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DE L'IATRO-MÉCANISME EN FRANCE

lions qu'on puisse trouver. Ainsi, pour en prendre une idée il suffit de savoir qu'il admettait que la forme pyramidale et rhomboïdale des oreillettes permettant le facile afflux du sang les dispensait d'une force musculaire très- grande; — que le sang veineux moins dense que le sang artériel montait dans les veines pendant la systole comme dans les tubes capillaires sans le secours des valvules qui n'étaient qu'un renforcement du vaisseau; — que les sécrétions dépendaient en outre du diamètre des courbures ou des flexuosités vasculaires de l'attraction exercée sur les molécules du sang dont la densité se rapprochait de celle du vaisseau absorbant, etc.

Chreiber, 1731, de Leyde, élève de Boerhaave auquel on doit une dissertation de l'irritabilité de la fibre, des recherches sur le fer contenu dans le sang et d'incroyables calculs sur la force du cœur, sur la vitesse du sang évalué à 48 pieds par seconde, etc.

Godefroi Brendel, 1711-1758, auquel on doit des calculs sur le nombre des molécules qui composent un globule du sang.

Kruger, 1715-1760, maître de Sprengel (p. 188), iatro-mécanicien, qui partageait la plupart des opinions de son école, sauf la réalité des calculs de Borelli et qui se montra fort partisan de l'application des lois de l'attraction à l'étude du cours du sang et des sécrétions.

Neifeld, de Lublin, 1751, iatro mécanicien partisan du rôle de l'attraction et des courbes vasculaires dans l'acte sécrétoire auquel on doit cette singulière analyse des sécrétions : que lorsque des humeurs de différente densité circulent dans les vaisseaux sécrétoires de diamètre inégal, « leur vitesse est égale à la racine des orifices multipliés par la densité (tome V, p. 191). »

DU SYSTÈME IATRO-MATHÉMATIQUE ET IATRO-MÉCANISME EN FRANCE OU IATRO-MÉCANISME STAHL1EN

En France, soit à Montpellier, soit à Paris, où la Ghimiatrie semblait conserver plus de faveur, l'Iatro-mécanisme n'a eu qu'un très-médiocre succès. Pour en propager les principes, il eût fallu de plus sérieuses habitudes d'esprit et de plus profondes connaissances mathématiques ou physiques qu'il n'en existait alors chez les médecins français. — Le goût des hypothèses chimiques, malgré les critiques de Guillemeau et de Levasseur, était trop répandu surtout à Montpellier pour qu'on laissât s'introduire l'Iatro-mécanisme, qui avait la prétention de lui substituer les données précices du calcul et de la mécanique. Les écrits de Pierre Fabre (1), de Ch. Barbey-

(I) Sapienlia universalis, Francfort, 1G56.

crac (1), de Calmette (2), de Blegny (3), de Jean Pascal (4), de Jacques Minot (5), de Vieussens (6), Andry (7), François Bayle(8), d'Astruc, de Falconet, etc., dominaient généralement et il fallut tous les excès du système chimiatrique pour que l'Iatro-mécanisme puisse se faire jour. On cite cependant des chimiatres qui, ne voyant pas d'incompatibilité entre les deux systèmes, pensaient avec raison qu'on n'en sait jamais trop en médecine et qui tentèrent de les allier ensemble comme l'avaient entrepris déjà beaucoup d'Iatro-mécaniciens d'Italie et d'Angleterre. Pierre Chirac entre autres fut, à ce qu'il paraît, tellement frappé de l'importance des recherches iatromécaniques qu'il légua à la ville de Montpellier une somm e de trente mille livres destinée à fonder deux chaires, dont l'une devait être consacrée à l'explication des recherches de Borelli.

