‹ Histoire de la médecine et des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 71 sur 124 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

DE l'empirisme ET DBS ANCIENS EMPIRIQUES

Parmi le nombre des disciples de la seconde École Empirique que j'ai déjà cités, il en est peu qui se soient fait une renommée digne de l'histoire On cite cependant, après Sérapion, les nommés Apol-

oertAioe vejne de la jambe et, après en avoir laissé couler une quantité sufliiinntp lie santi^, bouche la plaie avec de la boue ; ce que les homuies n'ont pas manqué d'imiter. (Lib. 8, cap. Ki.)

Découverte de Viridectomic. — Clalien rapporte qne les hommes ont appris à guérir la maladie appelée Hypochyma apW»» avoir remarqué que les chèvres qui ■vaiont cette maladie avaient recouvré la vue pour s*étrc percé les yeux avec un jonc, ou avec une épiue en paissant dans le bois. (Danie! Leclerc, p. 51.)

Découverte de la thoracentèse, — Elle se trouve dans uo ouvrage de Cicéron {de yatura Deorum, livre III, chapitre 28 , lorsqu'il est qmstion d'un lyrau de Thesfalie, Jasfjn de Phère*», auquel on donna un coup d'éptV dans la poitrine, ce qui ouvrit par hasard une collection punilente que les médecins n'avaient pu guérir.

Non prodesse Pherœo Jasoni (voluit) is qui gladio vomicam ejus apcruil, quant sanere medici non i>otcrant. '/)*• Satura Deomm^ III, ;i8, OfT. I, 30.)

Découvertes de V Hydrothérapie dans les fièvres. Thucydide dans sa descripUon de la peste d'Athènes raconte qne plusieurs malades, dans le délire do la fièrre, se précipitèrent dans les eaux de la ri\ière et que , cboae singulière, la plupart d'entre eux guérirent. De ce bavard serait né l'emploi de Teau froide dans les flèvres.

2000 ans après, Desgenetle \it un fait analogue dans la \)cAc d'Egypte.

c Ud soldat présentant les chafbons et les bubons caractéristiques, fut pris di> dtfre et ae jeta dans le Nil. On le repêcha au bout d'une heure et il guérit.

■OOGBUT.

lonius dont parlent Geise et Galien, et qui a écrit un livre sur les onguents et sur la préparation des médicaments extemporanis ; GlaucicLSy qui a écrit un commentaire sur le sixième livre des Epidémies d'Hippocrale (Galien), sur les bandages à employer contre les plaies de tète, sur les fractures de Thumérus et de la clavicule (Galien); sur les propriétés des médicaments (Pline); HéracUte de TarerUe^ dont je parlerai plus loin ; Dionysius ; Criton ; Ménodote ; ITiéodas; Hérodote; Sextus; SatumintM; Diodore; Lycus; jEschrion; MarceUus ;Apulenius Celsus, qui vivait sous Auguste ; MénécraU, connu sous Tibère; Damocrate^ qui a écrit en vers iambiques sur un grand nombre de médicaments composés ; Scribonius Largus^ extrêmement crédule, promoteur des bains femfgineux, qui vivait sous Claude ; Andromaqi^ de Crète, sous Néron , inventeur de la thériaque, ce qui veut dire spécial aux bêtes venimeuses ; XénocrcUe^ connu par son talent à préparer des philtres pour provoquer Famour, empêcher de concevoir ou faire avorter; Dioscoridej conno par son traité de botanique, etc., dont l'histoire nous a transmis les noms, sans nous faire amnattre avec détails leurs titres à la considération de la postérité. Quelques uns de ces auteurs cependant sont assez connus et par ce qu*en a dit Galien et par celles de leurs œuvres qui ont échappé à la destruction.

