‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicales (volume 2)Chapitre 75 sur 119 · XXVIII · texte numérisé non relu

XXVIII

De la Rue, que les Grecs appellent Peganou; les Latins et Italiens,

Ruta.

(1 La rue de montagne et sauvage est plus aiguë, que celle qui se sème et qui se trouve par les jardins et par cela son usage est reprouvé pour viandes. La rue des jardins est plus convenable pour l'usage des viandes quand elle naît sous les figuiers. Toutes deux brûlent, ulcèrent et provoquent le flux menstruel et l'urine. Mangées ou bues elles astreignent le corps. La graine bue avec vin au poix d'un acetabul, est un antidote contre les venins mortifères. Le^ feuilles prises seules avant la viande ou avec noix et figues sèches, font évanouir les forces des venins. Elles aident en incaie manière contre les serpents. La rue bue ou mangée consomme la vertu d'engendrer. Cuile avec anelh sec, et beue elle allège les tranchées. Douce en la même manière elle secoure aux douleurs de la poitrine et du côté, aux empêchements de respirer, à la toux aux défauts du poumon, aux sciatiques et autres douleurs des jointures, et au treujbleinent et froidure survenants aux commencemenls des fièvres. La décoction de la rue faite en huile, et faisant des clystères, aide pareillement aux inflammatioms du boyau nommé Colon et au boyau du siège et aux lieux naturels des femmes. Appliquez avec miel en cette espace, qui est depuis la nature des fenmies jusqu'au siège,

éveillent les femmes assoupies, comme si elles fussent étranglées à l'occasion des fumosités de la matrice. Cuite en huile et beue elle tire les vers du corps. L'on l'emplàlre avec miel aux douleurs des jointures et aux hydropiques avec figues. A cela profile même la décoction faite en vin, jusqu'à la consomption de la moitié, soit qu'on en boive soit qu'on en use pour lavement. Mangée en viandes ou gardée en saumure ou crue, elle profite à éclaircir la vue. Emplàtrée avec griotte sèche elle métigue les douleurs des yeux et ceux de la tête, incorporée avec l'huile ro.sat et vinaigre. Broyée, et mise dans le nez, elle y restreint le flux du sang. »

« Appliquée avec feuilles de laurier, elle médecine les inflammations des testicules. Incorporée avec Cire et Murte, elle résiste aux soudaines sorties des ampoules. Elle guérit les taches blanches empreintes dans le cuir frotée dessus avec vin, Poivre, et Nitruse. Emplâlrée avec les mêmes choses, elle ôte les verrues larges que les Latins appellent Formica, et cette sorte de porreaux, qui se nomment Thyms. L'on la met (avec utilité) conjointe avec Alun, et miel sur le feu volage. »

« Le suc échauff'é dans un tais de Grénade, et distillé dans les oreilles, enlevé la douleur. L'on oingt les yeux débiles avec ce suc, mêlé avec suc de Fénoil, et miel oingt avec vinaigre, ceruse et huile rosat, il aide au feu Saint-Antoine, aux ulcères qui s'acheminent en rampant, et aux ulcères du chef qui jettent ordure. »

« La rue mangé© dompte l'acuité et l'odeur de l'ail, et des oignons. La rue de montagne, mangée en grande abondance, elle tue. L'on cueille celle-ci pour mettre en saumure, avant qu'elle commence à fleurir. Elle fait enfler et rougir la peau , et l'enflambe fort, et fait démanger; et par cela il est besoin avant que la cueillir, s'oindre les mains, et la face avec huile. L'on dit qu'en épendant le suc de la rue sur les poullets, chats, n'y martres n'y fouines ne s'approchent d'eux. L'on dit que la rue qui n'ait en Macédoraie , autour de la rivière Olcisio, tue soudainement ceux qui en mangent. Ce lieu est montagneux, et plein de vipères. On boit sa graine aux défauts des parties intérieures, et la mêlons (avec utilité) dans les antidotes. L'on donne <à boire la graine rôtie, par sept jours continuels, à ceux qui ne peuvent retenir leur urine. La racine de la rue de montagne, se nomme le moyle de montagne. La rue sauvage semblable à la domestique. L'on la boit (avec utilité) pour le haut mal, et pour les sciatiques. Elle provoque le flux menslrual, et lue le fruit dans le ventre de la mère. La sauvage est plus âpre que la domestique, et plus valeureuse, et par cela on la doit fuyrcs viandes, mêmes qu'elleapporteuneiiuysance.(Dioscoride, liv. III, cap.Lxin.)

DES ANCIENS EMPIRIQUES — DIOSCORIDE 457 Annotations.

La rue tant domestique que sauvage (qui n'est pourtant la rue, dont parle Dioscoride au chapitre suivant) sont assez choisissables, étant selon Galien, la rue sauvage entre les choses qui échauffent au quatrième degré, et la domestique, au tiers, aiguës, et amères au goût, digestives, incisives, et composées de parties subtiles.

