Ou Bor
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qui y ont creusé des vallées profondes. Cependant, ils n’habitent pas, diton, les plus hautes chaînes de montagnes qu'on aperçoit dans le lointain au nord. Ce nom de Michemis, presque inconnu des indigènes, désigne un groupe de sauvages qui se ressemblent et prennent diverses appellations. On les distingue généralement en deux groupes principaux : les Chulikattas ou cheveux coupés droits sur le front, et les Bigaros. Les premiers s’étendent depuis' la rive gauche du Dibong jusqu’à la rive droite du Digaro, qui donne son nom à la seconde fraction, laquelle s’étend à l’est jusqu’à l’Iraouaddy. Il y aurait encore d’autres divisions, telles que les May-michemis, dont on ne connaît à peu près rien. Chez les Chulikattas, il y aurait 120 villages, comprenant 2830 maisons et 19150 habitants. Chez les Bigaros, on ne cite que 42 villages, contenant 1318 maisons et 6590 habitants, mais ces chiffres ne sont probablement qu’approximatifs et minima. Ce que j’ai dit de la constitution des Abors et de l’autorité des chefs de tribu ou plutôt des Khels, s’applique aussi et plus encore aux Michemis.
SiNGruos et Khamptis soumis a l’Angleterre. — A partir de douze milles à l’est de Sudiya, par une latitude moyenne de 27°30, (Grwh) sur les rivières Tenga-pani, Noa-dehing et leurs aliluents, on rencontre les deux tribus Singphos et Khamptis mélangés par petits groupes jusqu a la chaîne de partage des eaux entre le Brahmapoutre et l’Iraouaddy, à soixante-dix milles de Sudiya. Excepté en approchant de cette chaîne peu élevée, tout le pays n’est qu'une immense plaine couverte de forêts vierges, au milieu desquelles sont cachés les villages et les rizières, surtout sur le bord des cours d’eau. La partie montagneuse est presque inhabitée. Le climat est pluvieux, chaud et malsain pendant l’été, au moins pour les Européens. Ces Singphos et Khamptis sont originaires des bords de l’Iraouaddy, les Singphos prétendent être de la même race que les Kakhiensde Birmanie. Chassés autrefois par les autres membres de la tribu, ils vinrent s’établir dans la plaine de Sudiya où ils furent soumis aux rois indigènes d’abord, puis aux Birmans. Avec ceux-ci, ils combattirent contre les Anglais en 1842. Les Birmans ayant été repoussés dans leur pays, les Singphos et les Khamptis furent refoulés dans la plaine et les immenses forêts qu’ils occupent aujourd'hui. Plusieurs fois encore, ils s’attirèrent la répression des armes anglaises. Ils reconnaissent jusqu’à un certain point la domination anglaise, venant chaque année offrir leurs respects et des présents au magistrat, faisant régler par lui leurs différends, recevant par lui de petites pensions annuelles. Les Singphos sont un peuple agriculteur, de manières simples, douces, hospitalières, sans temples, ni bonzes, ni écoles. Les Khamptis de cette même région, agriculteurs aussi, semblent moins simples, plus fiers, plus indépendants et moins attachés aux Anglais.
Ces Singphos et Khamptis sont soumis à plusieurs chefs indigènes décorés du litre pompeux de Rajahs (rois), qui sont comme des maires de cantons indépendants les uns des autres et de leurs congénères plus rapprochés de l'Iraouaddy. Les affaires de villages se traitent surtout en conseil où tous les chefs de famille prennent part. C'est un régime qui semble très patriarcal.
Singpiios et Kiiamptis indépendants des Anglais. — En continuant de s’avancer vers l’est à la même latitude, au delà de la chaîne de partage des eaux et entre cette chaîne et la branche occidentale de l’Iraouaddy, nommée Namkiou, sur une largeur d’environ trente-cinq milles, on retrouve encore ces deux mêmes tribus : les Bor-khamplis, plus au nord, et les Singphos, plus au sud, descendant même jusqu’au 26° de latitude. Ces Bor-khamptis et ces Singphos ne sont ni soumis, ni alliés aux Anglais ; s’ils sont soumis à la Birmanie, leur dépendance est beaucoup plus nomi-
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nale que réelle; en fait, ils se considèrent comme indépendants et le sont. Ils ont plusieurs chefs indigènes, qui semblent posséder un peu plus d’autorité et une autorité plus étendue que ceux dont nous avons parlé au paragraphe précédent. Les principaux chefs Singphos résident à Manchi, à Patkay et à Mainlak, au confluent du Namkiou (branche occidentale) et du Phongmay (branche orientale) de l’Iraouaddy (d’après Jenkins et Williams). Ces rajahs, indépendants les uns des autres, sont alliés ou rivaux selon les circonstances. Les Bor-khamptis sont représentés comme une tribu assez turbulente, rude et grossière, quoiqu’elle passe pour plus civilisée parce qu’elle ait ses temples bouddhiques, ses bonzes et ses écoles comme ceux du Tenga-pani. Plusieurs Européens ont été visiter leur pays à diverses époques et n’ont pas eu à se plaindre de la manière dont ils furent reçus et traités. Les Singphos ont un caractère plus doux, des manières plus simples et plus hospitalières. Comme ceux dont nous avons parlé, ils n'ont ni temples, ni bonzes, ni écoles.
