lorsqu'une humeur prédomine, et alors il y a des maladies de chaud avec le sang; de froid avec la pituite ; de sec et d'humide avec la bile et l'atrabile. Par cela même que presque toutes les maladies consistent dans une modification des humeurs qui circulent avec le sang, il s'ensuit que la' plupart des maladies sont des maladies générales, totius mbslanliœ, et que l'humeur prédominante^, se pro-

mène dans tout l'organisme, jetant le trouble partout, jusqu'au mo ment où, retenue dans une partie par la force rétentrice ou expultrice en souffrance, elle s'accumule sur un point, donnant lieu à une maladie locale au sein de la maladie générale de diathèse. Pour Galien, deux éléments expliquent la formation de presque toutes les maladies : 1° l'altération des humeurs constituant les diathèses, et 2° l'altération des forces particulières d'une partie expliquant la lésion locale, c'est-à-dire la localisation des diathèses.

C'est donc la prédominance d'une humeur, c'est-à-dire l'excès: des qualités élémentaires, qui produit la plupart des maladies Le chaud est la qualité alimentaire du sang, qualité qui prédomine le plus souvent, et à ce titre elle produit comme état général, la fièvre; comme état local, le phlegmon et l'inflammation. Comme on le sait, les maladies inflammatoires sont de beaucoup les plus communes.

Une petite part est faite aux solides dans la production des maladies, et Galien admet que dans la formation de l'être une mauvaise direction des forces, un vice de la semence peuvent amener une altération de forme, de situation, de texture des parties et donner lieu aux maladies congénitales. L'altération des solides peut aussi se produire sans altération des humeurs, mais cela est rare.

Galien, qui ne pouvait expliquer la formation et l'enchaînement des phénomènes de toutes les maladies par les seules modifications des humeurs et des solides, fait alors intervenir le trouble des forces ou facultés qui président à l'accomplissement des actes organiques. Par cela même que les facultés aitractrice, rétentrice, altératrice et expultrice dirigent les actes normaux, leur désordre, leur trouble par augmentation, diminution ou perversion, peut être le point de départ de l'état morbide. Il suffit d'une humeur plus ou moins attirée, trop ou trop peu retenue, mal élaborée ou incomplètement expulsée, pour engendrer une maladie.

Seulement Galien semble se contredire comme s'il n'était pas entièrement sûr de son idée, car, tout en admettant des forces dirigeantes de l'état normal susceptibles par leur altération de provoquer l'état morbide, il détruit son affirmation en disant « que les forces n'existent pas par elles-mêmes, et que leurs modifications ne sont que la conséquence d'un trouble préalable de l'état matériel, d'uù il suit que l'altération organique précéderait l'altération des forces, et qu'il n'y aurait plus à en tenir compte dans la production des maladies. » C'est une contradiction qu'il importe dr signaler.

D'après l'action isolée ou combinée de ces causes, les maladies sont générales, sans localisation particulière, et dépendent d'un

vice spécial des humeurs; générales, avec localisation consécutive ; locales, sans généralisation consécutive : exemple, les maladies congénitales ; locales, suivies de généralisation, telle que la fièvre, etc. C'est par celte étude, ajoute M. Andral, queGalien résistait de son temps à l'école solidiste d'Érasistrate, qui s'obstinait à méconnaître l'influence des altérations humorales et dynamiques, et qui considérait toujours la fièvre comme la conséquence d'une lésion des solides, particulièrement de l'inflammation, comme Broussais le fit encore de nos jours.

Des sijmptômes des maladies. — Après avoir étudié les causes de la maladie, Galien en étudie les symptômes dans deux livres : De symptomatum differentiis et De causis symptomatum.

Les symptômes sont en rapport avec les lésions humorales et organiques, ou existent sans lésion appréciable, et constituent des maladies. Il y en a deux espèces : 1" symptômes dépendant d'une lésion d'action de la vie animale; — 2° symptômes dépendant d'une lésion d'action de la vie naturelle.

1" Les symptômes qui dépendent d'une lésion de la vie animale appartiennent aux troubles du sentiment, du mouvement et de l'intelligence, ce que Galien appelle des forces dirigeantes.

La sensibilité dans les organes des sens ou dans les autres organes peut être diminuée ou pervertie, et donner lieu à la douleur. Cela dépend d'une altération de la partie fondamentale de l'organe, d'une lésion des parties accessoires, de la puissance sentante, c'est-à-dire du système nerveux et du cerveau

Le mouvement peut être diminué, aboli ou perverti. Son abolition est, pour Galien, la conséquence de sucs épais obstruant les vaisseaux, les muscles, les nerfs de la partie paralysée, quelquefois d'une humeur blanchâtre, obstruant les ventricules du cerveau. Mais il semble ne pas bien connaître le rapport des lésions cérébrales et de la motililé déjà signalé par Arétée et qui sera parfaitement étudié plus tard par Morgagni au xvi" siècle.

La perversion des mouvements s'aimonce par des frissons, des tremblements, des convulsions, des palpitations, etc. Les convulsions dépendent de la plénitude et de la vacuité; les palpitations du cœur ou des muscles, de Vaffliix sanguin ei ùnpneuma; le tremblement résulte de l'âge, des émotions, de l'état adynamique, du froid, des boissons alcooliques, el le frisson, au début des affections fébriles, de sucs épais qui oppriment les forces. Pour Galien le frisson est une lutte de la nature contre l'humeur morbifique à expulser, au même titre que la toux et l'éternument, qui rejettent

des matières nuisibles, ou que le vomissement et la diarrhée, nécessaires à l'expulsion des sécrétions gastro-inleslinales, et qui ramènent l'ordre par le désordre, sous la direction intelligente de la nature.

D'autres mouvements intimes (ce que nous appelons la contractilité organique), nécessaires au mouvement des humeurs, sur lesquels s'exerce l'action de la force attractrice et expullrice, peuvent être modifiés, dénaturer la nutrition moléculaire et amener la maladie, en attirant ou arrêtant le cours des humeurs. De lâ, les fluxions, et l'absence ou le développement incomplet des crises salutaires.

V intelligence, dans ses facultés de raisonnement, de mémoire et d'imagination, peut être troublée ou abolie. Le délire, la démence, sont des perversions de l'intelligence ; ils existent avec ou sans fièvre, et le délire sans fièvre de courte durée, n'a pas d'importance. S'il dure, il constitue la manie.

Pour Galien, le délire avec fièvre est symptomatique quand il résulte d'une affection viscérale autre que le cerveau, ce qui est pour nous le délire sympathique, et il est idiopathique quand il résulte d'une lésion cérébrale (phrenitis), ordinairement phlegmasie du cerveau ou des méninges. C'est une manière de parler qui n'est plus en faveur aujourd'hui.

