CHAPITRE VI
Etat de la milicp; après 1S15. — Ox ciikrchk à la dêcoxsidékiîr. — Lks troitbles politiques s'en mêlent. — Retour aux ordonnances du siècle précédent. — Ce qu'est la milice
SÉDENTAIRE. — PLUSIEURS PROJETS DE MILICE SE SUCCÈDENT SANS RÉSULTAT. — LES VOLON- TAIRES DE 1837-39. — Alerte de 1.S46 suivie de la formation d'une milice volontaire.
— Guerre de Crimée. — Bill de 1855. — Comment on exerce les volontaires. — Explication DE CE TERME. — IvE lOO'" RÉGIMENT. — L'ESPRIT MILIT.\IRE SE DÉVELOPPE. — LE PRINCE
DE Galles en Canada. — \'isite de nos volontaires à Portlaxd. — L'affaire du " Trent."
— Les bills de 1S62, 1863. — L'arrangement politico-:\iilitaike de 1864. — Le: "raid" de Saixt-Alban. — Les bataillons jiobilisés de 1865. — Le camp de Laprairii':. — 181^-1865.
AIRE riiistoire de la milice ce serait, proprement, remplir un gros volnme des pièces et renseignements que nous avons sous les yeux et ouvrir ainsi devant le lecteur une petite bibliothèque dans laquelle il pourrait errer à loisir sa \-ie durante. Ce moyen nous étant refusé par les circonstances de cette publication quasi improvisée, contentons-nous d'analyser les points essentiels qu'une pareille étude com])rend, et continuons comme nous avons commencé.
Après la guerre de i<Si2-is, il arriva, ainsi qu'en 176S, i7(S4, iSoi, que l'on cessa de s'occuper de la milice, et elle resta sur le papier. L'appel général a\ait lieu le 29 juin de chaque année, jour de la Saint-Pierre, et c'était tout. En 1S20, lorsque l'on proclama sur la place publique l'avènement de George I\', les miliciens ne figurèrent point dans le programme de la fête. Le comte de Dalhousie, ouvrant les séances de la législature de Québec, le 14 décembre de cette même année, attira l'attention des députés sur la loi de milice dont la période de durée expirait dans le moment.
" Le système constitutionnel de la défense du pays, dit-il, est particulièrement approprié au Ba.s-Canada, et la dernière guerre a bien démontré que le gouvernement de Sa ]\Iajesté peut v reposer sa confiance à l'heure du danger. Sachant que la milice est capable de rendre de tels services, il est sage de la part du gouvernement de ne pas la négliger, de la tenir en état, de compléter sa forination et de lui procurer des officiers respectables." La loi fut renouvelée pour six ans à venir.
En 1S27, la législature était en session lorsque l'on signala le fait que la loi était expirée. Il se forma un parti demandant que l'on s'en tint aux ordonnances de 17S7 et ij^9 qui. eu somme, ne signifiaient rien. Là-dessus un ordre général de milice (5 juillet) prescrivit aux officiers de la milice de faire l'appel nominal ordinaire, ajoutant que le gouverneur profite de l'occasion pour exprimer son contentement de la prompte obéissance que manifestent les miliciens sur ce sujet et de l'esprit de discipline qui les a toujours distingués. Il v eut de l'agitation ; plusieurs officiers de milice furent destitués. Une crise politique violente était déjà ci)mmencée, qui dégénéra en une prise d'armes dix ans plus tard. L'historien Christie observe que : " En général, les Canadiens et les Anglais se tinrent tranquilles et n'écoutèrent point les agitateurs." Par un ordre
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ijénéral du 12 septembre 1S27, le youverneur remercia la milice de son attitude. Ou aurait pu, dès ce moment, comprendre que, dans le cas d'une rébellion, la masse dss Canadiens-Français n'3' prendrait aucune part, mais les passions politiques, les animosités de races exploitèrent le mécontentement du petit nombre, comme cela s'est vu en d'autres temps.