Rapports de M. Desgodins.
[Extraits.)
(Vol. '2, page 176„)
Népal. — Le Népal est tributaire de la Chine depuis 1792, et doit envoyer à Pékin, tous les dix ans, une ambassade et des présents. La Chine entretient à Katmandou, la capitale, un collège d’interprètes chinois, qui sont plutôt des espions et des surveillants, tant elle se défie de la fidélité de ses tributaires népaliens qui, en fait, sont fort indépendants.
Après une guerre avec les Anglais, les Népaliens furent forcés de signer un traité, le 3 mars 1816. Depuis cette époque, ils sont devenus aussi les alliés et les protégés du gouvernement anglais, qui entretient à Katmandou un résident avec son secrétaire et son médecin, qui ne peuvent sortir de la vallée de Katmandou, sans la permission du roi du Népal. Les autres Européens ne sont pas admis au Népal, à moins que le Rajah ne les appelle à son service, ou pour son profit. Quoique le Népal se soit toujours montré allié fidèle du gouvernement anglais, surtout dans la révolte des Cipayes, en 1857 et depuis, et qu’il entretienne de bonnes et fréquentes relations avec Calcutta, il se montre très jaloux de son indépendance ; il met des entraves à l’entrée des Européens chez lui, il met des taxes élevées sur les marchandises qui passent chez lui pour aller au Tliibet, et arrête ainsi l’élan du commerce. Les Anglais cherchent à détruire peu à peu cet esprit d’exclusion, ils y arriveront, sans doute, mais lentement et difficilement.
La population totale s’élève, dit-on, à 2.500.000 âmes, dont 2.000.000 de race, religion et langage indous, et environ 500.000 bouddhistes, parmi lesquels un petit nombre de Thibétains dans le nord et le nord-est. Ce peuple est, en général, actif, entreprenant, industrieux, ce que prouve son émigration en pays anglais, au Sikkim et à Lhassa, où il a su se créer un bien-être assez grand.
Sikkim indigène. — Ce petit royaume est situé immédiatement au nord du district de Darjeeling ; à l’ouest, il est séparé du Népal par la chaîne
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du Singaleak ; au nord, il est borné par les Himalayas, depuis le pic Kochinjnga, jusqu’au pic Dongkia, qui le séparent du Thibet proprement dit; à l’est, par la chaîne de montagnes nommée Chola,qui le sépare de la vallée de Chumbi (ou Pharidzong), laquelle appartient au Thibet proprement dit. 11 ne touche au Boutan que par un point de sa frontière sud-est. Sa superficie totale est de 1550 milles carrés. C'est un pays très montagneux, coupé de vallées profondes, arrosées par de nombreux torrents, et par deux rivières principales : la Tista et le Rongeet qui le traversent du nord au sud.
La population peut se diviser en deux catégories, l’ancienne ou l’indigène, et la nouvelle ou venue par immigration. La première se compose de Lepchas et de Limbous, auxquels sont venus s’adjoindre, il y a trois ou quatre cents ans, les Thibétains, conquérants etfondateurs du royaume actuel. En 18G0, on comptait environ 3.000 Lepchas, 2.000 Limbous et 2.000 Thibétains, mais tout le monde remarque que les deux premières races diminuent et tendent à disparaître. Les Thibétains peuplent surtout la partie orientale ; les Lepchas, les Limbous avec des Thibétains, la partie occidentale. Depuis quelques années, une émigration assez considérable de Népaliens est venue défricher et s’est fixée dans la partie sud, sur les bords des rivières Tista et Rongeet. Je ne sais au juste à quel chiffre s’élève cette population népalienne fixée au Sikkim ; mais je ne crois pas exagérer en la portant à 4.000 ou 5.000. La population totale du royaume serait donc environ de 12.000 âmes.
Le royaume de Sikkim, fondé il y a trois ou quatre cents ans par des lamas et un chef thibétains sur le modèle du Thibet, est resté tributaire du Thibet, mais il est continuellement exposé aux invasions du Népal et du Boutan. Le 3 mars 181(3, le gouvernement anglais mit fin à cet état de choses en prenant le Sikkim sous sa protection. En 1835, le roi céda à l’Angleterre une partie du territoire de Darjeeling. En 1859, ses agissements lui attirèrent une rude correction, la confiscation de la partie du district de Darjeeling à l’ouest de la Tista, pour lequel il reçut une pension annuelle. Enfin, le traité du 28 mars 1861 en fit un protégé du gouvernement anglais, tout en le laissant tributaire du Thibet et de la Chine, dont il reçoit aussi une pension annuelle de mille à deux mille roupies. En fait, depuis ce traité, le Sikkim est presque entièrement séparé du Thibet, placé sous l’influence et même sous la direction du gouvernement anglais, au moins pour les rapports extérieurs, car la Grande-Bretagne ne semble pas se mêler de l'administration intérieure. Ce qu’elle demande avant tout à son protégé, c’est la liberté et la sécurité de commerce et de circulation.
