VI PRÉFACE
ne pouvons souvent savoir les détails d'un fait important qui s'accomplit à quelques pas de nous , si nous sommes absents du lieu où il s'est produit. En histoire , il n'y a de véritablement utile que celle des idées par lesquelles se conduisent les hommes. Celle*là , au moins, se laisse lire, car elle fait comprendre l'esprit et l'enchalileiâeilt des choses. En médecine surtout, rbistoire des variations de la pensée, c'est-à-dire des systèmes suivis d'âge en âge, me semble préférable, pour le médecin qui veut connaître la philosophie de la science , à rénumération de dates incertaines et à l'histoire de la succession des hommes et de leurs œuvres. Énumérer les doctrines fondamentales , indiquer leurs principes , les transformations qu'elles ont subies dans le cours des siècles; mentionner les découvertes utiles qui s'y rattachent, raconter la vie et les travaux des principaux doctrinaires, voilà le but de mon enseignement et de ce livre. Dans mon opinion^ c'est là l'histoire philosophique de la médecine.
Il ne faut pas se le dissimuler, ce procédé historique est plus difficile à employer que l'autre. Il renferme de dangereux écueils d'appréciation , et il exige des connaissances spéciales d'anatomie, de physiologie et de médecine pratique, que ne possèdent généralement pas les chronologistes, les philologues et les érudits. Il ne peut être employé ou compris que par les médecins, et il n'y a qu'un esprit bien nourri des connaissances médicales qui puisse apprécier convenablement les hommes et leurs doctrines, découvrir la pensée d*une époque ensevelie sous le nombre croissant des faits et comparer le présent à ce qui n'est plus. Je ne sais si j'ai préjugé de mes forces en commençant un travail de ce genre, mais j'ai pensé que mes travaux et mes études cliniques me donnaient l'autorite nécessaire pour ces recherches, et je les ai entreprises autant pour me rendre compte des anciennes traditions médicales que pour découvrir celles d'où relève ma doctrine de la Vie, et de la Nature de V homme.