Tout ceci pt)uvait tourner à faire de la milice un facteur de la politique, il est vrai, mais (m doit aussi en tirer la conclusion que cette institution n'était pas morte. Elle avait, en effet, .ses cadres, son ancienne organisation et pas d'armes, mais elle se sentait vivre et connaissait ses chefs. De là, les précautions que le pouvoir prenait afin de ne la point mécontenter. Jusqu'à présent, malgré la création de la milice active (1868), nous restons avec la milice sédentaire, qui est propre à rendre des services publics et qui en a rendu en grand nombre depuis trente ans. Par exemple, un officier de la milice sédentaire est porteur d'une commission de la reine, et, chaque fois que les autorités civiles ou militaires ont besoin de ses conseils ou de son aide dans les localités où il commande, son devoir est de se prêter à ce service. Ce sont tous des hommes de quelque importance dans leurs milieux, de sorte que le gouvernement actuel, comme du "temps des Français," compte sur eux en vertu de leur situation. On se trompe étrangement lorsque l'on dit que la milice sédentaire n'existe pas, mais on commet une autre erreur en la confondant avec la milice active ; de même aussi quelques personnes prennent la milice active pour une armée permanente, et tout cela provient de ce que les gens, soit qu'ils parlent ou qu'ils écrivent, se donnent rarement la peine d'étudier par avance ce qu'ils \ont dire.
L'enquête de 1S27 sur les affaires de la milice est imprimée et forme un " li\'re bleu" assez considérable. Lord Dalhonsie en vint à la conclusion de remettre les choses sur l'ancien pied, c'est-à-dire selon les ordonnances qui avaient existées durant les premières années après la cession du Canada à l'Angleterre; et, comme il y avait alors (1827), dans nos garnisons, six mille soldats réguliers, le gouverneur affecta de croire que nous n'avions pas besoin de milice. L'agitation politique devenait plus ardente dans le Haut- Canada ; nu parti qui grandissait de jour en jour demandait des réformes constitutionnelles ; le même désir se manifestait dans le Ba.s-Canada ; il est probable que lord Dalhonsie craignait de confier des armes aux miliciens parce qu'il prévoyait un soulèvement politique. Ouoi qu'il en soit, lorsque sir James Kempt arriva (1S281, en qualité de gouverneur, il rendit à certains officiers de milice le rang qu'on leur avait ôté, et il prit des mesures pour réorganiser les cadres. En 1829, ^^^ chambre d'assemblée de Québec, voyant que tout marchait avec une lenteur calculée, passa un bill de milice qui fut, selon l'usage, envo\-é au conseil législatif; ce dernier corps supprima la clause qui annulait les démissions et les nominations faites depuis le i^' mai 1827 ; cette action signifiait que l'on n'aurait pas dû remettre en force les ordonnances de 1787 et 1789. Le bill retourna à la chambre basse et 3- demeura sous considération ; par conséquence les ordonnances restaient en activité. L'année suivante (1830), l'Assemblée adressa au roi une pétition représentant que les ordonnances de 1787 et 1789 mettaient les miliciens sous le coup de la loi martiale en temps de paix, et énumérant d'autres griefs au sujet de la manière dont la milice était gouvernée. • On y disait que les aiitorités se servaient du pouvoir exagéré dont ces lois les revêtaient pour influencer les électeurs ; qu'il y avait eu des cours martiales jugeant et condamnant des citoyens à l'amende et à la prison, sans possibilité d'aucun appel. Enfin, les "fidèles communes du Canada" demandaient enquête et justice. Sir James Kempt reçut, au château Saint-Louis, tous les
MILICE CANADIENNE-FRAXCAISK
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cl'offic
membres de l'Assemblée qui allèrent en bloc lui présenter cette pétition ; il promit de la transmettre en Angleterre, disant, toutefois, qu'il s'en tiendrait aux ordonnances tant qu'un nouveau bill ne serait pas adopté — sur quoi la Chambre entra en ébullition et demanda que les papiers des cours martiales lui fussent montrés. Le gouverneur y consentit, et on nomma, pour faire l'examen de ces pièces, MM. NeiLson, Bourdages, Duval, Leslie et \'iger, ce dernier étant l'auteur de la pétition ci-dessus mentionnée. Le comité conclut à ce qu'une enquête régulière eût lieu à la prochaine réunion de la législature, vu que les six juges qui avaient siégé dans les procès incriminés formaient partie des conseils législatifs et exécutifs, deux corps nommés par la Couronne. Quant à la pétition envoyée à Londres, elle ne reçut aucune réponse.
