LE PftOCASDEg UQflSTRBS DB CHARLES X
Sous la Restauration, il fallait payer 300 francs de ooiitributions directes* pour être éleeteur, 1000 francs pour être éligible. Après de longues et tumultueiises discussions, la Chambre fixa le cens électoral à 200 francs et le cens d'éligibilité à 500 ; le nombre des électeurs augmentait de plus du double ; au lieutie 66,000, il montait à 170,000. Le ministère avait demimdé qn^on adjoi* gnitaux censitaires un certain nombre de personnes dont la profession prouvait la capacité, telles que professeurs titulaires des Facmltés de TÉtat, magistrats, avocats, notaires^ avoués^ etc... Mais, emportée par un ooarantde réaction, la Chambre des députés commit la faute de r^ pousser cette proposition : elle n'admit au nombre des électeurs que les officiers jouissant de 1200 francs de retraite, et les correspondants de Tlnstitut ; encore exigea»t-elle de ceax*ciqn* ils payeraient 100 francs de contributions directes, c'est-à-dire le demi-cens. Sans doute le droit électoral n'est pas un droit naturel, mais un droit social que l'État confère à certaines conditions , et la base de ce droit réside dans la capacité : celle-ci a un double étalon, l'intelligence et la fortune; ces deux facteurs de la capacité électorale méritaient qu*on les respectât, qu'on les admît tous deux, comme le proposaient les ministres. On sait que dix-sept ans plus tard, la réforme se transforma en machine de guerre et devint le prétexte d'une révolution.
Sous le poids de ses nombreux échecs, de ses mésaventures parlementaires, le cabinet s'affaissait de jour en jour et tombait dans un profond discrédit : l'industrie, le commerce continuaient d'être en proie à la perturbation et au marasme ; les finances publiques se trouvaient dans un état de plus en plus critique ; la ruine de la maison de banque de M. Laffitte, devenue imminente,
rendait impossible son maintien aux affaires. La Banque de France lui fit des avances considérables; ou lui remboursa une somme de cinq millions que Laffîtte avait, sans autorisation préalable, avancés à la République d'Haïti, et cette opération irrégulière nécessita un bill d'indemnité, accompagné toutefois d'un blâme. Le roi lui racheta généreusement sa forêt de Breteuil moyennant'dîx millions, et le sauva de la faillite : une souscription nationale ouverte en sa faveur atteignit un chifïre assez considérable. D'autre part le désordre ne cessait de régner dans les rues ; les élèves se livraient à des émeutes journalières, tantôt contre un professeur, tantôt contre un proviseur, remplissant la ville de leur turbulence et de leur effronterie. Uq dernier incident fît pour ainsi dire déborder le vase, acheva de mettre en lumière l'incorrigible incurie de l'administration municipale et l'insuffisance du cabinet.
Le parti légitimiste avait projeté un service funèbre dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois pour l'anniversaire de la mort du duc de Berry. Le ministère le savait : il n'ignorait pas non plus que le parti révolutionnaire se proposait de protester à sa manière. Au lieu de prendre en main la cause de la liberté religieuse, ou tout au moins d'interdire la cérémonie, il ne recourut à aucune précaution. Comme l'écrit Guizot, on laissa aller d'abord les légitimistes, puis les anarchistes : on ne prévint pas les causes de trouble, on ne protégea pas les droits de la liberté; les partis seuls furent acteurs, le pouvoir abdiqua, resta indifférent, comme si rien de tout cela ne le regardait. Le service expiatoire a lieu en effet le 14 février; mais aussitôt après, l'émeute arrive, et, obéissant à un plan prémédité, saccage le presbytère de Saint-Germain l'Auxerrois; enhardis par ce premier
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succès, ces Vandales se ruent sur Téglise, la dépouillent de ses ornements, décapitent les statues, lacèrent les tableaux, brisent les confessionnaux, se revêtent des habits sacerdotaux, dansent une sarabande infernale et parodient les augustes cérémonies du culte. Un détachement de cette horde se rend au domicile de M. Dupin pour le massacrer et donner ainsi une leçon à la Chambre dont il fait partie : l'éloquent député n'échappe qu'avec peine à ses atteintes. Le lendemain les bataillons de rémeute se précipitent sur l'Archevêché et recommencent ses hideux attentats : meubles précieux, livres, tableaux, tout est mis en pièces ; tandis qu'une partie de ces iconoclastes brise et détruit, les autres transportent et jettent dans la Seine les débris de tant de richesses.