Ce qui caractérise surtout l'Iatro-mécanisme français c'est en général, l'absence des calculs mathématiques, ses affinités chimiatriques et ses tendances animistes et vitalistes. Ainsi , Claude Perrault dans la mécanique des animaux accompagnée de beaucoup de planches gravées [Œuvres de Perrault, tome III) ne fait aucun calcul et, après des réserves en faveur de l'âme (9), se borne à expliquer le jeu de la machine humaine par les actions mécaniques et par la Chimiatrie. — Il est le premier qui ait expliqué la produclion de la voix par la vibration des ligaments du larynx. — Il en est de même deDodart (10) qui développa très-longuement les mêmes idées, mais celui-ci fit un peu plus de calcul, car pendant 28 ans il répéta des expériences de slatique animale de Sanctorius sur la transpiration insensible et donna quelques conclusions différentes. On pourrait encore citer le célèbre anatomiste Antoine Ferrein, qui combattit les idées de Perrault sur la production de la voix en considérant le larynx comme un instrument à cordes; qui considéra Faction des poumons sur l'air comme étant toute mécanique, et auquel on doit une bonne dissertation sur le mouvement des deux mâchoires; — puis Philippe Hecquet, connu par sa théorie des troubles circulatoires produisant les maladies; — Jean Silva, à la foisiatro-malhé-

(1) Sur les maladies, Amsterdam, 1731.

(2) Riverius Renovatus, Lyon, 1714.

(3) Zodiacum medico gallicum, 1702.

(4) Sur les causes des maladies, Paris, 1G88.

(5) Nature et cause des fièvres, Paris, 1714.

(6) Des liqueurs du corps humain, Toulouse, 1715.

(7) Des aliments du Carême, Paris, 1710.

(8) De corpore animato, 1700.

(9) Avertissement, page 1 .

(10) Mém. de l'Acad. des Sciences, — Paris, 1700, p. 315.

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maticien et iatro-mécanicien ; Gourraigne et enfin l'illustre Boissier de Sauvages, d'abord animiste et secondairement sectaire assez avancé de l'Iatro-mécanisme. — On lui doit une nosologie très-appréciée en tête de laquelle se trouve comme prolégomènes un chapitre de philosophie médicale de la plus haute importance. — C'est là où il définit l'homme : une âme qui a vie et mouvement et une machine hydraulique unies ensemble (p. 45).

On lui doit aussi une traduction avec notes intéressantes vérificatives de Y hémostatique ou statique des animaux, publiée en Angleterre par le docteur Haies. — Il ne prit de l'Iatro-mécanisme que ce qu'un médecin sensé peut et doit prendre, choisissant avec intelligence parmi les opinions des chefs de la doctrine, qu'il cite avec honneur, celles que confirme l'observation de manière à laisser de côté les hypothèses compromettantes.

En définitive, si le mécanicisme médical français est moins pur et moins accentué que celui de l'école de Borelli, de Pitcairn et de Boerrhaave, il n'a rien de systématique et semble presque moins entaché d'erreur. C'est l'Iatro-mécanisme de tous les médecins, car il n'est pas un observateur qui ne reconnaisse la justesse de certaines explications mécaniques de nos fonctions. Ici, seulement, cet iatro-mécanisme ne préjuge rien sur la philosophie médicale de celui qui en use, il n'est qu'une méthode de recherches sur quelques points limités de la physiologie ou de la médecine, et il peut s'associer indifféremment à toutes les doctrines médicales. Claude Perrault, et Boissier de Sauvages en France ; Nicholls (de anima medica praelectio. Londres, 1750); Porterfield ; Jean Tabor en Angleterre, l'ont mis au service de leur animisme comme nous verrons Frédéric Hoffmann le placer sur le second plan de son Méthodisme. Ne pouvant être par lui-même une doctrine et renfermant des vérités physiologiques de domaine commun que tout médecin doit connaître, on le trouvera nécessairement au milieu de toute discussion doctrinale et partie constituante de tous les systèmes un peu importants de la médecine.

