‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 75 sur 118 · Ta licants d · texte numérisé non relu

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TROISIEME EFOQUE, 319

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Des son arrivée dans le pays, la Mere de Plnearnation se ressouvint de La vision prophétique qu’elle avait eue SiX ans auparavant, Je reconnus clairement que c'était le pays que le Seigneur nravait montré ; ées grandes montagnes, ces vastes forêts, ces plaines immenses, la situation et la forme des

Heux, tous les aspects me retraçaient ceux que

j'avais vus et qui étaient encore aussi présents dans

mon esprit qu'a Pheure mème. Cette révélation me donna une nouvelle ferveur et une inclination plus vive pour tout souffrir et tout faire ce que Notre-Seigncur voudrait de moi dans ce nouvel établissement.”

La colonie de la Nouvelle-France était encore bien hible à cette époque Québec n’était qu'un village renfermant à peine deux-cent-cinquante habitants. Montréal n’existait pas encore ; et si l’on excepte une poignée de colons groupés autour du fort des Trois- Rivieres, on ne voyait de défrichements qu'aux en- “irons de Québec." Mais cette petite population, issue du plus pur sang de la France, possédait un principe de vie qui Penracinait profondément au sol, et lui promettait un rapide développement. On avait apporté, dit le Père de Charlevoix, une très grande atten-

tion au choix de ceux qui s'étaient présentés pour

1. Tadoussac, entouré de montagnes stériles, n’était qu’un poste de tralcants de pelleteries.

aller s'établir dans Ja Nouvelle-France. ..,.,.On con. tinua les années suivantes d’avoir la même attention, et Pon vit bientôt, dans cette partie de PAmérique,

commencer une génération de véritables chrétiens

parmi lesquels régnait la simplicité des premiers

siècles de PEglise.” Les mœurs austères, la foi vive et pure, la piété solide de ces familles patriareales faisait renaitre l’âge d’or de la foi.

Nous avons déjà dit Pordre admirable que Champlain avait établi au sein de cette petite société!

Après la mort du père de la Nouvelle-France (1635), son successeur, M. de Montmagny, continua lPeæuvre si heureusement commencée, Caractère aussi dis tingué par sa piété que par son courage, sa prudence et son dévouement, 1l consacra sa persévérante Cnergie à cimenter les principes de religion et d'honneur déjà implantés au cœur du peuple. Son premier acte en mettant pied à terre à Québec fut le présage de son krureuse administration, aussi bien que Pélogr C:sa foi. Une croix avait été érigée sur le chemin qui conduisait du port au sommet de la montagne. , Le nouveau gouverneur s’agenouilla pieusement avec toute s suite au pied du rustique monument, et fitune courte prière, afin dinvoquer la protection du ciel sur

lui-mémeetsurle pays dont ia destinée lui était confiée.

1, Voir l’ntroduction.

2. D'après un ancien plan de Québec, conservé à la bibliothèque du Parlement, on voit que cette croix s'élevait à main droite, sur le sommet ce l’angle que forme la rue de la Montagne, vis-à-vis l’escaiier de la Dasse- Ville,

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Les chroniques du temps se réjouissent de lheureuse influence qu’exerça son bienfaisant génie.

“ Je puis dire avec vérité, écrivait le P. Le Jeune en 1637, que le sol de la Nouvelle-France est arrosé de tant de bénédictions célestes, que les âmes nourries a la vertu y trouvent leur vrai élément, et partant s’y portent mieux qu’ailleurs....Nos églises sont trop petites; @’est une consolation bien sensible de les voir ordinairement remplies, usque ad cornu altaris... Les prières se font à genoux et publiquement, non seulement au fort, mais aussi chez les familles éparses ça et là.... La vertu, par la grâce de Notre- Seigneur, marche ici la tête levée ; elle est dans l'honneur et dans la gloire, le crime € ins Pobscurité et la confusion. Je le dis avec joie et bénédiction de Dieu, ceux que sa bonté nous a donnés pour commander, et ceux encore qui s’établissent en ces contrées, goutent, chérissent et veulent suivre les maximes les plus sincères du vrai christianisme. C’est l’industrie, la prudence et ia sagesse de monsieur le Chevalier de Montmagny, notre gouverneur, qui fait cette espèce de miracle. Il est le premier dans les actions de piété, et par ce moyen les rend honorables. Cet homme, aimé de Dieu et des hommes, marchant dans les voies de Dieu, y attire après soi les autres.”

Telle était la société au milieu de laquelle les Ursulines venaient apporter l’arôme de leurs vertus et de leur dévouement.

Leur premier soin fut de s’appliquer à l’étude des

langues sauvages. Ce fat le P, Paul Le Jeune, jenr directeur spirituel, qui fat chargé de les initier aux prinsipes de ces langues barbares. Elles y appli. quèrent avec une telle ardeur qu’en moins de deux mois elles étaient déjà en état d’enscigner la doctrine La Mère de Pineur-

nation écrivait tonte Joyeuse de ce succès inespére :

chrétienne aux enfants des bois.

‘ Je neusse Jamais osé avoir seulement la pensée de pouvoir parvenir à enseigner nos chères néophytes, et néanmoins notre bon maître me donne de la facilité à le faire en leur langue. Je vons avoue qu'il v à bien des épines à apprendre un langage si contraire au notre, et pourtant on se rit de moi quand je dis qu'il y a de la difficulté ; car on me représente que si la peine était si grande, je n’y aurais pas tant de facilité. Mais, croyez-moi, le désir de parler fait beaucoup ; je sudrais faire sortir mon cœur pur ma langue, pour dire à mes chères néophytes ce qu'il sent de Pamour de Di:u et de Jésus notre bon Maitre.” Dès le jour de leur installation, les Ursulines avaient élu unanimement la Mère de l’Incarnation supérieure de la nouvelle communauté. Ce fardeau, déjà si accablant pour son humilité, s’appesantit encore sons le poids dune terrible épreuve, qui assaillit les Ursulines dans les premières semaines de leur séjour à Québec. Vers la fin d’août, la petite vérole se répandit parmi les tribus sauvages. Cette épidémie, souvent dangereuse pour les Européens, est presque toujours

mortelle pour les Indiens. Elle fit d’effrayants ravages

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