‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 32 sur 125 · RA,SORI I · texte numérisé non relu

RA,SORI I

Jean Rasori, né en n6!2, professeur à Pavie et à Milan, est mort en 1837.

La doctrine de Brown qui n'avait eu qu'un médiocre retentissement en Angleterre fit au contraire beaucoup plus de bruit en Allemagne, par les soins de Christophe Girtanner, qui la déguisa un peu à son profit, et ensuite en Italie où Jean Locatelli et Moscali la firent * connaître avec éloges. — Elle eut un moment de triomphe éclatant dans lequel on la vit acceptée de la plupart des médecins de Milan et des contrées voisines. C'est elle qui inspira les travaux de Rasori, non pas que cet auteur ait suivi la route indiquée par Brown en reproduisant son système, plus ou moins modifié, mais parce qu'il lui emprunte l'idée d'une dichotomie morbi le analogue basée sur l'anatomie pathologique de l'inflammation, dichotomie qui devait le conduire à une méthode de traitement toute spéciale. Brown avait créé une propriété de la matière vivante qu'il appelait Vincitahilité^ susceptible de s'accumuler et de se perdre selon l'action des puissances incitantes, ce qui produisait des maladies sthéniques Aes maladies asthéniques, que l'on devait traiter les premières par les débilitants et les secondes par les toniques, excitants et stimulants. — C'est là son méthodisme. Rasori s'est inspiré de cette hypothèse, mais eu étudiant l'analomie pathologique à laquelle i! se livrait avec grand soin, il vit comme Broussais dans la lésion des tissus ou des organes, étudiée dans ses caractères physiques, la preuve d'une action hyposthénisante sur les capillaires veineux dans la phlogose, el de là à partager les maladies en deux classes d'après l'excès ou le

défaut d'hyposthénie qui accompagne les lésions organiques et pour conclure à une thérapeutique spéciale, il n'y avait qu'un pas à faire. Ce pas a été vite franchi. — Sous l'influence de cette idée qui d'ailleurs, il faut le dire, n'a point servi de départ à aucun essai sérieux de nosologie, Rasori s'est borné à la fondation de la doctrine thérapeutique du stimulus et du contro -stimulus, qui a été ensuite si bien développée par Giacomini dans son traité de matière médicale.

C'est à Rasori qu'il faut rapporter l'honneur de la doctrine du Contro-stimulisme. Au moment où autour de lui, sous l'influence encore toute puissante des idées de Brown, on ne voyait dans les influences extérieures que des stimulants n'ayant de dilférence entre ^ eux que le degré d'excitement produit, Rasori soutint qu'il y avait des agents sédatifs produisant sur place et ensuite d'une façon sympathique des phénomènes d'apaisement très-marqués. — Il les nomma contro-stimulants, et bientôt nia le caractère asthénique de certaines maladies inflammatoires produites par l'excès du stimulus et réputées comme ayant une grande faiblesse indirecte. — La plupart des maladies aslhéniques de Brown fut au contraire considérée comme formant des maladies sthéniques et traitées par les antiphlogistiques et les contro-stimulants. — Pour lui il y a deux dialhèses générales de stimulus et de contro-stimulus,- ce qui laisse à penser que, dans son opinion, les forces vitales sont modifiées d'une manière générale et uniforme dans les fièvres graves, sans souci de la lésion locale qui les caractérise. — De là sa thérapeutique des stimulants ou contro-stimulants dirigée contre l'état général dont la maladie est la conséquence.

Comme pratique médicale, Rasori admettait :

Que les contro-stimulants agissaient sur la libre vivante dans un sens opposé à l'action stimulante.

Que les contro-stimulants enlèvent les maladies engendrées par excès de stimulus et peuvent produire un étal d'asthénie que l'on ne peut plus guérir que par des stimulants.

Que les contro-stimulants agissent à la manière de la saignée et des purgations.

Que l'économie supporte d'autant mieux et à plus haute dose les contro-stimulants que la diathèse de stimulus est plus prononcée.