2" Les symptômes qui appartiennent aux lésions d'action de la vie naturelle ou de nutrition sont des actes qui peuvent être également abolis, diminués ou pervertis, et cela dans chacune des quatre facultés organiques, d'attraction, de rétention, d'altération et d'expulsion des organes, ce qui rend chaque partie susceptible de douze espèces d'altération différentes .

Ici encore, Galien se prononce sur l'origine du trouble d'action des facultés, qu'il place soit dans ces facultés, soit dans l'altération du solide où elles sont modifiées. Il passe ensuite en revue ces symptômes dans les divers organes de la vie de nutrition.

Parmi ces symptômes, on peut citer dans les voies digestives, le vomissement, les déjections alvines et la production des gaz.

Le vomissement dépend d'une maladie de l'estomac, ou bien il est sympathique de la lésion d'un organe éloigné, comme le cerveau, les poumons, le péritoine, les intestins, etc.

Les déjections alvines sont plus rares ou plus fréquentes. Leur rareté dépend delà faiblesse de la faculté expultrice, de l'atonie des intestins ou des muscles abdominaux, de l'affaiblissement de la sensibilité de la muqueuse, d'une alimentation insuffisante, de la paralysie du rectum et des sphincters, etc. Leur fréquence dépend d'^ la quantité de substances grasses ou humides des aliments, et sur-

loul de ràcrelé des matières intestinales qui irritent la muqueuse.

production de gaz dépend de certaines lésions de l'intestin, où bien elle est sympathique des maladies utérines (hystérie) et d'autres maladies cérébrales.

Dans les annexes du tithe digestif, telles que les veines mesaraïques le foie, etc., il se peut faire que la puissance altractnce s'exerce'incomplétement, n'attire pas les aliments, et qu'un courant inverse s'effectue du foie dans l'intestin, de manière à produire, par altération des matières, des gaz et des excréments semblables a la lavuve de chair, ce qui formait la dysenterie. Pour lui cette affection était la conséquence d'une maladie du foie.

Symptômes fournis par les voies urinaires. — Pour Galien. l'urine révélait l'état des voies urinaires, et surtout l'état général de l'organisme. Abondante ou nulle, chargée de différents prmcipes, les troubles de la miction sont en rapport avec l'atome de a vessie les calculs urinaires, les caillots sanguins vésicaux, les callosités et tubercules du col vésical, la cystite, la sécheresse d'une fièvre ardente et certaine dialhèse, qui n'est autre que le diaheie. Les organes sont imbibés de mauvais sucs qui sont rejetés par les urmes et entraînent avec eux la substance du corps, de façon a produire tôt ou lard la diarrhée, les sueurs, l'amaigrissement, le marasme et

^Tarmi les ouvrages de Galien sur la symptomatologie, il faut citer le Traité du pouls, dont il a été déjà question, et un Traite de la dmpnée, contenant l'examen des causes des caractères extérieurs de ce phénomène. Les causes de la respiration fréquente ou rare, superficielle ou profonde, longue et courte, égale ou inega e, dilficile et constituant la dvspnée ou 1 orthopnée, sont toutes les lésions organiques des voies respiratoires, et ailleurs c'est \ altération dynamique des puissances inspiratrices, ainsi qu'on 1 observe dans les n.aladies nerveuses et dans la raréfaction de 1 air atmosphe-

"^Ces différents ouvrages de symptomatologie sont relatifs au diagnostic, mais il y en a d'autres. De prœnotionïbus et De prœnotione expulsihus, où les symptômes sont envisages au point de vue du pronostic, et où Galien se montre aussi grand observateur que glorieux de sa renommée, car il se vante de ses succès thérapeutiques d'une façon qui choque aujourd'hui nos habitudes de reserve à ce sujet. Il y a là cependant un fait curieux a indiquer, c'est la dénonciation qu'il publie d'un complot trame contre sa v.e, tramé par les médecins de Rome, jaloux de sa réputation, et il ajoute

HISTOIRE DE LA MÉDIiCINE

qu'il n'a plus qu'à prendre la fuite pour dérober sa têle à la lureu implacable de ses ennemis.

Marche, durée, période et terminaisons des maladies. — « La maladie a ses âges comme le corps ; elle naît, elle croît, arrive à sa maturité, puis, après une sorte d'hésitation, elle se précipite vers son terme heureux ou fatal. » Cette phrase résume toute la pensée deGahensur la marche des maladies. - Considérant l'altération primitive ou secondaire du sang, par la quantité, par la prédominance d'une des trois humeurs, qu'il renferme, ou par l'inlroduction de principes hétérogènes, comme le caractère de tout étal morbide, il faut pour que la maladie cesse, que la composition du sang devienne à 1 état normal ; il faut que ce liquide subisse l'action de l'a force altératrice qui élabore l'humeur et de la force expultrice qui chasse les matériaux hétérogènes.

Toute maladie offre quatre périodes de début, d'augment, pendant lesquelles l'humeur reste à l'état cru et commence à s'élaborer ; de maturité, pour sa coction et son élaboration; et ensuite de déclin, lorsque 1 élimination a lieu, ce qui entraîne la guérison. On en voit un exemple dans le phlegmon où s'observent la fluxion, l'infiltration fibrineuse, la suppuration et l'élimination ou détente de l'état morbide avec cessation de la fièvre, de la douleur, etc.

Il y a dans cette évolution de la maladie une action intelligente aussi supérieure que dans l'accomplissement des phénomènes de la santé, et c'est un travail que le médecin doit surveiller sans troubler la nature dans son travail médicateur, à moins d'indication spéciale.

Pour Galien, la guérison est la terminaison naturelle des maladies aiguës, et la mort n'est que l'exception. Celle-ci est presque toujours la conséquence d'affections de longue durée, où la lésion des solides est suivie de l'altération des forces et des humeurs. — Quand la mort a lieu par suite d'une maladie aiguë, malgré l'action de la puissance médicatrice qui veille à la conservation de l'organisme, cela dépend ou de l'intensité de la cause morbide, ou du défaut de résistance des individus. Celte faiblesse de résistance est la conséquence du défaut d'action des forces par lesquelles la cause morbifique est attaquée, modifiée, expulsée, de sorte que tout en cherchant à diminuer l'intensité des causes, à calmer la violence des symptômes, le médecin doit surtout respecter les forces s'il ne veut pas entraver la guérison. Il faut à cet égard que le médecin ne se hâte pas trop d'agir pour substituer son action à celle de la nature, « car dans toute maladie il y a lutte entre la cause morbide cl

les forces qui tendent à la chasser de l'économie, d'où il suit que, i suivant l'état des forces, la maladie peut être légère ou grave. » (Andral, loc. cit.) Et il importe de ne pas intervenir, à moins de nécessité absolue. Comme dit Galien : « Il y a des médecins qui nuisent beaucoup moins, parce qu'ils ne font rien que parce qu'ils font trop », ce qui sera éternellement vrai, et ce que plus tard Mor- ;gagni devait redire sous cette forme un peu différente : Sunt plures medici qxii œgros interiwunt quia nesciunt ipsi quiescere.

