‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 62 sur 118 · Ecce ego, mitte me, Isaie, VEN · texte numérisé non relu

Ecce ego, mitte me, Isaie, VEN

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Elle lui répondit par une lettre admirable, qui fait bien voir que les saints, déjà unis par un méme amour, se rencontrent dans le cœur de Dieu, et s'embrassent d’une sainte ainitié, même avant de se connaitre,

Ces événements se passaient au mois de novembre de Pannée 1638. Madame de la Peltrie avait résolu de S'embarquer avec la flotte qui devait faire voile au printemps suivant ; mais pour des raisons secrètes, les membres de la compagnie des Cent-Associes mirent tout en œuvre pour Pengager à ditflérer son départ d'une année, à moins qu’elle ne consentit à partir seule. Ce retard aurait gravement compromis le suceës de son œuvre ; et comme elle persistait onjonurs dans son premier dessein, ils convinrent ensemble de s’en rapporter à la décision d’une assemblée qui se tint chez M. Fouquet, alors conseiller d'état. Plusieurs amis de Madame de la Peltrie, outre M. de Bernières, vinrent y prendre part ; entr'autres le P, Etienne Dinet, Provincial des Jésuites, le P, de la Taye, et le vénérable P. Charles Lalemant, lun

des plus anciens missionnaires du Canada. Les

députés de la compagnie représentèrent que Madame de la Peltrie avait fait sa demande trop tard, que tous les vaisseaux étaient frétés, et qu'il n’y avait plus de place pour ses compagnes. Madame de |: Peltrie répondit que S'il n’y avait que cette difficulté, elle serait bien vite levée ; car elle était préte à fréter un vaisseau à ses propres dépens, quoique la compagnie fit obligée, en vertu de ses engagements, à traverser à ses frais tous les colons de Ta Nouvelle. France et tous les effets qu’ils feraient venir, penda Pespace de trois années consécutives.

[ls n’eurent rien à répliquer à cette réponse ; et il ne fut plus question que du choix des religiens Madame de la Peltrie réclama tout d’abord lai Mere de lPncarnation ; et comme on lui représentait Parchevèque de Fours, Mgr. D’Eschaux, ne con tirait jamais à en faire le sacrifice, elle déclara qu tenait tellement à Pobtenir, qu’elle ne partait pas sans elle. Le P. Provincial des Jésnites insista, lui fit observer que plusieurs raisons militaient e1 faveur des Ursulines de Paris. D’abord que leur comimnnauté, étant au centre des relations commerciales, les communications avec elle serait plus faciles: en second lieu, que leurs constitutions eonvenaient mieux au dessein qu'on avait en vue, que celles de Tours, parce que les Ursulines de Paris faisaient un vœu spécial que ne prononçaient pas celles de Tours, celui d’instruire la jeunesse ; enfin que la différence

qui existait dans les costumes pourrait bien, plus

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tard, causer des divisions, si la nouvelle communauté venait, par la suite, à se recruter dans les deux monastères. Malgré toutes ces objections, Madame de la Peltrie, appuyée surtout par le P. de la Have qui connaissait tout le prix de Pacquisition de la Mère de Pncarnation, demeura inébranlable,

On accéda à son désir, et il fut convenu sur le champ que M. le Commandeur de Sillerv, Pan des membres de la compagnie des Cent-Associés, et l'ame de toutes les entreprises qui se faisaient alors pour la gloire de Dieu, M. Fouquet, et les PP, Dinet et de la Haye écriraient de concert à Mgr. D'Eschaux, pour obtenir son consentement, Madame de la Peltrie se chargea de porter elle-méme la lettre, afin de Pappuyer auprès de Parchevéque de toutes les raisons que son zèle pourrait lui inspirer. Le P. Dinet écrivit en outre au P. Grand-Ami, recteur du Collége de Teurs, pour lui enjoindre duser de toute son influence en faveur de Madame de la Peltrie.

Satisfaite de Pheureuse issue de ses démarches, elle ehata de prévenir la supérieure des Ursulines de Fours et la Mère de lPincarnation de sa prochaine arrivée ; et pendant que le P. Lalemant se rendait à Dieppe pour présider à Péquipement du vaissean qui devait servir à leur transport, elle partit de Paris, toujours accompagnée de M. de Bernières, pour se rendre à Tours.

