DE L'INFLAMMATION
« C'est par une inflammation qui détruit avec plus ou moins de promptitude un ou plusieurs des viscères essentiels à la vie, que le plus grand nombre des hommes périt. Tout praticien habitué à contempler les ruines de cet admirable édifice, qu'il n'a pu empêcher de s'écrouler, est pénétré de cette vérité. Si nous parcourons l'immortel ouvrage de Morgagni, nous y retrouvons, à chaque instant, des traces non équivoques d'inflammation (1). Si nous interrogeons les hommes en proie à quelque affection chronique, la plupart nous accusent une douleur fixe et permanente de quelque partie interne; tandis que la fièvre, le dépérissement dans lequel nous les voyons, nous font trop souvent pressentir qu'ils périront par les suites de la désorganisation pblogistique d'un viscère Si nous portons un œil attentif sur les symptômes des maladies aiguës, ils se réduisent, le plus communément, à un trouble de la circulation
(1) 11 s'en faut bien pourtant que ces traces aient toujours été appréciées à leur juste valeur. {Noie de Broussais.)
accompagné d'une fièvre locale plus intense, avec tuméfaction et rougeur de l'organe, s'il est visible; s'il ne l'est pas pendant la vie, on peut, après qu'elle est éteinte, se convaincre que la tuméfaction existe. »
« Voilà l'histoire abrégée d'une très-grande partie des maladies qui affligent notre espèce : elle nous fait sentir combien les phlegmasies sont communes. Est-il donc hors de raison d'oser mettre en problème, si elles sont parfaitement connues, les lumières d'une étude plus approfondie de ces maladies? »
« 1° Quelle idée doit-on se faire de l'inflammation? 2° Quelle modification ce phénomène reçoit-il des différences de tissus et de propriétés vitales? 3° Quelle influence l'inflammation exerce-t-elle sur les fonctions en général? Telles sont les questions qu'il faut nécessairement traiter avant d'entreprendre l'histoire des inflammations chroniques de chaque viscère en particulier. »
1° Idée générale de l'inflammation.
« Tumeur, rougeur, chaleur, douleur, tels sont les phénomènes que Ton regarde comme les caractères fondamentaux de l'état inflammatoire. Nous ferons quelques réflexions sur cette définition, et nous rechercherons s'il ne serait pas plus avantageux de considérer l'inflammation sous un point de vue plus étendu. »
ce La modification vitale qui produit ces quatre phénomènes a son siège dans les vaisseaux capillaires de la partie malade, et dépend manifestement de l'augmentation de leur action organique. L'inflammation est donc primitivement l'effet d'un surcroît de cette action. Cependant on est forcé de convenir que toute augmentation, même considérable, des mouvements organiques, ne produit pas les quatre phénomènes qui distinguent, nous dit-on, la phlegmasie. Leur existence est subordonnée à la structure, à la vitalité des parties où le mouvement organique est accéléré. Ainsi, à moins que nous ne voulions forger autant de dénominations qu'il y a de différences dans les résultats de l'augmentation vicieuse de l'action des capillaires dans les différentes parties du corps, nous devons considérer l'inflammation sous un point de vue infiniment plus étendu que nous n'avons osé le faire. Appliquons ce raisonnement aux faits. »
« Cette modification, que nous disons consister dans un surcroît d'action organique, a son siège dans les vaisseaux capillaires de la partie malade; mais comme ces capillaires donnent passage à des fluides différents, et que leur degré de susceptibilité varie beaucoup, la couleur du faisceau tuméfié, qui dépend de l'accumulation des
fluides, et la douleur, qui n'est que l'altération de la sensibilité, sont également très-variables. »
a. Lorsque les capillaires irrités peuvent admettre le sang tout entier, la tumeur est rouge. Comme les tissus où dominent les capillaires sanguins sont les plus sensibles, les tumeurs rouges inflammatoires sont les plus mobiles et agissent très-promptement sur leurs fluides, les tumeurs inflammatoires sanguines sont aussi celles où les changements chimiques sont le plus accélérés. Le sentiment de chaleur est l'effet immédiat des changements chimiques; les tumeurs inflammatoires sanguines sont donc encore celles où ce sentiment devient le plus souvent incommode. La rougeur et la chaleur ne sont donc point des caractères essentiels de l'inflammation en général : j'y vois plutôt des signes qui marquent le degré de l'inflammation sanguine. »
« Puisque le fluide sur lequel agissent les capillaires irrités n'est pas toujours le même, puisque le degré d'irritation varie, les changements chimiques qui sont subordonnés à ces deux conditions doivent offrir de grandes différences. Les produits matériels de l'inflammation doivent donc aussi nous paraître sujets à beaucoup de variétés.
Ainsi, l'inflammation présente une infinité de nuances qu'il peut encore être utile d'étudier, malgré les travaux et les recherches sans nombre auxquels ce phénomène a donné lieu. Nous pourrons ensuite essayer d'en rectifier la définition. »
II. MODIFICATION DE L 'INFLAMMATION SELON LES DIFFÉRENCES DE TISSUS ET DE PROPRIÉTÉS VITALES DU LIEU AFFECTÉ.
« Examinons d'abord l'inflammation dans les faisceaux capillaires où elle se montre avec le plus d'énergie, et suivons-la graduellement jusqu'à ceux où elle paraît avec le moins d'intensité. Dans chacun de ces faisceaux, commençons par l'état le plus aigu, et arrêtons-nous au point où commence la chronicité. Nous reprendrons de là pour suivre la phlogose dans ses nuances les plus obscures. »
lu L'inflammation aiguë considérée dans le tissu cellulaire général, et dans les parenchymes riches en capillaires sanguins.
