XIX
30 âT. J.-C. L'Egypte réunie en 724, et l'Inde.
L'Egypte. gn Egypte, sous le règne des Ptolémées, les pièces d'or
furent fabriquées sur le modèle de la drachme de Tyr, au poids de 3«%67, et tombèrent plus tard à 3«',49. L'argent fut toujours copié sur la drachme de 8«',67, et Ton fabriqua en outre une très-grande quantité de pièces de cuivre. La valeur de ces pièces était la suivante : 8 drachmes d'or = 100 drachmes d'argent, = 6,000 drachmes de cuivre (t. I, p. 52-54). Il est vraisemblable qu'en Egypte comme ailleurs, l'émission de la monnaie d*or fut suspendue dès le vu* siècle de Rome, quoique l'incertitude chronologique des pièces des Ptolémées de la dernière époque (1) puisse laisser planer quelques doutes sur la date précise de cette suspension. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'existe pas de pièces d'or égyptiennes deCléopâtreet deMarc-Ântoine, ni des empereurs romains, comme souverains derÉgypte,et qu'à l'époque romaine, l'aureus impérial circulait en Egypte à la place de l'ancien octadrachme d'or. L'émission des tétradrachmes et des didrachmes d'argent du poids de Tyr ne dura pas non plus jusqu'à l'époque romaine; elle fut probablement remplacée, sous le règne de Marc- Antoine et de Cléopâtre, par le denier romain de ^''jOO; c'est du moins ce que l'on peut conclure de leurs pièces d'argent de grand module pesant 15«%27, avec la légende grecque, et de leurs pièces plus petites, à légendes latines du même poids
(1) [Les recherches de M. Feoardent jetteol un jour toot nouveau sur la chronologie des Lagides : Cotiectiont Giovanni di Demetrio. Egypte ancienne, l'*parUe, Monnûiet des rois, Paris, 1869.] J. W.
L*ÉGYPTE. 8âS
que le denier romain (1) . Lorsque Auguste remplaça Toctadrachme par son aureus, non-seulement l'émission des anciennes pièces d'argent dut être arrêtée, mais toutes les pièces d'argent qui étalent alors en circulation furent nécessairement retirées. En effet, le tétradrachme d'argent qui était de 4/26 de l'octadrachme d'or, ne pouvait pas représenter le 1/25 de l'aureus, ce dernier étant d'au moins 2/3 plus léger. De là vient qu'en Egypte on ne frappa sous Auguste aucune pièce d'argent, et que le métal des tétradrachmes frappés sous Tibère, depuis l'an de J.-C. 28 (2), fut sensiblement altéré et réduit à l'état de billon. Pour arriver à ce que l'aureus valût 25 tétradrachmes d'Alexandrie (t. I, p, 56), le tétradrachme ne devait plus contenir que 1/5 d'argent fin, à moins qu'on ne voulût livrer cette monnaie au-dessous de sa valeur intrinsèque. En effet, les tétradrachmes d'Alexandrie ont une valeur réelle encore bien moindre, et, dans les derniers temps de l'époque impériale, ils ne contiennent guère que de 2 à A 0/0 d'argent (3). Ces pièces ressemblent parfaitement aux monnaies
(1) Poids des pièces portant une légende grecque : 15(^,27 (=235,7, Lealie); 15M3 (=232, Cat. Pembroke, p. 275); 14«',37 {=221,6,Mu8.Bril.); avec une légende latine (Eckhel, Doct. ntim. vet,, t. VI, p. 47) : ^,dS (=61, Leake); 3«',92 (=60,5, Mus. Brit.); 8«',61 (Pinder, p. 140). Bœckh (/. cit., p. 145) reconnaît avec raison que les pièces à légende grecque ont été frappées sur le pied du denier romain.
(2) Eckhel, Doct. num, vet, t. IV, p. 50. — Mionnet,t. VI,p. 53. La date la plus récente de Tibère sur des pièces authentiques est l'an L.I A, (14) ; on ne peut pas se fier anx dates données par Mionnet, (/. ciL), ni aux indications de Sestini. Mionnet, Suppl., t. IX, p. 29 et 30.
