XXXVII. — Ce ne sont pas les mouvements spasmodiques, mais
BOUGHUT. » - 1-
les mouvements accélérés du sang, à l'occasion de l'augmentation de vitesse, et de force de la contraction du cœur et des artères, mouvements qui suivent souvent les spasmodiques, et dont la direction est du centre à la circonférence, mouvements en un mot connus sous le nom de fébriles, qui font souvent un effet salutaire, en ce qu'ils débarrassent le corps des causes morbifiques, et de leurs mauvais effets. »
Scholie. — On ne peut même dire de la fièvre bien que son effet soit souvent salutaire, qu'elle est de sa nature et essentiellement salutaire, ou qu'elle est un effort de la nature pour parvenir à la guérison, puisqu'en consommant les forces, comme il arrive souvent, surtout dans les maladies chroniques, elle rend de plus mauvaise condition les stagnations des humeurs, les corruptions, et les putréfactions des viscères. Aussi la fièvre cause-t-elle ordinairement, et même presque toujours la mort aux phthisiques, aux hydropiques, aux cachectiques, aux scorbutiques, aux vieillards, et aux tempéraments faibles. Ses efforts ne sont salutaires que lorsque les mouvements spasmodiques qui la produisent sont de nature à détruire la cause qui leur a donné l'être, c'est-à-dire, à évacuer le sang vicié par sa stagnation, à résoudre promplement les stases, et les stagnations qui seraient pernicieuses, et à dissoudre le sang qui pêche par sa quantité, et son épaisseur. »
XXXVIII. — Il est donc du devoir d'un médecin habile et prudent d'étudier le caractère des mouvements qui arrivent pendant les maladies, afin de les faire servir à la guérison du malade, en déterminant leurs efforts d'une manière avantageuse. »
Scholie. — Tout le fin de l'art consiste donc à savoir distinguer les mouvements maladifs, pernicieux, de ceux qui sont salutaires et avantageux au corps, afin de déraciner promplement les causes des premiers, et d'aider les autres par les moins connus des grands maîtres de l'art. Or, c'est à quoi l'on ne peut réussir sans savoir exactement les lois et les effets de la nature, les différentes causes qui entretiennent les mouvements morbifiques, enfin la nature et la constitution particulière des malades. Celui qui sera parfaitement au fait de toutes ces choses, sera, à mon avis, un excellent médecin (1). »
Comme on peut le voir par ce long et intéressant extrait de Frédéric Hoffmann qui donne une idée parfaite du genre d'esprit et du talent d'observation de l'auteur, sa pathogénie est essentiellement
(1) Fr. Hoffmann, La Médecine raisonnée, traduite par Bruhier, Paris, 1751, t. III, p. 110 et suivante*.
méthodiste. Spasme et atonie des tissus : telle est l'origine de toutes nos maladies : fièvres, maladies du cerveau, des poumons, des glandes, etc., tout dérive de ce désordre des mouvements dirigés par la nature, et après lequel se produisent les phénomènes hydrauliques et mécaniques ou chimiques secondaires. Il n'y a ici rien d'atomique ni d'endosmotique comme dans le méthodisme d'Asclépiades et Thémison. C'est un pur résultat de l'irritahililé organique.
Après avoir ainsi déterminé la nature des maladies, Frédéric Hoffmann s'occupe de leurs causes et des mouvements maladifs, de façon à dire quelle est l'action des poisons et ferments pestilentiels, des stases du sang ou des autres liqueurs dans leurs vaisseaux, des crudités acides ou acrimonies, de !a suppression, des excrétions, etc., du mode d'action de ces causes (page 51), et de la différence qu'elles peuvent produire dans la forme et dans le traitement des maladies (p. 7-4), et il entre à ce sujet dans les détails les plus intéressants et les plus complets sur les ferments morbifiques devenant des agents de contagion et reproduisant tout ce que nous appelons aujourd'hui des maladies endémiques, épidémiques, miasmatiques et virulentes. Toute cette étiologie, qui est renfermée dans la matière de deux petits volumes, est remplie de faits extrêmement curieux qu'on lit avec un très -grand plaisir.
La thérapeutique générale suit immédiatement l'éliologie Sous le titre : Des vrais moyens de garantir le corps des atteintes des maladies, c'est l'hygiène la mieux entendue qu'un médecin puisse trouver, et de plus elle est réunie à cette médecine prudente que les hommes véritablement instruits finissent toujours par adopter (1). Un critique y pourrait trouver à reprendre au point de vue de nos idées modernes, mais pour mon compte, comme, dans cette histoire des doctrines médicales, je ne cherche pas à faire briller le présent au détriment du passé , ni à me faire valoir aux dépens des maîtres, je juge les choses en médecin et non en critique ou en érudit. Au point de vue médical, toute cette partie du livre de Frédéric Holfmann est de la vraie et bonne pathologie générale.