« Quand un faisceau plus ou moins étendu, plus ou moins épais de capillaires sanguins, concourant à la formation des tissus cellulaires et des parenchymes, est dans un état très-violent d'inflammation, il
y a véritablement tumeur, rougeur, chaleur et douleur, il existe très-manifestement accumulation de sang dans la partie malade, et plusieurs expériences semblent prouver que ce sang est difficilement échangé avec celui qui circule dans le reste de l'appareil circulatoire. »
«Cette action extraordinaire peut cesser dans son principe et avant d'avoir acquis le degré d'énergie dont nous la connaissons susceptible. Ce changement s'annonce par la diminution de la douleur, et tout ce qui la calme tend à le provoquer. Dans la même proportion diminuent la rougeur, la tuméfaction, et la partie ne conserve aucune trace du mouvement morbide dont elle a été le siège. C'est la délitescence . »
« Lorsque cette disparition prématurée de l'inflammation est suivie du renouvellement de ce phénomène dans une partie, on la nomme métastase; on la considère comme une répercussion lorsqu'elle suit l'effet des médicaments qui agissent en diminuant la sensibilité de la partie et resserrant ses vaisseaux ; enfin, c'est une résolution aux yeux de ceux qui ont énervé peu à peu la vigueur inflammatoire par les saignées et les émollients. Quoi qu'il en soit, ce sera toujours pour nous la cessation du mouvement inflammatoire avant qu'il ne soit parvenu à son summum, et sans aucune altération appréciable des fluides ni des solides de la partie malade. »
« Si l'inflammation continue au lieu d'avorter, si les vaisseaux sont dans une action extrêmement violente, le faisceau tout entier peut perdre sa vitalité dans le moment de sa plus grande irritation; et du mouvement vital, la partie semble passer au mouvement de putréfaction, et ne nous présente plus qu'une masse noire, déjà fétide, que l'on appelle escarre. »
« Telle est la gangrène que Ton attribue communément à l'excès d'inflammation. Nous ne chercherons point à déterminer si la mort des capillaires phlogosés précède la décomposition des fluides, ou si l'excès d'animaMsation, ou la qualité délétère de ceux-ci, détruit d'abord l'activité vitale des solides. Nous croyons l'un et l'autre mécanisme également possibles et même probables dans certaines circonstances. »
« Mais il est une autre gangrène quia lieu après une inflammation légère et momentanée ; quelquefois même l'irritation ne va pas plus loin que la douleur; la rougeur passe au violet et au noir, sans qu'il paraisse ni gonflement ni chaleur. La gangrène dite sénile, celle des pustules malignes, celle des escarres de la peau dans les gastroentérites aiguës appelées fièvres de mauvais caractère, etc., ne sont-elles pas autant d'exemples de ces inflammations qui semblent
avorter dès ieur début, en laissant les faisceaux capillaires dans un mortel engourdissement? Ne voit on pas que, chez certains sujets, la phlegmasie se maintient plusieurs jours dans le degré qui donne la rougeur; que, chez d'autres, elle arrive presque à celui de la suppuration avant de se terminer par la gangrène; qu'enfin tous les médicaments qui ont la propriété d'émousser la sensibilité provoquent aisément la gangrène, si on les applique imprudemment sur les phlogoses des personnes débilitées par de longues maladies? »
« La gangrène, ainsi considérée, suppose donc toujours un mouvement inflammatoire préexistant : elle est donc une des terminaisons de la phlogose. »
« Les capillaires sanguins enflammés sont encore sujets à une autre espèce de torpeur qui transforme la tumeur en une masse rouge, rénitente, en apparence inorganique. Dans le poumon, cet état s'appelle camification, hépatisation ; dans les inflammations cutanées et les phlegmons cellulaires, on le nomme callosité. Je le désignerai par le nom d'induration rouge. Ce changement n'est pas toujours une désorganisation. Si on laisse macérer dans l'eau, et qu'on lave à plusieurs reprises des morceaux de poumon hépalisés, on les fait redevenir perméables à l'air. J'ignore si, pendant la vie, les poumons reviennent de cet état d'induration; mais quelques observations m'invitent à croire qu'il est compatible avec l'existence pendant un temps assez considérable : dans ce cas l'induration rouge diffère essentiellement de la gangrène. D'un autre côté, je dois noter que bien souvent on distingue au centre d'une masse hépatisée des traces évidentes de mort et de sphacèle, tandis que la circonférence n'oflre encore que les caractères de l'induration. Quant au tissu cellulaire endurci en rouge par la phlogose, on sait qu'il est susceptible de résolution. Au surplus l'on conçoit que l'excès de ces congestions amène enfin la dégénération du tissu enflammé. »