Lord Aylmer, arrivé le 13 octobre 1S30, s'empres.sa de voir h. la milice et rendit à presque tous les " agitateurs," ce qui amena un instant de calme, mais tant d'antres sujets de dispute occupaient le public que les troubles recommencèrent avec plus d'ardeur — c'était les préludes de 1837.
Par tout ce qui précède, le lecteur a pu se rendre compte que la milice, après iSis, n'a pas été une chose oubliée et que les hommes importants du pays tenaient à la voir maintenir convenablement. Les difficultés politiques grandissant après 1830, il n'y a plus moyen de suivre cette étude spéciale, aussi la laisserons-nous enveloppée dans la tourmente pour la retrouver plus tard.
Les premières assemblées qui indiquèrent l'approche de la crise eurent lieu dans les cantons anglais de l'est (lu .Saint-Laurent; ensuite vinrent celles du Haut-Canada. La situation devint critique. En 1S37, ^'" certain nombre (le ijcrsonnes prirent les armes, dans quatre ou cinq comtés, autour de ^^loutréal ; le reste du Bas-Canada ne fit aucune (K'niarche, ce qui paralysa l'insurrection. Le gouvernement lit appel aux volontaires, pour assister les troupes rovales, et, comme en politique, les hommes d'une même race ne sont pas nécessairement liés au même parti, il y eut des Ministi-e cicTl miMce'diTo mars 1* Canadieus-Frauçais qul prirent fait et cause pour l'adminis-
an 30 juillet 1S65 tratiou. L'histoire nous raconte eu détail les événements
de ces temps agités ; elle expose avec clarté la situation des rebelles qui s'insurgèrent en petit nombre pour la cause des réformes et qui se trompaient dans leurs calculs en ce sens qu'ils comptaient sur l'appui de presque toute la population. Plus tard, ils se consolèrent en voyant disparaître les abus dont ils se plaignaient et, certes ! parmi la masse qui n'avait pas jugé à propos de les suivre, ils n'ont trouvé personne qui pensât à les dénigrer. Ce sont des pages à la fois tristes et glorieuses que celles-là ! et nous dirons, comme au début du pré,sent travail, il ne faut pas désirer qu'un peuple n'ait pas d'histoire, fût-elle mouillée de sang et de larmes. Le Haut-Canada peut en dire autant, car il a fourni en 1S37 et 1S3S une résistance plus grande et même plus prolongée, plus sanglante que le Bas-Canada. D'ailleurs, on a follement voulu faire de ces troubles une question de race. Les Anglais ne manquaient pas dans le groupe des " cinq comtés " — c'était affaire politique. Dans le Haut-Canada, les insurgés étaient tous des enfants de la Grande-Bretagne, pareillement à la Nouvelle-Ecosse, où l'agitation eut lieu à la même
Député Adjudai)
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heure pour les niêuies motifs. L'histoire, qui remet clKupie ehose à sa plaee, a déjà fait sou œuvre à ce sujet et uous nous reposons sur elle.
Les volontaires furent lieeueics le i" mai iS^q. Ou en rappela un certain nombre sous les drapeaux en 1846, lorsque survinrent des difficultés avec les Etats-Unis à propos de la frontière de l'Orégon. De ce moment date l'organisation de ce que nous appelons la milice volontaire ou active; ses débuts furent lents; une vingtaine d'années s'écoulèrent en essais de tous genres, avant que d'arriver à formuler une loi organique durable. Pour commencer (1846), les pompiers de Montréal ajoutèrent les exercices du soldat (sans armes) à leurs pratiques ordinaires. L'idée de former des bataillons, de les équiper sur pied de paix et de leur fournir des armes germait dans certains cercles, mais la législature n'a\ait pas affecté d'argent pour cette dépense, de plus nous avions des troupes anglaises dans nos grands centres de population. Constatons que ce nouvel esprit devait sans cesse se développer et faire mettre en oubli la vieille milice sédentaire. Celle-ci, en 1851, comptait 178 bataillons, soit 118,000 hommes dans le Bas-Canada, et 248 bataillons avec 117,000 dans le Haut-Canada.