(3) Sabatier (Ptoduction de for, de Vargent et du cuivre^ p. 79) a trouvé dans des tétradrachmes d'Alexandrie :
Arfeat
CaUre
Zlae
ËtalD
Piomb
Perte
De Claude le Gothique
traces
De Dioclétlen
traces
des Lagides : le type est égyptien, la légende est grecque, et, d'après l'usage établi depuis longtemps en Egypte, on n'y voit pas le nom du pays, ni le nom delà ville d'Alexandrie, mais seulement celui du souverain avec la date de son règne. L'altération du métal ne permet pas de déterminer d'une manière positive le système monétaire d'après lequel ces tétradrachmes étaient frappés; mais nous savons par les historiens du Bas-Empire que les drachmes des Ptolémées avaient le môme poids que les deniers de Néron (1) ; ce
(I) Le métrologue d'Alexandrie, cité (Ul^p. 37 et 38),asBimtle pour le poids le talent des Ptolémées à celui qu'il appelle talent attique,Cest- à-dire au talent de 6,000 deniers de Néron ; de même Cléop&tre (dans Gatien, cap. X} esUme le tétradraehme d'Alexandrie, quant au poids, à quatre deniers de N^ron. Il est vrai aussi que l'ancienne drachme des Lagides de Z^fil se rapproche de si près du denier de Néron de 3>',40 que, si cette ancienne drachme avait été conservée en Egypte sans changement, les méirologues de l'époque postérieure auraient hien pa les identifier. Mais il y a deux raisons pour préférer l'opinion émise plus haut. D'abord on trouve l'assertion du métrologue d'Alexandrie, d'après laquelle la drachme d'Antioche aurait été d'une valeur égale à celle de la drachme romano-attique et à celle des Ptolémées. Ces données, quoique inexactes, s'expliquent si l'on admet que le denier a été directement introduit aussi bien à Antioche qu'à Alexandrie, mais que le monnayage d*Antioche n'a pas subi les changements du denier sous Néron. Puis et surtout les monoaies de Marc-Antoine et de Cléopàtre ont, à notre avis, incontestablement le pied du denier, et par conséquent il devient bien difficile de supposer que le monnayage égyptien d'une époque postérieure soit revenu à la drachme des Lagides. ~ Pourtant M. Vaiqnez Queipo, dans son ouvrage des Systèmes méiriquei et monétaires des anciens peuples, t. 1, p. 169 et suiv., ouvrage que noua avons reçu seulement pendant l'impression de notre livre, émet une opinion différente; mais dans cet ouvrage les temps et les lieux sont confondus, et, loin d'arriver à la solution des problèmes, Fauteur embrouille les questions; ce défaut se fait remarquer surtout ici d'une manière frappante, n semble que l'auteur ne se sott Jamais rendu compte des raisons qui s'opposent à l'existence de la drachme des Lagides sous l'Empire, et c'est en vain qu'on chercherait dans son livre une seule preuve en faveur
l'égtptk. 885
qui s'accorde assez exactement avec le poids effectif des monnaies (1) et explique comment le denier romain remplaça la drachme des Lagides sous le règne de Harc-Ântoine. Nous n'avons pas besoin de dire qu'à la même époque les deniers frappés à Rome circulaient en Egypte, où ils étaient assimilés, pour la valeur, au tétradrachme national.
L'ancienne monnaie de bronze avait perdu, sous le règne d'Auguste, deux tiers de sa valeur conventionnelle, puisque, après avoir valu 1/6000 de l'ancien octadracfame, elle ne valait plus que 1/6000 de l'aureus romain, qui ne pesait pas un tiers de l'octadracbme. L'émission du bronze dura jusqu'à Sévère Alexandre, et semble n'avoir cessé que parce qu'à cette époque le titre des deniers et des tétradrachmes d'argent avait subi de telles altérations et tellement baissé de valeur, que l'argent ne valait pas plus que la monnaie de cuivre.
de cette supposittoD. Car ce n'est pas une preuve que de rappeler ce qae dit Oenys d'Halicaruasse (IX, 27), lequel porte Tamende que Menenlus Agrippa devait payer à 2,000 as ou litres ou à 16 talents de cuivre qui, selon M. Vasques Queipo, sont des tatents égyptiens. Qui ne voit que Denys a compté plutôt d'après le talent commun de son temps qui valait 120 litres italiennes? Le poids bien connu portant l'inscription PONDO CXXV TALENTVM SICLORVM îîî (Bœckh, MetroL Untertuch., p. 151), s'il est alexandrin^ ce qui n'est pas probable, ne prouve rien antre chose, sinon que le didrachme d'Alexandrie s'appelait shekel au temps dee Romains, mais 11 ne démontra point du tout que ce shekel soit le didrachme des Lagides plutôt que le double denier de Néron.
(1) Les tétradrachmes de Claude» frappés à Alexandrie, pèsent 13>%35 (Pinder, p. 88). — Genx de Néron, idi'^ei (Pinder), I2i^,94 (=243,6, Bœckh, p. 149), 12i',63 (=235,9, Bœckh), 12(^,07 (=227,2, BcBckh).— Ceux d'Hadrien, 13>%14 (=247,4, BcBCkh), I2i',90 (=244,2, deux eiemplaires, Bœckh).— Ceoi d'Antoniii le Plenx, 12c,68 (=10 scr. 18 gr. florent. Gori, Mus. Flor., t. V, p. 118).
SM CHAPITRE ly.
Nous pouvons encore indiquer ici ce que nous avons développé déjà dans la troisième partie de notre ouvrage {supra, p. 83), que Tusage d'évaluer Tor, en petite monnaie d'argent ou fraction de la pièce d'argent (le chalcus = 1/8 d'obole = 1/A8 de drachme = 1M800 de la pièce d'or), s'était conservé en Egypte sous les Romsdns. Ce chalcus correspond au nummus du Bosphore {supra^f. 297) et à l'once romaine ; il vaut 1/12 de l'as = 1/48 de sesterce = 1/4800 de l'aurens.
Nous allons, pour terminer, jeter un coup d'œil sur l'Inde et ses monnaies, et nous chercherons à en établir les rapports avec la monnaie romaine.