« Quand l'inflammation sanguine n'avorte ni en laissant la partie vivante, ni en la transformant en escarre gangreneuse; quand elle parvient à son summum, ce qui a lieu, terme moyen, du neuvième au quatorzième jour, on le voit ensuite décroître par degrés jusqu'au point de se dissiper entièrement. Mais pendant que cette seconde partie du cercle inflammatoire est parcourue par l'irritation, il se manifeste des altérations dans les fluides, et bien souvent dans les solides du lieu affecté. Alors on observe collection ou exsudation d'un liquide blanc, crémeux, sans odeur et sans âcreté, que l'on appelle pus. »
La collection de ce produit matériel de l'inflammation suppose
que la partie est celluleuse et peut se prêter à la dilatation et à une amplialion plus ou moins considérable. Elle a donc plutôt lieu dans le phlegmon cellulaire que dans les autres inflammations des faisceaux rouges, épais et énergiques. Aussi les abcès sont-ils plus communs dans ce tissu que dans les parenchymes. Au moment où elle s'achève, il n'y a plus d'irritation que celle qui dépend de la distension des parties, à moins de complication d'une autre phlegmasie. »
L'abcès présente à la fois altération des liquides et des solides. Le pus paraît être le résultat des changements chimiques qui sont produits dans la fibrine, la gélatine et l'albumine du sang, par l'irritation locale. Peut-être ce changement est-il une des causes de la diminution de cette action. »
« La collection de pus modifie le tissu où elle s'est faite, de telle manière qu'après la guérison il semble exténué, condensé, moins extensible, et que ces cellules, affaissées ou détruites, refusent de se prêter à l'accumulation de la graisse. Tel est le premier et le moindre degré de désorganisation qui puisse résulter de la phlegmasie. »
« Si le faisceau artériel dont l'inflammation décroît est distribué dans un parenchyme très-serré, peu propre à se prêter aux collections du pus, et si les vaisseaux aboutissent à des surfaces qui communiquent avec l'intérieur du corps, le produit matériel de l'inflammation est éliminé à mesure qu'il se forme et se confond avec l'excrétion de la membrane sur laquelle il est déposé : c'est ce qui arrive aux pneumonies qui se terminent par une expectoration résolutive. L'épaisseur d\i faisceau sanguin assimile cette phlogose au phlegmon cellulaire qu'elle surpasse en énergie, parce que le poumon est le plus sanguin de tous les viscères ; mais la disposition des vésicules bronchiques offre au pus une voie d'excrétion qui rend les abcès de cet organe plus rares que ceux du tissu cellulaire. »
« Le produit matériel de l'inflammation, soit qu'il se rassemble en abcès, soit qu'il exsude sur une surface communiquant avec l'extérieur, n'est assurément pas tout excrété immédiatement. Une partie, même très-considérable, de ce produit est résorbée et pénètre dans les voies de la circulation ; l'activité connue des vaisseaux absorbants, soit qu'ils se rendent dans le plus grand appareil de ce nom, soit qu'ils aboutissent aux capillaires veineux, nous le fait présumer ; l'état particulier des urines et des autres excrétions nous en donne la certitude. »
« Plusieurs auteurs, frappés de la présence d'un liquide blanc dans les urines, de la consistance et de l'odeur acide des sueurs, de Paug-
mentation d'excrétion des membranes muqueuses, à l'époque de la terminaison des phlegmasies qui ont atteint leur summum, n'ont pas hésité à prononcer qu'il y avait toujours puification, lors même que l'on n'apercevait ni collection ni exsudation purulente locale. Selon eux, la résolution n'est qu'une terminaison résorbée. Pour moi, je pense que si quelque chose peut distinguer la résolution de cette extinction précoce de l'inflammation que j'ai indiquée sous les noms de délitescence, de repercussion , etc., c'est l'altération des fluides qui ont formé la matière de l'engorgement et leur conversion en un liquide plus ou moins rapproché du pus des tumeurs phlegmoneuses. »
« Tels sont la marche et les effets les plus ordinaires de l'inflammation aiguë des tissus cellulaires et des principaux parenchymes ; mais lorsque la phlegmasie est peu intense dès son principe, ou lorsqu'après avoir été violente elle s'affaiblit et persiste dans un degré peu prononcé, les phénomènes que nous venons d'indiquer sont différemment modifiés, et l'on en observe d'autres. Mais nous ne pouvons nous livrer à cette recherche qu'après avoir suivi l'inflammation aiguë dans tous les tissus qui en sont susceptibles. »
Suit alors un exposé de l'inflammation avec ses caractères dans les tissus, puis Broussais arrive à l'étude des inflammations chroniques.
6° L'inflammation aiguë passant à l'état chronique dans les diflércnfs tissus.
