‹ Histoire de la medecine et des doctrines medicalesChapitre 5 sur 125 · HUMORISME AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

HUMORISME AU MOYEN AGE

dehors de l'économie. C'est une doctrine qu'il faut admettre dans son entier ou qu'on doit repousser tout à fait. Que les mots d'intempérie, de crudité, de coclion et de crise soient rejetés du vocabulaire médical, je le veux bien, mais les faits qu'ils représentent sont dans bien des cas aujourd'hui ce qu'ils étaient au temps d'Hippocrate. A un point de vue très-général, dégagé de toute question d'analyse et de détail, la médecine clinique acceptera toujours dans une certaine mesure l'idée doctrinale de l'Humorisme ancien. — C'est ce qui explique pourquoi, parallèlement à la chimiâtrie et aux nouvelles idées humorales qui se sont produites au moyen âge et dans les xvii® et xviii« siècles, on retrouve l'Humorisme ancien toujours vivace et n'empruntant que peu de chose aux découvertes nouvelles. Il n'en a pas absolument besoin. Cantonné dans son principe, la nature des altérations humorales lui importe un peu moins que celle du fait de l'intempérie et de l'élaboration qui doit précéder la crise.

Ainsi donc, à partir de l'époque où nous sommes arrivés, on trouve en quelque sorte deux Humorismes aux prises l'un avec l'autre, l'Humorisme greco-romain ou Galénisme, dont je viens de résumer le caractère général, et l'Humorisme chimique poursuivant l'étude des altérations chimiques des humeurs, ce qui est la Chimiâtrie.

Comme on le verra, ce ne furent d'abord que des hypothèses chimiques mises en opposition avec la théorie ancienne fortement ébranlée, mais un peu plus tard au moment des véritables découvertes de la chimie et de l'anatomie, le vieil Humorisme tomba frappé de mort pour renaître sous une forme nouvelle se métamorphosant d'âge en âge jusqu'à l'époque actuelle.

Ce qui précipita la ruine de l'Humorisme galénique, c'est la renaissance de l'anatomie. Du jour où l'infaillibilité anatomique et physiologique de Galien ne fut plus acceptée comme un dogme, et que l'initiative individuelle put se produire, la médecine devait en subir le contre-coup. C'est ce qui arriva. Sous l'influence des découvertes chimiques il lui fallut modifier ses idées sur le rôle des quatre éléments et des quatre humeurs. — Ce qu'elle avait jusquelà considéré comme vrai, un peu altéré par les Arabes, puis modifié par la chimie naissante , se transforma de plus en plus sous l'influence des progrès de la. science moderne, et finit par devenir presque méconnaissable. En efl"et, l'Humorisme de tel ou tel individu peut disparaître, sous le discrédit de ses erreurs, mais en luimême l'Humorisme est impérissable, car il représente l'influence d'un des éléments du corps sur la production des maladies.

Je vais donc, laissant là l'ancien Humorisme, m'occuper de la réforme qu'il a dû subir en présence des premières affirmations de la

38 Hlf-TOIRR DE LA MÉDECINE

chimie naissante, et cela aie conduit à dire ce que la cliimiâtrie a donné à l'Humorisme.

HUMOBISME CHIMIQUE ET CHIMIATRIE

La Chiniiàtrie el l'Alchimie se mêlent si intimement au moyen âge que ces mots sont presque synonymes, car alors il n'est pas d'alchimiste qui ne fut un peu médecin et tous s'occupaient également de la pierre philosophale, delà transmutation des métaux et de la panacée universelle. Il n'en est plus de même aujourd'hui. — Peu à peu l'Alchimie laissant là toutes ses prétentions mystiques est devenue la chimie, science positive que l'on connaît par tant d'admirables découvertes, et la Chimiâtrie s'épurant de jour en jour n'est plus que son application à la médecine et à la thérapeutique.

La Chimiâtrie date du moyen âge et a pris naissance en Orient. C'est un produit de la science arabe. — Elle se mêle tout d'abord si complètement à la magie, à la kabbale, à la sorcellerie, à l'astrologie, au mysticisme et à la théosophie que son histoire est presque celle des plus grandes folies de l'esprit humain. Aussi est-elle généralement peu considérée. En même temps que l'alchimiste rêvait la fabrication de l'or, il cherchait dans tous les produits miraculeux ou supposés diaboliques de ses creusets et de ses alambics des remèdes pour toutes les maladies. — De là, des associations singulières de paroles magiques avec l'emploi de substances nouvelles, des coïncidences à observer entre l'emploi des remèdes et les constellations du ciel; des théories folles sur l'action des médicaments. — C'était le règne du merveilleux dans les sciences naturelles, et je dirai presque de l'insanité d'esprit.

Au milieu de toutes les rêveries inspirées par l'expérience des réactions chimiques mal comprises et des produits qu'on en lirait, il y avait cependant le germe d'une science importante que le temps a fait grandir et que l'expérience a constituée d une façon définitive. C'est la chimie.

Mais n'anticipons pas sur les événements. Dès les premiers essais de l'Alchimie, on a vu la Chimiâtrie se montrer avec ses prétentions de connaître la nature de l'homme et de guérir ses maladies par des agents chimiques. — Le système s'est transformé bien des fois, mais l'idée qui lui sert de base est toujours restée la même, indestructible el vivace, tombant un jour sous le ridicule pour se relever le lendemain avec de nouvelles espérances.

La Chimiâtrie fait partie de l'Humorisme, mais n'est pas tout \'\mmorisme. — En dehors d'elle, il y a toute une théorie humorale

DE L'HUMORISME — HUMORISME CHIMIQUE ET CIIIMIATRIE 39

dans laquelle la chimie n'a rien à démêler, et c'est ce qui explique pourquoi dans cette histoire des doctrines médicales je me trouve conduit à parler des prétentions de l'école chimialrique indépendamment des théories humorales anciennes et modernes.

Pour suivre les progrès et les transformations de la Chiiuiâtrie il est important de l'envisager d'une part dans ses origines, anmoyen âge et à la 7'enaissance, puis de l'autre, dans les temps modernes el à Vépoque contemporaine.

Page 1