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CAUSES DU DÉFAUT DE COORDINATION DES MOUVEMENTS

Une découverte de la physiologie moderne extrêmement importante, c'est le défaut de coordination des mouvements par la blessure du cervelet, des tubercules quadrijumeaux, des corps restiforrnes, des pédoncules cérébraux et des canaux demi-circulaires. (Flourens. Recherches sur les propriétés du système nerveux, 4824.) En effet, l'ablation du cervelet empêche l'animal de marcher; celle des tubercules quadrijumeaux produit le mouvement de manège ,du côté correspondant; la section des pédoncules du cervelet produit la rotation de l'animal sur son axe du côté blessé, et si ensuite on coupe le pédoncule opposé au même point, l'animal ne bouge plus. Toutefois, si, comme l'a dit Cl. Bernard, on coupe ce pédoncule en avant de l'origine de la cinquième paire, la rotation a lieu du côté opposé à la blessure, tandis que si l'on coupe en arrière de la cinquième paire la rotation se fait du même côté.

Si l'on coupe les pédoncules du cerveau (Flourens), ou si l'on pique les corps striés (Magendie), il y a mouvement de propulsion en avant, et si on blesse les corps restiformes ou pédoncules cérébraux postérieurs , on produit le recul. Quant aux canaux circulaires, ainsi que l'a démontré Flourens, leur destruction produit une titubalion très-marquée qui donne à la marche un caractère tout particulier.

M) Lorry, en 1748, a aussi trouvé qu'un point de la moelle ôpiniôrc blessée produisait une mort subite, et que cela n'arrivait ni au-dessus ni au-dessous de ce point.

DÉTERMINATION DE LA FACULTli VISUELLE DANS LES TUBERCULES

QUADRIJUMEAUX

On ne savait pas au juste le point de l'encéphale où résidait la faculté visuelle, lorsque Flourens eut l'idée d'enlever un seul des tubercules quadrijumeaux. A l'instant, il y a dans l'œil opposé paralysie de l'iris et de la rétine, et de plus l'animal tourne sur luimême comme dans un manège, du côté où le tubercule a été enlevé.

C'est un fait important qui s'explique bien, parce que c'est dans les tubercules quadrijumeaux que les nerfs optiques prennent naissance, mais ce dont on se rend moins bien compte, c'est ce défau de coordination des mouvements que produit le mouvement de manège de l'animal sur lui-même. (Flourens. Recherches expérimentales sur les fonctions chi système nerveux, 1824., et De la vie et de l'intelligence, 1862, p. 12.)

DÉCOUVERTE DE NERFS VASO-MOTEURS — POURFOUR DU PETIT ; HENLE ; STILLING ; CL. BERNARD

Si l'on connaît depuis longtemps le rôle d'union que, par ses anastomoses et ses plexus, le nerf grand sympathique établit entre les différentes parties du corps et entre les nerfs cérébro-rachidiens, on ignorait encore il y a quelques années le mécanisme de celte influence. — Or, la lumière s'est faite peu à peu sur ce point. — Après la découverte de son action sympathique générale, et de son pouvoir excito-moteur déterminant des actions réflexes, est venue celle de son action vasculo- motrice ou vaso-motrice. C'est là un fait des plus importants qui éclaire d'un jour tout nouveau l'origine de quelques sympathies et le mécanisme éliologique d'un grand nombre de maladies. — Cette découverte a tout au moins l'importance de celle de l'irritabilité, si elle n'en a pas davantage. C'est aussi une irritabilité de tissu mais une irritabilité indirecte, car elle dépend de l'impression faite sur un tilet nerveux du grand sympathique et la crispation ou le relâchement vasculaire qui se produisent à la suite, sont des phénomènes nerveux plutôt que des phénomènes propres au tissu irrité. — Les deux choses ne sont pas comparables.

Au siècle dernier, en 1 720, Pourfour du Petit {Du nerf par lequel les esprits animaux montent dans l'œil) est le premier qui ait saisi l'influence du système nerveux grand sympathique sur la contractililé des vaisseaux en montrant que, par sa section, l'on faisait contracter la pupille, rougir la conjonctive et enfoncer l'œil dans

l'orbite. L'expérience fut répétée par Dupuy d'Alfort en 1816-, par Brachet en 1837; par John Reid en 1838 qui, galvanisant le bout périphérique coupé, fait ensuite dilater la pupille ; par Biffi, de Milan, en 1846, par Budge et Waller en 1851, mais elle était oubliée et elle fut remise en lumière par Cl. Bernard en 1852. Ce physiologiste coupa le grand sympathique au cou entre le ganglion cervical supérieur et inférieur, et il put noter ces phénomènes oculaires tant de fois reproduits depuis lors et dont la pathologie a tiré les plus intéressantes conséquences.

Par cette expérience (1) et par d'autres de même nature, faites sur d'autres parties du grand sympathique, Cl. Bernard a montré que le nerf sympathique est un nerf vasculaire et qu'il donne aux petites ramifications capillaires, une contractilité considérable. — En effet partout où l'on coupe un rameau du grand sympathique, on produit au dessous une dilatation ou un relâchement des capillaires, c'est-à-dire une hyperémie paralytique suivie d'une augmentation de chaleur locale et dans les glandes une augmentation de sécrétion; — au contraire, quand on irrite le nerf on produit la crispation ou le resserrement des capillaires, c'est-à-dire l'ischémie et par conséquent des phénomènes opposés. — Ces faits confirment entièrement le principe formulé par Henle qui affirmait en 1840 l'influence du système nerveux ganglionnaire sur la contractilité vasculaire, et par Stilling qui donna des lors aux fdets nerveux chargés de celte fonction le nom de nerfs vaso-moteurs.