A l'annonce de la guerre de Crimée (1854), la brigade des pompiers de Montréal offrit cent hommes pour se joindre à l'armée anglaise; elle ne fut pas acceptée, mais on lui adressa de Londres des remerciements et des éloges. L'année suivante, le pa^-s se trouvant dépourvu de troupes par suite du départ des garnisons pour la guerre d'Orient, la législature de Québec vota l'équipement de 5,000 volontaires désignés comme classe A. C'était le développement de l'idée vague de 1846 et cette fois les Chambres prenaient la chose en main. Le même acte autorisait la formation d'une classe B qui ne toucherait aucune paj-e, s'habillerait elle-même, mais recevrait des armes du gouvernement. Si nous avons bonne mémoire, les capotes, tuniques et pantalons en dépôt dans les magasins de l'armée anglaise en Canada étaient mis à la disposition du gouvernement provincial à bon compte, et les fusils uous étaient simplement prêtés. Plusieurs corps se formèrent cette année et l'on adopta le terme de " Milice \'olontaire " pour les désigner. Dans cet ordre de choses, nous précédions l'Angleterre de plusieurs mois. Le mouvement paraît avoir eu pour siège principal la ville de Montréal et ses environs.
Le Bas-Canada avait pour assistant adjudant général le lieutenant-colonel ]\lelchior- Alphonse de Salaberry ; la même fonction dans le Haut-Canada était remplie par le lieutenant-colonel Donald Macdonald, et le colonel de Rottenberg était l'adjudant général. Chaque province était divisée en districts militaires.
Au cours des années 1855-58, les compagnies de la classe A ne cessèrent d'augmenter en nombre par tout le Bas-Canada, et la population s'habitua graduellement à voir nos soldats citoyens porter l'uniforme et représenter en quelque sorte toute la force armée du pays. Les troupes régulières revinrent vers la fin de cette période et leur présence ne fît qu'activer l'esprit martial dans les rangs de la jeunesse. Les exercices avaient généralement lieu le soir, sans sortir de la localité de chaque compagnie. On n'en était pas encore à former des camps d'exercice, toutefois il se faisait des séries dignes d'être notées. Par exemple, en 185S, les carabiniers de Sainte-lMartine, comté de Beauharnois, capitaine Lahaise, firent dix jours d'exercices sous la direction du major John Fletcher, de ^Montréal. Lorsque les autorités détachaient un instructeur vers une compagnie située loin des garnisons, tous les hommes sacrifiaient leur temps afin de profiter de l'occasion pour apprendre quelque chose de mieux que la simple école du soldat. Empruntons au capitaine Ernest J. Chambers les lignes suivantes qui se trouvent dans son bel ouvrage Origin and Services 0/ llic Prince of IVales Rcgimciit, Montréal, 1897 : " Le
IMIIJCR CANADIENXK-FRANÇAISK
major John Fletcher (aujourd'hui lieutenant-colonel et compagnon de l'ordre de Saint- Michel et Saint-George) instruisait les compagnies de Saint-Vincent-de-Paul, Trois-Rivières, vSorel, Granby et Inverness chaque année en 1856-58; il fut nommé major de brigade du district n" 6, couvrant les comtés de Saint-Jean, Napierxille, lluntingdon, Beauharnois, Châteauguay, Laprairie, Verchères, Chambly et Iberville. Il n'y u\ait encore que deux compagnies de carabiniers dans ces lieux; il y organisa de l'infanterie (costume rouge) et, en six mois, il eut trente-et-une compagnies, dont douze de Canadiens-Français. On les retrouve plus tard servant avec honneur contre les Féniens. Les clergés catholique et protestant prêtèrent leur aide au major Fletcher pour lui ])rocurer ces volontaires."
Le système dit " \-olontaire " est le seul qui règne dans nos organisations de milice, bien que la loi autorise le tirage au sort. Depuis i<S46 nous avons toujours reçu plus
d'offres de la part des hommes de bonne volonté qu'il ne nous a été possible d'en armer, équiper et instruire. A part cela, plusieurs Canadiens-Français et Anglais du Ba.s-Canada ont recruté parmi nous des compagnies pour l'armée anglaise, en 1854, au moment de la guerre de Crimée, et en 1858, lorsque le 100" régiment (Prince de Galles) se forma entièrement dans la colonie. On le voit, nous avons une chaiiie ininterrompue <|ui est notre histoire militaire depuis l)ien au delà de deux siècles.
