‹ Histoire de la medicine et des doctrines médicalesChapitre 59 sur 120 · BORDEU · texte numérisé non relu

BORDEU

Théophile Bordeu, né en 1722 àlseste enBéarn, mort en 1776, fut un des grands médecins du xvme siècle. — Après avoir fait ses études à Montpellier, il vint se faire recevoir docteur à Paris; puis il partagea son temps entre la pratique, l'inspection des eaux minérales, et un travail de cabinet auquel la science est redevable de productions fort remarquables.

Bordeu, que plusieurs biographes rangeraient assez volontiers parmi les méthodistes, appartient au contraire au Vitalisme sorti de l'Ecole des naturistes et des animistes. Il n'a pas inventé le mot mais ses idées sont tellement celles de cette doctrine que je n'hésite pas à le placer après Van Helmont et Stahl dont il dérive, et avant Barthez dont il est le précurseur.

Comme l'a très-bien fait remarquer Broussais, les idées de Van

(1) Tissot, Traité des maladies des nerfs; E. Bouchut, De l'état aigu et chronique ou nervosisme. Paris, 1 vol. in-8", 1860.

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Helmont sont la base de la doctrine de Bordeu sur la nature de l'homme. — « Le corps est un assemblage d'organes qui vivent chacun à leur manière, qui se meuvent, agissent, se reposent dans des temps marqués. Ils sont placés, et, pour ainsi dire, implantés dans une substance spongieuse comme les fruits sur la tige. La vie générale est la somme des vies particulières à chacun de ces organes qui sont doués de mouvements particuliers. Ces mouvements dépendent des nerfs, dont on peut considérer l'ensemble comme un polype dont les racines ou les bouches s'étendent aux organes des sens et à toutes les parties, donnant à chacune l'espèce de sensibilité et d'activité ou de mouvement vital dont elles sont pourvues et que le sentiment gouverne; car la vie n'est que sentiment. Le cerveau, le cœur et le ventricule sont le triumvirat, le trépied de la vie : par leur union et leur concert merveilleux, ils pourvoient à la vie de chaque partie et à chaque fonction; ils sont enfin les trois principaux centres d'où partent le sentiment et le mouvement et où ils reviennent après avoir circulé ; car la santé se soutient par cette circulation constante. Les fonctions particulières comme les sécrétions et les excrétions, le mouvement musculaire, le sommeil et la veille, l'usage des sens internes et externes sont subordonnés et doivent leur conservation aux trois causes générales précédentes. Toute fonction a de plus une manière de l'exécuter déterminée et symétrique. Dans chaque excrétion, par exemple, il y a une force qui apprête, une autre qui travaille, une autre qui évacue ; après quoi l'organe reprend son premier état. Tout cela est pourtant marqué, dans chaque sujet, d'un caractère propre et distinct résultant de l'âge, du sexe, et du tempérament; c'est ce qu'on appelle idiosyncrasie. En vain le chimiste et le mécanicien voudraient, continue Bordeu, se flatter de connaître l'art merveilleux qui règne dans les lois vitales ; ils ne parviendront ni à faire du sang, ni à fabriquer une machine semblable au cœur, au cerveau, à l'estomac, à plus forte raison ne connaîtront-ils jamais l'harmonie des organes. Il y a donc trop loin des lois de la chimie et de la mécanique à celles delà nature. De là, la nécessité d'observer les phénomènes qui se passent dans le corps vivant au lieu de les expliquer par la physique et la chimie ; de connaître le génie de tous les organes, leur liaison, l'ordre des fonctions et le temps où elles s'exécutent. »

Lors même qu'on ne voudrait pas partager ces idées de Bordeu sur la nature de l'homme réduite à un système nerveux communiquant l'activité vitale à toutes les parties reliées par ce centre commun, il est certain que cette théorie est clairement exposée et susceptible de satisfaire ceux qui n'y regardent pas de trop près.

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Elle rappelle la théorie nerveuse de Hofïman et de Cullen en même temps que l'idée de Van Helmont sur les archées répandues dans tous les organes et obéissant à une archée centrale. Mais ce n'est qu'une erreur, car la vie existe longtemps avant l'apparition du système nerveux, et c'est elle qui le forme pour en faire le régulateur de ses organes et de ses fonctions. Une fois formé, il remplit le rôle que signale Bordeu, mais, avant d'être formé, l'ovule animé a déjà montré qu'il jouit d'une certaine sensibilité à laquelle les nerfs sont entièrement étrangers.

A l'exemple de l'école hippocratique, Bordeu admet que les maladies sont le résultat d'un travail préparateur qui forme la matière morbifique avec fièvre d'irritation ; d'un travail d'élaboration, ce qu'autrefois on appelait coclion, et d'un travail d'excrétion, jadis appelé crise. C'est toujours la même manière de voir exprimée en termes différents.