1» HÉRACUTE DE TARBNTB

Une véritable place d'honneur a été réservée à Heraclite par Daniel LecIercetSprengel, dans les recherches qu'ils nous ont laissées sur rÉcole Empirique, et, s'il faut en croire Celse et Galien, ce médecin fut un des coryphées de l'Empirisme. Disciple de Mantias Hérophiléen, cet Heraclite, qui vivait à la fin du xxxviii' siècle, a écrit sur les médicaments, sur l'agriculture et sur la diététique des ouvrages qui n'existent plus. Il avait aussi laissé un commentaire d'Hippocrate.

Heraclite était extrêmement sévère dans le régime qu*il imposait aux malades et dans l'abstinence prolongée qu'il leur faisait subir pendant la première période des maladies. 11 est un des premiers qui aient fait usage de V opium ^ et, selon la remarque de Daniel Leclerc, c'est à ce médicameni introduit en médecine par les Empiriques, que cette secte doit une partie de sa popularité. En effet, pouvoir soulager ceux qu'on ne peut guérir, et cela sans raisonner l'action du remède, ce que permet de faire l'opium, est un argument qui plaide heureusement en faveur de l'Empirisme. II employait aussi un médicament de sa composition formé selon Galien de qua-

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tre drachmes de suc de ciguë et de jusquiame et de ua drachme de cctstoréum^ de poivrehlanc, de costus. de myrrhe et d*optum, le tout délayé dans du vin cuit évaporé au soleil pour faire des pilules calmantes, données comme antidote dans des blessures d'animaux venimeux et dans la suffocation utérine. On lui doit une préparation Ae jusquiame, d^anis et A*opium contre le choléra, et il saignait et faisait vomir dans Tesquinancie (i) ; c'est à lui qu'on doit une foule de préparations pour faire disparaître les taches de la peau, les exanthèmes cutanés et pour remédier à la chute des poils. •

Dans Isi phrénésie il plaçait les malades dans un lieu obscur, leur prescrivait un lavement et une saignée puis redonnait des lavements tous les jours. Ensuite il faisait raser la tète pour y appliquer une fomentation avec la décoction de feuilles de laurier j une onction A'huile rosat et des cataplasmes avec de la farine, de Vhydromel^ de Ul poudre AHris, de Vhuile de lentisqi^ et du calamus aromaticus. Un peu plus tard, il soignait la tête et les narines avec uue composition de pencedanum^ d'opium, de casioreum^ d'/iuile Ai amandes amèreSj de vinaigre y et A* huile d'iris.

Quand la maladie venait de crudité, il commençait par un lavement et se passait de saignée qu'il remplaçait par une purgation de scammonée. Si elle s était produite chez une personne de sang pauvre, il ouvrait la veine du front sans faire d'autre saignée. Enfui, si on pouvait l'attribuer à la corruption des humeurs, après avoir fait prendire un lavement, il ordonnait des boissons aqueuses abondantes, puis du vin miellé et enfin du vin pur.

Cœlius Aurelianus qui rapporte ces formules thérapeutiques et avec lui Daniel Leclercfont remarquer avec infiniment de raison que ce n*est pas là l'application sévère de la méthode empirique, et que la considération des causes cachées de la phrénésie. ainsi que l'association de remèdes bizarres qu'on y remarque, ne relèvent pas uniquement de l'expérience et sont des infractions aux principes delà secte dans laquelle l'histoire place Heraclite.

Quoi qu'il en soit, l'histoire a fait de ce médecin un Empirique. Galiea a consacré l'as'sertion en disant : il ne parlait jamais con^ tre la vérité potir défendre les intérêts de sa secte,,., il était de banne foi et ne rapportait que ce qu'il avait expérimenté luimètnéj et cette qualification aura bien de la peine à disparaître. Il est cependant bien réel que le médecin qui employait contre la pbréaésie, le traitement que je viens de foire connaître, et que je oe blâme pas, ne saurait être classé parmi les vrais Empiriques.

(1) Nom doiml aux aogineë graves.