« Lorsque l'irritation inflammatoire ne s'est point éteinte dans le principe pour former la délitescence ou la résolution, et, dans l'état plus avancé pour transformer la partie en escarre gangreneuse, cette irritation devient chronique. »
« La chronicité de l'inflammation reconnaît différentes causes que je ne saurais énumérer ici ; mais elles opèrent toutes par le même mécanisme : c'est toujours l'action continuée d'un stimulus qui empêche l'inflammation de se calmer. En effet, si le stimulus, qui a donné la première impulsion au mouvement inflammatoire, n'est point renouvelé dans la partie malade, ou si quelque autre ne lui est pas substitué, ce mouvement, qui ne peut avoir qu'une durée déterminée, ne saurait manquer de cesser; si donc on voit l'irritation persister, on peut assurer qu'il existe un stimulant local, et presque toujours il peut être aperçu par le médecin attentif; tantôt il vient de l'extérieur, tantôt il tient à la désorganisation produite par l'inflammation. En effet, lorsque le mouvement inflammatoire est perpétué dans un tissu vivant, il y produit différents désordres qui sont
subordonnés à son degré et à la nature des capillaires où il a établi son siège. »
« S'il règne avec une certaine énergie dans un tissu abondamment pourvu de capillaires sanguins, il se fait une suppuration chronique, comme dans les abcès fistuleux, ou un endurcissement rouge chronique, comme dans les pneumonies prolongées. Ces deux phénomènes se trouvent encore à différents degrés dans les autres organes où l'inflammation peut occuper le tissu cellulaire Dans les membranes, l'irritation prolongée avec quelque vigueur pendant un certain temps manifeste aussi une suppuration et un endurcissement rouge prolongé. Toutes les grandes plaies entretenues par des corps étrangers, des esquilles, des os nécrosés par les contusions répétées et par l'exercice de la partie, nous font également voir ces deux phénomènes qui tiennent encore beaucoup de l'état aigu. »
« L'irritation entretenue pendant longtemps à un degré modéré et même faible, dans les tissus qui contiennent des capillaires sanguins, tout en les altérant, agit quelquefois en même temps sur les tissus blancs. »
« La suppuration ou l'exsudation prolongée, l'épaississement rouge avec endurcissement, sont les traces de l'irritation chronique des capillaires sanguins. Tous les ulcères calleux, les hépatisations lentes des poumons, l'endurcissement chronique rouge des membranes longtemps stimulées, en sont la preuve. »
« On reconnaît que l'irritation chronique a été partagée par les capillaires lymphatiques à l'épaississement lardacé ou caséiforme, à l'aspect rougeàtre et grisâtre, inorganique, que l'on appelle squirrheux, à la dégénération cérébriforme, à celle qu'on nomme mêlanose, à cause de sa noirceur, etc. Les endurcissements sanguins et les endurcissements lymphatiques se trouvent fréquemment les uns à côté des autres, ou entremêlés dans les viscères et les tissus les plus sanguins, comme dans le poumon, dans le foie, dans le tissu sous-cutané et la peau, et même dans les membranes de toute espèce. Les endurcissements lymphatiques se rencontrent quelquefois en prédominance dans les tissus riches en capillaires sanguins, lorsque l'irritation y a régné longtemps et dans une nuance fort obscure surtout si le sujet est peu irritable et peu pléthorique ; mais si l'irritation s'établit dans un tissu où prédominent les capillaires lymphatiques, et si aucune cause ne la fait passer jusqu'aux capillaires sanguins, l'endurcissement lymphatique est le seul qui se remarque, du moins pendant un certain temps. »
« Afin de prendre une plus juste idée des désordres que l'irritation chronique a continué de laisser dans les tissus peu sanguins,
nous allons l'examiner dans les glandes lymphatiques, qui nous offrent des faisceaux de capillaires où prédomine la matière albumineuse. Nous rechercherons ensuite comment elle modifie les tissus où les capillaires non sanguins sont moins prédominants.
7U L'inflammation chronique considérée dans les capillaires propres des glandes lymphatiques.
« Les glandeslymphatiques proprement dites, en faisant abstraction du tissu qui les entoure, sont, en majorité, le produit de la réunion de plusieurs vaisseaux absorbants qui viennent s'y plonger chargés de fluides blancs. Il s'y rend aussi des vaisseaux sanguins et des nerfs, ce qui n'empêche pas que les vaisseaux blancs n'y prédominent. »
« Cependant, lorsque l'irritation s'y développe d'une manière aiguë, elles rougissent et même éprouvent la suppuration phlegmoneuse. Mais si l'inflammation y passe à l'état chronique, les glandes deviennent grisâtres, blanchâtres, quelquefois demi-transparentes, et dans cet état quelques médecins lui donnent le nom de tubercules crus. »
« Ce tissu peut persister longtemps sans aucun changement ; la délitescence et la résolution y sont difficiles; mais l'irritation peut s'accroître dans la masse déjà en partie désorganisée : alors, au lieu d'un liquide sus-animalisé, comme le pus du phlegmon, ou albuminoso-gélatineux, comme l'exsudation des membranes, elle donne pour produit une matière blanche, concrète, inodore, offrant assez exactement l'aspect et la consistance du fromage {état caséeux), plus disposée à s'acidifier qu'à se putréfier. »
« Cette matière se rassemble, le plus souvent, au centre de la glande, et s'accumule au point que celle-ci ne semble plus entourée que d'une espèce d'écorce qui paraît être de la même nature que la glande indurée. Enfin, il arrive une époque où il ne reste rien de ce qui pourrait rappeler le souvenir de la glande, et l'on ne voit plus qu'une masse blanche, entourée d'un tissu cellulaire, quelquefois même sans adhérence apparente, et comme plongée immédiatement dans les faisceaux capillaires et dans le tissu aréolaire du lieu. Quelquefois la matière se réunit en petits foyers isolés dans la glande, qui semble composée en partie de grains glanduleux, en partie de grains blancs-, mais l'accroissement de ces derniers finit toujours par faire disparaître le tissu glanduleux : on dirait qu'il se convertit en cette matière blanche que l'on est convenu d'appeler tuberculeuse. Lorsque la glande ne présente plus qu'une masse de cette nature, on lui donne le nom de tubercule ramolli ou cuit. »
« Quels que soient l'origine et le mode de formation de la matière tuberculeuse, on la voit souvent se ramollir à son centre, et se transformer en un fluide de la consistance et de la couleur de la crème, qui devient assez ténu pour être détaché de la portion consistante, et expulsé quand le tubercule communique avec l'extérieur. Il est probable aussi qu'il peut être résorbé. De cette manière les tubercules les plus gros disparaissent, et laissent à leur place une cavité qui se change quelquefois en ulcère dans les parenchymes. »
« Telle est la marche régulière de la phlogose chronique glanduleuse; mais quelquefois le produit de son irritation se combine diversement, et donne des substances calcaires, osseuses, cartilagineuses, etc. » (1).