Dans l'évolution des maladies, les symptômes ne se succèdent pas toujours dans le même ordre, et leur succession constitue les types morbides. La plupart des maladies offrent le type continu, et [quelques-unes seulement le type intermittent; exemples : fièvres, idouleurs de tête. etc. La rémittence n'est pour Galien qu'une moidilication du type continu sous forme de paroxysme. C'est ce qu'on «voit dans la synoque. Ailleurs, des maladies continues sont accomipagnées de phénomènes intermittents, et tous les deux ou trois jjours offrent une aggravation marquée de tous les symptômes, ainsi I que cela se passe dans certaines synoques avec fièvre tierce. C'est ( ce qui constituait la fièvre hémitritée.

Le type intermittent était alors ce qu'il est encore aujourd'hui, et inous n'avons rien ajouté aux divisions en honneur à l'époque de I Galien.

A la terminaison des maladies se rattache la grande question des . crises et des jours critiques que Galien a développée dans deuxou- ' vrages De crisibus et De diehus decretoriis, ce qui le rattache com- I plétement aux idées du naturisme hippocralique. Il est certain que I lorsque les maladies doivent se terminer d'une façon favorable, il y ; a souvent des phénomènes qui annoncent ce résultat, qui jugent ! l'état morbide et qui ont été appelés par Hippocrate des phénomènes critiques. Tels sont Yépistaxis, le flux hémorrhoïdal ou menstruel, les flux muqueux, les sueurs, les parotides, quelques éruptions cutanées, etc. C'est là l'origine de la doctrine des crises, combattue, mais à tort, avec tant d'acharnement par Asclépiade, qui prétendit renverser à la fois le fait de la crise et la désignation des . jours où elle devait s'accomplir. — Tous les bons esprits acceptent encore aujourd'hui avec Galien la doctrine des crises, mais celle des jours critiques n'a guère plus de défenseurs. Galien lui-même • ne l'a formulée qu'avec répugnance sans y ajouter foi, car il termine cette œuvre De diehus decretoriis, en disant : « Dieux immortels ! vous le savez, c'est à la prière de mes amis et en quelque sorte forcé par eux, (|ue j"ai écrit ces lignes eu faveur d'une doci trine que je ne partage pas. »

'>18 HISTOIRE DE LA MÉDKCINE

Pyrélologie de Galien. — En dehors de ces travaux de pathologie générale, on trouve dans Galien quelques livres consacrés à des sujets plus particuliers qui, d'après la judicieuse remarque de M. Andral, tiennent le milieu entre la pathologie générale et la pathologie spéciale. Il s'agit du livre Des fièvres {De difjerentis fehrium), du livre Des tumeurs, et du livre De locis affectis.

Dans le traité des fièvres, il définit la fièvre : a une production de chaleur contre nature » à laquelle se rattache nécessairement l'accélération du pouls et de la respiration. — L'excès de chaleur est le phénomène primitif, et comme l'air entré par les poumons qui circule dans les artères a pour mission de rafraîchir le sang et par le sang le corps, il faut que dans la fièvre, pour neutraliser la chaleur, la nature prévoyante en fasse pénétrer davantage dans l'économie, d'où la fréquence de la respiration et l'accélération du pouls.

Cette chaleur contre nature, c'est-à-dire la fièvre, est quelquefois primitive, essentielle, sans cause matérielle appréciable, et constitue toute la maladie : c'est la fèvre essentielle. Ailleurs, un autre fait la précède, elle en est la conséquence et n'est plus qu'un symptôme. C'est le cas de la fièvre produite par une lésion matérielle et qu'on appelle fièvre symptomatique. Nous ne parlons pas autrement aujourd'hui.

Pour Galien, les causes des fièvres sont : 1° les influences susceptibles de modifier la constitution, et 2" les modifications de no,-^ solides.

10 L'air, par sa température élevée, par son abaissement, par son mélange avec des principes délétères, tels que des miasmes, des effluves marécageuses, des émanations de maladies contagieuses (phlhisie, peste, etc.), peut donner la fièvre. On voit ici que Galien connaissait l'influence des miasmes paludéens sur la fièvre, découverte attribuée à Lancisi, et qu'il connaissait la peste dont voici sa définition : « Fièvre putride accompagnée de tumeurs et de charbons aux aines et aux aisselles. »

11 en est de même des aliments qui, par leur quantité et par leur qualité, engendrent des sucs épais et viciés; des boissons, surtout des alcooliques; des poisons et des médicaments; des actes de la vie animale, tels que le chagrin, la colère, etc., qui troublent les actes de la vie organique; de Vaclion musculaire exagérée, etc.

Toutes ces conditions ne peuvent à elles seules produire la fièvre, et il faut avec elles une aptitude particulière en rapport avec de.* dispositions organiques spéciales. Elle peut naître dans le cœur cl

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se répandre partout, ou bien, ce qui est le cas le plus commun, prendre sa source dans une partie éloignée, se propager au cœur par continuité de tissu ou par sympathie. Dans le premier cas, elle est pWmiti'ue, et dans l'autre secondaire. Quand la fièvre est secondaire, elle résulte : 1° d'une altération des humeurs, particulièrement du sang, s'il y a pléthore, ou il renferme un excès de bile et des sucs mauvais ou putrides qui, par la chaleur du sang, se putréfient en élevant sa température ; 2" d'une altération des solides, fluxion locale dont la chaleur s'étend par continuité de tissu ou par sympathie jusqu'au cœur.

Par le type, Galien divise les fièvres en deux classes, les fièvres continues et les fièvres intermittentes.

Dans la première classe se trouvent, en raison de leur durée, les fièvres éphémères, qui durent de un à trois jours; les synoques, dont la durée est de huit à quarante jours, soixante et même quatre-vingts jours, et qu'on divise en synoques simple, inflammatoire, bilieuse, putride, pestilentielle. Sauf la dernière, ce sont les formes de notre fièvre typhoïde. Lasynoque pestilentielle, maladie toujours grave et putride accompagnée de bubons aux aines et dans les aisselles, n'est autre que la peste, qui, dès ce temps déjà, parcourait l'Orient et s'était montrée à Rome.

Jamais ces fièvres ne passent à l'état chronique ; mais dans quelques cas la fièvre ne ressemble pas aux précédentes; elle ne débute pas d'une façon aiguë et elle se prolonge plusieurs mois ou plusieurs années, jusqu'à la mort des malades, car la guérison en est très-rare. Alors il y a un amaigrissement progressif et une fièvre lente, paroxystique, accompagnés d'un état de marasme plus ou moins prononcé. C'est ce que Galien appelait la fièvre hectique. Elle n'a point comme les autres son origine dans une altération des humeurs et dépend ordinairement de la lésion des solides, surtout des poumons dans la phthisie; de l'estomac, du foie, etc. Dans quelques cas cependant il y a une fièvre hectique essentielle dont le point de départ est dans le cœur, dans laquelle il n'y a pas de lésion appréciable des solirles et qui résulte des différentes influences morales, des passions, d'une synoque qui n'a pu aboutir à la guérison, etc.

