FR. HOFFMANN
quefois, non sans préjudice du corps, vers les parties intérieures, de considérables tumeurs œdémateuses des parties inférieures. »
Scholie. — C'est ce que nous avons vu souvent arriver à l'occasion d'une grande et subite frayeur ou de l'application imprudente des fumigations, ou des astringents; et ce qui a été subitement suivi d'une affection des poumons, sur qui la sérosité s'était jetée, affection dénotée par une respiration pénible et embarrassée, souvent avec un danger pressant de suffocation, un abattement notable des forces, et la petitesse et la faiblesse du pouls. »
XI. — Les spasmes font aussi que les excréments qui avaient été déposés à l'extérieur de la peau, sont repoussés vers la masse du sang et les parties nerveuses, au grand préjudice des malades. »
Scholie. — Il n'y a rien de plus pernicieux, ni de plus contraire à l'économie animale, et aux lois de ses mouvements, que lé reflux dans le sang d'un excrément tenu et malin, qui a déjà été séparé de sa masse, et déposé dans la peau, comme celui de la gale, de la grosse vérole, du scorbut, de la teigne, de la petite vérole, de la rougeole, du pourpre ; ce qui toutefois a coutume d'arriver trèspromptement, à l'occasion du froid pris faute de ménagement, de la frayeur, des purgatifs, ou des rafraîchissants trop forts parce que cette matière excrémenteuse, devenue encore de plus mauvais caractère qu'elle n'était, s'attache aux parties nerveuses, et cause des inflammations, des convulsions, des douleurs, des inquiétudes, des agitations involontaires et des défaillances, tous accidents mortels. Ce qui fait connaître évidemment combien il est dangereux de traiter négligemment les excrétions qui se font par la peau, et combien il est téméraire d'appliquer à l'extérieur des remèdes répulsifs. »
XII. — Les contractious spasmodiques n'empêchent pas seulement la circulation du sang, mais celle de la lymphe, qu'elles rendent de plus inégale. »
Scholie. — Les veines se ressentent plus que les autres vaisseaux de l'effet des spasmes, parce qu'elles ont moins de consistance. Aussi le sang a-t il de la peine à y passer dans ces circonstances, et les obstacles qu'il trouve à sa circulation, font-ils couler en plus grande quantité ses parties séreuses et plus fluides, dégagées des plus épaisses dans les vaisseaux lymphatiques qui, venant à se l'ompre à cause de leur trop grand gonflement, répandent dans les cavités une quantité considérable de sérosité. On voit aisément par cette observation d'où vient qu'on trouve dans les personnes mortes d'asthme convulsif une hydropisie de la poitrine ou môme du péricarde, comme l'ouverture de ces sujets en fait foi. On trouve ordinairement une grande quantité de sérosités amassées dans le bas-
HISTOIRE DE Lk MÉDECINE
venlre de ceux qui sont morts de douleurs cruelles des intestins, produites par une cause interne, ou par l'usage du poison. Les grandes douleurs et les convulsions violentes , pendant le travail de l'accouchement, sont assez ordinairement suivies de gonflements du bas-ventre après les couches. Nous avons vu plusieurs personnes attaquées d'enflures et d'abcès au mésentère, à l'occasion d'un émélique trop violent qu'elles avaient pri". Les remèdes mercuriels, surtout ceux qui sont armés de pointes salines, font répandre beaucoup de sérosités, ce qui n'arrive presque qu'à l'occasion des étranglements spasmodiques des veines et des vaisseaux lymphatiques qui, causant un trop grand relâchement des vaisseaux excrétoires, procurent une efl"usion abondante des sérosités, s
Xin. — Lorsque le spasme est plus tmiversel, c'est-à-dire qu'il attaque tout le système des membranes et des nerfs, et surtout lorsqu'il resserre la surface du corps, c'est-à-dire la peau dont il est couvert et les petits vaisseaux dont elle est parsemée, le sang et les autres liqueurs sont repoussés de la circonférence au centre, ou des petits vaisseaux de l'habitude du corps au cœur qui est le principe du mouvement circulaire aux poumons et aux grands vaisseaux, ce qui est accompagné de frissonnement, de frisson, d'un affaissement de l'habitude du corps et du dégonflement des vaisseaux de la peau.