La théorie des maladies chroniques est la même, aussi leur guérison par les eaux des Pyrénées s'explique-t-elle par le fait des évacuations que procurent ces eaux.

C'est dans la thérapeutique que Bordeu se montre tout-à-fait naturiste, car, d'après lui, le médecin n'a d'autre but que celui de favoriser les crises, ce qui se fait aisément dans les maladies aiguës, puisque la nature y marche avec célérité. Cependant si le travail élaborateur est languissant, Bordeu n'hésite pas à recommander une médecine active qui ramène l'état aigu. — Dans quelques cas même, il croit qu'on peut étrangler une maladie inflammatoire, idée qui s'est reproduite de nos jours sous le nom de juguler une maladie.

Dans les maladies chroniques, redoutant de ne pas voir apparaître une crise naturelle, il essaie de la hâter par des stimulants ou même de ramener ces maladies à l'état aigu, pour arriver à une solution favorable, et c'est aux eaux des Pyrénées qu'il dit qu'on doit s'adresser. Il les conseille dans presque toutes les maladies chroniques. D'après lui, elles produisent d'abord une grande excitation avec fièvre aggravant l'état des malades, mais bientôt après, les évacuations par les sueurs et par les urine?, un érysipèle ou un phlegmon servant de crise et amenant la guérison de la maladie.

Si ces moyens ne guérissent pas, c'est que la lésion viscérale est trop profonde pour être susceptible de coction, et alors l'état du malade un peu plus grave qu'avant ne tarde pas à se terminer par la mort.

Telle est la philosophie médicale de Bordeu, mais, pour la mieux connaître, il faut lire son premier chapitre des maladies cl ironiques où elle est exposée avec autant d'esprit que de clarté :

Théorème premier. — Le corps vivant est un assemblage de plusieurs organes qui vivent chacun à leur manière, qui sentent plus ou moins> et qui se meuvent, agissent ou se reposent dans des temps marqués ; car, suivant Hippocrate, toutes les parties des animaux sont animées. »

II — Les parties qui composent cet assemblage sont liées entre elles par une substance spongieuse, muqueuse, cellulaire, au sein de laquelle les organes qui sont autant d'expansions des nerfs, sont logés et surplantés comme les fleurs et les fruits le sont dans leurs boutons. »

III. — La vie générale, qui est la forme de toutes les vies particulières, consiste dans un flux de mouvement réglé et mesuré, qui se fait successivement dans chaque partie, détermine l'exercice de ses fonctions, et forme la trame entière de notre vie. C'est ainsi que toutes les parties sont causes, principes, et causes finales. »

IV. — Il est une série de mouvements et de fonctions propres à chaque sexe. Ces diverses séries, et d'autres causes qui seront rapportées plus bas, forment 1% vie particulière de chaque individu : elles produisent aussi la santé, lorsqu'elles sont secondées par une distribution louable du suc alimentaire ; car la santé est une modification de la vie sujette à varier même dans un sujet déterminé. »

V. — Mais comme la santé n'est pas constante et uniforme, il n'en est pas non plus de parfaite, c'est-à-dire qu'il n'existe pas un état parfait des parties et de leurs mouvements. Cet état se conçoit seulement comme l'on conçoit le mouvement perpétuel, ou la matière première en physique, la privation absolue de frottement en mécanique, le changement à volonté des mixtes en chimie, et le point sans étendue en mathématique ; d'où vient qu'on peut le regarder comme l'objet idéal de la médecine. »

VI. — La vie ou la santé particulière dont chaque homme jouit, laquelle s'éloigne ou s'approche de la santé parfaite selon l'action plus ou moins énergique de certains organes, établit les divers tempéraments ou les divers ordres des fonctions. »

VII. — Ces tempéraments divers forment les diverses santés particulières ; ils ont tous des rapport mutuels et les différences qui s'y rencontrent ne les empêchent pas de subsister chacun dans leur espèce. »

VIII. — Il est des fonctions générales ou des fonctions communes à tous les tempéraments ; savoir, l'action du cerveau et des nerfs, l'action du cœur, la respiration et la digestion. Ces fonctions par leur concert mutuel, favorisent l'exercice de la vie et la conservent

et elles sont la source des changements notables que le corps éprouve. »

IX. — L'estomac, organe principal de la digestion, réveille et attire à lui l'action des autres organes et de toutes les parties, pour qu'ils l'aident dans sa fonction. Cette fonction de l'estomac consiste à extraire le suc muqueux des aliments, suc qui est ensuite séparé des matières grossières, et mêlé au sang par les puissances digestives, en suivant la direction de leurs mouvements, qui se portent de l'estomac aux intestins et au mésentère. »