Dans une seconde classe, Galien place les fièvres intermittentes, el il appelle l'attention sur les types tierce et quarte qui, par leur durée, ont pour effet d'amener l'induration de la rate el l'hydropisie. — Ces fièvres ont alors été parfaitement étudiées dans toutes leurs formes, et particulièrement les tierces, dont les accès prolongés, presque réunis, peuvent faire croire à l'existence d'une

fièvre coiilinue. - Quelle est la cause de l'inlerniillence des acco^ de fièvre? Pour Galien, le phénomène dépend du Ijesoin qu'éprouve la nature de s'y prendre à plusieurs reprises pour élaborer et arriver à l'expulsion de la matière morbifique, et l'apyrexie est employée à préparer l'expulsion d'une nouvelle quantité de cette matière dans l'accès suivant. — C'est une explication humorale qui ne vaut pas moins que toutes celles qu'on a proposées depuis cette époque.

2" De V inflammation. Galien, qui parle à chaque instant de l'inflammation, s'en occupe plus longuement dans le livre Des tumeurs. — Comme Celse, il la définit par la rougeur, la chaleur., le gonflement et la douleur des tissus. Elle résulte de l'afflux du sang dans les parties. Il se fait, à travers les parois des vaisseaux, une exsudation sanguine, que la force allératrice élabore, modifie, transforme en pus, ou bien fait disparaître avant ce temps par résolution. — De la bile jaune mélangée au sang infiltré produit l'érysipèle, et quand c'est la bile noire, il en résulte des gangrènes. — Elle peut rester locale ou bien se généraliser et occasionner la fièvre par propagation de la chaleur locale au cœur et au reste du corps,

Pour Galien, sauf les cas où l'inflammation résulte d'une cause externe traumatique, elle est sous la dépendance d'un état général de l'organisme. Tantôt alors le sang est en excès, et tantôt il est chargé de matières excrémentitielles ou hétérogènes qui se portent avec lui d'un lieu à l'autre. Tant que dans les parties, les facultés attractrice, rétentrice , altératrice et expultrice restent en équilibre, les humeurs ne s'arrêtent pas; mais si cet équilibre est rompu, les humeurs s'arrêtent , s'accumulent et engendrent le phlegmon. C'est ainsi, par exemple, que si la force expultrice esl affaiblie, ce que nous appelons atonie ou adynamie, dans les fièvres graves et les cacochymies, co sont les parties les plus faibles qui sont le siège des fluxions et consécutivement de l'inflammation, d'où il suit que si la saignée est utile pour diminuer la masse du sang, et pour ^irrêter certaines inflammations, elle ne convient pas toujours, et il y a des cas où il est préférable de fortifier les parties que de les afl;ublir. — Ces idées de Galien nous font comprendre ce qu'on appelle aujourd'hui les plilegmasies secondaires développées dans la fièvre typhoïde, dans le choléra et dans les tyidius, el elles concordent très-bien, comme l'a fait remarquer M. Andral ( lac. cit ), avec les expériences de Claude Bernard qui, par la section du grand sympathique au cou, paralyse les capillaires d'un côte

du visage e't détermine la fluxion, la rougeur et la chaleur de toutes ces parties.

Il est impossible de ne pas être frappé de la grandeur de ces vues doctrinales, qui ont précédé de dix-huit siècles les conquêtes de l'expérimentation moderne , et une théorie de l'inflammation qui, comme celle de Galien, lient compte de ses causes traumatiques, de ses causes générales, qui sont Valtération du sang par excès ou pléthore, l'altération du sang par des principes hétérogènes, etc., l'attraction du sang dans les parties pour l'inflammation active, la non-expulsion de ce sang par les organes affaiblis dans les inflammations passives, est une théorie qui mérite la plus grande considération. — D'ailleurs, à part les mots différents de notre langage moderne, et de meilleures idées physiologiques sur la circulation, que savons-nous de plus sur la nature de l'inflammation qui change le fond des pensées de Galien? Bien peu de chose. L'exsudation sanguine de Galien a fait place à l'exsudation plastique, et nous savons que le pus est formé de cellules tellement semblables aux globules blancs du sang, qu'on ne peut les en distinguer.

Cette étude du phlegmon, considéré comme une tumeur, est suivie de l'étude d'autres tumeurs, de nature particulière, qui diffèrent un peu de celles que produit l'inflammation. Ainsi, l'érysipèle est causé par la bile jaune de l'exsudat sanguin, et il y a les athéromes, les mélicéris, les squirrhes, les bubons, l'hydrocèle, les tubercules, mot appliqué à de petites tumeurs de la peau, etc., etc., que Galien rapporte au phlegmon, sans entrer dans de suffisants détails pour exprimer nettement sa pensée.

3° De locis affectis. Galien, qui a exploré toutes les parties de la science et à qui I on doit tant de découvertes d'anatomie et de physiologie, qui s'est montré si remarquable comme philosophe, dans son anatoiiiie, dans ses considérations de pathologie générale sur les causes, les symptômes, la marche et la terminaison des maladies, dans la doctrine des fièvres et de l'inflammation, n'a pas dédaigné d'écrire sur la pathologie spéciale. Son traité De locis affectis, digne en tous points des œuvres au milieu desquelles il se trouve, semble fait pour montrer l'importance de la lésion des solides à ceux qui, à l'exemple des méthodistes, pourraient en méconnaître l'importance. — Au moment de l'arrivée de Galien à Rome, h secte méthodique encore vivante soutenait, d'après Thessalus, que dans les maladies, l'état général méritait seul l'attention des médecins, et fournissait toutes les indications thérapeutiques ; que la

HISTOIRK DE LA MÉDECINF-

cause des lésions locales n'était pas dans les solides, et enfin que ces lésions n'apprenaient rien de ce qui concerne l'éliologie ou le traitement.