APPRÉCIATION CRITIQUE DE LA DOCTRINE IATRO-MATHEMÀTIQUE ET IATRO-MÉCANIQUE

C'est en vain qu'on essaie de faire violence à l'esprit médical. Cela ne dure pas. S'il plie et succombe un moment il se redresse et reprend ses habitudes critiques et sa direction , dans le chemin de la vérité. Ce qu'il professe aujourd'hui en médecine, il le croit vrai, et s'il l'admet ainsi c'est au nom de l'expérience. Je ne parle ici que des hommes sérieux. — Si pendant longtemps les doctrines d'Hippocrate et de Galien ont été sa loi, c'est au nom de l'observation

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qu'il leur obéissait. — Les modifications introduites par les arabes lui ont été proposées au nom de l'expérience et il les a acceptées, puis, quand un novateur habile vint lui montrer son erreur et les heureuses conséquences de l'analyse chimique, qui pouvait extraire l'arcane d'une substance, qui lui montrait les qualités acres acides et alcalines des corps, qui lui découvrait la fermentation des aliments, il dut se rendre à l'évidence, c'est au nom de l'expérience qu'il s'est soumis. — On ne le conquiert que par l'observation. — Mais dès qu'on en abuse par des conséquences illégitimes, il réagit et se laisse détourner par celui qui lui montre son erreur et le ramène dans les voies de la précision et de L'exactitude. S'il accepta la Chimiatrie de Sylvius, c'est qu'il avait acquis la preuve qu'elle procédait de l'expérimentation et qu'on ne voulait pas le tromper. Il abandonna cependant la Cbimiatrie dès qu'on lui en montra l'incertitude, et se rallia aux nouvelles doctrines médicales qui s'abritèrent sous le drapeau des mathématiques, qu'il fit synonyme de vérité, et des actions mécaniques et physiques sous lesquelles il n'entrevoyait plus la place de l'erreur.

Encore une fois séduit par les promesses d'une doctrine qui se disait en possession de la vérité mathématique et de la précision mécanique en médecine, il se laissa faire, ne se doutant pas, malgré tous les avertissements du passé, qu'il y avait de mauvais calculateurs et de méchants mécaniciens. — Il se laissa prendre aux apparences, et voilà comment la secte Ialro-mathématique et Mécanique a pris naissance et trouvé des partisans. La proclamation du principe d'exactitude mathématique en médecine a suffi pour le rallier à la nouvelle doctrine.

Qu'a-l-elle fait de ce principe? Nous l'avons vu, elle en a tiré plus d'erreurs que de vérités utiles, et c'est la désillusion causée par ses erreurs qui a motivé son abandon. — Il ne suffit pas de vouloir supputer ni de mesurer des forces, de les apprécier avec des chiffres ou d'appliquer les lois de la mécanique aux fonctions des organes et aux actes de la maladie pour créer la médecine exacte et mathématique, ce n'est souvent là qu'une illusion et pour beaucoup de gens ce n'est qu'un moyen de se faire valoir : c'est le charlatanisme de l'exactitude. — Aux calculs sérieux de Sanctorius sur la transpiration, il faut apporter les calculs différents de Keill, Dodari et autres qui laissent la vérité indécise. — Aux estimations chiffrées de Borelli sur la force musculaire, on a répondu par des chiffres contraires, de sorte que si le principe reste intact et à l'abri de toute contestation, l'application qui en a été faite nous laisse dans le doute comme avant.

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Quoi qu'il en soit, il y a dans la doctrine Ialro-Mécanique et mathématique une idée vraie, bonne comme moyen de recherche, comme méthode d'expérimentation et gage d'une philosophie scientifique sérieuse. Si elle n'a pu être qu'une hase étroite de doctrine médicale ou de thérapeutique, elle a eu la plus grande importance en physiologie et ce qu'elle a fait en ce genre n'a pas été oublié et a servi d'exemple aux iatro mécaniciens de noire époque.