X. — Par la force du cœur et de la respiration, les mouvements sont déterminés de toutes les parties du corps vers sa circonférence. Dans ce cours circulaire des mouvements le chyle est converti en sang ; la matière muqueuse, albumineuse ou nourricière est séparée et appliquée en manière de petites lames à la substance cellulaire, d'où les parties, ou plutôt le tissu cellulaire lui-même, tire sa force et son accroissement. »

XI. — Les nerfs dont le dépôt commun est au cerveau, sont les organes les mieux pourvus de vitalité. Leurs fibrilles, qui se distribuent à tout le corps, et dont l'arrangement varie suivant l'usage qu'elles doivent produire, constituent l'action différente de chaque partie, ou la différence de sentiment qui règle leurs fonctions. Le système nerveux peut, eu égard à ses propriétés essentielles, être comparé à un polype, dont les racines ou les bouches s'étendent aux organes des sens, à toutes les parties, donnant à chacun l'espèce de sensibilité et d'activité, ou du mouvement vital dont elles sont pourvues, et que le sentiment gouverne; car la vie n'est que sentiment et mouvement. »

XII. — Le cerveau, le cœur et le ventricule sont donc le triumvirat, le trépied de la vie : par leur union et leur concert merveilleux , ils pourvoient à la vie de chaque partie, et à chaque fonction ; ils sont enfin les trois principaux centres d'où partent le sentiment et le mouvement, et où ils reviennent après avoir circulé; car la santé se soutient par cette circulation constante. »

XIII. — Les fonctions particulières comme les sécrétions et les excrétions, le mouvement musculaire, le sommeil et la veille, l'usage des sens internes et externes, sont subordonnées et doivent leur conservation aux trois causes générales précédentes. Toute fonction a de plus une manière de s'exécuter déterminée et symétrique. Dans chaque excrétion, par exemple, il y a une force qui apprête, une qui travaille et une troisième qui évacue ; après quoi l'organe reprend son premier état. Mais comme cet ordre symétrique est sujet à être dérangé par les affections de l'âme, il faut toujours bien prendre garde à ces affections. »

XIV. — Quoiqu'il existe des fonctions générales communes à tous les individus : quoique les nerfs soient dans tout les modérateurs des parties; quoique l'ouvrage de la digestion, la sanguification, et la nutrition reconnaissent universellement le même mode et la même matière; tout cela est pourtant marqué dans chaque sujet d'un caractère propre et distinct résultant de l'âge, du sexe et du tempérament. Ce caractère, qu'on a nommé idiosyncrasie, se rencontre dans les animaux et les végétaux de toute espèce. »

XV. — Il règne dans les lois de l'économie animale un art merveilleux qu'on n'imitera jamais. Le chimiste et le mécanicien ont beau le rechercher ou se flatter de le reconnaître, jamais ils ne parviendront, l'un à faire du sang, et l'autre une machine semblable au cœur, au cerveau ou à l'estomac; à plus forte raison ne connaîtront-ils jamais les rapports qui font l'harmonie des organes : la nature est plus profonde que le plus sublime mathématicien, physicien ou chimiste.

XVI. — H y a donc trop loin des lois de la chimie et de la mécanique à celles de la nature. Appliquons-nous par conséquent à observer les phénomènes qui se passent dans le corps vivant, à connaître le génie de tous les organes, leurs liaisons, l'ordre des fonctions, et les temps où elles s'exécutent : toutes ces choses dépendent de certains mouvements qu'on peut apercevoir, mouvements qui sont les vrais fondements, la base de notre art, et qui méritent de fixer à jamais notre attention.

XVII. — Par maladie on doit entendre un dérangement dans les fonctions, dépendant de quelque vice organique, ou de l'action augmentée ou diminuée de quelque partie, car nous sommes malades, a-t-on dit, quand nos fonctions sont troublées, ou quand l'énergie de nos parties, leur ton, est détruit. L'on trouve dans Arétée, et dans d'autres médecins, des vestiges de l'organisme, qui a été depuis peu mieux compris et mieux développé qu'il ne l'avait été jusqu'ici. Comme c'est de cet organisme bien conçu que dépend la connaissance de la santé et des maladies il sera par conséquent fort utile d'y lier les observations que nous rapporterons dans la suite : nous demandons donc, pour l'exercice de la santé, une suite dans les mouvements organiques, réglée et déterminée : quand ils s'écartent de cette harmonie, il en naît ce que nous appelons indisposition ou maladie.