XIV. — Le sang repoussé par le spasme des parties extérieures vers le cœur et les grands vaisseaux, augmente et rend plus vive leur contraction, et la pulsation des artères ; par cette raison, le sang *est fouetté avec plus d'impétuosité, et la célérité de son mouvement progressif augmente partout le corps , ce qui ne peut se faire sans une grande chaleur et ce qui continue jusqu'à ce que la rémission du spasme des parties extérieures et membraneuses laisse rentrer les mouvements désordonnés dans l'ordre naturel. »
Scholie. — Ces mouvements ordinaires de la nature, qui ont tant de force pour guérir, et délruire le corps, se nomment fébriles. Ils sont principalement Veffel des spasmes qui attaquent les parties nerveuses et extérieures, et repoussent en conséquence le sang, et les liqueurs vers les parties internes, et le cœur, qui est le principe de la vie, où ils commencent d'abord par causer des inquiétudes accompagnées d'un pouls petit et languissant; mais la nature prenant peu de temps après le dessus, le mouvement du cœur augmente, et devient plus fort, quelle que soit la cause de celte augmentation, et repousse le sang avec force et impétuosité vers les parties exlérieurèfe,où le relâdvement survenu à leurs vaisseaux, rend la liberté à la circulation; de sorte qu'il s'ensuit une transpiration, et une scieur beaucoup plus abondantes. Ce mouvement réciproque de la circon-
DU MÉTHODISME MODERNE — FR. HOFFMANN lb7
férence au centre, et ensuite du centre à hi circonférence, n'est point une découverte moderne. Nous devons à l'antiquité la plus reculée la justice de convenir qu'elle le connaissait. En effet ainsi que s'en explique Hippocrate dans son Traité des vents, § 3, lorsque le corps se trouve rennpli d'alinrients, l'air y entre aussi en grande quantité, à cause du long séjour qu'ils sont obligés d'y faire, leur grande quantité les empêchant d'en sortir. Or les gros intestins étant fermés, les vents se répandent partout le corps, et se roulant dans les parties pleines de sang, ils les refroidissent. Or les parties qui contiennent les sources du sang étant refroidies, le frisson attaque tout le corps. C'est pour cette raison que les fièvres sont précédées de frisson, et plus les vents se trouvent froids et en quantité plus le frisson est violent, et au contraire. Ces frissons sont accompagnés de tremblement du corps, qui arrivent de la manière suivante. Le sang craignant le frisson actuel, se glisse par tout le corps et se rassemble dans les parties les plus chaudes; car ce sont là les sauts qu'il fait; el le sang sautant des extrémités du corps vers les parties intérieures, les viscères et les chairs tremblent. Car il y a dans le corps des parties pleines de sang, et d'autres qui en sont dénuées. Ces dernières ne sont point en repos à cause du froid, mais elles sont secouées, parce que la chaleur les abandonne, et celles qui sont remplies de sang tremblent à cause de son abondance, et excitent des inflammations; car il n'est pas possible que la masse du sang demeure en repos, et plus bas il dit, c'est de cette manière que les fièvres se font. »
XV. — On remarque un mouvement de la circonférence au centre, et du centre à la circonférence, et par conséquent la fièvre, dans les grandes douleurs, et les affections spasmodiques qui sont ordinaires aux hypochondriaques. »
Scholie. — En effet, il n'y a point de douleurs violentes où il n'y ait refroidissement des extrémités, frissonnement, et resserrement des pores de lapeau^ suivis de l'augmentation du mouvement du cœur et d une chaleur qui, emportant la convulsion, met fin aux douleurs. Et comme la nature de la terreur est la même, c'est-àdire qu'elle resserre l'habitude du corps, et repousse le sang vers le centre, aussi se termine-t-elle par la chaleur de tout le corps, et enfin par la sueur. »
XVI. — Les spasmes, ou convulsions, ne sont point les seuls empêchements que le sang et les liqueurs trouvent à l'égalité de leur circulation ; l'atome, et le trop grand relâchement, ou la trop grande faiblesse, à raison du retardement des fluides, qui en
est inséparable, produit différentes inégalités dans la circulation, et différents dérangements des fonctions du corps animé. »
Scholie. — L'affaiblissement, et la diminution de la force de contraction, et du ressort des fibres, des membranes et des vaisseaux, dont les parties solides de notre corps sont tissues, retardent nécessairement le mouvement des liqueurs, et produisent par conséquent des stagnations dans les vaisseaux, qui deviennent des causes d'une infinité de maladies, de gonflement, d'engorgement, d'obstruction, et souvent même d'endurcissement, de squirrhe, et de putréfaction des viscères » (1).