De pareilles doctrines devaient être énergi(iueHient combattues par Galien, qui professait que la maladie était la conséquence de l'altération des forces, des humeurs ou des solides, et qui soutenait que les lésions locales, par leur action directe, parleur siège et par leurs sympathies, avaient une grande influence sur la thérapeutique. — Il démontre de nouveau qu'il y a des maladies primitivement locales, telles que les changements de forme, de rapports, de* situation des parties, des corps étrangers, etc., modifiant le pronostic d'après les fonctions de l'organe lésé, créant des indications thérapeutiques, enfin, pouvant accroître la chaleur normale, et par sa propagation au cœur, puis au reste de l'organisme, produire la fièvre et généraliser la maladie. Reconnaître ainsi les affections primitives ou consécutives des solides, était facile pour les atfections locales externes, mais bien difficile en cas de localisation sur les poumons, le foie, le cerveau, etc. — Il aurait fallu connaître l'ana- , tomie pathologique qui n'existait pas encore, et qui ne devait sérieu- ' sèment commencer qu'au xvii^ siècle, car on ne peut appeler de ce nom les essais anatomo-palhologiques de Galien sur les animaux et sur les singes. — Cette anatomie pathologique comparée n'éclairait que médiocrement la médecine humaine, et ne pouvait servir qu'à démontrer l'importance des connaissances anatomiques et physiologiques sur les progrès de la science.

Dans cet ouvrage un peu prolixe, sans méthode et rempli de répétitions, qu'il nous est facile de juger par la traduction de Dareiiiberg, Galien cherche surtout à établir le rapport des symptômes aux altérations des solides qui leur donnent naissance, tout en^sachant bien que ce rapport n'existe pas toujours, et en déclaran! que les troubles de fonction d'un organe peuvent dépendre des troubles de l'action ou de la fonction d'un autre organe. — Ainsi, le symptôme le plus saillant d'une maladie de l'estomac peut être dans la tête, consister dans unecéphalalgieintense, et réciproquementla lésion du cerveau être révélée par le trouble des fonctions de l'estomac, li en est de même dans beaucoup d'autres cas, et s'il est juste de dire avec Galien, qu'il n'y a généralement pas de lésion de fonctions sans lésion d'organe, il faut que le principe ne |soit pas formulé d'une manière absolue, car de son temps, et encore à notre époque, cette règle souflre d'assez nombreuses exceptions.

Dans le premier livre se trouvent des préceptes généraux sur la recherche de l'altération des solides intérieursjau moyen des synip-

tômes : douleur, Irouble de fonction de l'organe malade, matières excrétées, changement de volume, déplacement, etc. Puis viennent des recherches sur l'élude des lésions que présentent les différents organes.

Dans les centres nerveux, les lésions se révèlent par des phénomènes symptomatiques et sympathiques, ce qui était alors un fait nouveau. Galien eut même l'honneur d'être regardé comme fou pour avoir appliqué des remèdes le long de la colonne vertébrale à un sujet paralysé de la main et qu'on traitait pour une maladie des doigts.

Dans l'estomac dont les maladies sont rapportées à la mauvaise direction du régime, cà l'insuffisance des sucs digestifs, à la présence de la bile, etc., Galien ne parle pas des altérations de texture, et il insiste surtout sur les souffrances de l'estomac, sympathiques d'une lésion organique éloignée, particulièrement des altérations du cerveau.

Le second livre du De locis affectis est en partie consacré à la sémiotique de la douleur que Galien considère comme ayant un caractère différent pour chaque partie et pour chaque organe : la douleur de la phlegmasie des plèvres ou du poumon, la douleur des calculs rénaux et biliaires, etc. Cela est évidemment exagéré.

Il s'occupe ensuite des symptômes de la phlegmasie du poumon et de la plèvre, des causes du délire, de sa durée permanente dans le délire symptomatique et passager, dans le délire sympathique, fait contestable qu'il généralise un peu trop vite lorsqu'il l'applique à tous les désordres fonctionnels passagers el permanents qu'on observe dans l'exercice des fonctions de chaque appareil.

Le troisième livre renferme la profession de foi médicale de Galien, que M. Andral, à l'exemple d'Éloy, considère comme une preuve d'éclectisme. La question est encore à débattre. Si Galien eût choisi dans les doctrines exclusives de son temps ce qui lui semblait convenable pour créer la sienne, on pourrait le considérer comme un éclectique-, mais il ne choisit pas seulement ce qu'elles renferment d'utile, il les rassemble, il les fusionne, car, pour lui, la vérité est dans l'association de leurs principes respectifs, l'homme n'étant ni esprit, ni matière, ni humeur, et devant être étudié dans son entier avec son principe de conscience et avec son principe de vie dans 1 organisation qui en résulte.

« Pendant ma jeunesse, dit Galien, j'ai étudié les doctrines de toutes les sectes et me suis pénétré de leurs principes. Je n'en condamne el n'en hais aucune, je les comprends toutes. Mon inlelligence s'est nourrie des enseignements de la secte empirique, comme

des leçons de la secte dogmatique ; elle a également puisé à ces deux sources; pourquoi aurais-je de la haine pour l'une ou pour l'autre de ces écoles? Je ne condamne donc ni l'une ni l'autre, mais j'ai compris que la véritable science était dans l'association de leurs principes respectifs. Libre de tout esprit de secte, j'ai pu dire hardiment ce que je pensais. »

En médecine, il est évident que Galien n'a pas plus été vitalisle qu'organicien, solidiste ou humoriste, mais que. tenant compte de tous les éléments constituants de l'homme, il a lait de leur ensemble la base de sa philosophie médicale. N'accordant de préférence à aucun d'eux, ne faisant pas de système absolu représentatif d'une seule des faces de la nature humaine, pensant que les organes sont aussi nécessaires aux forces que le mobile à son moteur, il n'y a pas eu à choisir, pour étudier l'homme dans son entier, tel que le montre l'observation, il a été ce que pouvait être un esprit aussi généralisateur, aussi capable de comprendre les choses dans leur ensemble; il a été, qu'on me passe ce mot, il a été hommiste. Sa philosophie lui appartient en propre, et c'est avec raison qu'on lui a donné le nom de galénisme pour en caractériser toute l'originalité.

Il y a dans ce livre une description de Vépilepsie, qui représente à peu de chose près ce que nous disons encore aujourd'hui. C'est une maladie du cerveau produite par une humeur épaisse qui obstrue les voies de l'esprit animal, et qui peut exister sans lésion de cet organe, ou sympathiquement en dehors de toute affection du système nerveux. Elle est caractérisée par des convulsions, parla perte de l'intelligence ou par la perte de la sensibilité. Elle s'annonce souvent par un aura, c'est-à-dire une sensation singulière qui remonte d'une partie éloignée du corps au cerveau, et détermine alors l'épilepsie. A cette époque déjà, on savait qu une ligature placée au-dessus du point de départ de la sensation, arrêtait les convulsions, et que si elle avait pour siège une extrémité telle que le doigt ou l'orteil, l'amputation pouvait guérir le malade {Galien, Irad. Daremberg, p. 571, t. II).

