‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 63 sur 141 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Fondation de l'école d'Alexandrie.

L'anatomie et les doctrines naturistes et humorales d'Hippocrale qui forment le fond du Dogmatisme grec se transformèrent peu à peu dans sa descendance ou en s'éloignant du sol et des lieux qui les virent apparaître. — L'esprit d'originalité et de découverte favorisant cette tendance légitime, chacun apporta sa pierre à l'édifice commun qui, sans changer de base ou de distribution, s'orna et s'enrichit de détails importants et curieux. — Une étude nouvelle et féconde, celle de l'anatomie humaine et de la physiologie, devait bientôt ajouter ses merveilles à celles de la pathogénie, et sans porter atteinte à la philosophie hippocratique, régénérer la science de l'époque. Telle fut la conséquence de la dissection des cadavres humains.

Après la mort d'Alexandre, et dans le partage de l'empire du conquérant que la mort venait d'enlever si subitement, le trône d'Égyple tomba dans les mains de Ptolémée Soter. — Ce guerrier digne de sa fortune, affligé des maux de la guerre, voulut immortaliser son nom par les travaux de la Paix. Il ne déposa son épée que pour encourager les progrès de la civilisation par l'agrandissement des sciences et l'encouragement des œuvres de l'esprit. — Réunissant à Alexandrie les philosophes et les savants de l'univers connu, il les logea, les nourrit, leur fournil des livres, des collections d'animaux, des plantes, et tous les instruments nécessaires au travail, de manière à leur donner les moyens de faire en Astronomie, en Botanique, en Médecine, en Anatomie, en Physiologie et en

ANATOMISME ET ÉCOLE ANATOM1QUE 303

Zoologie tous les travaux de vérification et do recherche qui ont illustré ces débuts de la science. — C'est à lui qu'on doit la création de cette merveilleuse Bibliothèque qui devait plus tard être détruite par l'incendie, et où furent un instant rassemblés tous les livres de la collection hippocralique. Un Musée voisin réunissait tous les savants pour le travail et c'est là, dans ces palais, que l'auatomie de l'homme fut instituée. Bravant tout préjugé et considérant que les intérêts de la science doivent toujours l'emporter sur les intérêts de l'individu, Ptolémée autorisa la dissection des cadavres humains et donna l'exemple en se mettant à disséquer avec les médecins groupés autour de lui.

Parmi eux se trouvait Hérophile, disciple d'Eudème, aussi remar quable dans la médecine que dans l'anatomie et dans la physiologie, et dont Haller a pu dire : tolam artem tenerit; Erasistrate, dont le nom nous est resté, car tous deux acquirent une telle autorité qu'ils ont fait secte et qu'il y a eu pendant longtemps des Héropliiléens et des Erasistratèens. — A part ces deux hommes qui ont propagé loin de son berceau le dogmatisme grec transformé par leur talent et la création de l'anatomie, l'école d'Alexandrie ne nous a pas laissé beaucoup de noms illustres, si l'on excepte Callimaque, commentateur d'Ilippocrate; Callianax; Bacchias, célèbre par ses études sur le pouls comme tous les hérophiléens, par sa théorie des hémorrJiagies ; Martias, maître d'Heraclite de Tarenle, l'un des chefs de l'école empirique; Chrysabe; Démétrius d'Apulée; Zenon de Laodieée; Heraclite d'Eritrée, également l'un des chefs de l'école empirique; Andréas de Carispe; Apollonius Mys (le rat), Aristoxène, etc., cités par Daremberg (travail spécial sur les héraphiléens). Cette école n'a eu qu'un éclat de courte durée. — Dès le premier successeur de Ptolémée, elle perdit son importance; les sciences anatomiques et naturelles cessèrent peu à peu d'être cultivées et une nuit épaisse obscurcit ces découvertes qui ne reparurent que longtemps au xvie siècle de notre ère, avec Vesale et ses successeurs. — Les sophistes, les rhéteurs, les grammairiens prirent la place des observateurs et la marche progressive des sciences fut de nouveau suspendue.

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