Dans le récit d'un voyage entrepris par un marchand égyptien dans la mer des Indes, sous les empereurs de la famille des Flaviens (1), nous voyons mentionnés les deniers d'or et d'argent parmi les articles de Texportation égyptienne (2). Peu de ces monnaies arrivaient jusque chez les Auxumites (Abyssinie) et chez les étrangers établis sur la côte africaine du golfe d'Aden, où les indigènes se servaient pour le commerce de cuivre brut (3). Mais, dans l'Inde, on échangeait avantageusement les pièces romaines d'or et d'argent contre les anciennes drachmes d'ApoUodote et de Ménandre ou contre la monnaie d'or de
(1) Peripius maris Erythraei dans l'édition de Mûlier, Geogr graeeimi' nores, 1. 1, p. 257 et soiv.
(2) $S 8 et 49 : ÀY^vdpiov xpv^tMjv «ce xa\ àp-pipoOv; de méme^ § 6, le mot ÔTivdf lov est employé pour une pièce de monnaie.
(3) § 6 : dpe(xx>«o<, ^ XJ?*^'^^'^^ itp6cxdir|iov mb\ clç ou^xoic^v àvT\ vot&fo{UKOc
Oi^vdpiov ôXCifov %piK 'rob< èindn|U)OvTa<. De même il est dit aussi que le
dénier était transporté à Malao, aujourd'hui Berberah* et dans les ports située à l'ouest dsns le golfe d'Aden : S^vipiov où icoXt» XP*'^^^ ^ xaldpYvpoûv ($ 8). De l'argent était trausporté aussi à Musa et à Gané dans l'Arabie méridionale ($i; 24 et 28).
l'inde. 337
ces contrées et qu'on nommait caltis (xiXxtc) (1). De là vient que dans le Pundjab et ailleurs, dans la presqu'île des Indes, on trouve assez souvent des monnaies romaines et en particulier des aureus impériaux, des deniers de la fin de la République et des premiers empereurs, enfin des tétradrachmes d'Alexandrie (2). Ce qu'il y a de curieux, c'est que la pièce qu'on y rencontre le plus souvent est le denier d'Auguste, sur lequel on voit ses deux fils adoptifs, Gaîus et Lucius, tenant des lances et des boucliers; ces pièces sont souvent d'un poids supérieur au poids normal, mais la plupart, si ce n'est toutes, sont fourrées (3) . Il est
(1) $49. Parmi les articles d'importation à Barygaxa on cite: d^viptov ^pU9oGv xal àpYUpoûv, Sx^^ àX^y^v xa\ èmxépdeidv Ttvot 7cpb< t6 èvtdmov yd(uff|ia. De l'argent était dirigé aussi sur le port de Mtnnagara (§ 39). A Barygaxa il circule depuis les temps d'Alexandre des drachmes anciennes avec les noms des rois Apollodote et Ménandre, qui y ayalent régné afrès Alexandre ($ 47). On y trouve encore aujourd'liui des pièces d'argent de celte espèce, qui pèsent 2i',39 et au-dessous. L'auteur^ parlant du pays près du Gange^ qui est riche en or, dit $ 63 : Xé]f«Tai tt xa\ xfitjwa^ùxta itepl xoltç x&tBVJ^ elvai v<J|Aiq&d te xp^>«oû 6 Xe-fôiuvoc xdXTiç.— Cf. Piln., H. N,,\ï, 22, 86.
(2) Voy. Prinsep dans \e Journal ofthe Asiatic Society of Bengale 1834, p. 664,635. Parmi les trésors de pièces d'argent, la tope ouverte par Court, près de Manlkyala dans le Pundjab, est surtout remarquable; on y a trouvé dans un cylindre d'or quatre médailles indo-scythlques d'or de Cadphisès et de Canercus, dans un cylindre d'argent sept deniers romains du temps de César (Riccio, Accoleia l^Antonia 27, Cordia X^Julia 5? 42, Mi" nucia 13, Plaetoria 2), enfin un certain nombre de pièces de bronie déposées séparément; puis le dépAt de Coimbatur dans la présidence de Madras, qui contenait 522 deniers d'Auguste jusqu'à Claude (iVtim. Chron.yi, Yl, p. 111 et 160); parmi les trésors de monnaies d'or celui de Cannanore sur la côte de Malabar, qui a fourni des centaines de pièces d'or, surtout du temps d'Anguste jusqu'à Néron, et en outre une seule d'Antonin le Pieux de l'an 156 (Journal ofthe Asiatic Society of Bengal, 1851, p. 371 et suiv.), et celui de Dhadpul contenant 13 pièces d'or d'Antonin (?) et de Septime Sévère (Num. Chron., l. ct7.).Des monnaies romaines se sont trouvées aussi dans l'Ile de Ceylan {Journal ofthe Asiatic Society ofBengal,im, p. 379).
(3) Eckhei, DocL num. vit., t. VI, p. 171. Dans le dépôt de Coimbatur on Ul. »
S38 GHAPiTU IT.
possible que ce genre de monnaie ait été fabriqué spécialement pour rinde méridionale, où peut-être on ne savait pas distinguer aussi bien qu'en Europe les deniers de bon de ceux de mauvais aloi.
§xx.
Législation monétaire dos provinces à Tépoqae romaine.
Quels étaient les principes de droit et de politique qui servirent de base aux institutions monétaires dont nous venons de tracer l'histoire à la fin de la République et à l'époque impériale ?