Galien décrit etîsuite un certain nombre d'affections nerveuses, qu'avec Archigène, il rapporte à une maladie de la tête ou à un dérangement des fonctions 'de l'estomac {loc. cit., p. 576), le vertige, la céphalée, les paralysies, dont il essaye de faire connaître le siège dans les nerfs, dans la moelle ou dans le cerveau; Vapoplexie ; la mélancolie ou hypochondrie, dont il place comme aujourd'hui le siège dans le cerveau, dans les nerfs et dans un certain nombre d'organes éloignés de l'encéphale, en tête desquels il faut

toujours placer l'estomac. C'est une opinion qui mérite d'être remarquée.

Dans cette description, presque entièrement empruntée à Dioclès, il débute en disant : « Il existe pour la. mélancolie, comme pour l'épilepsie, une troisième variété, qui tire son origine de l'estomac, et que l'on appelle quelquefois maladie lujpochondrique ou ftatulente. » Vient ensuite la narration des symptômes gastriques et intellectuels de l'hypochondrie, la gastralgie, les ardeurs, les éructations, les idées de crainte et de tristesse, etc. Il cite l'exemple d'un individu qui, « se croyant fait de coquilles, évitait tous les passants dans la crainte d'être broyé ; cet autre, où un malade voyant chanter les coqs en battant de l'aile, imitait la voix de ces animaux en se frappant les côtés avec ses bras ; enfin celui de cet individu qui craignait qu'Atlas, supportant le poids du monde, ne vint à se fatiguer et, jetant là son fardeau, ne se fit écraser en nous faisant tous périr. » (Daremberg, loc. cit., t. II, p. 569.)

Après avoir décrit le vomissement, Galien s'occupe des maladies du foie. Elles dépendent d'une lésion matérielle de l'organe ou d'une altération de ses forces ou facultés. Cet organe peut être seulement augmenté de volume par l'inflammation, suivie ou non de la formation de pus, ou bien il offre des bosselures inégales, squirrheuses, extrêmement graves et mortelles. Le diagnostic de ces lésions est très difficile, en raison de la profondeur de l'organe, et aussi en raison de leur siège à sa face supérieure ou inférieure.

Ailleurs, il n'y a pas de lésion apparente, et cependant les fonctions de l'organe sont troublées. C'est une altération delà faculté altératrice des humeurs qui traversent le foie pour former le sang, et qui, étant viciées, échauffent ou refroidissent les organes.

Le foie, altéré dans sa structure ou dans ses fonctions, produit Victère, Vhémorrhagie intestinale et Vhydropisie.

a. Uictère, qui dépend d'une lésion matérielle, ou d'un trouble fonctionnel du foie, peut être exceptionnellement produit en dehors de toute maladie de cet organe par une altération du sang par des venins, comme cela s'observe souvent à la suite des morsures d'animaux venimeux. Il résulte aussi d'un affaiblissement de la faculté attractive de la vésicule biliaire, chargée, comme on le sait, de soutirer du sang la bile qu'elle renferme.

h. Vhémorrhagie intestinale résulte souvent des affections hépatiques, parce que la circulation sanguine du foie étant empêchée, au lieu de se rendre dans la veine cave, le sang reflue dans l'intestin par les veines mésaraïques ettranssude à la surface delà muqueuse. Cela est vrai de quelques affections du foie et encore plus

BOUCHUT. '"^

des maladies de la veine porte. Les expériences de Boerhaave, ei de Lower, sur les animaux auxquels on avait lié la veine porte, et les cas d'oblitération de cette veine, mettent ce fait hors de doute.

c. L'hydropisie du péritoine, et ensuite des membres inférieurs, déterminée par les maladies du foie, était parfaitement connue de Galien, et il attribuait quelquefois comme nous cet accident à l'embarras de la circulation hépatique. Seulement, comme il ne connaissait pas le mécanisme entier de la circulation, sa théorie des hydropisies était différente de la nôtre, et entièrement fautive. Il pensait que les sucs alimentaires arrêtés au passage dans le foie, y laissaient leurs parties les plus épaisses, et que les plus liquides, continuant de cheminer vers le cœur, arrivaient dans cet organe, appauvrissaient le sang, condition très favorable à l'exsudation de SCS parties aqueuses dans les espaces vides du tissu des organes. C'était pour Galien une hydropisie par appauvrissement du sang, tandis que pour nous l'hydropisie s'explique, au contraire, par l'obstacle mécanique apporté au cours du sang dans le foie.

Galien savait aussi que des hydropisies se produisent aussi sans altération du foie, mais avec des lésions de l'estomac, de l'intestin, ou de l'utérus, et alors il pensait que ces lésions n'agissaient que par l'intermédiaire du foie, où elles provoquaient une intempérie, c'est-à-dire une altération des facultés. D'autres organes agissent de la même façon sur le foie : ceux qui sont au-dessus, comme le poumon et la plèvre, dont l'inflammation peut s'étendre au foie et amener l'ictère ; ceux qui sont au-dessous comme l'estomac , l'intestin, dont les inflammations ont souvent leur contre-coup dans la glande hépatique. La dysenterie des pays chauds, particulièrement, est souvent suivie d'abcès du foie, et chez d'autres malade? d'une hépatite chronique, qu'on a beaucoup de peine à faire disparaître.

Dans un chapitre sur les maladies de la rate, Galien établit qu'elles ont beaucoup de rapport avec les maladies du foie, qu'elles sont caractérisées par le gonflement ou la dureté plus ou moins considérable de I organe, et qu'elles produisent une coloration bi une de la peau, due à la présence de l'atrabile dans le sang. Elles sont l'ert"et ordinaire des fièvres intermittentes prolongées, et quand l'augmentation de volume est considérable, il en résulte la compression du foie, qui détermine une hydropisie du péritoine plus ou moins prononcée. Il y a là une erreur sur laquelle nous n'insisterons pas, car elle a été déjà relevée par M. Andral. En efl'et, Galien place dans le foie une cause d'hydropisie qui est, au contraire, l'obstacle à la circulation du sang de la rate dont l'iiy-

pertrophie entraîne la péritonite chronique ; ou bien la diminution d'albumine du sang causée par la cachexie paludéenne.

Galien s'occupe ensuite de la dysenterie qu'il appelle ulcération de l'intestin, et dont il indique les relations avec l'hépatite des pays chauds ; de la lientérie, du volvuhis, des maladies des reins (abcès du rein, pissement de pus, colique néphrétique, diabète différent de la polyurie causée par une maladie d'estomac et qui est la polydipsie) ; des maladies de vessie dépendantes des parois de l'organe ou des lésions du rein, et de la moelle épinière ; des maladies de Viitérus, organiques comme le cancer du col, les érosions, les ulcérations, les végétations, l'hypertrophie, etc., ou sans altération de l'état matériel, comme Ylujstérie, qu'il décrit avec beaucoup de détails.