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2" SCRIBONIUS LAROUS

L'école empirique avait inspiré les recherches de matière médicale au point de multiplier outre mesure les productions de ce genre; car tout, dans cette doctrine, se rapportait à la thérapeutique. Parmi les hommes qui se sont le plus distingués dans cette direction on cite Scribonius Largus, qui a écrit sur la composition des }Yiédicaments un livre dédié à Julius CaUistius^ affranchi de Tempereur Claude.

Ce Scribonius Largus était un médecin militaire qui, dans ses nombreux voyages à la suite des légions romaines, avait recueilli les nombreux matériaux de ses ouvrages. D'après Eloy. il vivait â Rome, dans le premier siècle de notre ère, sous l'empire de Claude, et il gagna beaucoup d'argent par les remèdes qu'il inventa ou qu'il recueillit de quelques autres personnes. Son livre souvent cité par Galien renferme un grand nombre de formules plus ou moins compliquées, ridicules et superstitieuses, qui eurent un grand succès el dont plusieurs sont indiquées comme étant à l'usage de Messaline et de Claude. Au reste, Scribonius Largus qui annonçait le succès de ses remèdes le faisait en termes d'une honnêteté qui lui acquirent toutes les sympathies : a C'est moins l'appât du gain ou l'amour de la gloire qui l'ont engagé à donner ses remèdes au public que la satisfaction d'être versé dans la médecine. Il ajoute même qu'il ne connaît rien déplus grand, et qui rapproche l'homme de la divinité, que de conserver la vie à quelqu'un, que d'entretenir sa santé en vigueur et que de rétablir celle qui est altérée. >

Son livre sur la composition des médicaments écrit en latin : Scripta mea latina medicinalia^ a été imprimé à plusieurs reprises et il y en a même une édition de 1655. Comme on le voit, c'est un véritable succès.

Par ses recherches sur la composition des médicaments dédiées à un affranchi de l'empereur Claude, Scribonius Largus, médecin militaire, célèbre par ses inventions de matière médicale, grand partisan, dit on, de la doctrine méthodique d'Asclépiade, mérile d'être classé parmi les empiriques. — Il écrivait vers l'an 40 après Jésus-Ciirist. Son recueil est souvent cité par Galien. Il renfernie un très -grand nombre de formules étranges formées de substances extraordinaires plus ou moins repoussantes, mais dont l'eflticacité était attestée par de nombreuses expériences. On y trouve le dentifrice composé par lui pour Messaline : Messalina dei nostri Cœsaris hoc utitur. — Ses recettes sont relatives à des médicaments externes chirurgicaux, ce qui a fait penser qu'il était surtout chirur-

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gîen, mais cela n'est pas eiacl. Ciofnine il sumit les armées romaines il était à la fois chirurgien et médecin, ce qu'attestent les nombreuses formules de remèdes internes qui se trouvent dans le recueil que je viens de citer.

S'* DIOSCOBIDE

L'un des plus remarquables représentants de l'empirisme antique par ce qu'il nous a laissé sur la matière médicale est le célèbre Dioscoride, médecin d'Antoine et de Cléopâtre selon Yassius et Suidas, ce qui le ferait vivre 36 ans avant Jésus-Christ, tandis que, d'après la préface de sa matière médicale, il aurait vécu au temps de Néron, 6i ans après l'ère chrétienne.

Dioscoride Pedacius, d'Anazarbe en Cilicie, fut soldat puis botaniste, et enfin médecin militaire attaché aux armées romaines. — Cest dans ses nombreux voyages qu'il recueillit les éléments d'une matière médicale tirée des trois règnes de la nature et qu'il publia lors de son retour à Rome. Malheureusement Dioscoride ne fut qu'un mauvais empirique si on le juge d'après les principes sévères de l'empirisme antique, qui exigeait dans la publication d'un fait des garanties d'exactitude et de vérité qu'on ne trouve guère dans son livre (4). — Ce qu'il dit de la vertu des médicaments, il ne lésait pas et il l'annonce sur parole. Il a répété ce qu'on lui a dit sans faire de contrôle et il n'a essayé qu'un petit nombre des remèdes dont il parle, de sorte que son livre peut être un recueil intéressant, mais on peut douter qu'il soit très-utile. Quoi qu'il en soit, sou succès fut immense et il a duré jusqu'au xvi* siècle, à l'époque ou Matthiole en fait le commentaire par de nombreuses additions qui ne sont pas sans mérite — Du grec, il a été traduit en latin et en français. II renferme l'histoire d'une foule de corps employés en médecine avec des succès variables et la description plus ou moins détaillée de 600 à 700 plantes alors peu connues. Si l'on fait un retour vers le passé et qu'on pense à l'effet d'une publication de ce genre au premier siècle de l'ère chrétienne, on ne sera pas surpris de la voir, malgré ses imperfections, suivie dans le temps d'une renommée qui pourra s'affaiblir, mais qui ne s'éteindra jamais.