Scholie. — Il n'y a pas de viscère où le sang circule plus difficilement que dans le loie, parce que les principaux vaisseaux qui y apportent le sang, sont des veines, et par conséquent destitués d'un ressort suffisant pour le faire avancer. Car il est certain par l'anatomie, que tout le sang qui se distribue à tout le canal intestinal, au ventricule, à l'épiploon, à la rate, au pancréas, est porté au foie par les rameaux de la veine-porte ; et comme nous avons remarqué qu'il circule très-difficilement par ce viscère, il regorge aisément vers le tronc de cette veine, et celles qui l'ont apporté, surtout dans les personnes qui mènent une vie sédentaire. Il n'est donc point étonnant, vu la difficulté, et l'embarras delà circulation du sang par le foie, que le sang rétrograde vers les viscères d'où il vient, qu'il les engorge, qu'il les gonfle, et les dérange notablement dans l'exercice de leurs fonctions. Si le sang s'arrête en trop grande qjaantité dans le mésentère, il s'y forme aisément des abcès, et il arrive des fièvres lentes et mésentériques. Il arrive aussi très-souvent des vomissements de sang, et des déjections noires et fétides, à l'occasion de l'obstruction du foie, et de la rate. La même cause produit aussi fréquemment des écoulements immodérés de sang par les veines hémorrboïdales, accident très-commun aux hydropiijues et aux cachectiques. El si le sang arrêté en trop grande quantité dans les interstices des membranes des intestins, leur cause trop de tension, les personnes sujettes aux hémorrhoïdes en ressentent quelquefois des douleurs très-aiguës. »
XIX. — La multitude, et les différents replis des vaisseaux de l'ulérus, sont causes que le sang a de la peine à en sortir. Il y arrive donc souvent des engorgements, qui causent, ou la suppression du flux menstruel, ou bien une perte immodérée de sang, ou d'une sérosité visqueuse et blanche. C'est aussi la raison pourquoi l'u-
(1) Pour la promière lois nous voyons ici Fr. Hoffmann joindre k l'atonie vaisseaux, celle des fibi cs cl des membranes.
tériis s'enfle souvent, qu'il en sort en abondance une sérosité fétide, qu'il se forme des hydropisies de l'ovaire, et des abcès, ou ulcères de l'utérus. »
XX. — La difficulté que le sang trouve à passer par les reins affectés d'atome, produit le pisseinent de sang, des tumeurs, des inflammations, des exulcérations, et enfin des concrétions calculeuses de ces parties. »
XXI. — Le retardement de la circulation du sang dans les poumons, s'il est trop considérable, y produit des tubercules, des abcès, la difficulté de respirer, l'asthme, la péripneumonie, l'hémoptysie, et l'exulcéralion, et dans le cœur la palpitation, et de grandes inquiétudes. »
XXII. — Un trop grand embarras de la circulation du sang dans ses vaisseaux, contribue beaucoup à la génération des polypes. Car la stagnation du sang est cause que ses parties fluides se séparent très-aisément ; ce qui fait que les solides, et les plus épaisses s'accrochent avec le temps, et forment des concrétions tenaces. »
Scholie. — Les polypes qui se forment dans les grands vaisseaux font beaucoup d'obstacle à la liberté de la circulation du sang, et d'ordinaire ceux qui s'engendrent dans le cœur causent de fréquentes syncopes, des palpitations opiniâtres, et la mort subite (1). S'ils sont cantonnés dans les grands vaisseaux des poumons, ils causent l'asthme convulsif, l'hydropisie de poitrine, le catarrhe suffocant, ou des hémoplysies énormes; dans les sinus de la dure-mère, ils causent l'épilepsie, les aflections apoplectiques et soporeuses, et les douleurs de tête opiniâtres; dans les grands vaisseaux du bas-venlre des tumeurs œdémateuses, et l'hydropisie; dans la matrice des pertes continuelles de sang ou de sérosités, ou une suppression parfaite du flux menstruel. C'est par une méchanique semblable que les jambes et les cuisses enflent aux femmes à la fin de leur grossesse. Le gonflement de l'utérus, causant une compression des vaisseaux iliaques, oblige le sang de s'y arrêter. Mais l'accouchement guérit cet accident. »
XXIII. — Le trop grand relâchement^ et Vatonie des glandes, y attirant la sérosité, causent beaucoup d'excrétions contre nature, et môme immodérées de celle liqueur. »
(1) Voici dans ce paragraphe toute rindicilion des lliromlioses et embolies dont poile l'éco e médicale aciiieile, celles du creiir amenant la mort .sublle, celles du poumon, rhémoptysie, celles du cerveau l'apoplexie, celles des veines du ventre l'hyiiropisie des membres inféiieurn, elc. Mon observation n'enlève rien au mérite des lecheiches récenles, mais il est peut-ôtre utile de faire remarquer au profil de l'atileiir d.jnt j'analyse les œiivre.i ([iie les l'ails dont la science contempcrainc s'enorgueillit beaucoup lui étaient parlai tement connus et qu'elles étaient oubliées.