Le droit La République, pour les provinces éloignées comme pour
priYiiéffe exclusif' la Confédération italienne, avait pour principe que les cola sonveraineté. louiBs de citoyeus u' avaient pas plus le droit de battre monnaie que les villes ou les États qui n'étaient pas indépendants, que ce droit, par sa nature même, était un privilège exclusif de la souveraineté ; mais en même temps elle admettait que, malgré la protection qu'elle s'était arrogée sur les États soumis de fait, mais libres de droit, ne supprimant pas leur droit de souveraineté , ces États conservassent leur droit de battre monnaie, indépendamment de ce qui pouvait avoir été fixé par des traités spéciaux. C'est ce qui fait que du temps de la République, ni Narbonne, ni aucune des colonies de citoyens romains, fondées de l'autre côté de la mer, n'ont battu monnaie. Mais, au contraire, la ligue macédonienne, les villes de la province d'Asie, lea villes alliées, telles que Syracuse,Osca, Massalia, Nemausus, Lugdunum, Dyrrhachium, ApoUonia, Athènes, Rhodes, les
a trooYé 131 exemplaires de ce denier d'Augoste. Voy, aur eea aortes de pièces fooroées, Nwn, Chron,, t. VI, p. 70. — Cf. êupra, p« Z2 et H*
LÉGISLATION MONÉTAIRE DES PROVINCES. âS9
chefs gaulois, les rois dé Nutaidie , de Mauritanie et de Gappadoce» quelques autres i^eupleâ et sôuvendns, plus ou moins soumis à là suzeraineté de Rbille, ont continué k battre monnaie, non pas en vertu d'tirié autorisation particulière, mais par suite du droit qu'ils en avaient par leur position légale. Un grand changement eut lieu sous le règne d'Auguste; dépuis lors, des colonies romaines dont les habitants jouissaient du droit de citoyens romains, comme Gorinthe et Sinope, et des mûnicipes, comme 6a* dès, battirent monnaie, et ce droit, qui ne peut pas s'expliquer comme un apanage de la souveraineté, fut unef concession ou plutôt un privilège spécialement accordé par le souverain. Et, dans le fsdt, il n'est pas rare de voir mentionner sur les pièces de cette espèce l'autorisation particulière, en vertu de laquelle l'émission avait eu lieu (1). Sous Auguste, cette autorisation devait être demandée à changement
„ 1 . » 1 . . , . 1 Introduit
"empereur Im-même, tant pour les provuices impénales mu Angnste. que pour les provinces soumises à la juridiction du Sénat (2) ; elle était concédée une fois pour toutes (3). Sous Tibère, elle était accordée par le gouverneur de chaque province pour le temps de son gouvernement, et elle devâut être renouvelée par son successeur (A). Plus tard, ces autorisations ne sont plus gUëre mentionnées (5) ; il semblé
(1) Il n*y a pas de preuTesque cette innovation remonte Jusqu'à César; le dictateur semble plutôt avoir conservé en Gaule Vancien ordre de choses. Cf. notre Hist. rom„ t. III» p. 583; tr. fr., t. VIIl, p. 171.
(2) Eckhel, loc. dt., t. IV, p. 497. L'indication la plus complète se trouve sur tes monnaies de Patras:INDVLGENTIAEAVG. MONEtA IM- PETRATA.
(3) C'est pour cela qu'on lit : PERfâiissu) DIVI AVG(ti«rt) sur les monnaies espagnoles portant la tête de Tibère. Eckhel, /. eit,
(4) Eckhel, /. eit
(b) Ce n'est que t^ut les monnaies de Gorinthe du tetups de Uomitien
SAO CHAPITEB IT.
que, depuis qu'elles n'étaient plus que temporaires et du ressort du gouTemeur, elles se confondirent petit k petit avec la surveillance générale et le contrôle supérieur que les gouverneurs avaient toujours exercés sur le monnayage dans les villes, provinces ou États libres, quoique ne jouissant de leur autonomie que sous la suzeraineté de Rome. Vers le temps de Marc-Aurèle, ou un peu avant son règne, coDtrtiêtterctf il est qucstion dans T histoire d'un gouverneur romain qui
•ur iM monnaies . i . ii i> •■«
dei états libres, fit démonétiser les pièces d argent d une ville comme étant d'un titre trop al;éré (1) , ce qui nous rappelle les tétradracbmes d'Ântioche fabriqués avec un très-mauvais métal vers l'époque du règne de Trajan, et leur suppression sous Hadrien (supra, p. 320 et 321). Cette surveillance et ce contrôle de la part du gouvernement peuvent expliquer l'irrégularité qui existe dans les monnaies des villes, et comment il a pu arriver que quelques villes ont La monnaie ^^^ ^ ^o^P ^c^sé de battre monnaie, et ont recommencé un '*'^It°dlîîl^idt"°* P^^ P^'^'* ^^^ ^'"°® manière également subite et sans aucune raison apparente. Dès le temps de Gordie'n 111 et surtout depuis Gallien, le nombre des monnaies de villes diminue sensiblement; cependant ce monnayage se maintient jusqu'à Claude le Gothique (2), le prédécesseur immédiat d'Aurélien, et semble avoir été supprimé à l'époque de la grande réforme monétaire entreprise par cet empereur. Alexandrie
qo'oD Ht PERM- IMP-, parce qae la Yllle reçut de Douveau de BomitieD le droit de monnayage que Vespasien lui avait ôté. Eckhei, /. cit., et t. H, p. 243. Les noms des gouyerneurs seuls, qui sont si fréquents sur les petites monnaies de l'Asie Mineure et de la Syrie, serrent pour la chronologie et ne prouvent rien quant à la concession du droit de monnayage.