La fin de la Médecine raisonnée , environ quatre volumes, est consacrée à la thérapeutique, faite d'après les indications tirées du diagnostic et des mouvements maladifs du corps. Partant de cette idée physiologique que l'intégrité du mouvement circulaire est la cause prochaine de la santé, et que la lésion de ce mouvement produit les maladies, le méthodiste reparaît, Hoffmann admet que ce mouvement peut être dérangé de quatre manières : 1° par un état
(i) Loc. cit., chap. ix, tom. V, p. 329.
spasmodique universel; 2° par un état spasmodique partiel; 3" par des mouvements convulsifs et 4° par l'atonie. Cela fait autant de classes de maladies.
La première classe produite par un état spasmodique universel, renferme toutes les fièvres, les hémorrhagies critiques et symptomatiques, toutes les maladies inflammatoires, les catarrhes, les diarrhées séreuses, la salivation mercurielle, les rechutes dans les maladies, la rétrocession des exanthèmes et les accidents de suppression des hémorrhagies.
La seconde classe renferme celles que produit un spasme particulier. Elle comprend la douleur de tête et autres parties, les effets nuisibles du spasme des vaisseaux excrétoires de la peau, du canal intestinal, des canaux biliaires et urinaires, du gosier, de la trachée du larynx, du cerveau et de la moelle.
La troisième classe comprend les convulsions universelles, les convulsions des membres, l'asthme, le hoquet, l'éternument, le vomissement, le choléra, la diarrhée, les rots, l'avortement et l'accouchement.
La quatrième classe comprend les effets de l'atonie, tels que la syncope, la défaillance, la goutte sereine, le vertige, la surdité, l'aphonie, le catarrhe suffoquant, l'incontinence d'urine, et enfin toutes les maladies que l'atonie produit dans les poumons, le foie, la rate, l'utérus, les reins, la vessie, les vésicules séminales.
Tout cela est exposé à un point de vue général et sans que l'auteur précise beaucoup sa pensée, puis comme il n'est pas exclusif, il aborde des sujets moins délicats, qui sont : — Y altération des fluides déterminée par la mauvaise disposition des solides; — les effets de la faiblesse originelle ou accidentelle, sur la production des maladies; — Yètude du pouls, où se retrouve un peu d'iatro-mécanisme; — le pronostic d'après la saignée ou l'inspection des urines; — les crises et les jours critiques, qui sont un reflet du naturisme d'Hippocrate; — enfin la thérapeutique comprenant la vertu des médicaments, les quatre principaux genres de médicaments appelés évacuants, fortifiants, sédatifs et spécifiques, la saignée, les bains, etc.
Au point de vue des doctrines, il y a de tout dans Hoffmann; et pour quelques médecins, il est plus facile de dire ce qu'il n'est pas que ce qu'il est. On peut le considérer comme étant naturiste par ce qu'il dit de la nature médicatrice et de la terminaison naturelle des maladies (tom. VIII, page 107); anatomiste, par son enthousiasme pour les découvertes anatomiques de son temps, auxquelles
il emprunte sa définition de la vie; chimiâtre et mécanicien par ses idées physiques et chimiques appliquées à la médecine; enfin, méthodiste par ses idées sur le spasme et sur l'atonie, dont la présence détermine les maladies sans les constituer. En effet, comme je l'ai montré à l'occasion du texte de sa pathogénie, on voit que le côté original de cet écrivain est tout entier dans le principe dichotomique de l'irritabilité des tissus créant leur état spasmodique ou atonique. Il n'y a qu'une chose qu'il ne soit pas, c'est animiste. Sur ce point, il est aussi net qu'il soit possible de l'être sans mauvaise humeur et avec toute la déférence d'un esprit cultivé pour le principe de la vie morale auquel il doit sa supériorité sur les bêtes.
S'il me fallait dire ce qu'a été Hoffmann en dehors du méthodisme, j'en ferais volontiers un éclectique, mais je m'aperçois que ce serait alors la conclusion à porter sur tous les hommes de notre temps dont on se hâte légèrement de caractériser les tendances doctrinales par un mot; reste à savoir si ce mot est bien juste et s'il ne sert pas à calomnier un individu en le plaçant dans une opinion systématique qu'il voudrait être libre de répudier.
Chez les anciens, les systèmes de médecine étaient plus absolus et plus bornés que de notre temps, aujourd'hui tous se fondent plus ou moins dans un vaste éclectisme, motivé par l'étendue des connaissances anatomiques, physiologiques, chimiques et mécaniques. On y trouve une prédominance d'idées naturistes, organiciennes, méthodistes et empiriques, mais il n'y a plus de place pour les doctrines absolues, systématiques, telles qu'on ne les rencontre qu'aux temps reculés de l'enfance des peuples.