Scholie. — C'est en effet à cette cause qu'il faut rapporter les diarrhées, les écoulements abondants de sérosités par les narines, par la toux, les pertes immodérées d'urine, et de salive, d'une sérosité vicieuse, et même de la liqueur séminale dans les flueurs blanches, et la gonorrhée, tant bénigne que virulente. C'est aussi le trop grand relâchement des glandes des narines, et du gosier qui est cause que les tumeurs qui s'y forment dans la vérole, y causent des érosions déplorables, et la plus sale putréfaction. »
XXIV. — L'obstruction, et le gonflement des glandes dont le res sort est destiné à accélérer la circulation de la lymphe dans les vaisseaux institués pour la porter, cause dans leur voisinage une stagnation de cette liqueur, dont le séjour lui fait contracter un carac tère acre, et corrosif, qui produit des érosions, et des ulcérations des parties solides, des défluxions acres, des rhumatismes, et des catarrhes. »
Scholie. — Une exacte et scrupuleuse observation nous a fait connaître que les maladies de la peau qui reconnaissent pour cause une lymphe acre et corrosive, comme sont la gale, la lèpre, l'herpès, la teigne de la tête, les ulcères coulants de celte partie, les exulcéralions dégoûtantes qui produisent la vérole et le scorbut, enfin les défluxions salées qui sortent par les yeux, viennent du gonflement des glandes du col, de la peau, ou de différentes parties, et que l'on voit souvent des tumeurs, ou des concrétions globuleuses, molles, mobiles, d'un plus ou d'un moins grand diamètre, •quelquefois de la grosseur d'un œuf de pigeon, absolument indolentes, surtout dans la vérole, et la gale maligne; et tant que ces tumeurs subsistent, on se flatte vainement d'avoir emporté la cause
de ces maladies. »
XXV. — Plus les glandes obstruées sont considérables, plus la circulation de la lymphe trouve d'obstacles, et plus les exulcéralions, les abcès, et les écoulements de celte liqueur sont considérables. »
Scholie. — Une preuve palpable de cette vérité est le gonflement des g'andes inguinales et axillaires qui, venant à se gonfler dans la peste, la fièvre érysipelateuse, ou la vérole, causent souvent des abcès, ou des ulcères malins. L'hydropisie ascite, et l'enflure considérable du bas-venlre, est encore une suite de robstruclion, ou du trop grand gonflement des glandes du mésentère. »
XXVI. — C'est encore une loi fixe el invariable de la nature, qu'un spasme violent des membranes nerveuses communique souvent ce mouvement déréglé à tout le système des nerfs et des membranes.