Cependant 14 nouvelle des événements extraor-

dinaires qui allaient biemtt mettre en émoi la paisible

solitude des Ursulines, n'avait pas encore transpir parmi elles, lorsque, le 22 janvier, fête des épousailles de la Sainte-Vierge et de Saint Joseph, la supérieure reçut la lettre de Madame de la Peltrie, qui lui annonçait sa prochaine visite,

Foute la communauté était en ee moment en péle. rinage à un petit oratoire appelé PHermitage de Sant Joseph, situé à Pextrémité du jardin du monastere, dans une retraite charmante, ombragée par un bouquet Ce fut

comtaunauté Phonneur insigne dont le ciel a

d'arbres, là que la supérieure apprit à li:

daigné les favoriser. Elles purent à peine ajouter ti à ce bonheur inattendu, tant elles se croyaient pen dignes dun choix si glorieux; et toutes en “hour enonrérent un hymne d'actions de grâces en Phosaonr du saint patriarche sous les auspices duquel ceit merveille s'était operre,

Elles

heureuse nouvelle, lorsque, ie 19 février 1639, Mi. , it

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dame de la Peltrie arriva à Tours avec M. de Berniere: Le premier soin de ceux-ci fat de se concerter avec le

P. Grand-Ami, et de le prier d'aller d’abord seul chez

Parchevèque, pour le préparer à la demande qu'ils

venaient lui faire. Il sy préta de bonne grace,

quoiqu'il appréhendât fort d’essuyer un refus ; mais à peine eut-il exposé le sujet de sa visite que le saint

prélat, tout surpris, et ravi d’admiration, lPinter- |

rompit: Eh quoi! mon Révérend Père, sécria-t-1l,

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de mes filles pour un si pieux dessein? Ah je ne suis pas digne d’une telle grâce. Mais en trouveracon parti elles qui soient assez courageuses pour affronter les périls de Ja mer 27

Le Père lui fit conntitre alors les dispositions de la Mere de Pincarnation.

"Allez, continua alors Parcheveque, et dites de ma part à la supérieure des Ursulines de donner entrée dans le cloître à Madame de la Peltrie, et de ui faire fx mème réception qu'elle me ferait à moi. meme.

Le P. Recteur avait été loin de S’attendre à une Si gracieuse réception, et à un suceës si facile et si prompt; il courut transmettre aux Ursulines Pagréable message qu'il venait de recevoir. En descendant is degrés de Parcheveché, il rencontra Madime de a Peltrie et M. de Bernières, qui en le voyant deviacrent sur sa figure Pheureux succès de son entrevue, l'archevêque leur fit Paceueil le plus cordial, et ne lut pas longtemps sans reconnaitre que leurs mérites surpassaient encore le portrait que lui en avait fait le P. Grand-Ami. 1 fut enchanté surtont de Pexquise modestie de Madame de fa Peltrie, et lui promit son assistance et sa protection pour tout ce qui dépendrait de Jui.

A peine étaient-ils sortis que le P. Recteur entra de nouveau chez le prélat, qui, en le congédiant après sa première visite, l'avait chargé de venir Pinformer

si la Mère de PIncarnation persévérait toujours dans

ses premières dispositions, [lui dit que non seu. lement elle soupirait encore des mêmes ardeurs: mais que Pesprit d’apostolat s'était répandu dans toute la communauté, qu'il n’y avait pas dans je monastère une seule religieuse qui ne brûlât de zele pour le salut des âmes, et que c'était vraiment un spectacle ravissant que de les voiret de les entendre, !

‘ Puisqu'il en est ainsi, repartit Parchevéqne attendri jusqu'aux larmes, dites à Madame de Pelirie que je lui donne la Mère de Pincarnation, «1

Ile des religieuses que la communauté lui désignera pour compagne.”

Pendant cet intervalle, M. de Bernières avait conduit Madume de la P'îtrie au monastère des Ursulines. La supérieure à la tête de toutes les religieuses Pattendait à Pentrée du cloitre. Dès qu’elle parut, toute la communauté, séparée en deux chœurs, entonna le Vent Creator, pendant que la cloche du monastère sonnait à toute volée, On la conduisit en triomphe à Péglise, où le prie-Dieu, destiné aux visites épiscopales, lui avait été préparé. Après le

chant du Te Deum, toutes les religieuses, rangfes

en hémicyele autour d'elle, s’agenouillè ent ensemble

au moment où elle se prosterna pour adorer le Saint- Sacrement. Il v eut un instant de silence solennel et de recueillement plein @’eémotion,. En se relevant

après son adoration, Madame de la Peltrie promena

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