‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 77 sur 118 · Hist, de l'Hôte!-Dieu de Québec · texte numérisé non relu

Hist, de l'Hôte!-Dieu de Québec

bonheur de s’immoler pour elles, Mais cette alarme

n'eut point de suite : ils vinrent avec plus d’empressement que Jamais les confier à leurs soins.

Le fléau ne disparut qu’au mois de février 1640. Nos Mères commenceérent alors à se reposer un peu de leurs fatigues ; muis tout le linge de leur maison avait été épuisé; les étofles mêmes de leur costume, leurs guimpes, leurs bandeaux, tout avait été employé à panser les malades. Ce ne fut qu’à Parrivée de la flotte du printemps qu’elles reçurent les effets indispensables à leur vétement.

Cependant les lettres de la Mère de l’Incarnation avaient réveillé Penthousiasme de l’apostolat dans les monastères de Paris et de Tours. Toutes les religieuses de ces saintes communautés brülaient du désir de venir partager les fatigues et la vie crucifiée de leurs sœurs du Nouveau Monde.

La Mère de lIncarnation n'avait cependant pas déguisé les rudes labeurs de cette vie. Elle en avait, au contraire, tracé làpre peinture dans toute sa rigidité.

Pour goûter la vocation du Canada, écrivait-elle à la supérieure de Tours, il faut de toute nécessité mourir à tout ; et si l’âme ne s’efforce ‘le le faire, Dieu le fait lui-même, et se rend ine: srable à la nature, pour la réduire à cette mort, qui, par une espèce de nécessité, l'élève à une sainteté éminente. Je ne puis vous dire ce qu’il en coûte pour en

venir là.”

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Et dans une autre lettre où elle annonçait une perte cruelle qu'avaient subie toutes les communautés de Québec.

“ Ce ne sont pas ces choses-là qui font souffrir, mais c’est une certaine conduite de Dieu sur lPâme, qui est plus pénible à la nature que les tortures et les genes, Lorsque je vous dis que les ouvriers de PEvangile sont morts, et que leur vie est cachée en Dieu, c’est qu'ils ont passé par cette conduite, se joignant à Dieu, et se rendant avec lui inexorable à eux-mêmes, pour faire mourir toute vive cette nature, qui est si nuisible aux parfaits imitateurs de Jésus- Christ. 11 me semble que je vous vois dans l’impatience de savoir si J'ai tant souffert ; oui, mon cœur ne vous peut rien céler ; et je ne suis pas encore au bout, Aussi ne suis-je pas arrivée à la perfection de ceux dont je vous parle.”

Mais loin de les intimider, Pexcès même de ces tribulations alimentait l’enthousiasme religieux des Ursulines de France. Sur les instances réitérées de la supérieure du monastère de Paris, Parchevéque consentit à accorder deux religieuses à la mission du Canada. La Mère Marguerite de Flécelles de Saint-Athanase et la Mère Anne le Bugle de Sainte- Claire arrivèrent à Québec le 7 juillet 1640.

Cette nouvelle recrue fut accueillie avec allégresse ; mais fit songer plus que jamais à la nécessité absolue de commencer sans délai la construction du mo-

nastère, que la faiblesse des moyens avait fait retarder

jusqu'à ce Jour. On comprend à peine cominent leur étroit logis pouvait servir d’asile à un si nombreux personnel. Outre les cinq religieuses, le pensionnat se composait de quinze à dix-huit élèves sauvages, sans compter les élèves externes qui fréquentaient les classes.

“ Je vous dirai comment nous pouvons tenir tant de personnes en un si petit lieu. L’extrémité des chambres est divisée en cabanes faites d’ais de pin: un lit est placé près de terre, et Pautre comme au plafond, en sorte qu’il y faut monter avec une échelle Avec tout cela nous nous estimons plus heureuses que si nous étions dans le monastère le plus accommodé de la France.”

Un autre inconvénient résultait de Parrivée des Ursulines de Paris, issue d’une branche de la famille de Sainte Ursule, différente de celle de Tours. Outre la diversité des costumes, les denx communautés n'étaient pas soumises aux mêmes constitutions, celles de Paris s’engageant, par un vœu solennel, à éducation de la jeunesse.

Une telle diversité ne pouvait subsister dans le même monastère sans altérer l’harmonie, et entrainer de graves difficultés. La Mère de l’Incarnation se vit donc dans la nécessité de travailler à fondre les deux constitutions, afin d'établir l’uniformité, tout en les adaptant aux besoins du pays. La solution d’une question si délicate exigeait un jugement exquis, et

une prudence consommée. La Mère de l’Incarnation,

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éclairée des Tumières qu'elle puisait dans ses ineffables colloques avec Dieu, y consacra toute Pardeur de son ae. A la suite de longues conférences avec ses sœurs, elle réussit autant par Pentrainement de son exemple et de son incomparable piété, que par Pascendant de son grand esprit, à opérer Punion désirée, et à préparer des constitutions uniformes, chef-d'œuvre d’'habilete et de sagesse,

Les principaux articles établissaient :

1. Quelles Ursulines de Tours feraient le quatrieme vou particulier aux religieuses de Paris, celui d’instruire la jeunesse ; mais seulement pour le temps de leur Séjour en Canada ; de sorte que si quelque raison les obligeait de retourner en France, elles en seraient délices.

2. Que les Ursulines de Paris adopteraient le costume de la congrégation de Fours.

Ces deux clauses principales réglées, les autres modifications furent accueillies sans difficultés.

Le projet de constitution ainsi élaboré fut envoyé en France pour recevoir la sanction des deux communautés de Tours et de Paris. Non seulement il recut une approbation unanime, mais il parut si sage et si habilement concerté, qu’il réveilla Pidée de réunir, sous une règle unique, l’ordre entier des Ursulines de France, issu de la double congrégation de Paris et de Bordeaux. La proposition devait méme en étre faite à Passemblée générale du clergé de France qui

devait se réunir en 1615 Mais diverses circons-

tances entravèrent cette fusion qui n’eut jamais lieu,

Le seul vestige qui en subsista fut le sentiment 5»

d’admiration qu'avait excité cette mâle conception,

indice d’une pensée aussi vaste que puissante, e! d’une connaissance étonnante du cœur humain, La Mère de l’Incarnation fut regardée comme une des femmes les plus remarquables de son époque, si féconde cependant en femmes illustres; elle ent autant d’admirateurs de son génie, qu’elle en avait eu de sa sainteté.

Cependant les lettres d’approbation étant arrivées en Canada, la Mère de l’Incarnation s’occupa de faire mettre en vigueur les articles d'union. Ils furent signés par toute !: communauté, le 8 septembre 1641, en présence du P. Vimont, supérieur des Jésuites, Ces règles toutefois n'étaient que provisoires ; elles furent suivies jusqu’à année 1647. Alors, à la prière des Ursulines, des constitutions conformes aux premiers engagements, et adaptées au pays, furent rédigées par le P. Jérôme Lalemant. ‘ On les observa jusqu’à l’année 1682, époque à laquelle les Ursulines de Québec s’affilièrent à la Congrégation des Ursulines de Paris, à la suggestion de Mgr. de Laval.” !

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