CHAPITRE III
DU METHODISME DE THESSALUS
Thessalus (03 ans après J.-C), s'il faut en croire Galien, était fils d'un cardeur de laine, mal élevé et peu instruit. — Il vécut sous Trajan. Habile à flatter les caprices des grands et à se soumettre à leurs volontés, il n'avait d'orgueil que pour se vanter d'un mérite supérieur à celui des autres médecins, et comme il développait avec complaisance ses théories devant les ignorants de la société romaine, il y obtint un succès que, au prix de ces moyens, ne saura jamais acquérir le véritable savoir. C'était un impudent qui se faisait suivre au domicile de ses malades, par des disciples auxquels il se vantait d'enseigner la médecine en six mois et que Galien appelait les ânes de Thessalus. — On peut avoir une idée de son charlatanisme par les termes suivants dune de ses épitres à Néron : J'ai fondé une nouvelle secte qui est la seule véritable, y ayant été obligé parce qu'aucun des médecins qui m'ont précédé, n'a rien trouvé d'utile pour la conservation de la santé, ni pour chasser les maladies et qu' Hippocrate lui-même a débité sur ce sujet plusieurs maximes nuisibles. » — Au reste il n'y a pas que Galien qui ait jugé Thessalus comme nous venons de le faire, car Pline en parle d'une façon tout aussi sévère à l'occasion de Vectius \alens, médecin de Claude
qu'il cite avec éloge. «Peu de temps après parut Thessalus sous le règne de Néron. Ce médecin ri approuvait aucune des maximes de ceux qui l'avaient précédé et déclamait avec une espèce de rage contre tout ce qu'il y avait eu de médecin au monde, mais on peut juger de son esprit et de sa conduite en cette occasion, par lapreuve qu'il en donna d'ailleurs, lorsqu'il prit le titre de vainqueur des médecins, titre qu'il fit graver sur son tombeau, qui est au chemin d'Appius. — Jamais bateleur, continue Pline, ri a paru en public avec une plus nombreuse compagnie que Thessalus avait ordinairement, etc. »
Il est assez difficile, quoi qu'on fasse, de trouver une réelle différence entre la doctrine de Thessalus et celle de Thémison ou d'Asclépiades. — Comme ses prédécesseurs, il attribuait les maladies qui peuvent se guérir par le régime à deux modifications d'une même propriété des tissus vivants, l'une due au relâchement et l'autre au resserrement des parties. — Cependant Galien, qui a critiqué avec une logique impitoyable la doctrine des méthodiques , signale entre Thessalus et Thémison la différence suivante : — Thessalus, dit-il, a changé quelque chose dans le système de Thémison et d'Asclépiades; car an lieu que ceux-ci croyaient que comme la santé consiste en la symétrie ou proportio7i des pores du corps, et la maladie à la disproportion des mêmes pores, le retour à la symétrie est ce qui fait le rétablissement de la santé , Thessalus a cru qu'il fallait pour guérir une maladie changer entièrement tout l'état des pores de la partie malade ; et c'est, ajoute Galien, de cette opinion qu'est venu le mot de métasyncrise, qui ne signifie autre chose qu'un changement qui arrive dans les pores.
Soranus. — Après Thessalus vint Soranus (d'Ephèse), qui se fit le disciple de l'école méthodique. — Il vint à Rome, sous Trajan, et il y enseigna avec succès. — Il décrivit avec soin la lèpre qui était venue de l'Orient dans les Gaules et en Italie, et c'est à lui, dit-on, qu'il faut rapporter l'honneur des premières descriptions du dragonneau. — On lui doit des observations intéressantes sur le cauchemar, sur la nécessité de rejeter les purgatifs qui évacuent indistinctement les humeurs saines et celles qui sont viciées, sur l'essence de la fièvre qui consiste dans la laxité des voies (1); sur le choléra m orbus, relâchement de l'estomac et des intestins ; sur l'anatomie des parties sexuelles de la femme faite sur des cadavres humains ; etc. Ce fut,
(1) Cette idée a été reproduite de nos jours par Marey, qui attribue au relâchement du système capillaire dans la fièvre la fréquence des battements du cœur. (Marey. De la circulation, 1863.)