« Pendant que les glandes lymphatiques s'altèrent et se désorganisent avec lenteur, la même irritation qui les dénature et qui réside ordinairement dans la membrane muqueuse voisine, lorsqu'il s'agit des viscères, se répand bien souvent dans toute l'atmosphère cellulaire environnante, ou dans le parenchyme tout entier, et y développe une foule de petites masses luberculeuses, qui sont probablement l'effet de la désorganisation des principaux faisceaux de capillaires lymphatiques. Ce désordre est quelquefois porté au point que des vastes portions de tissu cellulaire, ou des viscères tout entiers, sont transformés en une masse squirrheuse, blanche ou caséiforme. »
« Tels sont les effets de l'irritation chronique bornée aux capillaires destinés à la lymphe; ils annoncent que ces capillaires, prodigieusement développés, ont comprimé peu à peu les autres vaisseaux, et ont fini par éteindre leur activité et les réduire à une nullité presque absolue. »
« Ce genre d'altération est possible dans toutes les parties, surtout dans celles qui sont destinées à de copieuses sécrétions, parce que les lymphatiques y abondent; il suppose toujours que les capillaires sanguins y sont peu irrités. »
« Lorsque les glandes lymphatiques qui s'altèrent sont plongées dans un tissu cellulaire et graisseux, si les capillaires sanguins y sont languissants, il survient à ce tissu une sorte d'altération particulière, assez rapprochée de celle des faisceaux lymphatiques purs et simples : c'est ce qui va maintenant nous occuper. »
(1) Toute cette théorie de la transformation de l'Exsudat inflammatoire en matière casêeuse et tuberculeuse est exactement celle des histologistes actuels, qui ont emprunté leurs idées à Broussais {Note de M. Bouchut.)
8° L'inflammation chronique, considérée dans les'capillaires du tissu cellulaire, et des organes où ce tissu peut se développer.
Le tissu cellulaire ne suppure pas toutes les fois qu'il est le siège d'un point d'irritation chronique, comme à la suite des abcès et dans les plaies avec délabrement, et avec foyers pénétrant entre les muscles, etc. Dans ces cas, que nous avons déjà notés, l'inflammation se perpétue dans les capillaires sanguins. Il en est d'autres où elle semble bornée aux capillaires blancs, indépendamment de l'affection simultanée des glandes et des faisceaux lymphatiques; c'est du moins ce que j'ai cru devoir conclure de l'examen de ce genre d'altération qui a reçu des modernes les noms de tissu lardacé, tissu squirrheux, ou encéphaloïde. »
« La dégénération lardacée est cet état des parties de notre corps qui présente à la coupe un aspect jaunâtre et compacte, comme la graisse rancie du porc. Ces tissus, ainsi que les deux autres, sont durs et résistants; souvent on n'y voit point de vaisseaux sanguins; si l'on en dissèque un grand nombre, on finit par s'assurer que cet état dépend de l'accumulation, dans les mailles du réseau cellulaire, d'une matière concrète dont la couleur et les autres attributs varient beaucoup : ainsi on trouve des pelotons graisseux, jaunes, d'autres blancs, d'autres qui ressemblent au suif (1); on rencontre des espèces de masses fibrineuses, albumineuses (2), caséiformes (3), des fluides de consistance mielleuse ou lymphatique, et des glandes tuberculeuses, ou de petits dépôts de matière tuberculeuse, de forme irrégulière. »
« Tous ces fluides sont tenus dans un tissu transparent, lamelleux, de la nature des membranes séreuses ou du tissu cellulaire; mais il n'est point rare de rencontrer aussi, dans la masse désorganisée,
(1) Cette matière, que je comparais au suif, me parait correspondre à ce qu'on a appelé depuis tissus encéphaloïdes, et qui peut être le résultat du ramollissement du squirrheux. Je persiste à croire que ce sont là des sécrétions morbides, produit de l'irritation, et non des tissus. (Note de Broussais en 181)8.)