Il entre même à ce sujet dans les hypothèses les plus singulières sur les causes de ce mal, qu'il attribue à la prédominance du froid occasionnée par la rétention de la semence féminine, d'où la nécessité de certaines applications curatives vaginales et enfin du mariage. Ses idées sur la continence chez l'homme sont évidemment le point de départ de sa doctrine au sujet de l'hystérie, et c'est une erreur dont le temps a fait justice. Ce qu'il y a de plus important dans ce chapitre, c'est le passage où, au nom de l'anatomie, Galien [traduction de Daremberg, t. Il, p. 689), combat l'opinion accréditée de son temps par Platon, que la matrice était un animal dont les mouvements et les déplacements jusqu'au diaphragme pouvaient produire la suffocation.

Un chapitre est consacré à la description de Yaméyiorrhée et de Vhyperménorrhagie, donnant lieu à la décoloration de la peau, l'œdème, la dyspepsie, etc.

Galien parle aussi des inaladies de poitrine^ de Vhémoptysie i avec ulcère du poumon; àe \a. pleurésie chronique, de Vhydropneumothorax, à l'occasion duquel il cite la fluctuation Ihoracique; mais s'il nomme le tubercule cpujxa à propos des maladies des vertèbres cervicales détruites par cette tumeur, il ne parait pas avoir I connu la nature, ni l'évolution et les conséquences de ce produit I morbide. Il a aussi consacré quelques pages aux maladies du cœur, I particulièrement à son phlegmon avec dyspnée, fréquence des batte- ' ments, syncope, défaillance, etc., et aux blessures pénétrantes dont il avait observé de nombreux exemples en sa qualité de médecin des athlètes.

Tel est, en résumé, le De lacis affeclis, où Galien a voulu démontrer que, dans les maladies les plus générales, il peut se pro- ' duire et il se produit des lésions locales importantes pour le pro-

nostic et pour le traitement. Ces lésions locales sont appréciables par l'anatomie, laissent des traces sur le cadavre, ou consistent en simples troubles fonctionnels sans lésions appréciables,

§ IV. — THÉRAPETITIQUE DE QALIEN.

Les œuvres de Galien renferment un grand nombre de mémoires particuliers sur différents points de thérapeutique, sur Vulilité de la saignée, sur les applications de ventouses, de sangsues, sur Vemploi des purgatifs, etc.; mais ce qu'elles contiennent de irèsimportant, ce sont deux livres de thérapeutique générale, le Methodus medendi et le De arte curativa.

Dans le Methodus medendi, qui est rempli de digressions et de polémique, Galien débute en s'adressant à Hiéron pour se plaindre de la manière dont on pratiquait la médecine de son temps. Cette imprécation est des plus curieuses et, chose plus extraordinaire, elle est de tout point applicable à notre époque.

« Ce qui m'a empêché, ô Hiéron, de mettre plus tôt au jour cet ouvrage, ç'a été surtout la crainte de le produire en vain ; car dans notre siècle, presque personne n'a de cœur à la recherche delà' vérité. On est tellement entraîné par l'amour de l'argent, des honneurs, de la volupté, que celui qui s'adonne à l'étude de la sagesse, est presque regardé comine un insensé. Pour la plupart des hommes de ce temps, la sagesse, qui est la science des choses divines et humaines, n'existe pas. Ce n'est pas celui qui excelle dans la connaissance des sciences philosophiques qu'ils placent au premier rang, mais celui qui vide le plus de verres. Sont-ils malades, il n'appellent pas, ils n'enrichissent pas les meilleurs médecins, mais ceux qui le? flattent, qui obéissent à leurs caprices Veulent-ils boire froid, ils le leur permettent; ils se font, en un mot, leurs complaisants, bien différents des anciens descendants d'Esculape, qui commandaient à leurs malades comme des généraux à leurs soldats, comme des roi?

à leurs sujets. ,

5) Ainsi se conduisait à Rome Fimpudent Thessalus, arrivé a ce degré de témérité qu'il se vantait d'enseigner tout l'art de la médecine en six mois. Attirés par une semblable promesse, on a vu les cordonniers, les tailleurs, les artisans de toute sorte, quittant leurs occupations manuelles, se rassembler en foule autour d'un tel maître, et, au grand détriment du genre humain, se mettre à exercer la plus noble et la plus sainte des professions. Mais c'est une maxime de bon sens reconnue par tous les sa^es, que l'on ne peut entreprendre sûrement la cure des maladies, si d'abord on ne con-

naît pas la nature du corps dans toutes ses parties. Aussi Hippocraie, notre maître à tous, nous a-t-il recommandé d'étudier tous les

[détails de la nature humaine. Il faut, pour établir la légitimité d'une bonne thérapeutique, que l'on étudie dans le corps et sa composition et ses qualités. » Il finit, dit M. Andral, en qualifiant de folie l'opinion des méthodistes qui, faisant abstraction de toutes ces diftérences de mélanges, ne voient dans toute maladie que deux sortes d'altérations, le strictum et le laxim. « Ils ne sont pas plus raisonnables que le naturaliste qui , négligeant les caractères nombreux qui distinguent les animaux entre eux, ne s'attacherait qu'à

.quelques-uns de ces caractères, et, par exemple, diviserait tout

s simplement les animaux par le seul caractère qu'ils sont ou ne sont pas raisonnables. » (Andral, loc. cit.)

Après avoir indiqué la nécessité de remonter du trouble d'action ou de fonction à la lésion de l'organe chargé de la remplir, Galien

[recommande de rechercher la cause du désordre pour la faire disparaître. —Dans le second livre il indique les règles de la nomenclature des maladies d'après leur siège, exemples : la pleurésie, l'encéphalite, la mélrite ; d'après le symptôme, exemples : la paralysie, les vomissements, le hoquet , d'après la cause, exemple : la mélancolie ; d'après la ressemblance avec les objets extérieurs, exemples : le

-cancer, les polypes, l'éléphantiase ; d'après leur nature, exemple :

i le phlegmon ; enfin, d'après la volonté arbitraire des médecins ; œdème, furoncle, dotième, qui est peut-être la dothiénentérie, ce qui prouve que du temps de Galien la lésion intestinale de la fièvre

t typhoïde était déjà connue.

Toute thérapeutique exige la connaissance des conditions ordinaires de la santé, la connaissance exacte de l'état des humeurs, la recherche des indications qui résultent de l'alliance de l'observalion et du raisonnement. — Sans la raison qui éclaire l'expérience il n'y a pas de véritable médecin.

Le troisième livre est consacré à divers moyens de traitement des solutions de continuité externes ou internes, des hémorrhagies, des fièvres, de l'infiammalion, etc. — Il renferme une remarque trèsimportante au sujet des ulcères qu'on'ne peut cicatriser par le traitement local ; ils dépendent d'une altération du sang qu^il faut guérir, d'où la nécessité d'un traitement local et général.