Au reste, pour qu'on puisse juger Dioscoride d'après lui-même, je vais donner quelques fragments de son œuvre, non en les abrégeant, car des travaux de cette nature ne s'abrègent pas, mais des

I) On peut le juger par ce Tait pri> un milieu de cent autres. — Dans le becond livre il dit : « Les couillons de l'hip{>opotacDC ou du cbeval marin lAché» e broyés se boivent à la morsure des serpens. •» (Uv. II, cap. xxi.^

fragments entiers relatifs à des substances encore usuelles à notre époque, pour montrer comment le livre a été conçu et de quelle façon il a été exécuté. — Je choisirai par exemple les cbapiires relatifs à Taconit, au coriandre^ à l'écume d'argent ou oxyde de mercure, l'argent vif, à la rue, et au cinnabre. Qu'on ne s'étonne pas du français qu'on va lire et des mots incompréhensibles. C'est une traduction de Martin Atathée^ publiée à Lyon en 1690. — Sauf Torthographe du temps que j'ai corrigée sur quelques points, la reproduction est textuelle.

De rAoonlt.

c Soudain, quand on a bu l'aconito, Ton sent en la langue une saveur douce, avec quelque peu de l'astrictif, et avec succession de temps par après, quand les patients se veulent lever en pied, leur cause avertin , larmes, pesanteur en la poitrine, et les parties précordiales, et fait tirer une infinité de pets. A quoi est nécessaire de tirer le venin hors du corps avec vomissements et clistères : après cela il est salutaire de donner à boire avec du vin d'absince, d'Oxignan, la Rue, le Marrubiou, la décoction d'absime, la Joubarle, l'Auronne, la Chamellée, et le Chamepitio. Pareillement y aident la liqueur du baume, bue au poix d'une drachme avec vin, ou avec lait ensemble avec pareil poix de castoreo, de poi\Te, et de rue. L'on y donne outre cela, le caillé d'une chevreau, d'un lièvre, et d'un^cerf^ et pareillement l'écume de fer. L'ou y donne avec utilité à boire le vin dans lequel soit éteint, le fer, l'argent et l'or embrasez : le lexi de vin, le brouet consommé des gelines et pareillement celui des chairs grasses de bœufs, bue avec vin. L'on dit aussi que particulièrement l'ive musquée y est moult convenable. > (Dioscoride, liv. VI, cap. Vil.)

Da Coriandre.

« Le coriandre ne se peut cacher par l'odeur moult aigu, qu'il possède. Si comme doncques il est beu, il enroue la voix^ il fait sortir hors de l'entendement, et dire inoult vaines, et domestiques paroles, comme font les yu\Tongnes en induisant outre cela en tout le corps IV deur aiguë qu'il possède luy-mesme. A quoy l'on secourt, ayant premier faic les vomissements avec l'iiuylle d'Ireos comme il ha été dictaux autres, et en donnant à boire aux paliens le vin pur ou avec absince. Pareillement y aide l'huylle beue et aussi les œufs y cuics dedans ouverts et bus par après liquéfiez avec la saumure pure , brouets de gelines, et des oyes bien salées et semblablement le vin cuict beu avec lexi. (Discoride, liv. VI, cap. ix.)

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