‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 14 sur 78 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

OKS FROilDE PARLEMENTAIRE

Intrigues du prince Louis-Napoléon Bonaparle au château d'Arenenberg Demande d'expulsion. Conflit avec la Suisse. — Évacuation de la citadelle d'Ancôue. — Règlement déttnitif de rindemnité due par la République d'Haïti. — Guerre ave^ la République Arjçentine et le Mexique. Prise de Saint-Jean d'Ulloa. — La coalition : M. Duvergier de Hauraan.\ — De la maxime extra-légale : le roi règne et ne gouverne pas. — De l'opinion publique en France. — Le projet d'adresse de la commission; discussion. Défense du comte Mîlé. — Nouvelle dissolution de la Chambre des députés. — Élections. — Retraite définitive du Cabinet du 15 ami. — Interrègne ministériel de deux mois; Tanarchie parlemealaire; dissolution de la coalition. — M. Passy est élu Président de ta Chambre. — Formation soudaine du ministère du 12 mai. — Jugement sur la coalition.

Dans les questions extérieures, en Amérique, en Europe, le ministère Mole soutint avec une ferme et active sollicitude, les intérêts, la dignité de la France et la politique du droit des gens. La Suisse, la Belgique, Tltalie, lui fournirent Toccasion de se rapprocher des grandes cours du Nord, sans laisser péricliter ni les droits, ni les justes prérogatives de son pays.

Le prince Louis-Napoléon Bonaparte avait quitté les États-Unis pour venir embrasser sa mère mourante, au château d'Arenenberg. C'était un motif respectable, et le gouvernement français ne chercha point à Fempêcher de remplir ce devoir de piété filiale. Mais après la mort de la reiue Hortense, le château d'Aroneabdrg redevint

288 UNE FRONDE PARLEMENTAIHE

le centre d'intrigues et de conspirations : la brochure de M. Laity, Tun des conjurés de Strasbourg, condamné récemment par la Cour des Pairs à cinq années de détention et dix mille francs d'amende, prouvait avec évidence les projets du prince contre la monarchie constitutionnelle. Le droit public autorisait une demande d'éloignement du prétendant impérial, la prévoyance politique la commandait. Le duc de Montebello reçut Tordre de remettre au Directoire fédéral une note où il réclamait formellement l'expulsion de Louis-Napoléon Bonaparte.

Au sein de la Diète et du grand Conseil de Thurgovie, la demande du gouvernement français souleva de vives discussions : les députés des cantons démocratiques n'épargnèrent à la France ni les injures, ni les défis ; ils s'élevèrent avec violence contre des prétentions, qui, selon eux, tendaient à compromettre la souveraineté de la Suisse ; il était temps de montrer que celle-ci voulait, une fois, pour toutes, en finir avec les exigences croissantés de l'étranger, qu'elle n'était point une province de France, mais un État libre. Consulté par la Diète au sujet de la nationalité du prince, le grand Conseil de Thurgovie déclara qu'il était citoyen suisse, et que s'il n'avait pas exigé de sa part une renonciation formelle à la qualité de Français, c'est qu'elle était inutile, ce titre se trouvant perdu, aux termes des lois françaises, par le seul fait de la naturalisation acquise en pays étranger. Or, dans la lettre du 15 mai 1832, par laquelle il acceptait le droit de bourgeoisie, Louis-Napoléon s'exprimait ainsi : « Croyez que dans toutes les circonstances de ma vie, comme Français et comme Bonaparte^ je serai fier d'être citoyen d'un État libre. »

Irrité des réponses évasives,des discussions injurieuses

de la Diète, le comte Mole résolut de ne pas lui permettre de jouer sur d'aussi misérables équivoques : le 14 août 1838, il lui fit parvenir une m)uvelle note plus ferme et plus détaillée que la première. Est-il, demandait le mi* nistre français, est-il un homme de bonne foi qui puisse admettre que Louis Bonaparte soit naturalisé Suisse, bourgeois de Thurgovie, et prétende en même temps régner sur la France ? La Suisse a-t-elle le droit de laisser se former sur son territoire des entreprises qui, quoique dénuées de chances sérieuses de succès, peuvent avoir pour effet, comme au mois d'octobre 1836, de donner un grand scandale politique et d'entraîner quelques insensés ou quelques dupes ? Ne serait-ce pas se jouer de

toute vérité que de se dire touràtour,selon l'occurrence, Suisse ou Français,Fpançais pour attenter au repos et au bonheur de la France, Suisse pour conserver l'asile, où, après avoir échoué dans de coupables tentatives, on ourdit de nouvelles intrigues et on prépare de nouveaux coups. Louis Bonaparte a assez prouvé assurément qu'il n'est accessible à aucun sentiment de reconnaissance, et qu'une plus longue patience du gouvernement français ne ferait que le conQrmer dans son aveuglement et l'enhardir à de nouvelles trames. Si, contre toute attente, la Suisse prenait fait et cause pour celui qui compromet son repos, le duc de Montebello demanderait aussitôt ses passeports, la France, forte de son droit et de la justice de sa demande, userait de tous les moyens dont elle dispose pour obtenir satisfaction.

En même temps, le comte Mole donnait des ordres pour réunir un corps de 20,000 hommes sur la frontière : deux bataillons prirent position à Gex, à quelques pas du sol helvétique, et l'artillerie de Lyon dut se tenir prête au premier signal.

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