Scholie. — On voit une preuve manifeste de celle vérité dansl o-
péràtion des poisons, par exemple de l'arsenic blanc ou du mercure sublimé corrosif, qui sont à peine entrés dans le corps, qu'ils causent des douleurs cruelles du bas-venlre, une soif dévorante produite par le resserrement convuisif des glandes de l'œsophage et du gosier, le froid des extrémités, des sueurs Iroides, des inquiétudes insupportables, des agitations involontaires, des défaillances, des vomissements, des resserrements des parties voisines du cœur et des convulsions ; accidents produits par la violente contraction et le spasme des parties nerveuses, et la prompte communication de ce mouvement déréglé des fibres à tout le système des nerfs. Combien l'irritation seule et la piqûre des nerfs par les dents qui veulent sortir ne produisent-elles pas d'accidents fâcheux ? Ne sont-ce point des causes subites de fièvres, de veilles, de terreurs, d'épilepsies, d'inquiétudes, d'e resserrement du ventre, de tranchées, de dijeslions vertes, de diarrhées, de vomissements, d'asihmes? Est-il rien de plus commun que de voir les tranchées qui accompagnent la suppression du ventre, causer aux enfants des fièvres et des épilepsies funestes? Nous avons observé, dans l'opération même du remède, que les purgatifs, pris sans précaution ou trop fréquemment, causent des vents, des enflures tympanitiques du ventre, la suppression d'urine, la soif, la fièvre, et des sueurs froides. Aucun praticien n'ignore que-les douleurs violentes des intestins se terminent souvent en paralysie ou en relâchement des nerfs, que le trop grand froid des pieds cause la colique; que la douleur de la pierre des reins cause des nausées et des vomissements, qu'elle concentre le pouls du côté attaqué et le rend petit, et qu'elle produit souvent une suppression totale d'urine, à cause de la communication de la convulsion de l'urethère malade à l'autre. Il n'est pas rare que le spasme soit si grand et si fort dans celte maladie, qu'il fasse remonter le testicule du côté malade, et même cause un resserrement à la cuisse. On voit souvent en pratique la stagnation du lait dans les mamelles, après l'accouchement, causer des fièvres et une suppression des vidanges. Mais on ne voit pas mieux l'effet des mouvements spasmodiqiies, et leur propagation par le moyen des nerfs, que dans les hystériques où, pour l'ordinaire, ces oscillations spasmodiques commencent ; dans les intestins, comme le prouvent le resserrement du ventre et l'aquosité de l'urine, d'où elles se communiquent au plexus mésentérique, ce qu'indique la douleur qu'elles ressentent à la première vertèbre des lombes, et de là s'étendent au ventricule, au diaphragme, aux poumons, au gosier et même à la tête, comme on le connaît clairement aux extrêmes inquiéludos des parties voisines du cœur, aux resserrements du diaphragme, àl'étrangleme'nt du gosier,
à la syncope, à la difficulté de respirer augmentée jusqu'à la sufiocalion, au vertige, à l'éblouissement, à la migraine, et enfin aux épilepsies et aux suffocations qui arrivent quelquefois. Ces contractions et commotions violentes et spasmodiques des parties nerveuses reviennent souvent de la tête aux parties inférieures, par lesquelles elles avaient commencé, par les mêmes piires de nerfs qui les y avaient portées, et ordinairement ces retours sont accompagnés de symptômes plus violents et d'un grand épuisement des forces. Aussi avons-nous souvent remarqué qu'il venait de la tète d'extrêmes inquiétudes dans les parties voisines du cœur accompagnées de vomissements et de tranchées. »
XXVII. — Le caractère et le génie des spasmes sont d'affaiblir extrêmement les parties où ils poussent le sang et les liqueurs en grande quantité et avec beaucoup d'impétuosité. »
Scholie. — La trop grande quantité des liqueurs affaiblit extrêmement le ressort et la tension des fibres, de sorte qu'il leur est difficile de recouvrer leur vigueur originaire ; c'est par cette raison qu'elles sont toutes disposées à reprendre et retenir les liqueurs qui poussent les nouvelles convulsions qui peuvent survenir. La vessie en est un exemple. Quand elle a été trop tendue par l'urine longtemps gardée, V affaiblissement de son ressort est cause qu'elle a plus de peine ensuite à la rendre. C'est à cette raison -qu'il faut aussi avoir recours pour expliquer comment, dans plusieurs accès ou rechutes des maladies, les liqueurs que les convulsions repoussent se rejettent si promptement sur les parties qu'elles ont une fois occupées, et par les mêmes chemins et les mêmes passages. »
XXVIIL — C'est encore une loi de l'économie animale que les convulsions impriment une telle disposition aux parties qu'elles ont attaquées une ou deux fois, que la plus légère occasion leur fait reprendre les mêmes mouvements et contractions convulsives , comme si elles en avaient contracté une habitude. »