La Chimiàlrie, la Physique médicale et le Mécanicisme joints au calcul sont évidemment les causes d'un certain nombre de progrès de la physiologie moderne. Ce que ces différents ordres de recherches ont donné à l'histoire des phénomènes de la digestion est immense, et il en est de même pour l'étude des phénomènes de la contraction musculaire et de la statique animale; — de la circulation du cœur et des vaisseaux dans leur appareil hydraulique avec ses valvules et ses soupapes; — de la respiration dans ses phénomènes mécaniques et chimiques, — de la production de la voix ; — des sécrétions effectuées par des cribles, — ce que nous appelons de Yexosmose, — de l'absorption endosmotique ; — des phénomènes physiques de la vision, etc. — Il est peu de parties de la physiologie où il n'y ait un côté physique, mécanique ou chimique que ces sciences n'aient pas élucidé et on peut affirmer que c'est dans cette voie que se trouve le progrès. Tous les iatro-mécaniciens ont été surtout des physiologistes, et ce qu'ils ont fait eu médecine n'a que peu d'importance. La plupart même, séparant la théorie de la pratique, comme Borelli, Thurneyster ou Baglivi, ont singulièrement restreint les applications mécaniques à la pathologie. Il n'est guère que Boerhaave, assez médiocre physiologiste d'ailleurs, qui ait tiré de la doctrine une idée médicale susceptible de génération assez étendue : celle de Y obstruction vasculaire. J'ai dit plus haut ce qu'il en fallait penser, et je n'ai pas à y revenir, si ce n'est pour montrer qu'elle seule caractérise, je ne dis pas le système, mais bien la pathologie iatro-mécanique. Au point de vue médical et thérapeutique, ce fait est considérable et il justifierait la place occupée par le mécanisme dans l'histoire de nos doctrines, s'il n'était aussi l'origine éloignée des recherches modernes de ceux qui par des voies différentes sont arrivés au même résultat, à l'occasion des Embolies.

L'Iatro-mécanisme du xvine siècle a donc légué au xix* la meilleure partie de lui-même, et c'est cette partie, fécondée par nos contemporains, qui forme l'un des plus beaux fleurons de la médecine moderne.

Ainsi l'Ialro-mécanisme actuel profitant des résultats acquis qu'il a eu soin de contrôler avant de les professer lui-même, nous a

donné comme recherches physiologiques, comme moyens de diagnostic, comme pathologie médicale et chirurgicale les plus belles découvertes dont puisse s'honorer la médecine.

C'est par la connaissance des lois de l'hydraulique que Laennec, Rouannet ont pu déterminer la cause des bruits que l'on entend dans le cœur, sain ou malade, dans les artères chlorotiques, dans les artères anévrysmales et qui sont pour le diagnostic moderne un honneur impérissable (Y. Organoscopie).

C'est par l'intelligence du mécanisme des bruits divers entendus dans les vésicules du poumon sain et malade, ou dans les bronches, que Laennec s'est rendu immortel en créant par l'auscultation toute une séméiotique inconnue des lésions pulmonaires.

C'est par l'application des lois de l'hydraulique à la circulation des veines que Chauveau a pu expliquer la production des souffles veineux.