XX. — Les maladies doivent être distinguées selon que leur caractère est plus ou moins marqué et indestructible, en opiniâtres, en régulières ou irrégulières, en évidentes ou occultes, en courtes ou longues, en graves on légères, en bénignes ou mortelles. Les

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maladies sont bénignes quand elles remettent l'idiosyncrasie dans ses droits : elles sont mortelles, ou essentiellement, quand elles éludent tous les efforts de l'art, et qu'elles s'augmentent de jour en jour ; ou accidentellement, quand on commet des fautes dans le traitement, ou qu'on les abandonne à la nature, déjà trop faible pour les surmonter. Il y a aussi des maladies incurables qui ne sont point mortelles, parce que la vie peut subsister avec elles, De là naissent des espèces de tempérament factices, immuables, qui ont fréquemment lieu dans les longues affections. »

XXI. — Chaque maladie a sa marche et sa révolution, ou un espace de temps qu'elle parcourt : elle a ses temps d'accès et de durée, qu'il est, pour ainsi dire, impossible de changer. Un observateur attentif peut y remarquer dans toutes, comme dans l'excrétion d'une glande, ou dans l'ouvrage de la digestion : 1° certains changements du corps, qui annoncent les approches de la maladie ou sa préparation ; 2° les phénomènes qui indiquent sa présence ou sa formation ; 3° l'effort combiné de tous les organes, qui termine la maladie, soit en la déracinant tout-à-fait, et ramenant la santé, soit en la changeant en une autre, ou bien cet effort cède lui-même à la violence du mal, et s'éteint avec la vie du malade. Cet ordre des changements, qui est commun à toutes les maladies, paraît établir entre elles la ressemblance de forme qu'Hippocrate a dit leur appartenir, et que leur véhémence ou leur petitesse, leur lenteur ou leur célérité, etc., ne sauraient leur ôter. »

XXII. — Maintenant qu'on regarde la maladie comme un effort salutaire que fait la nature pour se mettre en liberté, ou comme un désordre dans les mouvements, qui tend à la destruction de notre machine, c'est une question que nous renvoyons à l'école, à l'exemple des vrais médecins cliniques, qui ne s'occupent point de ces sortes de discussions métaphysiques, d'autant que l'une et l'autre opinion peuvent être renversées de fond en comble, et sont également à craindre, à cause des doutes qu'elles font naître sur le pouvoir qu'a la nature dans les maladies, la fin quelle s'y propose, et sur la retenue que le médecin doit y garder, ou l'activité qu'il doit y apporter. Qu'on vante donc tant qu'on voudra ces opinions, le devoir du médecin est de se préserver de tout esprit de système, de s'appliquer à connaître les cas où il doit agir, et ceux où il doit être simple spectateur, et d'éviter surtout l'excès dans lequel tombent ceux qui violentent la nature, ou ne lui prêtent pas assez de secours, parce qu'ils n'ont pas une connaissance exacte ou suffisante du caractère des maladies, de leurs temps, de leur marche, de leurs symptômes, et, en un mot, de l'art de guérir. »

XLIII. — Le médecin doit, dans le traitement de chaque maladie, s'appliquer à la simplifier autant qu'il est possible, à lui donner une marche et une terminaison semblables, par exemple, à celles de la digestion. Cette conversion des maladies compliquées en simples, des malignes en bénignes, est sans contredit un objet des plus importants dans l'art de guérir. Le médecin doit encore, si les forces du malade, le degré et le caractère des maladies le permettent, changer les chroniques en aiguës, les invétérées en récentes, les particulières en générales. Quant à celles qui sont incurables de leur nature, qui forment un tempérament ou une constitution immuable, ou qui sont décidément mortelles, il doit éviter de les entreprendre, et surtout de les combattre de front, puisque l'art n'y peut presque rien. Il faut donc qu'il sache bien distinguer les maladies guérissables des incurables, et qu'il connaisse aussi les signes diagnostiques bien évidents de chacune en particulier, soit stomacale, pectorale, etc., et ceux de leur progression. Mais existe-t-il de ces signes tellement démonstratifs ou évidents, qu'on puisse dire d'une fièvre pectorale, par exemple, qu'elle est dans le temps d'irritation, ou dans celui de coction, qu'elle parviendra dans peu, ou tard, à l'expectoration, et ainsi du reste? »

XLIV. — L'on peut raisonnablement comparer une maladie à la fonction d'une glande, et nommer son dernier temps, temps d'excrétion, puisqu'il est certain que toute affection, soit aiguë ou chronique, qui se guérit bien, ou selon les vœux de la nature, finit toujours par quelque évacuation. Les plus célèbres des anciens donnaient à cette évacuation le nom de crise ou de solution, et celui d'appareil critique à la fièvre qui la prépare, ou à la troisième fièvre dont nous avons parlé ailleurs. Dans toute maladie où l'effort critique, c'est-à-dire la troisième fièvre, est assez considérable, la crise a lieu ou devient sensible, et elle est insensible quand l'effort est lent et peu vif. Nous remarquerons ici que le mot d'excrétion est moins ambigu que celui de crise, qui grossit trop l'idée figurée et systématique du combat que la nature livre à la maladie. Poursuivons. Comme il se fait dans l'état de santé des évacuations qui, loin d'être utiles, sont préjudiciables, telles qu'une sueur forcée et pareille excrétion de semence ou de lait, il se fait aussi des crises imparfaites ou nuisibles, dépendantes de la nature ou de l'art. De plus, comme certaines excrétions naturelles, par exemple celles de la semence, sont accompagnées de la convulsion du corps, laquelle répond à l'étendue du domaine de l'organe excrétoire , tandis que d'autres se font peu à peu et presque imperceptiblement, comme la séparation de la bile et celle du suc pancréatique, il y a également