(1) Scaevola {Dig., XLVI, 3, 103 pr.) : Creditor oblatam a debtiore pecuniam ut alia die accepturus distulit; mox pecunia, qua illa res pubiica tUebatur, quasi aerosajustu praesidis sublata est, i (2) Ec\i^\,Dod. num, vet., t. IV, p. 600; t. VII, p. 475.
LÉGISLATION MONÉTAIRE DES PROVINCES. Sftl
et l'Egypte furent exceptées de cette suppression. Les '^oft^^Vw" monnaies égyptiennes sont plus nombreuses que celles de l'Egypte, d'aucune autre province, depuis Auguste jusqu'à l'année 205 de notre ère inclusivement, et ne furent certainement pas supprimées avant 296, époque à laquelle eut lieu la nouvelle organisation administrative de l'Egypte sous Dioclétien, après la défaite de l'usurpateur Achilleus (1). Même à cette époque, la drachme égyptienne ne disparut pas complètement, car nous la retrouverons encore sous le règne de Justinien et postérieurement. Nous voyons dans cette durée de la monnaie égyptienne une preuve de plus de la position particulière de l'Egypte qui n'était pas considérée comme une province romaine proprement dite, mais seulement comme réunie à l'Empire par ce qu'on pourrait appeler une union personnelle; les particularités du monnayage égyptien à l'époque impériale et l'administration particulière de l'Egypte le prouvent également.
(1] Les monnaies d'Alexandrie finissent entre le 29 août 295 et le 29 août 296 avec la douilème année de Diodétien, la onzième de Maximien, et la quatrième de Constance Chlore et Galère; les chiflires plus éleyés, qu'on rencontre çA et là sont tous d'une authenticité douteuse. Oomitius Domitianus rétablit plus tard^ mais pour peu de temps, la monnaie particulière à rÉgypte (Mionnet, t. VI, p. 467, n*« 3410, 3411); ses monnaies, portant des légendes latines, sont frappées dans l'atelier impérial d'Alexandrie, d'après le nouveau système établi par Dioclétien (Eckhol, Doct. ntim. vel., t.VIIf, p. 41. — Cohen, Impériales, t. V, p. 549.— Cf. supra, p. 97, note). Cf. Entrop., IX, 23 : (DIocletianus) ea occasione (après la défaite d'Achillens) ordi* navit provide multa et disposuit, quae ad nostram aetatem manent.
[M. Peuardent (Collections Giovanni di Demetrio, Egypte ancienne, deuxième partie, Domination romaine, p. 985 et suIy., Paris, 1873) pense que la révolte d' Achilleus (Aurel. Victor, de Caesaribus,X\X\X, — Eutrop., IX, 22 et )3. - Zonar., Annales, XH, 81. - Oros., VII, 25) mit fin à la série des monnaies impériales à légendes grecques, frappées en Egypte. Or, d'après Ch. Lenormant {Iconographie des empereurs romains, p. 1 14), le
H% q9Aj»iTnE IV.
9 XXL
RiypcirM et proportioBA eutM la monntùtt d« r^Jaipira et la monuaie provinciale.
Emploi ffëaérai Le deoier romain était sans doute, dès le temps de la
da denter romain « , , ,. i i • . ,. .
dtM République, la seule monnaie ayant cours indistinctement
toBt 1 Empire. ^^^^ ^^^^ j^^ p^^^ soumîs à la dominatiou de Rome, tandis
que les monnaies des provinces ne circulaient légalement que dans celles pour lesquelles elles avaient été frappées : ainsi le denier romain avait cours aussi bien en Italie qu'en Espagne et en Syrie, tandis que la monnaie provinciale frappée pour l'Espagne n'était pas acceptée en Syrie, pas plus que les pièces de la Syrie n'étaient acceptées en Espagne, Et lorsque nous voyons dans l'histoire qu'Auguste rendit les monnaies, les mesures et les poids romains obligatoires dans toute l'étendue de l'Empire (1), ceci veut dire seulement qu'il ordonna que tous les comptes publics et tous les tarifs fussent faits et dressés d'après le système romain; car, d'une part, il y avait déjà longtemps que le denier circulait dans les provinces; et, d'autre part, Auguste ne démonétisa pas les monnaies locales. Les inscrip-
tyran nommé Achilleot par les historiens serait le même que Domltlus Domittanus, dont on possède des monnaies de potin à légendes grecques , portant la date L. B (an 2), et des pièces de moyen brouM (le follis) à légendes latines du système adoplé par Dioclétloo^ après la doulième année de son règne {supra, p. 97 , note), àchilleus, «'étant enfermé dans la Tille d'Alexandrie, y soutint contre Dioctétien uu siège qui dura huit mois (Eutrop., /. ctï.)> et ce ne fut qu'en 296 qu'il fut vaincu et mis à mort.] J. W.
