HIPPOCRATE
L’heureux et immortel fondateur du naturisme, celui du moins qui a eu le rare avantage d’en formuler les premiers principes et de les transmettre à la postérité comme des vérités éternelles que rien ne peut anéantir, c’est Hippocrate. Avant lui, la médecine, qui comptait déjà de longues années d’existence, car on parlait déjà de son antiquité, n’est presque rien pour nous. Au delà, son histoire se perd au milieu des légendes fabuleuses de ces temps héroïques, et la science serait très-privée si elle n’avait point la collection hippocratique pour nous faire comprendre où en étaient les connaissances médicales de cette époque.
« Toute la médecine est établie depuis longtemps, et Ton a trouvé
la voie et le principe pour découvrir, comme on l’a déjà fait, plusieurs excellentes choses qui serviront encore- à en découvrir beaucoup d’autres, pourvu que celui qui les cherchera soit propre à cela, et qu’ayant connaissance de ce qu’on a trouvé, il suive la même piste. Celui qui rejette tout ce qui a été fait avant lui, et, prenant une autre route dans sa recherche, se vante d’avoir trouvé quelque chose de nouveau, se trompe lui-même et trompe les autres avec lui. » {Del’ ancienne médecine ^Histoire de la médecine, Leclerc, p. 233.) .
Un pareil aveu, à une époque que l’on appelle quelquefois le début de la science, émané de celui-là même que l’on regarde comme un de ses fondateurs, est la preuve que si la collection hippocratique est le plus ancien des monuments écrits de notre art, elle n’est aussi que l’héritage médical de toutes les générations antérieures.
Hippocrate vit le jour à Cos, trente ans avant la guerre du Péloponèse, la première année de la LXXXe olympiade, à la fin du xxxve siècle. Il était, dit on. le dix-huitième descendant d’Esculape par son père, le dix-neuvième descendant d’Hercule par sa mère, et il appartenait à la famille des Asclépiades, depuis longtemps en possession d’exercer la médecine. Il était le deuxième du nom et eut dans sa descendance sept personnes qu’on appela comme lui, et dont les œuvres ont été mêlées aux siennes. Il voyagea beaucoup et parcourut tour à tour les différentes parties de la Grèce. Il se rendit successivement à Délos, en Libye, en Scythie, et pratiqua la médecine à Athènes, en Thessalie, avant de revenir à Cos pour s’y fixer et se livrer aux devoirs de la pratique et de l’enseignement.
Digne et illustre dépositaire d’un passé auquel il rend un sincère hommage, loin de rien réclamer à son profit, il indique déjà l’antique origine de la science médicale. S’il n’est pas le créateur de la médecine, comme on se plaît à le dire trop légèrement, il est, d’après le témoignage de Celse, le premier qui l’ait magistralement enseignée, et c’est dans la collection de ses œuvres qu’on trouve les premiers développements sérieux de la théorie et de la pratique médicales.
Les œuvres d’Hippocrate renferment un grand nombre de traités ('ont les doctrines philosophiques uniformes présentent d’assez réelles différences dans les détails , pour qu’on doive y reconnaître d’une façon positive, la collaboration de personnes différentes.
On suppose, et cela est assez vraisemblable, que les descendants d’Hippocrate, ses fils et ses nombreux commentateurs ont ajouté à ses œuvres éparses et sans coox’dination sérieuse un certain nombre
de traités apocryphes qui s’y trouvent encore mêlés aujourd’hui. En effet, au milieu de cette collection se trouvent des morceaux composés avant ou après lui. On y trouve des idées communes à côté d’une notable diversité des parties accessoires. Il y règne une même philosophie, mais on y reconnaît des époques différentes de la science, car dans quelques-uns existent des notions anatomiques contemporaines d’Aristote, et par cela même postérieurs à Hippocrate.
De nombreux travaux de philologie ont été publiés dans le but d’indiquer les livres qui sont ou qui ne sont pas d’Hippocrate.
Ce sont des commentaires écrits par les savants de cette époque, notamment par Hérophile et ses disciples, par les empiriques, par Asclépiade, par les méthodistes, travaux indiqués par Galien, les commentaires très-remarquables de Galien lui-même et enfin ceux, en si grand nombre, qui ont été publiés depuis la renaissance des lettres et des sciences médicales. Parmi ces derniers, nous citerons les travaux de J. Freind. de Daniel Leclerc, de Sprengel, de Littré, de Daremberg, et de Malgaigne.
Malgré ces commentaires, l’histoire de la médecine n'est pas beaucoup plus avancée que du temps de Galien ; elle ne sait encore au juste à quoi s’en tenir sur le degré d’authenticité des différents livres de la collection hippocratique. Ainsi, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, M. Littré attribue, textes en main, le livre de l'ancienne médecine à Hippocrate, tandis que beaucoup d’autres avec M. Malgaigne le font remonter à une date plus reculée. Ne pouvant espérer résoudre des questions sur lesquelles des philologues aussi distingués n’ont pu s’entendre, et n’ayant d’autre but que de tracer la philosophie de l’histoire, ces recherches n’ont pas autant d’importance pour moi que pour les hellénistes de profession, et je me bornerai à indiquer, d’après M. Malgaigne, les livres attribués à Hippocrate et ceux qui lui sont antérieurs ou postérieurs.
d’Hippocrate.
Postérieurs.
i Airs, eaux et lieux.
1 Pronostic.
] Liv. I et III des Épidémies.
V Fractures et articles.
I Liv. II des Prorrhétiques.
I Aphorismes.
I Officine.
Régime des maladies aiguës.
Plaies de tête.
Liv. II, IV, et VI des Épidémies, attribuées à son fils Thessalus.
Épidémies, V et VII, à un autre Hippocrate. Goaques.