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des crises qui sont précédées de mouvements très-apparents, et d'autres dont l'appareil est insensible. Toute crise encore, ainsi que toute excrétion, suppose une préparation des humeurs, laquelle est l'ouvrage de la vie dans les deux cas ; et comme tout organe excrétoire, dans l'état naturel, s'érige et est aidé de l'action des autres organes, avant et pendant l'évacuation, de même dans les crises parfaites qui s'opèrent précisément dans les mêmes organes que les excrétions, toutes les parties du corps conspirent avec l'organe qui est en travail. La plupart des excrétions ou sécrétions s'achèvent dans l'espace de vingt-quatre heures; les crises ont aussi leurs temps, et peut-être leurs jours et leurs heures marqués : enfin, comme il y a grand sujet de croire que l'ordre des excrétions répond à celui de la digestion, pareille conformité a lieu entre les progrès de la crise et les redoublements delà fièvre qui l'accompagne. C'est ainsi qu'en poussant plus loin la comparaison des crises avec les excrétions, on résoudrait bien des problèmes qu'on n'a pu expliquer jusqu'ici , et dont la solution répandrait un grand jour dans la médecine. »

XLV. — Il faut noter que la crise se fait assez facilement dans certaines affections, et très-difficilement dans d'autres ; ce qui fournit une distinction des maladies très-importante, qui mérite d'être méditée sans cesse. La crise, pour être entière et parfaite, doit s'accomplir comme l'excrétion dans un temps déterminé avec aisance et avec tous les autres caractères louables qui lui appartiennent ; de manière que le corps reste en état de bien faire ses fonctions. Mais rien ne nuit tant au travail des excrétions, soit en santé, soit en maladie, que la trop grande sensibilité de nerfs ou leur agacement, qui est souvent causé par les affections de l'àme. Les maladies où cette redoutable disposition du genre nerveux se rencontreront nommées nervales ; et on nomme humorales celles où elle n'a pas lieu, et où la crise se conduit bien. Cette considération en général sur l'état des nerfs, ne doit jamais être perdue de vue dans la pratique ; elle sert à distinguer les maladies bénignes des malignes, les longues des courtes, celles qu'on doit brusquer d'avec celles que le temps, la patience, le régime, et quelques autres légers secours, guérissent. »

XLVI. — L'art guérit les maladies, en préparant et en excitant la crise, soit qu'il procure l'augmentation de la fièvre , ou d'autres symptômes qui en tiennent lieu, comme quand on fait vomir, qu'on purge fortement, ou qu'on provoque la sueur (augmentation qu'on pourrait nommer appareil critique artificiel), soit qu'il détermine quelque excrétion lente, que les anciens appelaient fluxion, fùt-elle occasionnée par la nature ou par l'art. Le grand art du médecin est d'accélérer ou retarder les crises à propos, et par conséquent de

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bien connaître les cas où il doit employer l'un ou l'autre moyen. De plus, l'art peut et entreprend quelquefois de changer une maladie qui menace de prendre une mauvaise tournure ; il peut, dis-je, par certaines évacuations, ou par d'autres moyens, la suspendre, l'étrangler et écarter des crises qui seraient funestes si la maladie était livrée à son cœurs. Il faut pourtant avouer que ces tentatives sont pleines de danger, et qu'il vaut souvent mieux, dans un cas douteux, se prêter aux mouvements de la nature, qui vient heureusement à bout, à la longue, de ce que l'art semblerait pouvoir faire en un seul coup. Un médecin par excellence, qui posséderait véritablement les trésors de l'art, et dont les Anciens auraient pu dire, à bon droit, qu'il est comparable à un Dieu, serait celui qui pourrait bien prévoir les suites d'une maladie que l'art aurait changée de la manière que je l'ai dit, et qui saurait déterminer tous les cas où ce moyen serait praticable. »