39 ST. j.-c. CO Dio.Cass., LU» 30, discours de Mécène en 726 : liiitc ft voiiiaiMera ^ xal
9%dfyÀ l| pivpa ISCqi tic otÙTÛv (tûv 8Y(|i4av) ix^xca, &XXà loic ii|uxipoic xa\ ixclvoi icdvTcc XP^^^^>^*
LA MONNAIE DE l' EMPIRE ET LA MONNAIE PROVINCIALE. 3AS
tiens trouvées dans l'Asie Mineure et dans lesquelles il n'est pas fait mention, autant que nous sachions, d'une autre espèce de monnaie d'argent que du denier (1] , nous en fournissent la preuve.
La remarquable inscription de Gibyra dont nous avons déjà parlé (t I» p. 35) le prouve encore mieux. Après avoir désigné une somme en drachmes de Rhodes, elle en donne immédiatement l'équivalent en deniers romains. L'Egypte est encore la seule province romaine qui fasse exception à cette règle générale. Il parait qu*au moins jusqu'à l'épo- L-^gypt* que de Dioclétien, les comptes publics continuèrent à y être exception, réglés en drachmes, oboles et chalcus (2).
(1) Même le mot SpaxP^^ se trouve à peine employé. Dans l'inscription {Corpus inscr. grœcarum, n» 2782) il y a d'abord X MYPIÀetXE, pu1sAIXMA2 (ou AIXATAZ) ik\A\ il n'est point du tout cerUin qu'il faille reconnaître le mol 8pax(&d<; dans le dernier mot. 11 a déjà été dit que les mots Spoi/iJtti et dC^paxi&ov sur les monnaies d'I^phèse (supra, p. 307) n*ont rien à faire ici.
(2) C'est ce que montrent surtout les acquits écrits sur des tablettes de terre cuite, que l'on trouve dans le Corpus irtscrtptionum grœcarum, et particulièrement sous les n»* 4868, 4869, 4873, 4874, 4887; le signe, que l'on explique par dowtpioi, n" 4805, 4867, 4^69, 4882, n'est pas tout à fait certain. De. même les dons faits au temple d" Khardassy, q- ai^d ils ne sont pas Indiqués en pièces d'or romaines (auret), sont donnés en talents et en drachmes (Corpus inscr, gr,, n"» SOtl, 5014% — Dans deux inscriptions des années 244 et 248 {Corpus inscr, gr.^ n" &008, 5010) la même somme est une fois exprimée par les mots etxoat xp^>^» nne autre fols par les sigles CK<t>. 11 est sûr que ce ne sont pas 220 folles, comme le croit Cavedoni, car on ne commence à compter eu folies qu'au temps de Constantin; mAls on ne saurait dire s'il faut reconnaître seulement x'xp ou quelque autre chose. L'aune égyptienne, l*artabe, etc., existait encore à l'époque impériale. Les historiens racontent même que les Arabes laissèrent à rirak ses drachmes et ses kafize (nom d'une mesure), à la Syrie ses deniers [solidi) et ses modiif à l'Egypte ses deniers {solidi) et ses artabes (Al-Makrizl, Hist, mon. Arab., éd. Tychsen, p. 105. — Cf. Elmakin, cité par Relske dans le Bepertorium fur kibl- undmorg. I4iieratur, t. IX, p, 210).
Ihà GHAPITEK IV.
Bronu. H n'y a aucun doute que la monnaie impériale de bronze
n'ait eu, comme le denier, un cours légal et forcé dans toutes les provinces de l'Empire. Nous en avons parlé plus haut {supra ^ p. 325], à l'occasion des pièces frappées à Antiocbe. Les deux lettres S.C gravées de manière à être vues au premier coup d'œil, étaient évidemment desti* nées à établir une distinction entre les monnaies frappées à Rome et celles qui étaient fabriquées pour les provinces. Toutefois il paraît qu'on trouve peu de monnsdes impériales de coin romain en Orient ; probablement on ne sentit pas la nécessité d'introduire cette monnaie dans cette partie de l'Empire, à cause de la grande quantité de monnaies divisionnaires, qui avaient été frappées dans les différentes villes de l'Orient ; de fait les monnaies impériales constituent la seule petite monnaie de l'Italie et de l'Occident. On retrouve, il est vrai, en Orient des comptes faits en as (iwàpta), mais il ne parait pas que cette manière de compter fût obligatoire comme pour les deniers (1).
Or. L'aureus romain était la seule monnaie d'or existant
dans l'Empire. Excepté quelques monnaies italiotes de la Gueire Sociale (t. Il, p. 426, n» 225) , quelques pièces de Mithridate {supray p. 300), les monnaies de Goson, prince de Tfarace {supra^ p. 283) , celles d' Amyntas, roi de Galatie et de Pamphylie (stipra, p. 300 et 311), qui doivent leur existence aux désordres des guerres civiles, nous ne connaissons dans les limites de l'Empire romain que les pièces d'or de l'Empire, toutes frappées exclusivement d'après le système romain, excepté celles de Flamininus (t. II, p. 11 6, note 2, et supra, p. 278).
(I) L'inscription de Syra {Corpus irucr, gr,, n* 3347 k, p. 1060] donne des comptes en deniers et en as. Cf. supra, p. 308, note 3 et p. 309^ note I, les indications de la valeur sur des monnaies de bronze de cette époque.
