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Cependant le médecin déclarait que les plaies Mais le huitième jour, il se produisit une altération subite,
étaient vermeilles et en voie de guérison.
Jointe à un complet épuisement, indices certains de sa fin prochaine, On en fit part à la mourante ; aussitôt ses traits s’épanouirent ; une expression de recueillement extatique se répandit sur toute sa physionomie, et son esprit parut prendre son vol vers les cieux pour n’en plus redescendre. Son regard à demi-voilé resta fixé sur le crucifix, qu’elle tenait entre ses mains.
Lorsqu'on lui adressait la parole, elle répondait
ï ‘avec une douceur et une affabilité angélique ”! de : . .
mais en peu de mots, et sans sortir de son attitude
méditative. La supérieure, qui se tenait constamment à ses côtés, rappela à son souvenir le fils qu’elle
laissait dans le monde, et alors si éloigné d’elle ; elle
s’informa si elle n’avait aucune recommandation à lui faire, et s’offrit à lui communiquer ses dernière: volontés. En entendant prononcer le nom de so: fils, elle tressaillit ; un profond attendrissement se peignit sur sa figure : “Dites-lui, murmura-t-elle,
À je l’emporte avec moi dans mon cœur en paradis, M où je ne cesserai de solliciter sa paifaite sanctification.”?
1, Dom Clauce Martin.
Le vingt-neuf avril, elle reçut le Saint-Viatique et PExtréme-Onction, avec une parfaite présence d’esprit, mais sans épanchement extérieur, ni empressenent visible, et toujours absorbée en Dieu. Lame oubliait déjà son enveloppe mortelle, et ne communiquait plus qu'avec le monde des esprits
Plusieurs fois pendant les derniers quinze jours de sa maladie, elle avait demandé à voir les petites sauvagesses ; et chaque fois elle les avait bénics avec cette efusion et cette tendresse inexprimables d’une mère mourante, Que'ques religieuses lui ayant demandé de leur faire part du mérite de ses souffrances : ‘Tout est pou: les sauvages, réponditelle avec un sourire, je wai plus rien à moi.”
Dans la matinée du 30 avril, sentant sa fin approcher, elle voulut voir une dernière fois ses chères petites néophytes, et leur adressa, dans leur propre langue, des paroles d'adieu si tendres, si suaves, si pénétrantes d'amour et de sollicitude, qu’un torrent de larmes s’échappa des veux de tous ceux qui Pécoutaient.
Vers midi, elle entra en agonie, mais quoiqu’elle eût perdu lPouie et la parole, son esprit n’en paraissait pas moins avoir conservé toute sa lucidité. Aucun mouvement, aucune agitation extérieure ne trahissait la lutte suprême de la vie contre les étreintes de la mort. La placidité de la figure indiquait un calme parfait, e! l'union intime avec Dieu; plusieurs fois on la vit
porter d’une main tremblante son erucifix à ses lèvres.
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YROISIEME EPOQUE, 151
Cependant peu à peu les extrémites déja froides revétaient cette blancheur mate qui indique que la væ, fuyant devant la mort, reflue vers les sources de Pexistence, prête à se tarir.
Le silence morne, qui régne dans la chambre de Pagonisante, n’est interrompu que par les soupirs et les sangiots de ses sœurs. Rangées autour de la couche funèbre de leur mère, elles contemplent avec anxiété, à travers la päleur de la mort, les derniers rayonnements de cette grande lumière, qui s'évanouit à leurs yeux, pour se lever éclatante d’immortalité sur l'horizon de Péternité. Qui dira leurs angoir.es et leurs larmes ? Elles n’osent croire à la triste recuité qu’elles voient venir. Tinmobiles, les yeux baignés de pleurs, fixés sur le visage G® la mourante, elles prient, elles soupirent, elles gémissent.
A chaque défaillance, elles retiennent leurs sanglots, et mosent respirer dans la crainte d'enlever le dernier soufle errant sur les lèvres de leur mère.
‘ Une heure avant sa mort, dit un de ses historiens, elle versa trois ou quatre grosses larmes: Dieu seul, qui était le maitre de son intérieur, sait de quelle source elles coulaient.” Peu après elle ouvrit lentement les yeux, jeta un long regard sur ses chères sœurs, comme pour leur dire un dernier adieu, puis elle les referma pour ne plus les ouvrir sur la terre.
Enfin à six heures du soir, sans agitation ni effort, elle poussa deux faibles soupirs et ce fut tout.
Un frémissement courut parmi les rangs des assis-
tantes qui toutes restèrent immobiles, partagées entre la douleur et l'admiration, les yeux fixés sur le visage de la morte devenu tout à coup d’une beau‘é éblotfissante: son äme, en prenant son vol vers les cieux, semblait y avoir imprimé un reflet de sa gloire immortelle, Ce phénomène parut si merveilleux que les Ursulines voulurent en perpétuer le souvenir; et chaque année, depuis ce jour, un Te Deum d’actions de grâces se chante au monastère, en mémoire de ce miraculeux évènement, à lanniversaire de la précieuse mort de la Mère de l’Incarnation.
Le bruit de son décès se répandit avec la rapidité
de Péclair; de toutes parts on vit accourir les fidèles
de toutes les conditions pour rendre les derniers devoirs à celle que la voix publique avait déjà gloriiüée du nom de Sainte. ! L’empressement de la foule, avide de témoigner sa profonde vénération, ne se ralentit pas pendant tout le temps qui s’écoula depuis sa mort Jusqu'à ses obsèques. On se disputait, comme de précicuses reliques, les objets qui avaient servi à son usage. Tout fut enlevé en un instant ; et c’est à peine si les Ursulines purent conserver son grand chapelet, qui se voit encore aujourd’hui dans une des chapelles de leur église. On apportait au parloir des croix, des médailles,
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1. Au moment qu’elle cessa de vivre, la voix publique la canonisa daas tous les lieux où elle était connue”? (Le P. de Charlevoix.)
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Mais comment exprimer la désolation des pauvres sauvages en apprenant la mort de leur vénérable Mère ? Dès que cette nouvelle fut parvenue aux villages de Lorette et de Sillery, ils vinrent en foule s’assembler autour du monastère, afin de prier pour celle qui les avait tant aimés. A mesure qu’ils arrivaient, ils sonnaient au parloir, et regardant les religieuses avec une expression d’indicible douleur : Notre Mère à nous est morte !” disaient-ils. Puis ils se mettaient le doigt sur les lèvres pour signifier qu'une telle affliction ne s’exprimait pas, Les Ursulines, “qui n’en pouvaient plus de tristesse,” dit naivement la vieille chronique du monastère, Îles consolaient en leur montrant le ciel, et chacun s’en allait de son côté pleurer et prier jusqu’à Pheure des funérailles. °
Dès l'aurore de ce jour l’église des Ursulines fut encombrée, Toutes les autorités civiles et militaires de la ville, le gouverneur, le clergé accouru d’une grande distance, vinrent rendre un éclatant hommage à la sainteté de cette grande servante de Dieu. L: douleur de cette foule immense était profonde ; mais un sentiment d’allégresse se mêlait à ces gémisse-
ments, On eût dit qu’un rayon de Ju gloire dont