(2) Ces masses dites ici albumineuses, correspondent au prétendu tissu squirrheux, imitant la couenne de lard et dit lardacé par les auteurs. Le mot laidacé n'est ici appliqué qu'à la graisse dégénérée. La degénération squirrheuse n'est pas plus un tissu que l'encépbaloïde : ce sont des sécrétions morbides qui se font dans les tisssus naturels. (Note de Broussais en 1838.)
(3) Le caséiforme est le détritus de la matière tuberculeuse, possible, ainsi que le tubercule, partout où il existe des tissus lamelleux et séreux, comme dans les faisceaux cl les glandes d'absorption dans les parenchymes, dans les us, etc, etc. (Noie de Broussais en 1S3S.)
des tissus plus épais et d'aspect fibreux, ligamenteux ou tendineux, qui donnent beaucoup de consistance à la tumeur. »
« Ces dégénérations fibro-cartilagineuses sont propres au tissu cellulaire : lorsqu'elles semblent envahir les muscles, les ligaments, les cartilages et les os, c'est par le moyen des lames celluleuses qui s'introduisent dans le tissu propre qu'elles y pénètrent, comme nous avons dit que l'inflammation rouge parvenait à s'y introduire. Voici ce qui me conduit à cette opinion :
« Lorsque les muscles, les parenchymes celluleux sont lardacés, etc., le tissu cellulaire qui s'y insinue l'est aussi, et la maladie a commencé par lui. Dans ce cas, les vaisseaux sanguins et le tissu propre de l'organe sont, pour ainsi dire, étouffés. — Lorsqu'au contraire l'irritation des capillaires rouges a prédominé, tout est sanguin dans le tissu cellulaire comme dans le propre : l'irritation a commencé dans le tissu cellulaire environnant l'organe; les vaisseaux ainsi que les fluides blancs, sont considérablement amoindris ou totalement éclipsés. Dans le premier cas, tout est devenu vaisseaux blancs; dans le second, tout paraît avoir été transformé en vaisseaux rouges. »
« Si l'irritation persiste longtemps, et à un faible degré, dans les membranes, elle les altère diversement, selon l'ordre des capillaires où elle a établi son siège. L'irritation peut tenir longtemps dans les faisceaux rouges de la peau; il en résulte un épaississement rouge, et quelquefois une suppuration à peu près analogue à celle du tissu cellulaire. Si elle réside dans les excréteurs, ses effets sont des sueurs, des pustules croûleuses, des exsudations, des vésicules de forme scabieuse, herpétique, teigneuse, etc.; toutes ces variétés tiennent à l'extrême susceptibilité de la peau, au grand nombre d'excitants qui peuvent la modifier, à la complication de son tissu, et aux qualités diversement stimulantes des fluides qu'elle sécrète. »
« Mais si l'irritation est fixée sur les faisceaux blancs et lymphatiques, la peau s'épaissit et devient lardacée (1), comme les autres tissus dont nous venons de parler. Lorsque le tissu cellulaire souscutané éprouve le premier celte désorganisation, la peau finit souvent par y participer en se résolvant en feuillets celluleux. »
9° L'inflammation chronique considérée dans les tissus des membranes.
« Dans les membranes muqueuses, l'irritation chronique produit l'endurcissement rouge, les fongosités, qui en sont une variété, et
(1) Ce lardacé correspond au squirrheux des anatomo-pathologistes qui l'appellent aussi lardacé, et non pas à notre graisse dégénérée à laquelle nous donnions alors le nom de lardacé. (Note de Broussais en 1838.)
des altérations du fluide excrété, qui varient beaucoup moins que dans la peau. La dégénération lardacée, la squirrheuse, l'encéphaloïde, se rencontrent aussi, 1° dans les endroits où le tissu cellulaire qui unit la muqueuse à l'organe sous-jacent est extensible, c'est-à-dire dans les organes creux, qui changent souvent de forme pour se prêter à la dilatation qu'y occasionnent certains corps; 2° dans les points où ces membranes sont renforcées par un réseau capillaire sanguin très-intimement uni à des vaisseaux blancs au moyen du tissu cellulaire : tels sont le cardia, le pylore, îe col de la matrice, et l'ouverture externe des muqueuses en général. »
« Le plus ordinairement les muqueuses ne se résolvent point en tissu lardacé; mais ces tissus, et tous ceux qui portent le nom de squirrhe, de carcinome, sont presque toujours précédés de l'inflammation chronique de la muqueuse à laquelle ils sont adossés, et celle-ci présente ordinairement alors des ulcérations qui pénètrent quelquefois jusque dans la masse dégénérée. Au surplus, quand la membrane muqueuse n'est pas ulcérée, elle est au moins phlogosée. C'est un fait dont j'ai fini par acquérir la conviction. Il se développe quelquefois, dans la propre substance de ces membranes , des endurcissements blancs , mais qui sont rarement simples, et paraissent commencer dans les glandes destinées à fournir la mucosité.