Il seud)lait (jue les progrès accomplis par la milice \-<)lontaire, de 1846 à 1859, dépassaient les espérances des miliciens eux-mêmes. Des circonstances toujours imjjrévues avaient, de temps à autre, ranimé l'ardeur de la jeunesse et porté les hommes d'un âge uu"ir à la réflexion touchant notre défense, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Canada. On se rendait compte de la nécessité de pourvoir au maintien d'une force armée qui fût sous le contrôle de notre gouvernement. Les menaces de 1846, à propos de l'Orégon ; les troubles de Montréal en 184g, où les émeutiers avaient fait pire que les insurgés de 1837; le départ des trouj^es pour la guerre d'Orient, la formation du loo*' régiment royal, toiit cela contribuait à i)réparer les esprits. Les enfants de cette époque s'élevaient par conséquent au milieu d'une atmosphère nouvelle et en subissaient les influences. Nous allons voir cpie la note martiale va continuer de se faire entendre et que l'administration de la colonie, sans violenter le sentiment populaire, mais ne faisant que le suivre, fut amenée, petit à petit, à agrandir et perfectionner l'outillage de la milice, au grand honneur du \olontariat sur lequel on avait craint d'abord de ne pouvoir jamais compter. Il ne s'est rien fait de brusque ni d'impératif à cet égard; tout a marché dans l'ordre de l'entendement et d'un progrès raisonnable. C'est là un sujet de fierté pour notre peuple, cpii a su tirer de lui-même et navette et bobines pour tisser la toile de son organisation militaire. Nous sommes aujourd'hui imités en cela par toutes les colonies anglaises. îvst-il plus beau témoignage de la valeur de nos conceptions ?
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La joyeuse sur])risc que la visite du ])riuee de Galles eausa paruii uous eu iS6o fit agir encore une fois le ressort du uiilitarisnie. Les parades et les déuioustrations
de ce genre activèrent le uiou\euieut. Ou en fut étonné à Londres, car notre milice y était peu connue. Déjà, cependant, nous avions reçu des coui]:)liuieuts de l'étranger; en 1S58, à l'occasion de l'ouverture d'un clieuiin de fer entre le Canada et le Maine, deux cent cin(|uaute \olontaires de Montréal axaient célébré, à Portland, ce grand événement pacific|ue, et on nous regardait de l'autre côté de la frontière comme gens de bonne école sous les armes. Les Canadiens-P'rançais ne s'étaient j^as tenus en arrière et tons se montraient heureux des louanges qu'on leur adressa.
Mais voici tout à coup un conti'aste : au moi.s de novembre 1S61, la guerre de la .sécession américaine étant commencée, deux commissaires des Etats du vSud furent enlevés à bord du Tiriil, navire anglais, par le San Jacinto, de la marine des Etats du Nord, et cette action souleva parmi nous une colère générale. En moins de trois jours, le gotivernement fut assailli de demandes pour armer toutes les milices. Des compagnies se formaient, on leur envoya des instructeurs pris dans les rangs de l'armée régulière, des capotes, des coiffures, des pantalons, des tuniques, en attendant les fusils et les canons. L'iiiver se passa en exercices. Le Bas-Canada prenait les airs d'un vaste camp de gardes nationales. C'était un grand pas de fait, car, lorsque l'on a revêtu l'uniforme, on s'v attache et j^lnsieurs qui n'eussent jamais songé à faire partie des volontaires se virent entraînés sous les drajx-aux par l'enthousiasme du moment et \" restèrent ; c'est le cas pour l'auteur du ])résent travail.
