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ange gardien pour toujours." On étend les voiles, le vent nous emporte, et je quitte la France pour n’y plus retourner jamais, et dans une ferme résolution de consacrer ma vie au service des nations sauvages pour les assujettir à leur Roi légitime, mon céleste et divin Epoux.”?
Le ciel et la nature semblaient S’unir pour assurer a Péquipage une heureuse traversée. Le vaisseau, incliné sons ses blanches ailes gonflées par la fraîche brise qui descendait, tout embaumée, des côtes de France, cinglait rapidement sur les eaux de Ja Manche. Le spectacle enchanteur d’une mer éclaante, sous un ciel d'azur, aux rayons du soleil levant, épanouissait toutes les espérances, et répandait la sérénité dans tous les cœurs.
Mais à peine le groupe des passagers, réunis sur le pont du navire, avait-il salué, d’un dernier et mélancolique regard, cette terre mille fois aimée de la France, qui s’éloignait rapidement derrière le vaisseau; à peine les lignes blanchâtres des rivages de la Normandie avaient-elles disparu sous les flots, qu'un danger éminent faillit engloutir d’un seul coup nt d’espoirs à la veille de se réaliser. Plusieurs voiles, dont le nombre croissait à chaque instant, ‘'élevaient à l’horizon ; et bientot ils reconnurent une
lotte espagnole de plus de vingt vaisseaux, qui se
dirigeait sur eux.
Le capitaine ne vit d’autre
1, M. de Bernières mourut plein de jours et de mérites, le 8 mai 1659.
ressource pour éviter de tomber entre leurs taime
que de longer de près la côte d'Angleterre. Cette manœuvre habile Jes sauva.
La traversée fut longue et orageuse. Cependant,
a Pexception de treize jours pendant lesquels le vais. seau fut trop violemment ballotté par Ja tempête, les missionnaires purent célébrer la sainte messe, et les religieuses eurent la consolation de participer chaque jour au banquet sacré. La petite communauté réunie dans une chambre spacieuse et présidée par le P. Vimont, offrait par sa ferveur l’image de Ja vie paisi ble et recueillie du cloître. La méditation se faisait régulièrement chaque matin ; et lofliée canonial re. cité en chœur par les religieuses, les Ursulines d'un côté, les Augustines de Pautre, rompait par sa douce
Quelle har-
monie plus sublime que celle de ces voix pures dont
psalmodie les longues heures du jour.
le sourd murmure de la vague, qui venait battie les flancs du navire, marquait 1 majestueuse cadence! Quel plus magnifique contraste que cette oasis paisible, habitée par des anges visibles protégés par les esprits célestes, et flottant au milieu du désert de l'océan en fureur !
Cependant la violence des vents avait poussé le vaisseau vers les mers du nord. Un matin, jour de la fête de la Sainte-Trinité, pendant qu’on chantait les derniers versets de loffice, un eri d’effroi retentit toutà-coup sur la dune, En un instant tout l'équipage fut sur le pont et lPon aperçut, à travers une brune
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FROISIEME EPOOUTE 500
épaisse, une énorme montagne de glace que le courant poussait avec Hnpétuosité sur le vaisseau. Elle était si pres qu'on entendait la mer se briser en écume sur ses flancs. On eût dit une ville flottante. On y voyait, où Pon croyait y voir des donjons avec leurs créneaux, Les glacons accumulés formaient des leches et des clochers, dont Ta cime se perdait dans
la brune.
Comme le vent était trop faible pour en éloigner le vaisseau, le naufrage paraissait inévitable. \ussi tout le monde se erut perdu ; et le P, Vimont avait méme déjà donné Pabsolution générale.
“ Pendant tout ce désordre, dit la Mère de PIncarnation, mon esprit et mon cœur étaient dans la plus grande tranquillité dont il soit possible de jouir ; et je meus pas un seul mouvement de frayeur. Ainsi je me trouvais toute prête à faire un holocauste parfait de moi-même. Javais en vue toutes les faveurs que Notre-Seigneur n'avait faites au sujet du Canada, son commandement, ses promesses, sa conduite, et malgré tout cela, j'étais indifférente de vivre ou de mourir, Cependant un sentiment me disait que nous arriverions à bon port. Madame de la Peitrie se tenait comme collée à moi, afin que nous pussions mourir ensemble, et je disposais mes habits pour me trouver dans un état décent, lorsque le vaisseau viendrait à se briser.”
En ce moment critique, le P. Vimont fit un vœu à la Mère de Dieu au nom de tout l'équipage, pendant
que la Mère de Saint-Joseph commençait à réciter les
litanies de la Sainte-Vierge, auxquellestount Péquipase répondit en se précipitant à genoux.
A cet instant même, le pilote, ayant reçu Pordre de mettre le gouvernail dun côté, le tourna par mégarde en sens opposé ; mais cette manœuvre, qui naturelle. ment devait ies perdre, fut la cause providentielle de leur salut. Le vaisseau eflleura légèrement la glace et s’éloigna sans danger.
‘ Quoique nous fussions traitées et logées aussi bien qu'on peut Pétre sur mer et dans un très-beau navire, accommodé de tout, il y a néanmoins tant à souflrir pour les personnes de notre sexe et de notre condition qu'il faut Pavoir éprouvé pour le croire. Pour moi, Je pensai mourir de soif, parce que les eaux douces s'étaient gatées dès la rade, et que mon estomac ne pouvait supporter les boissons fortes. Je passai presque tout le voyage sans dormir, et cette insomnie était accompagnée d’un mal de tête d’une violence extrême. Cependant je possédais une paix tres grande dans lunion de mon souverain et unique bien, et Je n’en faisais pas moins tous mes exercices, et tout ce qui était nécessaire pour le service du prochain.”
La Mère de PIncarnation rapporte encore deux incidents où l’équipage courut de graves dangers
En vue de la première terre, qu’elle ne nomme point,
les passagers voulurent descendre au rivage pour
accomplir le vœu que le P. Vimont avait fait au nom
de tous. Dans leur empressement, ils se Jetéerent en
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TROISTEME EPOQUE. 511
foule dans la chaloupe et faillirent la faire chavirer et couler sous le vaisseanr,
A l'entrée du golfe Saint-Laurent, le navire s'égara, pendant la brume, au milieu de récifs dangereux, où ilerra longtemps sans pouvoir trouver aucune issue.
Enfin, le 15 juillet, après trois mois de cette longue et pénible navigation, le Saint-Joseph jeta Pancre dns le port de ‘Tadoussac, où tous les vaisseaux venant doutremer faisaient alors station.
De la, nos chères voyageuses remonterent le fleuve dansune légèreembarcation, Le dernier jour de juillet, elles cotoyaient Pile d'Orléans, et mettaient pied à terre, au soleil couchant, à Pextrémité supérieure de l'ile,
“ Nous conçumes quelqu'espérance d'arriver à Québec, mais la marée se trouvant contraire, et le vent n'étant pas assez favorable, il fallut attendre au lendemain ; et comme Pendroit était beau et le débarquement facile, on nous mit à terre. Mais comme pour lors ce lieu n’était point habité, Pon y fit trois cabanes à la facon des sauvages; les religieuses se mirent dans Pune, les religieux dans l'autre, et les matclots dans la troisième. Nous avions une joie qui ne se peut exprimer de nous voir dans ces grands bois, que nous fimes retentir de nos cantiques ?!
Le petit navire de Madame de la Peltrie, qui les
avait devancées de quelques jours, avait déjà apporté