Le cabinet, les deux préfets se sont croisé les bras, n'ont rien fait pour prévenir ces excès épouvantables. Sont-ils les complices de Témeute? Sont-ils prostitués à elle ? Le gouvernement est-il devenu l'homme-lige de la démagogie parisienne? A-t-il voulu punir les légitimistes de leur opposition systématique? Cette supposition semble presque vraisemblable lorsqu'on voit le préfet de police, M. Baude, lancer des proclamations où il déverse surtout l'outrage contre le parti royaliste ; bien plus, le Moniteur ne parle qu'avec déférence de la légitime indignation du peuple. Deux jours après ces attentats, M. Laffitte qui a fait disparaître du sommet des églises et des monuments publics toutes les croix ornées de fleurs de lis, obtient encore de Louis-Philippe une ordonnance qui supprime les mêmes fleurs de lis, ces armes de sa maison, de Técusson royal et du sceau de l'État ; le roi ne se jugeait plus en mesure de résister à la Révolution. Ce fut une chose inouïe d'entendre à la tribune
le ministre de l'intérieur essayer de se disculper en se retranchant « sur les difficultés inévitables d'une révolution qui avait laissé tant de problèmes sociaux à résoudre ». Que dire de cet incroyable préfet de police, qui au lieu de se justifier, avait Taudace d'accuser, condamnant les excès en principe^ mais leur trouvant une explication naturelle dans ce qu'il appelait la mau- Taise marche du gouvernement^ et F impopularité de la Chambre des députés? Par quelle aberration de l'esprit, un haut fonctionnaire osait-il avancer dans son étrange discours, que, bien qu'il y eût parmi les séditieux a un grand nombre de libérés et de voleurs » on avait « tout cassé, tout dévasté, et rien emporté »? Ce que la dévastation a d'odieux et de barbare, ajoutait-il, semblait atténué par la leçon qu'elle domiait au gouvernement. Que dire de M. Odilon Barrot, qui lui aussi, ne voyait dans ces attentats qu'un mode de pétition particulier à la foule, ce qui lui attira cette riposte de M. Dupin : convenez au moins que c'était une pétition fort mal rédigée? Que dire de M. Laffitte alléguant pour toute raison a la situation plus forte que les hommes » ? Un tel aveu, loin de le justifier, ne contenait-il pas sa condamnation formelle, irrévocable? N'est-ce pas le premier devoir du pouvoir de gouverner seul, de n'admettre aucune intervention extérieure, aucune force extra-légale, de rester à sa place, c'est-à-dire à la tête de la société et non à la queue? Le président du conseil avait annoncé à la Chambre sa prochaine dissolution, mais celle-ci ne pouvait admettre que les élections se fissent sous l'influence de la gauche, et le roi, malgré ses sympathies et son affection pour M. Laffitte, se rallia à l'opinion de la majorité. Deux ordonnances royales remplacèrent le préfet de la Seine et celui de police. Louis-Philippe avait
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pressenti quelle profonde et déplorable impression causeraient en Europe les scènes sauvages des 14 et 15 février, quel contre-coup elles produiraient en France, et tandis quaLaffitte se débattait dans les convulsions de son agonie ministérielle, se cramponnant au pouvoir avec l'énergie d!un noyé, dès négociations actives s'engageaient pour former un ministère conservateur. Elles furent longues et difficiles :. M. Casimir Périer était désigné par la majorité, désiré par la France, attendu par l'Europe, porté au pouvoir par la force des choses et par la force des hommes ; il avait fait ses conditions et.avait voulu être en réalita premier jninistre, s'entourer de noms considérables^ de talents dévoués à sa politique,. Il me faut, disait-il, dans la lutte que je vais entreprendre contre l'anarchie, plus que des collègues, il me faut des complices. Enfin le ministère, fut constitué le lamars 1831 de la. manière suivante : Intérieur, Casimir Périer, président du conseil ; Affaires étrangères, général Sébssti€aii;.guerre, le maréchal Soult; finances, le baron Louis; marine, l'amiral de Rigny. Le comte d'Argout, le comte de Montalivet,.M. Barthe prenaient les portefeuilles du commerce, jde l'instruction publique et de la justice.
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