LA MONNAIE DE l'eMPIRB ET LA MONNAIE PROVINCIALE. SA5
Pour ce qui regarde l'argent, il faut faire une distinction entre l'orient et l'occident de l'Empire. En Italie, en Sicile, en Sardaigne, dans la province de Garthage, en Mumidie et en Mauritanie; dans toute l'Espagne, dans les Gaules et en Dalmatie, c'est-à-dire dans cette moitié de l'Empire qui forma plus tard la préfecture des Gaules et celle d'Italie (en y comprenant l'IUyrie occidentale), qui devint enfin l'Empire d'Occident, dès l'époque républicaine, on ne se servait exclusivement que du denier ou de pièces frappées sur son modèle. Ainsi l'ancienne monnaie d'argent de la Sicile, les pièces d'or de la Gaule celtique avaient été démonétisées de bonne heure ; ou bien les ateliers n*émettaient plus de pièces d'argent, comme en Sardaigne, en Afrique et même en Sicile; ou bien les monnaies locales étaient copiées sur le denier, comme les deniers de la Mauritanie, ceax deTEspagne Gitérieure et d'ApoUonia, les victoriats de Marseille et de Dyrrhachium et les quinaires du nord de la Gaule. On peut ajouter que ces émissions de monnaie elles-mêmes cessèrent bientôt. Celles qui durèrent le plus longtemps furent les émissions des rois de Mauritanie, qui continuèrent à frapper des monnaies jusqu'à l'an iO après J.-G. Dans cette partie de l'Empire, il n'y eut donc qu'une seule espèce d'argent en circulation. Les types offraient quelques différences, et il est à croire que les deniers de type espagnol ne circulaient pas légalement en Italie, mais cette différence cessa bientôt, comme nous l'avons vu, par la fermeture des ateliers provinciaux ; les monnsdes locales furent alors ou supprimées ou complètement assimilées au denier {supra y p. 2A5et2i6).
La moitié orientale de l'Empire présente une grande différence avec l'Occident. L'énergie administrative qu avût montrée le gouvernement romain en organisant les an-
Argent.
Differonc6f
entre l'Orient
et rOcddent.
Occident.
Orient.
iàô CHAPITRE IT.
ciennes provinces était un peu diminuée, lorsque les provinces orientales furent réunies à l'Empire, et, de plus, il existait dans ces contrées beaucoup plus d'anciennes mon* naies qu'en Occident. On se contenta donc d'exiger, dans les rapports officiels, l'usage du denier avec un cours fort avantageux sur les anciennes pièces dont la circulation fut restreinte à la localité ; ceci ressort suflSsamment de tout ce que nous avons vu dans les paragraphes précédents sur les monnaies d'argent des provinces orientales à l'époque impériale.
Ateliers Autaut quo l'état de la science permet de le déterminer,
inoRétairee.
nous voyons que le monnayage provincial fut le plus possible centralisé dans les métropoles des provinces : à Thessalonique, pour la Macédoine ; à Nicomédie, pour la Bithy nie ^ à Gésarée, pour la Gappadoce-, à Antiocbe, pour la Syrie; en grande partie à Éphèse, pour la province d'Asie. Si nous voyons dans cette dernière province encore d'autres villes jouir de ce privilège, par exemple Sardes {supra, p. 303), c'est que dans la province d'Asie plusieurs villes avaient les droits de métropole (l) . A l'époque de la République, le droit de battre monnaie n'avait pas subi toutes les i*estrictiens auxquelles il fut soumis à l'époque impériale, et même à cette dernière époque, il y eut quelques exceptions : aussi trouvons-nous des monnaies d'argent frappées à Athènes et peut-être dans quelques autres villes de la Grèce, ainsi que dans les principales villes de l'Asie. On en frappa dans diverses villes de la Crète, sous Auguste et sous Tibère. Enfin nous voyons, sous Hadrien, il est vrai pour peu de temps, la ville d'Amisus préférée à Amasia, capitale du Pont, pour l'émission de la monnaie d'argent.
(I) Marquardt, Handbueh, t. III, 1, p. U».
LA MONNAIE DE l'EMPIBE ET LA MONNAIE PROVINGIALE. 817
Nous devoo» encore faire remarquer que les monnaies de valeur différente ne furent pas frappées indistinctement dans tous les ateliers. Ainsi, dans TUe de Gypre, les tétradrachmes portent le nom de Vespasien, et les didrachmes seulement les noms de ses fils, qu'il avait associés à l'Empire. Dans la province d'Asie, les villes du continent frap* paient des tétradrachmes et Rhodes les drachmes; il en est de même en Syrie et dans les contrées voisines; Tripolis, et plus tard Antioche, émirent des tétradrachmes, tandis que nous n'avons que des didrachmes et des drachmes d'Aradus, des États du roi Polémon, de Gésarée de Cappadoce et d'Amisus du Pont- Toutes ces particularités conviennent bien plus à une circomicriptioiit monnaie provinciale qu à une monnaie communale ; ces principes n'ont cependant pas été appliqués d'une manière stricte et exclusive, et l'on a vu souvent des provinces ayant d'ailleurs une administration séparée, réunies seulementpour l'émission des monnaies, comme pour les douanes. Ainsi la Bithynie, la Lycie, la Pamphylie et peut-être aussi la Galalie, ont été réunies, pour le monnayage, à la province d'Asie et à Rhodes. Le Pont, la Cappadoce, l'Ile de Gypce et jusqu'à un certain point la Gilicie et l'Ue de Grète avaient les mêmes monnaies que la Syrie. D'un autre côté, . nous voyons quelquefois des provinces réunies sous la même administration avoir des monnaies différentes, par exemple rilede Grète et Cy rêne, la Bithpie et le Pont; les districts de Laodicée et d'A;)amée, momentanément distraits de la province d'Asie et réunis à la Gilicie, continuèrent cependant à frapper la monnaie provinciale de l'Asie, seulement le nom du gouverneur de Gilicie remplaçait celui du gouverneur de la province d'Asie (1).
