‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 58 sur 119 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

BA.RTHEZ

Paul Bailliez, né à Montpellier en 1734, mort en 1806, fut un des plus célèbres médecins du xviii« siècle et son nom restera attaché à l'histoire des doctrines médicales par ses travaux sur le vitalisme. Par sa philosophie il est évidemment de l'école d'Hippocrate, et son livre de la science de Vhomme dans lequel il développe ses idées sur le principe vital en est la preuve. Né peu après la mort de Stahl, créateur de l'animisme, il en est la métamorphose scientifique, car, au rôle de l'âme dans la formation et dans la guérison des maladies, il substitua l'hypothèse d'un principe vital inconnu dans sa nature, qui devait enlever à l'âme la conduite de la physiologie et de la pathologie. Sa vie ne fut d'abord qu'une longue et désagréable lutte d'intérêt contre ses confrères de Montpellier, puis il vint à Paris où par son caractère il se fit encore des ennemis, mais grâce à des protecteurs influents, il put enfin i trouver la situation qu'il ambitionnait et à laquelle son talent lui donnait le droit de prétendre. Ne faisant pas ici la biographie des hommes que je veux faire connaître, je laisse de côté tout ce que l'on raconte de leurs travers pour ne montrer que leur côté scientifique. Si l'on veut en savoir plus long sur la vie intime de Barthez on n'a qu'à lire les documents de la biographie médicale, mais cela n'a aucun intérêt pour moi.

Barthez a beaucoup écrit, mais de ce qu'il a laissé il n'y a guère à signaler que sa mécanique des mouvements de l'homme et des animaux, son traité des maladies goutteuses et enfin ses éléments de la science de Vhomme.

C'est dans ce dernier ouvrage qu'il expose les idées qui ont fait ;i de lui un chef d'école, et bien que ces idées ne lui soient pas per- ! sonnelles, et qu'elles eussent cours de son temps autour de lui, la manière supérieure dont il se les est appropriées et le talent dont il a fait preuve en les exposant au public lui en assurent la possession et la gloire pour la suite des siècles.

Certaines personnes affectent de dire qu'il est inutile de connaître la nature de l'homme pour s'occuper avec tout le fruit désirable de ses maladies et de leur guérison, c'est une erreur. A moins de réduire la science médicale à un Empirisme plus ou moins perfectionné, il est impossible de ne pas voir qu'il est indispensable au

médecin de savoir si l'homme n'est que matière, s'il n'est qu'un simple composé d'organes et de fonctions, et s'il n'y a pas au dedans de lui un principe supérieur aux organes destinés à les construire, à les diriger et à les entretenir. Quand on dit que cette recherche est inutile, on se ment à soi-même et on sent Irès-hien que ce n'est là qu'un aveu déguisé d'impuissance.

Dès l'origine de la science le problème de la nature de l'homme s'est imposé aux médecins, et il est si peu chose inutile à résoudre que, d'après la solution qu'on lui donne, on a sur la formation des maladies, sur leur marche et sur leurs terminaisons, des idées absolument opposées. — Au temps d Hippocrate, ce problème était résolu au bénéfice de ,1a nature qui était la force dirigeante, protectrice et conservatrice des organes, destinée à l'entretien de 'la vie humaine. D'où les idées persistantes de nature médicatrice empruntées à cette époque et le mot de naturisme pour faire connaître la tendance philosophique de la doctrine. Mais, tout se transforme sans cesser d'être. Au rôle de la nature, on a substitué celui du pneuma dans la doctrine de pneumatisme; — celui de Varchée dans la doctrine de Van-Helmont; — puis tout ce qu'expliquait !a nature, le pneuma et l'archée fut considéré comme étant sous la dépendance de Vâme. C'est l'animisme de Slahl. Pour qui sait comprendre, toutes ces doctrines ne sont au fond que la même idée revêtue d'un costume différent et affublée d'un nouveau nom.

Malgré son retentissement, la doctrine de Stahl n'a jamais pu conquérir tous les suffrages. Les médecins répugneront toujours à considérer l'âme raisonnable et libre, cette lumière de la cons- •cience et ce principe de toute responsabilité morale, comme l'agent des fonctions vitales inférieures dans ce qu'elles ont de fatal et d'inconscient, enfin comme une substance capable de s'altérer, d'être malade ou fragmentée par un chirurgien.

Les Petites vies des organes que Bordeu crut devoir admettre à la place de l'àme, et sa Sensibilité générale ou partielle, n'ont pu davantage suffire pour rendre compte de la multiplicité des actes vitaux, sympalhiquement coordonnés dans un but supérieur de conservation individuelle, et l'animisme abattu, il fallut le relever.

Comme dans les sociétés monarchiques, on entend crier : Le roi îest mort, vive le roi ! les partisans de la force vitale ne laissent jamais vacant le trône de leur opinion et, sous des noms divers, ils ilui rendent un perpétuel hommage.

A l'animisme succéda ainsi le vitalisme dont Barlhez fut le brililant porte- drapeau.

Le nouveau pontife fut-il toujours bien inspiré dans la forme qu'il

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