Les séreuses chroniquement irritées s'épaississent et rougissent, en laissant exsuder une matière qui varie beaucoup lorsque l'irritation est vraiment inflammatoire; mais si elle est 'faible, obscure et qu'elle dure longtemps, la membrane tout entière paraît transformée en un tissu blanc, qui ressemble au cartilage nu au fibrocartilage, et qui même quelquefois nous présente un aspect lardacé et des dépôts tuberculeux et osseux plus ou moins près de la surface libre. Chez un grand nombre de sujets la couleur rouge de l'état aigu se change en noire dans toute l'étendue du péritoine. Cette couleur est due au sang, et la cavité est aussi parfois inondée d'une sérosité noirâtre, et présente des caillots de sang noir. »
« Quelquefois la désorganisation porte moins sur la membrane proprement dite que sur le tissu sous-jacent, qui, par l'engorgement de ses cellules, offre une couche lardacée très épaisse. Plus le tissu postérieur est lâche et fait pour se prêter aux changements de configuration des viscères, plus la désorganisation blanche est marquée après les irritations longuement soutenues dans un faible degré. Il faut aussi noter que plus la désorganisation blanche et lardacée est considérable, plus la matière exsudée, dite le pus, est épaisse,
caséiforme, et rapprochée de la matière tuberculeuse. Il n'en est pas ainsi si la dégénération de la séreuse est cartilaginiforrae. »
Après avoir ainsi montré par l'analomie pathologique les caractères de l'inflammation des différents tissus dans les formes et dans les terminaisons variables qu'elle présente à l'état aigu et à l'état chronique, ainsi que le rôle de l'irritation dans les phénomènes inflammatoires, ce quia été reproduit par l'auteur de la Pathologie cellulaire (Voyez Cellularisme), Broussais s'occupe de l'ulcération. — Il la sépare de la phlogose proprement dite qui est l'irritation des capillaires sanguins, mais c'est un phénomène consécutif à l'inflammation, et il est occasionné par une irritation spéciale des vaisseaux blancs lymphatiques.
D'après lui, l'ulcération de la phlogose aiguë et manifestement sanguine, tend piomptement à sa terminaison; celle de la phlogose sanguine combinée avec l'irritation des faisceaux blancs est d'autant plus rebelle et plus rongeante, que les capillaires rouges sont dans une action plus considérable, c'est-à-dire qu'il y a plus d'irritation, pourvu toutefois qu'il n'en résulte pas une escarre gangreneuse , dont la chute pourrait ramener la surface ulcérée à l'état de plaie simple. Celle des parties lardacées où l'irritation sanguine paraît le plus faible est rare et fait peu de progrès. Il résulte de ces trois proportions : 1° que l'irritation des capillaires sanguins seule ne produit point les ulcères rongeants et le cancer; 2° que l'irritation des capillaires blancs peut donner lieu à ces affections; 3° que la réunion des deux irritations dans le même tissu communique à ces ulcérations le plus haut degré d'activité dont elles soient susceptibles.
Vient ensuite l'étude des effets de l'inflammation sur les fonctions et de la cause de l'inflammation qu'il rapporte à la douleur résultant de l'irritation. — Mais là, Broussais, qui a la prétention d'être très-net, ce dont on peut juger par les extraits qui précèdent, paraît fort gêné dans ses déductions. — On voit qu'il est forcé de reconnaître que la douleur n'est pas le principe constant de la phlogose et que, si dans la stimulation venant de V extérieur la douleur est assez fréquente, elle est très-variable, souvent très-faible et parfois absolument nulle. — Cela ne l'empêche pas de conclure en disant : « C'est donc la douleur qui est la cause provocatrice la plus « puissante des phlegmasies. Il est donc très-exact de dire que les « troubles sympathiques sont, aussi bien que les désordres locaux, « en raison directe de la douleur. » — Maintenant, comme seconde cause d'inflammation, Broussais parle de la stimulation venue de
l'intérieur, dont il admet l'effet, par analogie, en concluant d'après les résultats produits par un irritant extérieur. — Là encore, il croit à l'intervention de la douleur comme origine des phénomènes locaux congestifs de la phlogose et il s'écrie (1) : « La douleur préside donc à la formation de toutes les inflammations. » C'est là une conclusion erronée, en désaccord avec l'observation des malades et qui atteste que la doctrine de l'irritation telle que la comprenait Broussais n'est pas exacte. — Broussais a hase tout son système sur cette idée que la stimulation produisant la phlogose est perçue par le malade, qu'elle est douloureuse , que c'est dans le sens vulgaire du mot une irritation comparable à l'épine enfoncée dans les chairs, et que c'est cette irritation qui produit soit l'engorgement des capillaires sanguins, soit l'engorgement des capillaires lymphatiques. — De là, l'irritation comme cause, l'inflammation avec ses phénomènes matériels comme effet, et les adoucissants, émollients, narcotiques et antiphlogistiques comme thérapeutique. — C'est là une grande erreur qui se reproduit sans cesse depuis qu'après avoir découvert la sensibilité on en a fait l'attribut du système nerveux et que l'on regarde le mot de sensibilité comme entraînant toujours l'idée de sensation consciente. L'irritabilité de Haller, l'incitabilité de Brown, l'excitabilité des physiologistes, l'irritation de Broussais impliquent toujours l'idée d'un irritant produisant des perceptions, et il faut arriver à Bichat pour voir la sensibilité autrement considérée et divisée en deux espèces : l'une dite animale consciente donnant lieu à des perceptions et l'autre organique ou sensibilité insensible destinée à la nutrition et à la vie inconsciente des tissus. — C'est ce que j'ai appelé Vimpressibilité pour l'opposer à la sensibilité ordinaire et pour éviter de dire sensibilité insensible ou sensibilité inconsciente.
