ORIBASE
Parmi les successeurs inspirés des doctrines de Galien, le plus célèbre est certainement Oribase. Ce médecin, né à Pergame, vécut au iv*' siècle de l'ère chrétienne. Il s'attacha de bonne heure à la fortune de Julien, dit TÂpostat, dont il servit les desseins ambitieux, et il le suivit dans les Gaules quand ce prince en fut le gouverneur. Il revint ensuite à Rome avec Julien devenu empereur, et fut envoyé à la questure de Constantinople d*où il fut disgracié et banni en 363, après la mort de son souverain. Réfugié chez les barbares, Oribase soutint ce revers avec une noblesse de sentiments digne d'éloges, et il se fit une telle réputation par son talent et par ses guérisons, qu'on l'honorait comme un dieu. Rome le rappela dans ses murs. Les empereurs Valons de Constantinople et Valentinien II lui rendirent ses biens confisqués et le laissèrent jouir jusqu'à la fin de ses jours de sa haute réputation et de sa fortune. Il parait qu'on le regardait comme le plus savant de son époque et un des hommes les plus aimables qui se puissent rencontrer.
Oribase est moins un auteur original qu*un compilateur inleiii-
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gent. Ses livres sont formés d'eitraits empruntés à différents auteurs, et notamment à Galien, dont il partage à ce point les idées, qu'on Ta surnommé le Singe de Galien, Sous ce rapport, c'est un naturiste. Un grand nombre de ses livres a péri, mais il en reste plusieurs, notamment ce qu'on appelle la Collection médicale, faite d'après les ordres de Tempereur Julien, et dont MM. Daremberg et Bussemaker ont fait une traduction française.
c Empereur Julien, j'ai achevé, suivant votre désir, pendant notre séjour dans les Gaules occidentales, l'.ibrégéque votre divinité m'avait commandé, et que j'ai tiré uniquement des écrits de Galien. Après avoir loué cette collection, vous me commandâtes un second travail, celui de rechercher et de rassembler ce qu'il y a de plus important dans les meilleurs médecins, et tout ce qui contribue à atteindre le but de la médecine ; je me décidai volontiers à faire ce travail autant que j'en étais capable, persuadé qu'une pareille collection serait très-utile, puisque les lecteurs pourraient y trouver rapidement ce qui, dans chaque cas, convient aux malades. Jugeant qu il est superflu, et même tout à fait absurde, de répéter plusieurs fois la même chose, en puisant chez les auteurs qui ont le mieux écrit, et chez ceux qui n'ont pas composé leurs ouvrages avec le même soin, je prendrai uniquement dans les meilleurs écrivains, n'omettant rien des matériaux qui m'étaient fournis autrefois par Galien seul, coordonnant mon ouvrage d'après la considération que cet auteur l'emporte sur tous ceux qui ont traité le même sujet, parce qu il se sert des méthodes et des définitions les plus exactes, attendu qu'il suit les principes et les opinions hippocratiques. J'adopterai ici Tordre suivant : je rassemblerai d'abord ce qui concerne la matière de Vhygiène et de la thérapeutique, ensuite ce qui a été dit sur la nature et la structure de l'homme, puis ce qui regarde la conservation de la santé et le rétablissement des farces chez les malades^ après cela ce qui tient à la doctrine du diagnostic et du pronostic, enfin je traiterai de la guérison des maladies et des symptômes, en un mot de ce qui est contre nature; je commencerai par les propriétés des aliments, n (Oribase, Daremberg et Bussemaker^ t. I. p. 2.)
Dans le premier volume de cette édition française, il est successivement question des aliments usuels et de leurs qualités digeslives,des qualités attribuées aux aliments, selon qu'ils sont atténuants, incrassants, produisant des humeurs visqueuses, crues, <les humeurs froides, de la pituite, de la bile, de Tatrabile, etc.; lies aliments favorables ou nuisibles à l'estomac; nuisibles à la tête, rttserrant ou relâchant le ventre, refroidissants, desséchants, hu-
mectants, échauffants, etc. ; enfin de la préparation des alimenta. Ce livre lY est extrêmement curieux, et montre, par ces détails culinaires, donnés avec la gravité convenable, qu*il n'y a pas de petites choses pour le véritable médecin. Galien, Aétius, Rufus, Diodes, Dioscoride, etc., sont les auteurs des recettes citées par Oribase.
Dans le livre suivant, Oribase expose le bien et le mal qn*on a dit de Veau^ ses avantages et ses inconvénients, sa température et les moyens de Taméliorer ou de la purifier. Il parle ensuite du vin et de ses espèces ; du vinaigre, des vins et vinaigres médicamentetix, etc.