Scholie. — C'est par cette raison que toutes les maladies convulsives et celles qui sont sujettes à des retours, comme les accès des fièvres, d'épilepsie, de convulsions ou de douleurs vives, reviennent pour le plus léger sujet et à la moindre occasion, comme on le remarque surtout dans les hypochondriaques et les scorbutiques. »
XXIX. — C'est une loi constante de la nature que l'attaque que les spasmes donnent à quelque partie , n'est pas continuelle , et , qu'ordinairement, leur violence souffre une rémission et même une intermission parfaite pendant quelque temps, lequel passé, ils reviennent souvent avec la même violence, ce qui produit des accos réglés et déterminés. »
Scholie. — C'esl la nature et le caractère de toutes les maladies, tant aiguës que chroniques, qui reviennent par accès, retours et redoublements de ne point constamment attaquer le corps avec le même degré de violence, mais de se reposer et, pour ainsi dire, de feire une trêve de quelque temps. Cette proposition est même vraie des plus cruelles tranchées des intestins, des inquiétudes les plus insupportables, des vomissements ou des déjections les plus violentes que causent les forts purgatifs, les émétiques ou les poisons, qui ne tourmentent pas continuellement, mais qui ont leurs rémissions et leurs redoublements. »
XXX — Une des premières lois de la nature et des plus autorisées prr les observations, c'est que les spasmes affaiblissent et jettent dans l'atonie les parties sur lesquelles ils se sont longtemps' exercés. »
Scholie. — Il paraît que la cause de la faiblesse qui reste aux parties que les spasmes ont trop longtemps fatiguées, ne vient que de la forte agitation, du choc réciproque et de la contorsion des fibres, qui dissipe et fait exhaler les molécules les plus fluides du sang, et du suc nerveux, qui donnent aux parties la torsion et le ressort qui les rend propres à la vie. D'où il suit qu'elles restent dans un état d'affaiblissement, jusqu'à ce que, peu à peu et avec le temps, elles se soient remplies de nouveaux sucs spiritueux, et qu'elles s'en soient nourries. »
XXXI. — La faiblesse et l'atonie que la violence des spasmes a laissées dans les parties, servent à rendre raison de différents phénomènes pathologiques. »
Scholie. — Il est étonnant avec quelle facilité on explique beaucoup de phénomènes des plus difficiles, en partant de ce principe. C'est une remarque très-curieuse, que dans les accès des fièvres intermittentes, le pouls soit très-vif et très-vite, et la chaleur considérable, et que les jours d'intermission, le pouls soit faible et lent et les parties froides. Dans les affections spasmodiques qui àttaquent les hypochundriaques, les goutteux et les hystériques, le pouls est très-dur, très-vite, avec inquiétudes et chaleur interne ; dans les rémissions de ces accès, le pouls est d'une lenteur et d'une faiblesse étonnantes. Dans les accès des fièvres et dans les vives douleurs, la peau est sèche, tendue, brûlante, serrée et desséchée de manière qu'elle ne laisse échapper aucune humidité : à la fin de l'accès , elle se relâche, elle s'enfle, devient molette et laisse échapper une sueur abondanle avec un léger sentiment de froideur. Dans les convulsions, la chaleur de la fièvre et les douleurs, on rend une urine très-aqueuse et limpide, qui ne dépose aucun
HISTOIRE m LA MÉDECINE -
sédiment ; dans le déclin el après que les spasmes sont finis, le trop grand, relâchement des canaux fait rendre une urine épaisse et chargée, qui lâche beaucoup de sédiment. Rien n'est plus commun que de voir succéder à une inflammation violente de quelque partie , inflammation accompagnée d'une douleur très-aiguë, une si grande faiblesse, une si grande atonie, lorsque la douleur est totalement passée, que le sang, s'y arrêtant faute d'y avoir son mouvement accéléré , y conçoit une putréfaction sphaculeuse. Dans toutes les douleurs violentes , il y a resserrement de la partie et la marque du ralentissement de la douleur est le gonflement de cette même partie. Les intestins et le ventricule souffrent les pJus violentes contractions à l'occasion des poisons caustiques et, après leur opération ou après la mort, le gonflement des intestins fait aussi paraître le ventre fort gros. L'opération trop violente des émétiques ou des purgatifs cause ordinairement des vents, el l'atonie dans le ventricule et les intestins ; et ensuite la suppression du ventre à cause de l'afl'aiblissement du mouvement périslaltique. Il faut aussi revenir à notre théorème, pour expliquer la langueur et l'abattement qui succèdent à la fièvre et aux convulsions. On en voit encore une preuve dans la toux où la contraction spasmodique des glandes ne laisse passer qu'une matière très-déliée, au lieu que sur le déclin de celle maladie, le spasme diminuant, on crache beaucoup et d'humeurs visqueuses et mucilagineuses. »