Boutan. — Ce pays, thibétain de race, est entièrement situé sur le versant sud de la chaîne méridionale des Himalayas, qui forment sa frontière nord, et le séparent duThibet.il a pour limites : A l’ouest la vallée de Chumbi, dont il est séparé par un puissant contrefort qui, partant du pic Choumoulari, descend vers le sud jusqu’à un pic situé à l’est de Chumbi. De ce point, la frontière traverse la vallée de Chumbi dans une direction ouest, un peu sud, et vient aboutir au pic Gipmochi, puis aux torrents Néchou et Déchou, qui le séparent de la partie-est du district de Darjeeling. La frontière-sud est la plaine où se trouvent le district de Jailpiguri à l’ouest, et Assam, vers l’est. La limite-est s’arrête vers la 92° longitude-est de Greenwich, là où se trouve la vallée de Towang, dépendant du Thibet proprement dit, et sépare le Boutan des tribus sauvages qui peuplent le reste du versant-sud des Himalayas, depuis cette vallée, jusqu’au haut Assam inclusivement.
Ce royaume, fondé il y a deux ou trois cents ans, par une invasion de Thibétains orientaux, est gouverné par un grand Bouddha vivant, connu
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dans l'Inde sous le nom de Darmah-Rajah, et par un roi laïque, désigné sous le nom de Deb Rajah (probablement une corruption du motthibétain Deba, préfet ou petit chef de pays). Le grand conseil du royaume serait composé de sept membres : deux secrétaires, l'un du Darmah, l’autre du Deb Rajah ; cl’un économe ou trésorier; d’un grand juge; des gouverneurs de Tassisoudou, la capitale religieuse, de Punaka, la capitale civile, et d’Angouforong, auxquels seraient adjoints les commandants de forts ou Penlow de Paro, de Tongso et de Targa ou Daka.Tout le pays serait divisé en deux grands gouvernements, celui de Paro à l’ouest, et celui de Tongso à l’est, lesquels ont accaparés presque toute l’autorité même sur les Darmah et les Deb Rajahs, et se disputent encore entre eux la prépondérance, ce qui occasionne des guerres civiles continuelles. Le gouvernement de Targa ou Daka est actuellement réduit presque à une nullité par ses deux puissants rivaux, et celui d’Angouforong 1 est devenu une sinécure, depuis que les Anglais ont annexé à leur empire les dix-huit douars de la plaine qu’il commandait, c’est-à-dire depuis le traité du 11 novembre 1865.
Fondé par des Thibétains, le royaume du Boutan, thibétain de race, de langage, de religion et d’administration est toujours resté tributaire du Thibet et par là même de la Chine, qui le considère comme partie intégrante de l’empire chinois, tout en avouant que les Boutaniens sont des sujets bien peu soumis et très gênants à cause de leur caractère turbulent, querelleur, barbare et orgueilleux plutôt que courageux. Et, en fait, les Boutaniens voudraient bien être tout à fait indépendants, et du Thibet, et de la Chine, et des Anglais. Mais leurs irruptions fréquentes en territoire anglais et leurs entreprises mal combinées, n’ont servi qu'à leur faire sentir le poids de la répression des armes britanniques, jusqu’à ce qu’enfin leurs insultes envers la mission officielle dont sir Ashley Eden était le chef, en 1864, eussent occasionné une guerre, suivie du traité du 11 novembre 1865. Par ce traité, le Boutan est devenu l’allié du gouvernement anglais, et a subi, en partie du moins, son influence qui va toujours en augmentant quoique lentement.
Vallée de Chumbi. — Au Thibet cette vallée doit être appelée gouvernement ou préfecture de Pharidzong (forteresse au delà des monts), qui en est le chef-lieu d’administration civile, Chumbi étant seulement le nom de la maison de campagne où le roi du Sikkim vient passer les trois mois d’été de la saison des pluies, avec permission des gouvernements anglais et thibétain 2. Cette vallée est entièrement située sur le versant sud des Himalayas ; elle est enfoncée entre le Sikkim et le Boutan, comme un coin dont la tête regarderait le Thibet. Elle peut avoir environ 35 milles du sud au nord, et de 15 à 20 milles de l'est à l’ouest. Il est certain que cette vallée fait partie intégrante du Thibet, c'est une simple préfecture de la province centrale de ce royaume. Mais précisément parce que cette vallée est Thibet proprement dit, les Européens en sont soigneusement et jalousement exclus par la fourberie chinoise et les lamas. Cette frontière est d’autant plus surveillée depuis que les Anglais ont fait aboutir leur route de commerce au passage de Jalep, dans la partie sud-ouest de cette vallée ; mais ils ont la ferme espérance que, dans un avenir plus ou moins prochain, cette route pourra remonter toute la vallée de Chumbi qui est d’un parcours facile. Toute cette vallée est uniquement peuplée de Thibétains dont le nombre est inconnu.