Tout le livre VI est consacré aux exercices, au coucher, an repos, à l'abstinence, au sommeil et à la veille, à la conversation, à la déclamation, aux différentes espèces de frictions, à la promenade, à la course, à Téquitation, au mouvement dans les fièvres, à la natation, à la lutte et au combat simulé, à la gesticulation, au jeu de paume, au jeu des haltères, au coït, etc. ; et tous ces articles sont extraits de Galien, de Rufus, d'Athénée, d'Anthyllus, d'Hérodote, d'Aétius, etc.
Dans le deuxième volume, qui commence par les livres VII* et VIII*, Oribase rapporte les extraits les plus importants des mêmes auteurs, mais surtout de Galien, sur les émissions sanguines ei sur les évaciuiHons. Tout ce qu'il est utile de savoir sur les affections qui réclament la saignée, sur sa répétition, sur la quantité de sang à enlever, sur les veines à inciser, sur la manière d'opérer, sur la saignée artérielle, sur les ventouses et sur les sangsues, se trouve indiqué. Relativement aux évacuations, le travail est le même. Quels sont les gens à purger? Comment le faire? Quels sont les moyens purgatifs? Quelle préparation doit subir la personne que l'on veut purger? Toutes ces questions sont résolues au moyen (le citations variées, et Oribase parle ensuite des avantages et des inconvénients de Thellébore, des masticatoire^, des fumigations, des errhins, des lacryniatoires, des diurétiques, des hémagogues, des sudorifîques, des vomissements, des injections, des lavements, des suppositoires, etc. Deux chapitres sont consacrés, l'un à la révulsion et l'autre à la dérivation. Ils sont empruntés à Galien.
Le livre IX renferme les principes relatifs à Tappréciation de l'air, de ses variations et qualités, des vents; du lever et du coucher des constellations: des localités, de la chambre des malades et de leur coucher, des exhalaisons salubres ou nuisibles, etc. Il se termine par de nombreux extraits concernant la manière de faire une trentaine d'espèces de cataplasme.
Dans le livre X, Oribase rapporte ce qu'on faisait, de son temps en
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fait de médication topique^ el la halnéation, qui occupait une si grande place dans l'hygiène de Tanliquilé, est racontée dans tous ses détails. Après les opinions des médecins de Tépoque sur les bains d'eau douce, d*eau de mer, sur les bains artificiels, sur les bains minéraux naturels, sur les bains froids, sur les bains d'huile, sur les bains de sable, sur les bains d'étuve, on trouve celles qui sont relatifes à Tusage des emplâtres, des sinapismes, des épilaloires, des onguents, etc.
Les livres suivants, XFV* et XV% traitent des médicaments sim^ pies, et ils commencent par des citaHons de Galien, dans lesquelles se trouve l'explication de Faction médicatrice par la prédominance des qualités élémentaires (chaud, sec, froid et humide) des substances employées. Toutes ces théories, qui nous semblent si étranges, ont été pendant douze siècles considérées comme \e résultat des données de l'expérience, et c'est à ce titre qu'elles avaient cours en médecine. En effet, malgré ses tendances de raisonneur, Galien déclare que c'est par l'expérience qu'il faut découvrir les prapriétés des médicaments (loc. cit., tom. Il, p. 484). Il indique de cette façon les médicaments qui échatiffent diU premier, au deuxième, au troisième et au quatrième degré ; les substances quirefroidissetii au premier, au deuxième, au troisième et au quatrième degré ; les substances qui dessèchent et qui humectent également au premier, au deuxième, au troisième et au quatrième degré ; sur les médicaments subtils et à particules grossières ; sur les médicaments renforçantSy maturatifs, suppuraiifs, ramollissants, endurcissants j relâchants, emplastiques, purgatifs, héchiques, désobstruantSy détersifs, diurétiques, etc., les médicaments qui purgent la rate, le foie, les reins, le poumon ; les médicaments raréfiants, apéritifs, condensants, resserrants, sudorifiques, caustiques^ putréfiiclifs, destructifs, cicatrisants, attractifs, répercussifs, astringents ; les médicaments qui provoquent la perspiration, les règles, le lait, le sperme ; enfin les propriétés générales de chaque médicament. Il est impossible, malgré les prétentions avouées de n'émettre que des opinions conformes à l'expérience, d'avancer plus de choses incertaines, douteuses, hypothétiques, et d'entasser plus de chimères les unes sur les autres. Il nV a pas de médecin aujourd'hui capable d'accepter les trois quarts des opinions de Galien ou deZopyre, sur la matière médicale, et la classification que j'ai citée plus haut en est la preuve évidente.