Tant qu'on fera des agents nécessaires à l'entretien de la vie ou des corps qui troublent la santé des irritants, on sera tenté de combattre les maladies par les contraires, c'est-à-dire par les contre-irritants, de là les erreurs de Basori et de Broussais, mais si laissant là l'irritation, on ne se préoccupe que de Pimpressibilité ou faculté inconsciente de sentir, indépendante du système nerveux, attribut de la matière vivante ou simple propriété vitale, on ne fera pas jouer à cette impressibilité un rôle absolu dans la pathogénie et dans la thérapeutique. C'est évidemment par l'impressibilité et par les impressions morbifiques que s'engendrent toutes les maladies dont l'homme peut être affecté, mais ce n'est plus là une question de
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quantité, plus ou moins d'incitation selon Brown, et plus ou moins d'irritation d'après Broussais. — Non, les organes ressentent les impressions extérieures et d'après la nature de l'impression, qui est presque toujours inconsciente, à moins qu'elle ne soit associée à un acte de sensibilité animale, l'organe réagit selon la nature de son tissu et produit l'une ou l'autre des maladies connues. C'est ce qui m'a permis de dire : « Aucune altération de la structure du corps ne se produit sans une impression préalable » et, en d'autres termes : « Toutes les maladies ne sont que des impressions transformées. »
Ce que Broussais dit de l'inflammation en général se retrouve dans les différents cbapilres qu'il consacre au catarrhe, à la pleurésie, à la pneumonie, à la pbthisie, à la gastrite, etc. — C'est partout l'irritation produisant l'inflammation aiguë ou l'inflammation chronique et, par celte dernière, les dégénérescences organiques qui forment les maladies organiques. Un instant on a cru que Broussais s'était trompé, mais l'histologie moderne ou, plutôt, le microscope est venu réhabiliter ses recherches et leur donner raison. Non, il n'est pas vrai que le cancer et le tubercule et la matière caséiforme ou caséeuse et crétacée, soient des produits morbides composés d'éléments de nouvelle formation. — Broussais avait vu juste en les considérant comme des transformations ou des métamorphoses des exsudations inflammatoires, et il avait vu en grand dans les organes ce que les médecins de notre temps, avec Virchow, ne voient plus qu'en petit dans les éléments cellulaires qui composent ces organes.
Si Broussais n'avait pas poussé son système aussi loin , dans ses conséquences pratiques; s'il n'avait fait que de la théorie et s'il n'avait pas voulu instituer une thérapeutique, aussi fortement débilitante en rapport avec ses idées doctrinales, peut-être aurait-il eu la joie de voir durer sa réforme, mais il a eu le tort de croire que la nature phlegmasique d'une lésion devait.entraîner forcément l'usage d'une médication antiphlogistique ayant pour base la déplétion sanguine. — Cela l'a conduit à traiter d'un façon exagérée la plupart des maladies qu'il croyait être des inflammations par la diète, par la saignée et par des sangsues, ce qui affaiblissait outre mesure les malades et ce qui leur faisait souvent plus de mal que de bien. Là est la cause de l'abandon du système. — Si Broussais avait tenu compte des efforts de la nature qui guérissent bien des maladies, et s'il avait su que l'état des forces mérite d'être pris en considération, avant l'état local inflammatoire , il aurait vu que même en admettant sa doctrine étiologique, on pouvait ne pas en déduire sa
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médication antiphlogistique, car il y a des cas où pour combattre une phlegmasie aiguë ou chronique le quinquina et les toniques valent mieux que la diète et la saignée. Sous ce rapport Brown avait raison contre Broussais bien que celui-ci l'emportât sur l'autre au point de vue de l'étude physiologique des maladies. — Il faut admettre la doctrine de Broussais, moins sa thérapeutique, et prendre beaucoup dans la thérapeutique de Brown sans accepter sa nosologie. Eu jugeant ainsi les choses on est, je crois, très-près de la vérité.
Maintenant, comment se fait-il que Broussais soit généralement classé parmi les méthodistes, bien qu'il n'ait pas formulé de dichotomie nosologique. Il est facile de le dire et cela peut s'expliquer aisément. — Sa doctrine de l'inflammation et de l'irritation impliquant l'idée que toute maladie était plus ou moins inflammatoire et devait être combattue un peu plus ou un peu moins par les anliphlogistiques, et qu'en outre il y avait des maladies produites par l'affaiblissement qui résulte des pertes de sang ou des sécrétions abondantes, on en a conclu que son système était l'analogue de celui de Themison et de Brown et qu'il y avait entre ces médecins une parenté très-évidente. La conclusion est plus vraie en apparence qu'en réalité et, si je devais caractériser Broussais, j'en ferais un solidiste exagéré sorti de l'école anatomique ou, si l'on veut, un chef important de Tanatomie pathologique moderne. — Son positivisme et sa physiologie pathologique le rapprochent bien plus de cette école que de celles qui ont pour drapeau des propriétés chimériques d'organisation que Broussais repoussait de toutes ses forces sous le nom d'Ontologie.