Du Cinabre, que les Grecs et les Latins appellent Cinnabaris;

les Italiens, Cinabro.

« Tous ceux qui croient, que le Cinabre et le Minion, sont une même chose, s'abusent grandement. Pour autant que le Minion se fait en (Hespaignej Espagne d'une certaine' pierre même avec un sablon Argentin, autrement l'on ne le connaît pas. L'on en fait de couleur très-florissante , et très -ardente dans les fournaises : mais dans les minières il était une vapeur véritablement étouffante, et par cela ceux qui le manient, se couvrent la face avec une soie, afin qu'ils le puissent voir qu'au respirer ils n'attirent à soi de cette maligne vapeur qui est en lui. »

« Les peintres en usent pour les très siomptueuses décorations des parures des murailles. Mais le cinabre s'apporte d'Afrique, et est en si haut prix, et en apporte si peu, qu'à peine les peintres en peuvent avoir à suffisance pour ombrager leurs peintures avec diverses lignes. Il est chargé de couleur profonde : et par cela aucuns ont estimé que ce fut le même sang de Dragon. Le cinabre a la même vertu de la pierre nommée Hématite, et est convenable en médecine des yeux, et toutefois c'est en plus d'efficace, pour autant qu'il est plus astrictif. Incospore avec Ceroesme, il guérit les brûlures du feu, et les pustuUes. (Dioscoride, liv. Y, cap. lix.)

Annotations.

A la vérité il y a une forte grande différence entre le cinabre écrit par Dioscoride, et celui qui pour le présent est en usage ou boutiques des apoliquaires, et aux peintres. Car le cinabre de Dioscoride n'est (quoi qu'ainsi l'ayant écris gens de fort grand érudition Pline, et Solin) le sang du dragon occis par la grande pesanteur de l'éléphant, qui lui tombe dessus, en se mettant ensemble le sang de l'un et de l'autre animant, est une gomme d'un arbre d'Afrique, de îcouleiir naturalissime de vrai sang, transparent, et aisé à rompre, mommé aujourd'hui vulgairement sang de dragon en larmes, à la I différence de celui sophistiqué, et de nulle valeur, qui s'apporte en

pains. El à bon droit le peut on nommer en larmes pour autant que ceci est une larme gommeuse, et liquide (selon que le rente Aluigi Cadamosto au quatrième chapitre de sa navigation en Afrique) d'un arbre d'Afrique, lequel pour en avoir plus grande abondance, les habitants aggraffent avec certains ferrements en l'écorce, et en ayant par après recueilli la liqueur la cuisent dans des chaudières au feu, et le nomment sang de dragon. Ce qui est fait raisonnablement conjecturer, due cette gomme en le cinabre de Dioscoride, pour autant en premier lieu que telle liqueur nous est apportée d'Afrique en peu de quantité, elle est en usage aux peintres pour ombrager, et pour tracer de rouge clair, elle se vend cher pour sa rareté et ou ses vertus est semblable à la pierre Hématite, ainsi que l'expérience le démontre, et comme pareillement l'affirme Discoride cette liqueur est assez plus astrictive, et par cela les modernes médecins en usent pour les flux des femmes, et disentériques, et pareillement pour les crachements, et flus de sang, avec trop plus grand événement. Celui qui s'apportait en pain, se contrefaisait adis avec le sang de bonc, pilé lentement de certain artifice, et cormes sèches : puis manquant celui on la contrefait avec Garance.. Boliarmeni, Résine, colle de dragon, et autres mestinges. Le cinabre de notre temps est minéral, et artificiel. Le minerai selon que le récit avait vu le seigneur André Malthioli, se tire de terre dans les causes d'argent vif, en un lieu, qui se nomme Midria, en certaines montaignes loinglaines une journée de gorice, en allant vers la Garniole. Ce cinabre est une pierre rouge non trop dure mais fort pesante, et quelquefois pleine d'argent vif, que par lui-même sans autre aide, il, en dégoûte dehors, comme par après il s'en tire tout avec l'artifice du feu. L'artifice se fait d'argent vif, et de soufre par voie de sublimation au feu. Ce que opère par elle-même nature en celui, qui se tire de la minière. Nul donc que de ces deux cinabres, pour être véritablement venin mortifère s'use pour le donner par la bouche : ainsi seulement se met dans les médicaments extérieurs, comme les parfums qui se font pour le mal de Naples, et en aucuns onguents. Il faut noter ici, que suivant ce que décrit Dioscoride le Minion être d'aucuns appelé cinabre que celui Minion est le cinabre minérale dont ci-dessus nous avons parlé (même qu'au chapitre en suivant il dit l'argent vif est fait du Minion). Et parce que Pline écrit du Minion, l'on peut aisément voir qu'anciennement le Minion se trouvait minéral, et artiliciel : quoi qu'en notre temps il s'en trouve fort peu du vrai minéral, pour autant que celui qui est en commun usage, pour la plus grande partie se fait de plomb, el de ceruse brûlée. Ce qui est la sourdire décrite par Galien, par Dios-

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