De ces expériences, résulte la nécessité d'admettre que la circulation locale d'un tissu ou d'uii organe peut être modifiée localement par des expériences, que reproduisent plus ou moins bien certaines actions morbides que nous observons souvent. Dç là on peut déduire :

Que le trouble local de la circulation dépend d'un trouble de l'innervation vaso-motrice par suite de l'impression subie par les nerfs vaso-moteurs.

Que celte action des nerfs vaso-moteurs est paralysante, hyperémique, ou convulsivante ischémique, c'est-à-dire produit l'hypersthénie ou l'hyposlhénie vasculaire selon le langage du Méthodisme.

Que cette hyperémie asthénique ou paralytique est souvent une cause d'inflammation locale avec désordres plus ou moins prononcés

(I) En coupant le filet sympathique iiu cou 11 se produit une hyperémie avec une augmentation de chaleur dans le côl6 correspondiint, l'uits qui dépendent l'un de l'autre, queiqucrois une sueur abondante, la contraction do la pupille, et cela dans plusieurs jours. (Cl. Bernard, 1872, Leçons sur le syslano nerveux.)

de la nutrition locale, ce qui engendre quelquefois des maladies graves.

Que l'hypersthénie capillaire ou crispation des petits vaisseaux amène Vischémie d'un organe et des troubles fonctionels variés, immédiats ou des altérations nutritives éloignées.

Il y a évidemment dans cette découverte sur laquelle je ne puis insister davantage toute la théorie étiologique d'un grand nombre de maladies aiguës ou chroniques, organiques ou fonctionnelles, c'està-dire nerveuses.

Cl. Bernard a déjà montré toutes les applications qu'on en pouvait faire à l'étude de la fièvre et des inflammations qu'on pouvait produire expérimentalement chez les animaux. Brown-Sequard et un grand nombre de médecins ont répété ces expériences qui aboutissent pour la médecine à l'admission des congestions et des ischémies réflexes.

Congestions réflexes. —• Il y a un grand nombre de convulsions qui dépendent de l'hyperémie et de la congestion réflexe des centres nerveux ou de la moelle épinière.

Le fond de l'œil et le nerf optique se congestionnent et s'altèrent au point de faire une amaurose par atrophie du nerf optique après l'action réflexe d'une plaie du sourcil attaquant le nerf frontal, c'est ce que j'ai démontré en 1865 au moyen de l'ophtlialraoscope (1).

L'iris et la choroïde enflammés agissent quelquefois par action réflexe sur le fond de l'œil qui se congestionne et devient malade.

La perte d'un œil entraîne quelquefois par action réflexe congestive la perte de l'œil opposé.

L'irritation de la muqueuse de l'urèthre produit de la même façon l'orchite.

Ainsi s'expliquent les phlegmasies qui résultent de l'action extérieure du froid sur les pieds ou sur une autre partie du corps — celles qui succèdent à des brûlures très-étendues — les maladies du cerveau ou de la moelle qui résultent des irritations périphériques de la vessie, de la prostate, de l'intestin, des nerfs du pharynx ou des nerfs dentaires après l'ablation d'une dent, etc., — beaucoup de maladies chroniques enfin, qui sont souvent le résultat de congestions réflexes permanentes ayant duré longtemps et ayant produit l'atrophie, l'hypertrophie ou la dégénérescence des tissus dans un viscère.

Anémies ou Ischémies réflexes. — Les actions réflexes du grand sympathique qui entraînent les congestions hyposthéniques ou pa-

(1) Diagnostic des maladies dti système nerveux par l'ophthalmoscope. E. Bouclint, p. 370.

ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOMIQUE — NERFS TROPHIQUES 465

ralysantes des petits vaisseaux produisent aussi dans d'autres circonstances la crispation des petits vaisseaux et avec elle l'anémie ou l'hypersthénie capillaire.

Ainsi se produisent une foule de névroses par ischémie et un certain nombre d'altérations de nutrition des organes. Mais ici, les observations sont peu nombreuses.

Les expériences de Donders et de Snellen (4) sur le resserrement des vaisseaux de la pie mère par irritation du sympathique cervical et celles de Brown-Séquard sur l'ischémie de la moelle par irritation des reins, de l'utérus et de la vessie, permettent bien d'admettre cette espèce de trouble réflexe de la circulation capillaire, mais les observations cliniques ne sont pas encore assez concluantes pour qu'on puisse se prononcer catégoriquement à ce sujet.

Quoi qu'il en soit, la physiologie moderne, en faisant connaître l'innervation vaso-motrice localisée dans le grand sympathique, a rendu un service considérable à la médecine. De cette découverte est née la doctrine étiologique, soit d'un grand nombre de maladies aiguës et chroniques par suite de l'hyperémie paralysante qui, avec le temps, amène des proliférations cellulaires ou des atrophies (2), soit de différentes névroses considérées comme congeslives où ischémiques, et enfin de la plupart des sympathies.

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