C'est par une heureuse imitation de l'appareil circulatoire entier avec des tuyaux de caoutchouc que M. Marey a pu vérifier l'exactitude de tout ce qui avait été dit sur la production des bruits cardiaques et entreprendre sur la tension des artères, dans ses rapports avec la vitesse et les caractères du pouls, des recherches nouvelles qui sont la plus ingénieuse application qu'on puisse faire de la mécanique à la physiologie et à la médecine. — Je dis la plus ingénieuse ne voulant pas dire la plus vraie, car M. Marey a tiré de ses expériences une théorie nouvelle de la fièvre que j'ai discutée et contredite dans ma patJwlogie générale (2e édition, page 47). Comme cela est bien souvent arrivé, le point expérimental de départ étant exact, c'est l'application qui est vicieuse. Ainsi, de ce que dans l'appareil circulatoire d'un homme en caoutchouc le relâchement des canaux périphériques exige plus de force et de fréquence dans la pompe aspirante et foulante qui fait circuler le liquide, il ne s'ensuit pas que chez l'homme vivant comparé au mannequin, la dilatation du réseau capillaire cutané de la fièvre soit la cause de la fréquence des battements cardiaques, et que le cœur soit dépossédé de toute action primitive sur la circulation et sur la production de la fièvre. Pour les iatro -mécaniciens du temps passé, la fièvre était soit le mouvement du cœur excité par le suc nerveux, soit l'effervescence du sang du cœur sous l'influence de la réaction provoquée par le suc nerveux, tandis que pour notre iatro-mécanicien moderne, la fièvre s'allume dans les extrémités dont les vaisseaux se dilatent, entraînent hydrauliquement les contractions plus fréquentes du cœur qui est en quelque sorte passif. Je crois que M. Marey se trompe, et que la clinique ne permet pas à un médecin de le suivre sur ce terrain et de conclure comme iui.

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Si je suis dans le vrai, chacun verra qu'il ne suffit pas de l'aire une expérience pour se croire en possession de la vérité, et qu'il faut au moins comparer des choses absolumentcomparables. C'est pour avoir manqué à ce principe que tant de prétendues vérités mécaniques ont fini par être reconnues comme n'étant plus que des erreurs.

C'est par la découverte de Vendosmose et de Y exosmose, que Dutrochet nous a fait connaître le mécanisme de certaines absorptions médicamenteuses et de certains actes sécrétoires interprétés de façon toute différente.

En pathologie, les services rendus par l'Iatro-mécanisme et l'Iatrochimie ne sont pas moins grands. Je ne parlerai ici que des conquêtes récentes de l'Iatro-mécanisme sans y insister beaucoup plus qu'il ne convient da.is cette appréciation doctrinale.

Ainsi la sphymographie ébauchée par Sanctorius, avec le pulsiloge imaginé par lui, a été perfectionnée par M. Marey au moyen d'un nouvel appareil enregistreur, qui est le sphymographe (voir Bouchut, Path. générale, 2e édition, page 1083). Cet instrument écrit lui-même la tension artérielle, la fréquence des pulsations, leur régularité, leurs intermittences, leur dicrotisme et permet de reconnaître les différentes maladies des orifices du cœur telles que rétrécissements ou insuffisances — (souvent l'appareil n'est pas applicable chez les enfants), les anévrysmes artériels et quelques autres maladies qui donnent des tracés particuliers.

La thermométrie ou recherche de la chaleur fébrile au thermomètre écrite jour par jour, de façon à offrir le tracé de la température dans une maladie, ce qui permet de distinguer une inflammation viscérale, qui atteint rapidement son maximum de température, d'avec une fièvre continue éruptive ou autre qui n'y arrive que bien plus lentement; de diagnostiquer la fièvre de la vélocité nerveuse du pouls; de connaître des maladies algides et de porter enfin dans certains cas, en raison de l'excès de température -j- 43° ou de son abaissement -f- 25° un pronostic absolument mortel.

L'application des lois de la pesanteur à l'étude des phénomènes physiques produits dans les vaisseaux et organes affaiblis qui a fait entrer dans la pathologie, les congestions passives hypostatiques indiquées par Boerrhaave sous le nom de croupissement, mot qui a excité le rire de nos érudits mais qui n'est qu'une locution du temps facile à comprendre pour un médecin. A la même influence physique se rattache la production des varices dans la compression des gros troncs veineux ou dans l'effet de la pesanteur produit par la station verticale prolongée ce qui explique des hémorrhoïdes, le varicocèle, les veines de la grossesse ainsi que le traitement à suivre.

