ALEXANDRE DE TRALLES
Alexandre Traliien, ainsi nommé à cause de sa naissance dans la TilledeTrallee, en Lydie, vécut au v* ou au vi* siècle, en 560, sous Tempire de Justinien I*% dit le Grand. — La preuve, dit Éloy, c est que dans ses ouvrages il cite fréquemment Aétius^ un médecin du V* siècle.
Fils du médecin Etienne, et ayant reçu Tinstruction la plus soignée, Alexandre voyagea beaucoup en Asie et en Europe, dans les Gaules, en Espagne et en Italie pour venir se fixer à Rome. Il n'é^ crivit que très-tard, à un âge avancé, mais ce fut un auteur remarquable, le dernier, dit Éloy, c de l'âge qui a précédé la décadence des lettres, qui se soit fuit un plan avant d*écrire, et qu'on puisse appeler un écrivain original. » C'est, avec Arétée, le meilleur auteur en médecine qui ait paru parmi les Grecs depuis le temps d'Hippocrate. Il commence par les maladies de la tête, d'où il descend à celles de toutes les parties du corps en suivant un ordre anatomique, et il termine par deux chapitres sur la goutte et sur les fièvres. Dans cet exposé, on le voit s'inspirer surtout de l'observation et de l'expérience pour rechercher le diagnostic des maladies, mais il reste constamment dominé par les doctrines du divin Galien^ dont il ne s'écarte que rarement mais à regret et par amour de la vérité. — Sous ce rapport Alexandre Traliien peut être considéré comme appartenant à l'école des naturistes, mais, comme la plupart des médecins de son temps, il a un pied dans le mysticisme et croyait un peu à la magie. — Sa crédulité thérapeutique était excessive, et on l'accuse d'avoir tiré bien des choses sur les amulettes et sur les enchantements dans les écrits d'OsthœnèSj célèbre magicien de la Perse. Ses livres sont dédiés à Cosmos, le fils de son premier maître : a Puisque vous désirez, mon cher Cosme, que je vous expose les inédicttions dont j'ai fréquemment éprouvé Tefficaeité dans les maladies, je m'empresse d'acquiescer à votre demande en souvenir de la bienveillance dont vous et votre père m'avez honoré.... Je m'estime heureux d'avoir, dans ma vieillesse, cette occasion de vous
complaire, et puisque je ne puis désormais supporter la iat)gue, j'ai résolu de consigner ici succinctement les connaissances que j'ai acquises par une longue pratique. J*espère que ceux qui liront ce livre sans prévention seront charmés de la clarté et de la concision de mon style. Je me suis étudié à me servir autant que possible de termes communs et usuels^ afin de mettre ma diction à la portée du vulgaire même. Nous commencerons par les fièvres éphémérines, suivant la méthode du divin Galien, à laquelle nous tâcherons de nous conformer en ceci comme dans le reste. >
C'est là une explicite profession de foi; mais, comme nous l'avons dit, s'il a pour les doctrines du médecin de Pergame la vénération de son époque, il n'en suit pas moins, pour sa tiiérapeutique, les leçons de l'expérience.
C'est à lui qu'on doit la première mention des maladiea verminevsea à l'occasion d'un cas de boulimie avec tiraillements perpétuels à l'estomac et céphalalgie chez une femme qui vint lui demander conseil. L'administration d*un purgatif, le hierapicrùy la guérit eu lui faisant rendre un ver long de douze coudées, sans doute un ver solitaire (1). On dit aussi que c'est à lui qu'il faut rapporter l'usage du fer en substance donné à l'intérieur, mais c'est une assertion douteuse : car, en outre de l'histoire de Mélampe (d'Argos), qui donna de la rouille de fer à Iphiclus, Galien et Oribase parlent de la battiture de fer qu'on administrait contre les maladies des filles — On lui attribue la saignée des jugulaires qu'il fit pour suppléer à celles des ranines qu'il n'avait pu exécuter, la saignée du pied comme dérivative du crachement de sang, et enfin, dans les fièvres tierces ou quartes, avant l'accès, un vomitif qui avait les plus grands avantages.
Le diagnostic a été supérieurement traité par Alexandre Trallien. — Ainsi, à l'occasion de la dysenterie, il dit en indiquant l'altération anatomique de cette maladie :
c Si les gros intestins sont lésés, le malade éprouve un violent ténesme et peu de difficulté à se débarrasser des matières fécales ; celles-ci sont rarement ou même jamais sanguinolentes ; mais presque toujours leur expulsion est suivie de quelques gouttes de sang ou de parcelles de graisse et de chair; la douleur n'est jamais vive et aiguë, mais presque toujours sourde. Les accidents contraires ont lieu si la maladie a son siège dans les intestins grêles.... La véritable dysenterie est toujours accompagnée de l'ulcération des intestins, parce que presque tous les malades rendent une matière puriforme. i»
(1) Il a laidsé uq traité sur les vers intestinaux, qu'il divisait en ascarides, lombrioaux et ténias.