XLVII. — Ce qui a été dit fait comprendre la ressemblance qu'il y a entre une maladie aiguë et une maladie chronique, puisque la différence de leur forme et de leur marche ne change rien à leur essence, suivant laquelle elles font toutes un effort excrétoire terminable par une évacuation, si le malade ne meurt; elles ont aussi trois temps principaux. Toute affection qui se change difficilement en aiguë, ou dont la coction a peine à se faire, est une affection chronique. Celle qui est aiguë, devient chronique quand on l'étouffé ou qu'on supprime le travail de la crise. On peut ainsi monter par degrés de la maladie la plus simple à la plus compliquée. Il faut espérer qu'on sera un jour assez heureux pour connaître l'ordre et les révolutions des maladies chroniques, comme on connaît celles des aiguës, où il reste pourtant encore des recherches à faire. Chaque changement d'âge ne serait-il point une crise, ou ne la favoriserait-il pas? Si la chose était ainsi, on pourrait regarder la puberté , dans les personnes des deux sexes, comme la crise de l'enfance et de ses infirmités. Hippocrate remarque que le pachisme durait au moins six ans ; qu'une espèce se guérissait dans six mois, et une autre espèce dans deux ans. Baillou demande s'il n'y aurait pas des maladies d'un an, et de sept ans. Notre art sera bien plus beau et plus parfait quand on connaîtra sûrement celles qui doivent durer des jours, des mois et des années, et la méthode de les traiter. Ce dernier point est vraiment important, et d'autant plus désirable, qu'aujourd'hui, comme autrefois, on voit trop souvent des traitements discordants, confus et tumultueux, suivant les expressions de Cœlius Aurélianus, et de Baillou. »

Maintenant si l'on veut connaître Bordeu tout entier il faut le

suivre en le considérant dans chacun des mémoires qui composent ses œuvres : — sur les articulations des os de la face — sur la physiologie des glandes, — sur les crises, — sur \e pouls, — sur les écrouelles, — sur la colique de Poitou, — sur Y histoire dé la médecine, — sur les maladies chroniques et leur traitement par les eaux d'Aquitaine, mémoire dont je viens de parler; — enfin sur Y analyse médicale du sang.

Ses recherches anatomiques et physiologiques, sur la structure et la fonction des glandes sont remplies d'aperçus ingénieux et de faits nouveaux. Il parle successivement de la Parotide, des glandes sous-maxillaires, de la Thyroïde du Pancréas, et il discute avec grand soin la question de savoir si l'excrétion se fait par la compression exercée sur la glande par les parties voisines. C'est une explication qu'il n'accepte pas. Il parle ensuite du cerveau et des hypothèses ayant cours de son temps sur la structure glanduleuse de cet organe; — de la fonction des glandes bronchiques qui ne sont que des ganglions des lymphatiques; du testicule et de l'excrélion séminale, de la mamelle et de la formation du lait, mais partout on voit qu'il admet une action fonctionnelle du tissu, véritable érection du tissu glanduleux dont l'excitation amène la contractilité et la sortie du liquide sécrété.

Un mémoire plus intéressant et qui a moins vieilli, bien que son sujet soit bien vieux, est celui qui a pour objet les Crises. Dans ces recherches, on peut lire avec fruit l'histoire des crises depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, et, dans nos bibliothèques, il n'y a pas un mémoire qui vaille autant que celui-là pour le médecin qui voudrait se familiariser avec la question. — Ce n'est pas que Bordeu adopte entièrement la doctrine des crises telle que les anciens nous l'ont laissée et qu'on la trouve exposée dans Galien, non — Bordeu admet que la plupart des maladies se terminent par des crises qu'il faut observer et favoriser par tous les moyens. A ce tilre, il appartient à l'école des naturistes, mais il n'admet pas aveuglément la doctrine des jours critiques. Il n'est pas fixé à cet égard et il réclame de nouvelles recherches, de nouvelles observations faites avec un soin tout particulier, tel que n'en peuvent faire indistinctement tous les observateurs. Il se méfie tellement des mauvaises observations qu'il demande dans une apostrophe remplie d'esprit qu'on exigeât des preuves d'observation à chacun des observateurs qui devraient communiquer leurs journaux à tout le monde.

Voici cette apostrophe :

((Ces sortes de précautions sont nécessaires parce qu'on se trompe souvent soi-même; on adopte une opinion quelquefois par hasard, on

se rappelle vaguement tout ce qu'on a vu de favorable à cette opinion ; mais pour le reste on l'oublie insensiblement. L'observateur ou celui qui pourrait fournir des observations bien faites ne serait point à ce compte celui qui se contenterait de dire : j'ai vu, j'ai fait, j'ai observé; formules avilies aujourd'hui par le grand nombre d'aveugles de naissance qui les emploient. Il faudrait que l'observateur pût prouver ce qu'il avance par des pièces justificatives et qu'il démontrât ce qu'il a vu et su voir en tel temps; ce serait le seul moyen de convaincre les Pyrrhoniens, qui n'ont que trop le droit de vous dire : où avez-vous vu? comment avez-vous vu? et qui plus est encore, de quel droit avez-vous vu? de quel droit croyez-vous avoir vu? qui vous dit que vous avez vu?