La législature siégeait, à Québec, au mois de mai 1S62, lorsque M. John A. Macdonald présenta un bill dans le but de mettre la milice sur un pied p'.us efficace. Cette mesure avait été préparée par une commission nommée à la suite de l'affaire du Trent ; il y était pourvu à l'armement de cinquante mille hommes qui devaient s'exercer vingt-huit jours par année; on plaçait tin dépôt d'armes dans chaque district; la dépense s'élèverait au plus à $500,000 par année. A part cela, on formait une réserve de cinquante mille hommes. Le bill fut repoussé par soixante-ct-unc voix contre cinquante-quatre, ce qui amena la démission du ministère Cartier-Macdonald après quatre ans de pouvoir. L'opposition prétextait la trop grande dépense qui résulterait de la mise en force de cette loi. Comme une majopté canadienne-française avait voté avec l'opposition, W. George-Etienne Cartier dit: "Les ennemis du Bas-Canada, surtout ceux cpii n'aiment pas les Canadien.s-Français, voudront tirer avantage de ce vote. J'espère, cependant, que la noble conduite de notre clergé et les sentiments manifestés par les Canadiens-Français, l'automne dernier, paralyseront les eff'orts qui se feront pour rendre suspecte leur loyauté. Une pensée nous console dans notre chtite, c'est que nous tombons à l'occasion d'une mesure destinée à la protection, à la défense de notre pa^-s, une mesure que nous croyons nécessaire pour mettre les Canadiens en état de jouir librement de leurs institutions politiques, à l'ombre du glorieux drapeau de la vieille Angleterre." Le 28 du même mois, le ministère Sandfield Macdonald-Sicotte soumit un bill de milice fixant la dépense annuelle sons ce chef à $250,000. ]\L Cartier maintint que la .somme était trop faible pour exercer les volontaires par bataillons, an lieu des compagnies isolées dont on s'était contenté jusque là.
En 1S63, le ministère apporta des modifications à son bill, et les conservateurs le combattirent parce qu'il décrétait la conscription et créait des emplois dont ils n'attendaient aucun service. Tous ces flottements décourageaient quelque peu les volontaires. Il v a apparence que le cabinet de Londres avait estimé la dépense nécessaire à un bon s^'stème de milice entre $400,000 et $500,000, et M. Cartier s'en tenait à ce chift're.
CAXADIKXXK-FRAXÇAISE
En sa qualité de Canadien-Français, il voulait arriver à l'établissement d'une organisation eiificacc, alin qu'on ne dise point que nous sommes indifférents ou hostiles à ces sortes de mesures. Il réitère cette affirmation dans la plupart de ses discours.
Le bill de 1S63 prit finalement la forme suivante: on exercerait cent mille hommes pendant six jours à cinquante cents de solde par jour, ce qui amènerait une dépense de $450,000. On établit des écoles militaires. Il y eut une commission pour examiner tout ce qui concernait la milice ; elle proposa d'assembler cinquante mille hommes pendant vingt-huit jours chaque année, d'enrôler une réserve de cinquante mille, de faire des dépôts d'armes dans les districts, etc. Au milieu de ces tâtonnements, les volontaires perdirent confiance et ceux de Montréal se virent réduits de quatre mille à deux mille. Le ministère Taché-AIacdonald, qui prit la direction des aft'aires le 30 mars 1.S64,
avait pour principal article de son programme la confédération des provinces, laquelle fut votée un an plus tard avec l'entente bien comprise cpie le nouveau Canada consacrerait au moins un million par année à son organisation militaire, lorsque les garnisons anglaises évacueraient le pays. Pour le moment, un bill de milice passa, tant bien que mal, estimant la dépense de l'année 1.S64-65 à #384,000, mais l'automne de 1.S64 survint le " raid " de Saint-Alban ; et le ministère mobilisa une partie des volontaires au printemps suivant pour leur fournir occasion de voir du service actif. On plaça des corps de mille hommes le long de la frontière depuis Aniherstburg jusqu'à Alissisquoi, durant deux et trois mois chacun, de mars à la fin de juillet. La dépense totale de l'année s'éleva à S774,ooo. L'automne de 1S65, il 3- eut un grand camp à Laprairie. Dans tous ces n:ouvenients, on voit des bataillons complètement formés de Canadiens-Français et qui méritèrent les félicitations des officiers de l'armée régulière chargés des inspections, de parcourir se ferment naturellement avec re jusque là inconnu parmi nous, préludes
HUGII McD(
Les cinquante ans que nous venons les exercices de 1S65, exercices d'un gei des campagnes plus sérieuses de 1S66, 1870, 18S5.