XXXIL — Donc, plus le spasme est violent, et plus longtemps il travaille une partie, jAus grande est Vat07iie, et la faiblesse qui le suit. »
Scholie. — C'est pour cela qu'une inflammation profonde et violente est suivie du sphacèle ; et l'on voit que les mouvemenis épileptiques el l asthme convulsif affaiblissent tellement le cerveau, el les nerfs que la paralysie, l'hémiplégie, ou lapoplexie, que la mort suit promplement, en sont le dénouement. »
XXXIiï. — Les parties, restant extrêmement affaiblies après les accès et attaques des spasmes, la stagnation ou l'arrèl des liqueurs qu'ils ont arrêtées les rend la matière el le foyer de nouveaux accès. »
Scholie. — Il arrive souvent dans les fièvres intermittentes que, quoique toute la matière fébrile soit réformée el dissipée, les accès ne laissent pas de revenir dans le temps accoutumé. C'est ce que j'explique ainsi. Je dis : chaque accès forme lui-même une matière qui devient la cause de celui qui doit le suivre, en produisant dans le sang, à raison de l'augmenlalion de chaleur qu'il lui donne et de l'accélération de sa circulation, une quantité d'impuretés excrémenleuses, salées et bilieuses, fruits de sa violente triluralion, lesquelles
s'arrêtent aisément dans les parties membraneuses que l'accès a fort affaiblies, et les excitent à recommencer leurs contractions convulsives. Les accès se reproduisent bien plus aisément dans les parties affaiblies s'il y a encore de la matière fébrile, ou qu'elle réside toujours dans les viscères du bas-ventre. C'est de la même manière que nous expliquons les rechutes en fait de fièvres ou d'autres maladies, elje ne vois rien de plus naturel si l'on n'a pas eu soin de fortifier les parties que la maladie a affaiblies et énervées, si Tonne leur a pas rendu leur tension, et que l'on ait négligé d'évacuer la matière morbifique, que de voir la maladie recommencer. On voit clairement, par ce que je viens de dire, pourquoi l'écorce de quinquina et les autres médicaments légèrement astringents et fortifiants sont des remèdes si efficaces contre les accès des fièvres et les autres affections convulsives. »
XXXIV. — Dans la jeunesse et l'âge viril, et dans les corps vifs et robustes, le sang et les liqueurs l'ont plus d'efforts vers les parlies supérieures, et dans les vieillards, les infirmes et les sujets flasques, il se jette sur les inférieures. »
Scholie. . — Aussi remarque t-on que les hémorrhagies, par les narines et par les poumons dans le crachement de sang, sont trèscommunes dans la jeunesse, de manière que le saignement du nez est très-souvent la crise des fièvres ardentes. Et comme l'impétuosité avec laquelle le sang est lancé dans les poumons est une cause toute naturelle de la phlhisie, on conçoit aisément qu'il n'y a point d'âge plus propre que la jeunesse à la produire. Mais la raison qui fait qu'à cet âge les humeurs se portent avec tant d'impétuosité vers les parties supérieures, est, sans contredit, la force, la tension et le grand ressort des fibres. Dans la vieillesse, au contraire, et l'étal d'infirmité, les parties solides étant flasques et relâchées, et ayant moins de force, l'impétuosité du sang diminue du côté des parties supérieures et les humeurs vicieuses se portent plutôt vers les inférieures et, s arrêlant dans les viscères, produisent des afflictions chroniques, la cachexie, l'bydropisie, le scorbut, la néphrétique, la colique, les hémorrhoïdes et les maux qui sont les suites de ceux dont nous venons de parler. Outre cela, les jeunes gens ont le ventre plus resserré el les vieillards l'ont plus làclie, parce que les premiers ont le suc nerveux en état de se distribuer librement de côté el d'.iutre. et de donner aux parties de la force et de la tension, conformément à l institution de la nature. Les passions de l'âme sont aussi plus ou moins ennemies de certains âges, et l'agitation des liqueurs dans la jeunesse est une cause toute naturelle du préjudice que ta colère cause en jetant les jeunes gens très ais ment
dans des hémorrhagies, même par le nez, des liémoplysies, des phlhisies, des pleurésies, des fièvres ardentes, des douleurs de lêle et des délires. El comme dans un âge avancé les parties solides sont naturellement relâchées, on conçoit sans peine que la tristesse et les inquiétudes, ainsi que la terreur, sont très-nuisibles aux vieillards. Aussi remarque t-on qu'elles leur causent de grandes affections chroniques, et même quelquefois une mort très-prompte. En effet, la tristesse a une force prodigieuse pour affaiblir et détruire le ton du ventricule et des intestins, ce qui dérange en une infinité de manières la digestion des aliments, les sécrétions et les excrétions. j>