On a dans ces lignes un échantillon de la verve railleuse et supérieure de Bordeu et, dans ce cas, elle s'exerce fort à propos, en accablant à la fois, les mauvais observateurs et l'observation insuffisante. C'est qu'en effet rien n'est plus difficile qu'un fait à observer, et ceux qui repoussent l'emploi de la raison dans nos études réduisent la médecine à l'empirisme ou à l'observation apparente, abaissent la science en croyant l'élever. Du moment qu'un fait n'a pas toujours la même signification pour tous les médecins qui en sont témoins, il est évident qne c'est cà celui qui raisonne le mieux qu'appartient le droit de l'interpréter. C'est aussi l'opinion de Bordeu et on n'a qu'à lire les deux dernières pages de son mémoire sur les crises pour en être convaincu.

Immédiatement après ce travail on en trouve un autre qui en dépend un peu et qui est intitulé : Recherches sur le pouls par rapport aux crises. Depuis Galien et Solano il n'avait jamais été rien entrepris de pareil. Cette étude du pouls est faite à un point de vue anatomo-physiologique nouveau, et elle confond l'esprit par la multiplicité et la minutie des détails qui encombrent au lieu d'éclairer. On y trouve une nouvelle nomenclature, car au lieu de nommer le pouls par ses qualités il le dénomme d'après la région d'où émanent ses altérations. Ainsi relativement aux crises, lorsqu'une évacuation du côté de la tête se prépare il existe un poids capital, si elle a lieu par les organes excrétoires de la poitrine il y a un pouls particulier dit pectoral, et si elle se fait par le bas-ventre le pouls subit d'autres modifications qui le font appeler intestinal.

Le pouls est critique ou non-critique; — simple quand la crise a lieu par un seul organe, composé quand elle se fait par plusieurs d'entre eux.

Il est supérieur ou inférieur selon qu'il est influencé par une crise s'opérant au-dessus ou au-dessous du diaphragme.

Le pouls supérieur compte trois espèces, le pouls pectoral, le pouls guttural et le pouls nasal.

Le pouls inférieur comprend le pouls stomacal, intestinal, de la matrice, du foie, des hémorrhoïdes, des urines, de la sueur critique, etc.

Ces différents pouls supérieurs et inférieurs peuvent être combinés ensemble, puis vient l'étude du pouls d'irritation, c'est-à-dire du pouls non critique, simple ou combiné avec le pouls critique dans les maladies qui se terminent bien ou mal et dans les maladies chroniques.

Il termine enfin, par une étude des modifications du pouls d'abord sous l'influence de la saignée et des remèdes administrés aux malades, puis sous l'influence de l'âge et de quelques conditions accidentelles, amenant des exceptions aux faits qu'il vient d'indiquer.

Bordeu a bien raison de se moquer de ceux qui ne savent que compter le pouls et inventer des pidsilo g es, c'est-à-dire des sphygmomètres, pour compter le pouls, s'il est vrai qu'il a trouvé dans ses observations toutes les nuances qu'il décrit. Malheureusement ces divisions et ces distinctions si subtiles du pouls ne reposent sur rien de sérieux et il est presque impossible de s'en servir. Sauf quelques variétés toutes les autres sont imaginaires et trahissent une sensibilité d'appréciation tellement exceptionnelle qu'il faut douter de pouvoir l'acquérir.

Dans le mémoire suivant consacré aux écrouelles, Bordeu débute en disant : « On regarde comme écrouelleux ceux qui sont sujets à « des fluxions aux yeux, à des maux d'oreilles, qui ont la lèvre supé- « rieure gonflée, le nez morveux, rouge, douloureux, les jambes « élargies , les glandes du cou engorgées et les autres plus ou « moins tuméfiées, le ventre bouffi, les extrémités amaigries, les os « recourbés, etc. »

« Plus tard les glandes du cou suppurent, les yeux s'éraillent, les « lèvres se gercent, les extrémités des os grossissent, il se forme « des ulcères dans les articulations et ailleurs, la toux et la fièvre se « mettent de la partie, et la maigreur, le marasme et le dévoiement « précèdent la mort de ceux qui succombent.

« Ceux qui résistent vivent avec des glandes engorgées au cou, sous « les aisselles et aux veines, avec des ulcères et des caries des os, « de la toux, des fièvres passagères, des indigestions plus ou moins « fréquentes, et des tumeurs aux viscères du bas-ventre. »

Il expose ensuite la guérison spontanée de ce mal vers l'âge de la puberté, sa fréquence plus grande chez les enfants, sa nature héréditaire, son siège primitif dans les humeurs, ses lésions anato-

miques dans les glandes suppurées, hypertrophiées, quelquefois remplies de tubercules comme des lupins ou des grains de sésame (tome I, p. 435), enfin le traitement variable selon les trois périodes de la maladie par les purgatifs, les absorbants, les amers, le quinquina, les anliscorbutiques, le laitage, les eaux minérales, les frictions mercurielles et le changement d'air.