Par une aclion mécanique de compression s'expliquent des hydropisies par maladie du cœur, par cirrhose du foie, par tumeur comprimant une grosse veine, etc., c'est-à dire par toutes les causes qui empêchent le sang de revenir au cœur et font transsuder la sérosité dans le tissu cellulaire ou dans les cavités séreuses (1).

Tous ces faits, et tant d'autres que je pourrais encore signaler, à l'avantage du système iatro- mathématique et ialro-mécanique, ne sont rien à côté des découvertes modernes sur les phénomènes matériels microscopiques de l'inflammation et de la thrombose artérielle ou veineuse avec les embolies qui peuvent en être la conséquence. C'est la forme moderne de la théorie de Y obstruction professée par Boerhaave.

En ce qui touche l'inflammation, les modernes ont confirmé les recherches de Kaltenbrunner, William Hastings, etc , sur ce fait que là où commence un travail inflammatoire aigu, il y a dilatation des capillaires, afflux du sang, stase et coagulation ou obstruction suivie des autres phénomènes de l'inflammation que je n'ai pas à indiquer ici, et parmi ces phénomènes la mortification locale, ulcération ou gangrène comme conséquence de cette obstruction. J'ajouterai même que pour Yirchow dans certaines maladies gangreneuses accompagnées, dit-on, de résorption purulente, c'est le transport mécanique par le sang de la matière d'une obstruction capillaire {embolie capillaire) sur un organe intérieur qui est la cause des infarctus formant ce qu'on appelle les abcès métaslatiques. A part la différence des termes, la médecine actuelle a donc à peu près entièrement confirmé les vues du dernier des iatro-mécaniciens du xvnr3 siècle.

Un mot enfin sur les thromboses du cœur, des artères et des veines. C'est ce qu'on appelait antérieurement les polypes du cœur et les coagulations vasculaires. On savait bien que ces caillots pouvaient se déplacer ; que dans une artère, une plaque athéromateuse pouvait descendre dans les membres et produire la gangrène, mais tout cela n'avait pas été généralisé, ni systématisé. C'est Vircliow qui, dans un Iatro-mécanisme de hou aloi, a montré que partout où le système vasculaire renfermait des caillots ou des plaques athéromateuses, il pouvait se détacher un fragment qui, entraîné par le courant sanguin, venait se fixer dans un viscère et y produisait des accidents particuliers d'obstruction subite. Ou a appelé embolie ce fait qui sert de base à une doctrine mécanique d'une application limitée, mais qui rend très bien compte d'une foule d'accidents morbides

(1) Lower ; — Bouillaud, etc.

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qu'on ne pourrait expliquer sans elle. Ainsi : des embolies de la caroliile, dépendent le ramollissement cérébral et la paralysie de l'artère ophthalmique ou Pamaurose; — des embolies du poumon dépendent les infarctus pulmonaires et les abcès métastaliques de cet organe ; — des embolies des artères, du foie ou de la raie les infarctus de ces viscères; — de celles qui ont lieu dans des artères des membres, la gangrène partielle; — de l'artère pulmonaire enfin la mort subite.

Je n'insiste pas davantage et je crois en avoir dit assez pour faire apprécier la doctrine iatro-mathématique et mécanique. Son principe est inattaquable, car il y a dans l'homme une machine composée d'instruments divers soumis aux lois physiques, chimiques et mécaniques dont le médecin ne peut connaître le mouvement que par le secours d'études d'hydraulique, de mécanique et de statique. Elle a sa raison d'être dans la structure du corps humain, mais elle a le tort grave de ne point tenir assez de compte des propriétés organiques et vitales ; cependant les erreurs qu'on peut lui reprocher ne doivent pas faire oublier les vérités qu'elle a fait connaître. Comme doctrine exclusive, elle ne saurait conquérir les suffrages du médecin qui pratique au lit des malades, mais comme instrument de progrès, son importance est considérable et elle se range à côté de l'Anatomisme et de la Chimiâtrie qu'elle associe sans cesse à ses prétentions.

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