XXXV. — La répétition des actes, et l'habilude, imprime aux solides, et aux fluides un caractère et une disposition qui leur fait reprendre aisément les mouvements qu'ils ont une fois reçus. »
Scholie. — C'est ici une loi universelle de la nature, et qu'il ne faut jamais perdre de vue, parce qu'elle sert à l'explication de beaucoup de maladies, ou plutôt de mouvements maladifs, dont l'effet est de transporter impétueusement les liqueurs d'une partie dans une autre, qui reviennent dans des temps déterminés recommencer leur tragédie. Par exemple, a-t-on été une ou deux fois attaqué de colique, on est sujet à la reprendre. Ceux à qui les hémorrboïdes fluent ordinairement vers le temps des équinoxes, lorsque ce temps approche, commencent à sentir les spasmes hémorrhoïdaux dans les lombes, le dos, l'os sacrum et le bas-ventre. On na point pris l'habitude de se faire saigner, ou scarifier dans certains temps de l'année, qu'au retour du même temps on ressent une pesanteur, et une tension dans les parties où le sang séjournait lorsqu'on a été obligé de se faire saigner, et même on tombe malade, si l'on néglige ce secours. Ceux qui se sont accoutumés à des exercices et des Iravaux pénibles, venant â se livrer imprudemment à un trop long repos, tombent aisément malades, et surtout de maladies qui attaquent les articulations ; et au contraire Hippocrale remarque que si Von passe subitement d\in grand repos à un grand travail, on sera beaucoup plus incommodé qu'on ne serait en passant de la bonne chère à une vie très-frugale , ou d'iin grand travail à une vie oisive , et fainéante. Hippocrale fait cependant celte réflexion : il faut pourtant se reposer après le travail, et Vabstinence est nécessaire après la bonne chère, autrement ioui le corps s'appesantit , et devient la proie des douleurs. Le même auteur remarque encore qu'un lit mollet, quand on est accoutumé à coucher durement, cause de la douleur, et que le changement d'un lit mollet en un dur fait aussi le même effet. Ceux qui sont accoutumés à coucher l'hiver dans une chambre peu
échauffée se trouvent mal de coucher dans un lieu bien échauffé. Quand on s'accoutume à manger, ou à s'éveiller à une heure déterminée, on sent de l'appétit, et l'on s'éveille au retour de la même heure. Quand on est dans l'habitude d'uriner à une certaine heure de la nuit, on se réveille pour le faire tous les jours à la même heure. On peut voir beaucoup de choses très-utiles dans le même goût dans le traité d'Hippocrate de l'ancienne Médecine, § 49, et dans celui du régime dans les maladies aiguës, § 15, 16. »
XXXVI. — Tous les mouvements qui dérangent les fonctions du corps animé sont nuisibles, et pernicieux en eux-mêmes, et de leur naturel; ils ne laissent pas cependant de produire souvent des effets salutaires, et de rendre la santé, en détruisant les causes des maladies. »
Scholie. — Tout ordre, et ce qui se conduit en conséquence étant bon de sa nature, et salutaire, soit en morale, soit en physique, il faut conclure nécessairement que ce qui est contraire à cet ordre, et ce qui le détruit, est mauvais de sa nature. Et comme les mouvements réglés, proportionnés, et soumis à un juste équilibre, qui entretiennent la vie et la santé, sont absolument salutaires et avantageux, il s'ensuit nécessairement que tous ceux qui s'éloignent de la proportion et de l'équilibre, qui par conséquent vicient et dérangent les fonctions, sont pernicieux par eux-mêmes, et de leur nature. Pourrait-on en effet s'imapiner que le retardement du mouvement circulaire des liqueurs, son affaiblissement, la suppression des excrétions, les stagnations du sang et de la sérosité, les engorgements des viscères, les obstructions, les putréfactions qui en sont les suites, et qui sont les principales causes des maladies chroniques, sont salutaires? On ne peut pas non plus dire absolument des mouvements accélérés et spasmodiques, qu'ils sont utiles au corps, et qu'ils les garantissent de la putréfaction et de la mort. Car il est notoire que la nature, et le caractère des spasmes, est d'arrêter les exercices, de resserrer la peau, organe de la plus salutaire importance, puisqu'elle est destinée à faire sortir sans cesse les parties usées du sang, et qu'ils repoussent les humeurs de la surface du corps et des extrémités aux parties internes et au cœur, au lieu que la conservation de la santé et de la vie. demande que les mouvements excrétoires soient libres, et que les liqueurs se portent du centre à la circonférence du corps. Une autre preuve que les spasmes sont essentiellement contraires à la vie, c'est que les symptômes qui causent la mort, sont produits par les spasmes, et pendant qu'ils durent. »