Eh bien, on peut le dire avec sincérité, sauf les modifications du langage, les changements de dénomination, et peut-être une plus grande précision de détails anatomiques, cette histoire des écrouelles qu'on appelle aujourd'hui des scrofules est à bien peu de chose près semblable à celle de nos traités modernes de pathologie. Il en est ainsi de beaucoup de choses en médecine, la forme change mais le fond reste le même. Comme pour les vêtements, une vieille mode nous semble ridicule et nous nous croyons mieux que nos ancêtres, mais nos descendants riront de nos habits comme nous rions de ceux que portaient nos pères. L'habit change mais l'homme reste et il est toujours le même. Oui, le langage de Bordeu sur les écrouelles est démodé, et il nous paraît étrange, mais au fond, comme ses observations sont exactes, celui qui voudra bien ne pas s'en tenir seulement à la superficie des choses, trouvera dans ce travail de bonnes et excellentes observations qui ne vieilliront jamais, et dont il pourra faire son profit. N'apprît-il rien de nouveau, cette recherche historique lui prouvant qu'on savait, au temps de Bordeu l'histoire, la nature et le traitement de la scrofule aussi bien qu'aujourd'hui, que ce serait déjà quelque chose.

Bordeu consacre ensuite quelques pages assez confuses à la description de la colique de Poitou, qui n'est que la colique métallique du plomb et du cuivre traitée à la Charité par le macaroni et par le mochlique, espèce de macaroni modifié, et à des considéralions générales sur Y histoire de la médecine dans les rapports avec l'inoculation. Ce travail ment à son titre et n'est pas une histoire de la médecine. C'est une excursion libre et rapide dans le passé ne ressemblant guère au pédantisme, à l'érudition et à la philologie de nos historiens qui croient que des dates et des commentaires historiques valent mieux qu'une étude sur la pensée d'une époque. Bordeu érudit ne fait pas étalage d'érudition, et ne cherche pas à se faire aimer par amour du grec, ni par des citations textuelles qui ne font souvent rien à l'histoire. Les généralités sur l'origine de la science ne sont qu'une entrée en matière formant introduction à ce qu'il veul raconter de l'histoire de l'inoculation variolique. Elles sont intéressantes et spirituelles, mais trop incomplètes pour être utiles. C'est trop ou trop peu. Elles constituent un véritable hors-

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d'œuvre dont il pouvait se passer et que pour mon compte je n'apprécie guère.

Dans ce travail de fantaisie extrêmement original, Bordeu divise les médecins en 8 classes, 1° les empiriques, 2° les dogmatiques et notamment les mécaniciens et les physiciens modernes, 3° les observateurs qui dans le traitement des maladies suivent la nature pour guide, 4° les praticiens, les Pyrrhoniens ou les antisystématiques qui composent leur secte des débris des autres, 5° les médecins militaires, 0° les médecins théologiens, 7° les médecins philosophes, 8° les médecins juristes. Puis il se demande quel doit être Vavis de ces médecins sur V inondation.

Vient alors une longue exposition du principe de chacune de ces classes de médecins avec une conclusion spéciale relative au sujet en question.

Pour lui la secte empirique est la mère de toutes les autres, même de celles qui, lui empruntant leur origine, l'ont le plus dédaignée ou injuriée. Elle a ses avantages et il lui attribue la découverte de l'inoculation. C'est la médecine naturelle ayant pour base une sorte d'instinct qu'on retrouve chez les sauvages et chez les bêtes.

« Il est une médecine populaire et née pour ainsi dire avec les hommes; ils l'ont toujours portée partout et partout cultivée avec un soin égal ; la nécessité le leur a dictée comme elle leur apprit à se préparer divers aliments et diverses boissons; ils ont dû songer à se soulager ou à se guérir, comme à se couvrir, à se loger, à se garantir de tous les accidents possibles. Telle est la médecine empirique fondée sur des expériences journalières. Les pères l'apprirent à leurs enfants ; les diverses générations la firent passer des unes aux autres, et notre génération la prépare à celles qui lui succéderont. » (Tome 2, p. 551.)

Une fois l'exposition de toutes ces doctrines terminée, il conclut que, à priori, selon leurs principes les médecins empiriques, et dogmatiques, observateurs, praticiens, militaires, philosophes doivent accepter l'inoculation; seuls les médecins théologiens et juristes pourront être en méfiance, mais la théologie et la justice devant consulter la science avant de prendre parti ne tarderaient pas à accepter la nouvelle méthode si les hommes les plus compétents considéraient cette opération comme pouvant être favorable à l'humanité.

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