DBS NATURISTES — ALEXANDRE DE TRALLES 24i
Son histoire de la pleurésie et des symptômes qui la séparent des inflammations du foie n*est pas moins exacte, et je vais la reproduire (Renouard, Hiat. de la médecine, t. 1»^ p. 390).
a Je nomme pleurésiej non toute espèce de douleur de côté, mais la seule pleurésie vraie, c'est-à-dire Vinflammation de la membrane qui revêt les côtes. Elle est accompagnée d'une fièvre aiguë, à cause du voisinage du cœur, qui souffre sympathiquement. Si donc vous remarquez chez un malade une respiration difficile, avec une fièvre aigué, de la toux et une douleur pongitive, vous pouvez assurer qu'il est vraiment pleurétique. Les personnes affectées d'une inflammation du foie ont aussi delà fièvre, et respirent avec peine; leur côté est tendu et douloureux ; elles éprouvent une toux sympathique ; mais il n'y a chez elle ni point de côté, ni dureté de pouls, y Voici comment on distingue la pleurésie de Thépatite : « On discerne ces deux affections particulièrement au genre de la douleur et à la qualité du pouls. Les pleurétiques ont un pouls dur, qui donne au toucher la sensation d'une scie; il n'en est pas de même des personnes affectées d'hépatite. Les pulmoniques n'éprouvent non plus rien de pareil, à cause de la mollesse des particules. La toux est aussi différente dans la pleurésie et dans l'hépatite. Dans la première de ces affections, elle est plus violente, et promptement suivie de crachats. Pendant la durée de la maladie, la couleur des matières expectorées indique quelle est Thuineur d'où dérive l'inflammation. Les crachats rouges dénotent qu'elle vient du sang; les jaunes, de la bile; ceux qui sont blancs et visqueux annoncent la pituite; les noirs, l'atrabile. Dans l'hépatite, on tousse, mais on n'expectore pas. Sachez, néanmoins, qu'il arrive quelquefois qu'on n'expectore rien dans la pleurésie; d'où il suit qu'on aurait tort de considérer comme hépatique tout individu qui tousse sans cracher; car il y a des pleurésies rebelles et d'une coction difficile : ce sont même les plus dangereuses. L'inflammation peut siéger encore au-dessous des fausses côtes sans s'étendre jusque dans la poitrine; elle peut aussi être extérieure. Dans ces cas, Û n'y a pas d'expectoration; mais alors les humeurs qui causent la pUegmasie se tournent en abcès, à moins qu'elles ne se dissipent, ce qui arrive rarement. Faites donc attention à tous ces signes, ^nsi qu'à la couleur du visage; les malades atteints d'hépatite Tont ordinairement pâle; c'est le contaire chez les pleurétiques. Voilà conuuent vous discernerez ces derniers. >
Il est le premier qui ait donné la rhubarbe dans la dysenterie et ^e fer dans les squirhes de la rate, l'opium dans les brûlures, — le P^îot et le eastoreum dans la fièvre quarte.
BOUCHUT. 1(>
Dans la goutte, il appliquait extérieurement les cantharides et conseillait l'exercice et la sobriété.
Il a décrit plurieurs espèces de mélancolie et il conseille Ut diète, les bains, l'exercice, le voyage et la dissipation à Texclusion des drogues.
On lui doit la cautérisation de Vaura pour prévenir Tépilepsie.
C'est lui qui a indiqué les calculs pulmonaires rejetés par Texpectoration chez les gens qui toussent depuis longtemps et qui sontalteints de phthisie. Son traitement du volvulus est celui d'Hippocrate. (Y. Chirurgie)^ et là saignée était un des moyens qu'il employait le plus dans les angines, dans la colique néphrétique et dans la pieu* résie; seulement, à rencontre de Galien, il ne s'occupait pas du côté m£^lade et saignait indifféremment partout.
Ces extraits montrent assez quelle a été la portée d'Alexandre rrallien comme observateur et comme anatomopathologiste ; aussi n'y a-t-il rien d'extraordinaire que son nom soit arrivé jusqu'à nous. Ses écrits, véritable mélange de naturisme, de superstition et d'empirisme, méritent, d'ailleurs, par leur forme littéraire, la réputation qu'ils ont faite à leur auteur. Il est évident, par ce qu'ils renferment, qu'on devait alors avoir déjà ouvert un certain nombre de cadavres.