‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 72 sur 119 · HÉRACLITE DE TARENTE · texte numérisé non relu

HÉRACLITE DE TARENTE

Une véritable place d'honneur a été réservée à Héraclite par Daniel LeclercetSprengel, dans les recherches qu'ils nous ont laissées sur l'École Empirique, et, s'il faut en croire Celse et Galien, ce médecin fut un des coryphées de l'Empirisme. Disciple de Mantias Herophiléen, cet Héraclite, qui vivait à la fin du xxxviii^ siècle, a écrit sur les médicaments, sur l'agriculture et sur la diététique des ouvrages qui n'existent plus. H avait aussi laissé un commentaire

d'Hippocrate. , .

Héraclite était extrêmement sévère dans le régime qu il imposait aux malades et dans l'abstinence prolongée qu'il leur faisait subir pendant la première période des maladies. Il est un des premiers qui aient fait usage de V opium, et, selon la remarque de Daniel Leclerc, c'est à ce médicameni introduit en médecine par les Lmp - Tiques, que celte secte doit une partie de sa popularité. En etlet pouvoir soulager ceux qu'on ne peut guérir, et cela sans raisonne l'action du remède, ce que permet de faire l'opium, estunargumen qui plaide heureusement en faveur de l Empirisme^ 1 employait aussi un médicameni de sa composition formé selon Gahen de qua-

DES ANCIENS EMPIRIQMES — HÉRACLÎTE DR TARRNTE 451 tre drachmes de svc de ciguë et âejusqiiiame et de un drachme de castoréum, de poivre hlanc, de costus, de myrrhe et d'opium, le tout délayé dans du vin cuit évaporé au soleil pour faire des pilules calmantes, données comme antidote dans des blessures d'animaux venimeux et dans la suffocation utérine. On lui doit une préparation de jusquiame, d'anis et d'opium contre le choléra, et il saignait et faisait vomir dans l'esquinancie (4) ; c'est à lui qu'on doit une foule de préparations pour faire disparaître les taches de la peau, les exanthèmes cutanés et pour remédier à la chute des poils.

Dans hphrénésie il plaçait les malades dans un lieu obscur, leur prescrivait un lavement et une saignée puis redonnait des lavements tous les jours. Ensuite il faisait raser la tête pour y appliquer une fomentation avec la décoction de feuilles de laurier, une onction d'huile rosat et des cataplasmes avec de la farine, de l'hydromel, de h poudre d'iris, de Vhuile delentisque et du calamus aromattcus. Un peu plus tard, il soignait la tête et les narines avec une composition de pencedanum, d'opium, de castoreum, d'huile d amandes amères, de vinaigre, et d'huile d'iris.

Quand la maladie venait de crudité, il commençait par un lavement et se passait de saignée qu'il remplaçait par une purgalion de scammonée. Si elle s'était produite chez une personne de sang pauvre, il ouvrait la veine du front sans faire d'autre saignée. Enfin si on pouvait l'attribuer à la corruption des humeurs, après avoir fait prendre un lavement, il ordonnait des boissons aqueuses abondantes puis du vin miellé et enfin du vin pur.

Cœlius Aurelianus qui rapporte ces formules thérapeutiques et avec lui Damel Leclercfont remarquer avec infiniment de raison que ce n'est pas là l'application sévère de la méthode empirique, et que la considération des causes cachées de la phrénésie. ainsi que l'association de remèdes bizarres qu'on y remarque, ne relèvent pas uniquement de l'expérience et sont des infractions aux principes ae la secte dans laquelle l'histoire place Héraclite.

Quoi qu'il en soit, l'histoire a fait de ce médecin un Empirique Ualien a consacré l'assertion en disant : il ne parlait jamais conttre la vente pour défendre les intérêts de sa secte..., il était de ■bonne foi et ne rapportait que ce qu'il avait expérimenté lui- ^eme, et cette qualification aura bien de la peine à disparaître 11 •est cependant bien réel que le médecin qui employait contre la "Phrenésie, le traitement que je viens de faire connaître, et que je •ne blâme pas, ne saurait être classé parmi les vrais Empiriques. (1) Nom (lonnô aux angiriert g.aves.

2" SCRIBONIUS LAUGUS

L'école empirique avait inspiré les recherches de matière médicale au point de multiplier outre mesure les productions de ce genre; car tout, dans celte doctrine, se rapportait à la thérapeutique. Parmi les hommes qui se sont le plus distingués dans celle direction on cite Scribonius Largus, qui a écrit sur la. composition des médicaments un livre dédié à Julius Callistius, affranchi de l'empereur Claude.

Ce Scribonius Largus était un médecin militaire qui, dans ses nombreux voyages à la suite des légions romaines, avait recueilli les nombreux matériaux de ses ouvrages. D'après Eloy. il vivait à Rome, dans le premier siècle de notre ère, sous l'empire de Claude, et il gagna beaucoup d'argent par les remèdes qu'il inventa ou qu'il recueillit de quelques autres personnes. Son livre souvent cité par Galien renferme un grand nombre de formules plus ou moins compliquées, ridicules et superstitieuses, qui eurent un grand succès el dont plusieurs sont indiquées comme étant à l'usage de Messaline et de Claude. Au reste, Scribonius Largus qui annonçait le succès de ses remèdes le faisait en termes d'une honnêteté qui lui acquirent toutes les sympathies : « C'est moins l'appât du gain ou l'amour de la gloire qui l'ont engagé à donner ses remèdes au public que la satisfaction d'être versé dans la médecine. Il ajoute même qu'il ne connaît rien déplus grand, et qui rapproche l'homme de la divinité, que de conserver la vie à quelqu'un, que d'entretenir sa santé en vigueur et que de rétablir celle qui est altérée. »

Son livre sur la composition des médicaments écrit en latin : Scripta mea latina medicinalia, a été imprimé à plusieurs reprises et il y en a même une édition de 1655. Comme on le voit, c'est un

véritable succès.

Par ses recherches sur la composition des médicaments dédiées à un affranchi de l'empereur Claude, Scribonius Largus, médecin militaire, célèbre par ses inventions de matière médicale, grand parlisan, dit on, de la doctrine méthodique d'Asclépiade, merile d eire classé parmi les empiriques. - Il écrivait vers l'an 40 aprcs Jésus-Christ. Son recueil est souvent cité par Galien. Il renferme un très -grand nombre de formules étranges formées de subslanccs extraordinaires plus ou moins repoussantes, mais dont 1 ellicacilt était attestée par de nombreuses expériences. On y trouve le dentifrice composé par lui pour Messaline : MessaUna dei nosirj tœsaris hoc utitur. - Ses recettes sont relatives à des medicamenls externes chir.irgicaux, ce qui a fuit penser qu'il était surtout cinrur-

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