Pour cet auteur et son école, le froid, la saignée, les émétiques, les purgatifs, l'aconit, la digitale, l'antimoine, le mercure, le plomb, etc., ont une action contro-stimulante presque identique et peuvent être employées dans les maladies avec excès de stimulus, pn-Tisémeut dans les maladies que Brown considérait comme élanl

(lues à l'asthénie. C'est la médication qui est en train de renaître à notre époque sous le nom de médication antipyrétique. Encore un nom nouveau pour qualifier une vieille chose et l'aire croire à une invention récente. .

Comme on peut en juger, c'est la doctrine de Brown modifiée dans le détail, et surtout dans la pratique. En effet, Rasori considéré comme sthéniques la plupart des maladies -que son maître avait classées dans les maladies aslhéniques. Mais, philosophiquement c'est du Méthodisme, c'est le même principe de dichotomie méthodique appliquée à la pathologie, principe commode par sa simpli- H cité, qui peut mettre la science à la portée du vulgaire, mais qui se 1 trouvant basé sur une hypothèse que chacun interprète à sa ma- 1 nière , ne donnera jamais que des résultats insuffisants et d'une I exactitude fort contestable. |

Là où Rasori me paraît impcrtant à suivre, c'est dans ses recher- 1 ches anatomo-physiologiques sur la phlogose. Ce livre est peut-être I un peu long et un peu diffus, mais la pensée qui l'inspire est excel- 1 lente puisqu'il s'agit de l'étude anatomique des phénomènes de l in- 1 flammation. — Sans doute Rasori vient sous ce rapport après Huntèf || et beaucoup d'autres, mais ses conclusions sont un peu diflérentes | de celles qui ont été publiées par ses dtvanciers. Pour lui, l'inflammation a poui" effet de produire le relâchement des capillaires de la partie affectée et de cette manière d'y produire un afflux de liquides qui constitue l'engorgement inflammatoire. — C'est une sorte de : paralysie persistante des capillaires fort analogue à ce que l'on ap- i pelle aujourd'hui la paralysie des nerfs vaso-moteurs et qui engendre les congestions passives des fièvres et maladies dites adynamiques. — Il étudie cette disposition avec soin mais peut-être ne l'a-t-il pas suffisamment observée car on sait, que s'il est vrai que les capillaires se dilatent localement au début d'une phlegmasie, ils ne tardent pas à revenir sur eux-mêmes et à se remplir de sang qui se coagule dans leur intérieur et amène les transludatior.s fihrinoséreuses qui constituent la tumeur inflammatoire. — Sous ce rapport, Rasori s'est trompé, mais il faut le féliciter d'avoir compris, contrairement à la méthode toute hypolhéli(iue de Brown, que la recherche anatomique était la seule voie convenable pour arriver à établir une théorie de l'inflammation.

Le succès de Rasori fut très-grand dans toutes les villes d'Italie. ; Il se répandit jusqu'en France. De nombreux disciples adoptèrent :S ses idées tout en les modifiant. Parmi eux il faut citer Tommasini il qui par ses publications a singulièrement aidé au Iravîiil de ceux qui ii voulaient apprécier les doctrines de son maître; Rolando, qui loni |i

en s'éloignant de lui est resté fidèle au principe de la doctrine de l'excilement général et local attribué au fluide électrique circulant dans les nerfs; BulTalini et plus récemment Giacoraini dans une matière médicale célèbre où les médicaments sont classés dichotpmiquenient d'après leurs propriétés hypersthénisantes ou hyposthénisanles de chaque tissu et souvent d'un or;gàne tout entier. — Ce dernier travail mérite les plus grands éloges.

Malgré cet éclat passager, la doctrine du contro-stimulus, comme celle (le l'asthénie, s'est éteinte, étouffée par Broussais dont la voix puissante venait de lancer la doctrine physiologique de l'irritation et dont le succès devait également être si passager. C'est qu'en effet, si dans le fond de tous ces systèmes , il y a une idée juste , elle est bientôt dénaturée et à ce point faussée par l'e.xagéralion du maître et des disciples qu'elle en devient méconnaissable. — Ses exceptions se découvrent, les mauvaises conséquences pratiques se révèlent et l'on considère bientôt comme une erreur ce qu'on avait d'abord salué comme une vérité. /

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