Le troisième volume de la traduction d'Oribase par Bussemaker HDaremberg est extrêmement intéressant par les notions de phihMophie, de physiologie, d hygiène de pathologie, d'anatomie et de
chirurgie qu'il renferme. C'est presque une encyclopédie formée d'extraits les mieux choisis dans les auteurs que nous avons cités. La question des éléments, de la différence des tempéraments et de la structure du corps compose le livre XXI, et celle de la génération est renfermée dans le livre XXII, mais la partie intéressante du volume se trouve dans le livre XXIII où se trouvent des fragments d* Athénée sur Vhahitude ; de Rufus, sur le régime des jeunes filles ; de Galien^ sur la conception^ sur les rapports sexuels , sur la manière d^ élever les enfants^ sur le choix d'une nourrice^ sur Y épreuve du lait^ sur les aphthes des enfants^ etc. Tout ce qui estrelatif à l hygiène de la première enfance est exposé Je la façon la plus vraie, la plus conforme à l'observation et nous n'avons guère rien changé à ces préceptes qui sont, après quinze siècles, la règle de la science actuelle.
Dans les livres XXIY et XXV il n'est question que d*anatomie, et. sauf quelques extraits de Soranus et de Rufus, toute la splanchno • logie, et elle est complète, toute l'ostéologie, la myologie et la description des os, des nerfs et des vaisseaux est empruntée à Galien.
Le dernier livre de ce volume est consacré aux tumeurs contre nature, à l'inflammation, à la diathèse fluxionnaire, ce que nous appelons aujourd*hui des congestions, aux abcès qui succèdent à l'inflammation, au traitement médical et chirurgical des abcès, à l'excision des côtes, aux abcès du foie, de la rate et du rectum, aux Qstules et à leur traitement chirurgical, aux bubons, à la gangrène, à rérysipèle, aux squirrhes, aux furoncles, etc. Tout ce livre est très-intéressant et au milieu de quelques vues théoriques inacceptables et de certaines pratiques abandonnées de la chirurgie contemporaine, on y trouve des faits importants qui attestent un état très-avancé de la science. Tous ces extraits sont empruntés à Galien, à Antyllus, à Héliodore, à Rufus, à Dioclès, àMégès, à Archigène, à Apollonius, c'est-à-dire aux hommes qui avaient alors la plus grande aijtorité médicale.
Dans le quatrième volume se trouve un autre livre sur les tumeurs comprenant les stéatomes d'Anlyllus; les œthéromes d'Héliodore ; le ganglion de Rufus et d'Héliodore ; les acrochordores et les carcinomes de Rufus; les acrochordores et les formicaires d'Héliodore; la contracture d' Antyllus; le filet, les scrofules, les varices (fes jambes (Galien); les varices du scrotum d'Héliodore ; VemphysèmeyVanévrysme, le colohome^ V éléphayitiasis {Ruhis) ; son traitement par Philamène, etc.
Un livre est ensuite consacré tout entier aux fractures. Il est formé d'extraits d'Hippocrate, de Galien et se termine par des ar-
ticles sur la carie du crâne d'Héliodore, sur Thémorrhagie méningée d*Archigène, sur les hydrocéphales d'Antyllus, sur les signes pronostics d'Archigène, sur Vexostose d'Héliodore el sur \ alopécie.
Il y a un autre livre sur les luxationss traumatiques ÇAiffO" crate et Galien) ; sur les luxations spontanées par Asclépiade, de Bithynie ; sur Vamputation par Héliodore, el sur la gangrène des doigts.
Les lacs et les bandages ainsi que les machines du temps et leur emploi dans la réduction des luxations font Tobjet de deux autres livres très- étendus où le chirurgien trouvera d'utiles enseignements pour apprécier Tétat de la chirurgie à celte époque reculée.
Restent enfin trois livres : Tun consacré aux affections des organes génitourinaires el diux hernies; l'autre sur les wicères en général, et l'on y trouve sous le titre d'ulcères pestilentiels, par Rofus, la description succincte de Tangine gangreneuse, ulcéreuse et couenneuse de Tenfance, trailée par le sulfate de cuivre, i'alun de plume brûlée, les purgatifs et la cautérisation. Le dernier enfin a pour objet les formules médicamenteuses à employer dans toutes les maladies. Nous regrettons que MM. Bussemaker et Dareraberg n'en aient pas donné la traduction.
Si nous ne pouvons juger le mérite réel d'Oribase el ce que son talent a pu avoir d'original, nous devons reconnaître qu'il a rendu un véritable service à la science en choisissant daprès ses idées les morceaux de médecine qui de son temps lui ont paru mériter l'honneur d'une reproduction. Sa compilation nous fait mieux connaître lialien que les livres si souvent prolixes de cet auteur el elle renferme des fragments d'auteurs dont les ouvrages détruits par les révolutions seraient inconnus de nous. A cet égard, le nom d'Oribase, sectateur de Galien, ne périra point. Cet auteur n'a pas laissé d'œuvre personnelle, cependant on dit qu'il est le premier à avoir bit connaître une forme particulière de mélancolie qui touche à l'aliénation et dans laquelle les malades se croient changés en loups Oycanthropie) et la nuit courent les champs et les cimetières en poussant des cris affreux.
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