Le ^o juillet 1865 disparaissait de la scène du monde un homme qui s'était occupé de la milice depuis 1812, et qui mourait à la tête de cette branche de l'administration. vSir Etienne-Pascal Taché avait dit devant la législature, en 1846: " vSi jamais le pays cesse un jour d'être à l'Angleterre, le dernier coup de canon tiré ])our sa défense l'aura été par un Canadien-Français." Du i" juillet de cette année jusqu'au 10 mars 1848, il avait été adjudant général du Bas-Canada, poste 011 il fut remplacé par le lieutenantcolonel Alphonse de Salaberry. M. Taché, rentrant alors dans la politique, s'y était fait une position enviable et se trouvait premier ministre lorsque la confédération fut votée par les chambres législatives. La direction de la milice passa (août 1863) au
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nouveau premier ministre, l'houorable Joliu-A. Maedonald, (jui eut pour prineipal collègue riionorable George-Etienne Cartier.
\'ers cette époque, on remarcjuait parmi les hommes qui s'occupaient de milice J.-C. Coursol, L.-R. Masson, E.-A. Barnard, J.-H. Bellerose, .-\.-C. de L. Harwood, I..-T. Su/or, L.-A. Casault, C.-A.-P. Pelletier, J.-G. Blanchet, Charles de Salaberry, Charles-Eugène Panet, G. d'Odet d'Orsonnens, et plusieurs autres qui ont fait œuvre durable.
L'artillerie de campagne de Québec date du mois d'août 1S55, alors qu'elle fut mise sur pied par le capitaine Louis-Symphorien Gamache. Le 4"^ bataillon (chasseurs canadiens) fut organisé à Montréal, en janvier 1S62, par C.-J. Coursol. Le 9*" bataillon (Québec) se forma sons Charles de Salaberry, en mars 1S62. Le 17'' bataillon (Lévis) eut pour organisateur, en février 1S63, J.-(t. Blanchet, qui le commanda plus de vingt ans. Plusieurs compagnies, alors isolées les unes des autres, ont formé par la suite le noj-au d'autant de bataillons.
Chaqiie fois qu'il est question de l'origine de nos corps de volontaires, on mentionne le fait que nous les avons créés en même temps que les volontaires du Royaume-Uni se formaient, et cela est vrai sans néanmoins établir aucun rapport entre les causes de ces deux mouvements. La situation de l'armée anglaise laissait beaucoup à désirer eu 1S52, lorsque Napoléon III monta sur le trône, avec le dessein, di.sait-on, de reprendre la politique de .son oncle contre le gouvernement britannique, aussi le patriotisme alarmé du peuple anglais le poussa-t-il à mettre sur pied des bataillons qui s'offraient pour doubler les rangs de l'armée régulière. Plus tard, en 1S59, l'attitude de Napoléon étant encore devenue suspecte, il y eut un réveil du volontarisme qui prit des proportions extraordinaires. On se rappelle que, parmi nous, d'autres circonstances que celles-là firent naître le même esprit d'organisation, de sorte que nous ne nous sommes pas laissé guider par ce qui se passait en Europe, mais absolument par les nécessités du jour.
Il a été dit plus haut que les volontaires de 1837-3S furent licenciés en 1S39, mais il paraîtrait qu'on les rétablit presque aussitôt, comme le montre l'état suivant des dépenses encourues par le bureau de la guerre dans le Haut et le Bas-Canada durant l'année 1841 : solde /^Sj,2go 14 s. 6 d. ; habillement ;^6,4S4 o s. o d. ; autres dépenses ;^'i4,ooo o s. o d. ; en tout ^"i07,774 14 s. 6 d. Les évaluations pour 1S42 s'élèvent à ;^ioS,ooo, couvrant la milice et les volontaires. \'oici les noms des corps de 1S41 : — Haut-Canada : un escadron de dragons, l'artillerie de Kingston, cinq bataillons d'infanterie, une compagnie d'hommes de couleur et l'infanterie légère des Glengarry ; coût Â'53^-55 3 s. 4 cl. Bas-Canada : cavalerie de Stanstead et de Shefford, dragons de la Reine, cavalerie de Montréal et de Huntingdon ; infanterie de Lacolle, Huntingdon et Russelltown ; coût ^34,035 1 1 s. 2 d. A partir du i*"^ mai 1842, les volontaires se trouvaient réorganisés de la manière suivante pour un service de deux années, on moins si l'on jugeait à propos de réduire cette force : — Haut-Canada : les mêmes corps, a3-ant un eft'ectif de 2,487 officiers et soldats ; Bas-Canada : 466 officiers et soldats. D'après les noms des localités ici mentionnées, il est douteux qu'il v ait eu beaucoup de Canadiens-Français parmi ces volontaires.