Le cinquième livre renferme les préceptes relatifs au traitement des hémorrhagies par les petites saignées répétées à de courts intervalles, par des ventouses loin du lieu de l'hémorrhagie, sur la mamelle, par exemple, dans l'hémorrhagie utérine. Contre l'hémoptysie produite par l'ulcère des poumons, outre des petites saignées

répétées trois fois par jour. Galien parle des emplastiques, des astringents ; des purgatifs s'il n'y a pas de diarrhée, particulièrement des pilules d'aloès, de scammonée, de coloquinte, d'agaric et de gomme arabique, dont il est l'auteur; du lait d'animaux nourris de plantes balsamiques, de l'exercice modéré dans un air pur, niais pour lui ces moyens ne sont bons qu'avant le début de la fièvre. — Quand les malades ont la fièvre, ce traitement reste inutile.

Le livre VI est consacré aux fractures, aux blessures, aux plaies et aux lésions des muscles et des nerfs.

Dans les livres VII, VIII, IX et X Galien s'occupe du traitement des maladies essentielles et des fièvres éphémères, synoques ou ardentes. Ici la saignée joue encore un grand rôle, et c'est la chose curieuse, puisque aujourd'hui le moyen est abandonné de la plupart des médecins. D'après Galien, la saignée empêchait la fièvre de devenir putride; mais il ne fallait pas y recourir d'une manière systématique. Ce moyen avait ses contre-indications dans le jeune âge, la faiblesse des sujets et l'état des forces ; il ne devait être mis en usage que si le sang était altéré dans ses qualités ou si, trop abondant, il produisait l'oppression des forces et la distension des vaisseaux et leur rupture.

Les lotions froides, les bains, l'aération et une faible alimentation étaient les accessoires obligés de ce traitement des fièvres.

Dans les livres XI à XIV, il n'est question que du traitement du phlegmon, des tumeurs et de l'érysipèle. Partout la saignée joue un grand rôle dans cette thérapeutique, mais si l'affection était mixte et produite par l'afflux du sang et de la bile, ce moyen reste sur le second plan, et était remplacé par les vomitifs et par les purgatifs,

Le De arte curativa, dont Daremberg nous a donné la traduction sous le titre de Méthode thérapeutique, à Glaucon, renferme au début un des principes les plus importants de la thérapeutique, savoir : qu'il faut connaître la nature commune à tous les hommes, et la nature particulière de chaque individu. On y trouve ensuite le traitement des fièvres éphémères, de la fièvre tierce, quarte et quotidienne • des fièvres continues; de l'intlammation, de l'œdème, du squirrhe, des tumeurs de la rate et du foie, des abcès simples et fistuleux, du cancer, de l'éléphantiasis, etc. C'est un peu la reproduction de ce qu'on trouve dans le Mélhodus medendi.

Outre ces deux ouvrages, Galien a publié un grand nombre de traités spéciaux de thérapeutique sur Vouverture de la veine, contre Érasistrate, et contre les Érasistratéens, sur les moyens de guérir par la saignée ; sur l'emploi des saignées locales, ventouses, scarifications, sangsues, etc.

Ce traité sur l'emploi rationnel de la saignée est extrêmement remarquable, et fort riche en indications thérapeutiques. Ainsi Galien indique les affections ou diathèses qui réclament les émissions sanguines (la pléthore, à moins qu'il ne s'agisse d'un enfant ou d'un vieillard) ; les effets produits par les pertes de sang sur l'organisme, selon les idiosyncrasies, les saisons etc.; les cas où, sans maladie ni diathèse, l'homme doit être saigné ; l'époque de la maladie où il faut pratiquer la saignée -, la veine qu'il convient d'ouvrir (celle du côté malade) ; les cas qui exigent une ou plusieurs saignées ; les indications de pousser l'évacuation sanguine jusqu'à la défaillance (fièvre très-intense), et il parle, en terminant, et de l'artériotomie, et des émissions sanguines locales, en indiquant les moyens de les pratiquer.

Plusieurs autres ouvrages sont consacrés à la médication purgative, comprenant à la fois les vomitifs et les purgatifs. Il y a le De purgantium medicamentorum facultatihus , où Galien fait connaître l'action élective de chacun des purgatifs sur la bile jaune, sur la bile noire ou sur la pituite, et un livre sur les indications des purgatifs. Dans ce dernier, Galien se demande : Dans quel cas faut-il purger 9 Par quels moyens 9 Quand faut-tl purger ?

Il ne faut pas purger les individus parfaitement sains, mais c'est une bonne chose chez les personnes qui, par des malaises, vers le printemps, sont disposées à être malades. Les affections épileptiques et apoplectiques réclament le purgatif de la pituite, les maladies articulaires avec grande chaleur, celles de la bile et celles des humeurs froides, au moyen d'une évacuation du phlegme. En tout cas, les malades doivent être préparés quelques jours d'avance par des boissons acidulées et rafraîchissantes.

En comparant l'action des vomitifs à celle des purgatifs, il spécifie les cas où il faut employer les uns plutôt que les autres ; amsi, en été, les vomitifs sont préférables, tandis qu'en hiver, il vaut mieux recourir aux purgatifs. La bile doit être évacuée par le haut, la pituite par le ïîas, et certaines maladies contre-indiquent formellement l'emploi des vomitifs, telles sont les affections chroniques de la poitrine, l'étroitesse de celle cavité, elc. Ce sont la autant de remarques oui attestent l'expérience de Galien.

Telles sont les doctrines de Galien sur la philosophie naturel e, sur l'anatomie, la physiologie, la pathologie générale et spéciale, enfin sur la thérapeutique. C'est, malgré la destruclion de quelques manuscrits, un ensemble extrêmement complet et 1res bien ordonné de la médecine au premier siècle de Jésus-Chrisl. Un n y trouve pas, il est vrai, un exposé méthodique des connaissances me-

dicales semblable à ceux que nous faisons aujourd'hui, car ce sont, des traités particuliers écrits, non pour le public, mais pour des amis, et auxquels on n'a pas mis la dernière main. Néanmoins, on sent qu'il y a dans cette œuvre colossale une personnalité puissante, dont la pensée vigoureuse vous saisit, vous étonne et vous contraint à l'admiration, malgré ses écarts, et je dirai plus, malgré ses erreurs. On comprend l'influence d'un tel homme dans le monde, et l'autorité dont il a joui pendant quatorze siècles s'explique par l'immensité de son œuvre. Quand on le compare à Hippocrate, on voit que ce sont des hommes de même ordre, avant tout dévoués à la science et à la vérité, imbus de la même philosophie naturelle, et des mêmes principes d'observation et de morale, ne différant que par la forme. L'un, dans un langage concis et aphoristique, exprime sobrement sa pensée, toujours en peu de mots, tandis que l'autre, plus verbeux, touche souvent à la prolixité. Tous deux représentent en médecine la cause de la nature obéissant à une loi suprême, émanée de Dieu, pour la conservation du type des êtres créés, au milieu des causes de destruction qui les environnent. Ce sont des naturistes.

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