(f) Ptnder, p.570.
Kmat dM tIIIm et
Ce caractère essentiellement provincial nous explique aussi pourquoi sur les pièces d'argent, et en particulier sur celles de la Macédoine, de l'Asie et de Vtle de Crète, il detmagittrats. ^»^ ^ ^^ j^ ^^^ ^^ villc, OU bîen,8'ily paraît, il n'est indiqué que SOUS la forme d'un monogramme ou d'une manière abrégée, et, lorsqu'il est exprimé en toutes lettres, il ne se trouve qu'au second rang, comme un accessoire; les drachmes d'Amisus, qui offrent déjà tant d'anomalies, sont la seule exception à cette règle. L'absence du nom, et même du monogramme, que l'on remarque de plus en plus, dans la suite des temps, sur les pièces d'argent, peut s'expliquer par d'autres raisons. Dans les premiers temps après la conquête, le gouvernement romain permettait assez souvent aux petits États ou aux dynastes indépendants de conserver sur leurs monnaies d'argent leurs types, leurs emblèmes et leurs noms, comme on le voit sur les tétradrachmes d'Athènes, les drachmes de Rhodes et de Cappadoce. En général, dès les temps de la République, la suzeraineté de Rome fut indiquée d'une manière quelconque sur les pièces d'argent ; la Macédoine et l'Asie avaient été trop importantes et trop puissantes, pour qu'on pût leur accorder sans restriction le droit de mettre leurs emblèmes et leurs noms sur l'argent. Nous avons vu que les anciens emblèmes nationaux des divers pays étaient remplacés par des emblèmes qui n'avaient aucune signification politique, et qu'on choisissait de préférence parmi les objets du culte de Bacchus et d'Hercule. En Macédoine, on voit le nom ou l'emblème du magistrat romain à côté de celui de la province. En Asie, on n'indique d'abord pas l'autorité qui a ordonné rémission-, plus tard on nomme comme telle le gouverneur, enfin l'empereur. Pour une raison analogue, sous les empereurs qui avaient supprimé la monnaie macédonienne,
LA MONNAIE D£ l' EMPIRE ET LA MONNAIE PROVINCIALE. ih9
le signe distinctif de l'atelier et les emblèmes locaux disparurent aussi sur les monnaies asiatiques. La monnaie d'argent frappée à Antiocbe, qui ne commence que sous les empereurs, est fabriquée d'après ce système. Les noms de la Lycie et de la Crète, qui se trouvent encore sur quelques pièces d'argent impériales, prouvent seulement que le gouvernement n'attachait pas grande importance à ces petits États, et qu'il ne croyait pas nécessaire de contrarier dès le principe leurs tendances à l'autonomie et leurs espérances de liberté.
Sous la République, le latin est seul employé sur l'or et LMgne lattoe. sur l'argent ; on voit quelquefois le grec sur le bronze : évidemment l'or et l'argent n'avaient pas un caractère aussi essentiellement local que le bronze. À l'époque impériale, le latin adopté sur les cistophores s'y maintient jusqu à Trajan ; les légendes grecques sont plus fréquentes sur les monnaies de la Lycie, de la Crète et de la Syrie. Les deux langues commencèrent ainsi à se trouver sur un pied d'égalité, et le grec obtint petit à petit un caractère officiel.
On peut diviser le bronze en monnaie de l'Empire, monnaie provinciale et monnaie locale. La première espèce portait, sous la République, le mot ROM A {supra^ p. 2i0), et plus tard les lettres SC. ; cette dernière distinction ne se trouve nulle part en dehors de Rome, excepté à Antiocbe. Les bronzes provinciaux se reconnaissent d'une part à l'absence de ce signe caractéristique de la monnaie de l'Empire et de l'autre à l'omission d'un nom de ville. On y voit souvent le nom du pays ou de la province ; mais souvent aussi on . jm prormcM. n'y voit que le nom du magistrat ou, aune époque postérieure, celui de l'empereur; la langue ou le type indique seul à quel pays ils appartiennent. Nous pouvons ranger dans cette catégorie les as de la Sicile avec les noms des
Broiwe.
— romain.
questeurs (iupra^ p« 238), les monnaies rappées dans les Gaules a» type de l'autel de Lyon («upra, p. 268) , les monnaied de la Judée dont nous avons déjà parlé (nipr a , p . S26) i ces exemples prouvent, ce qui du reste va sans dire, que l'Occident, là même où il avait conservé quelques droits monétaires, ne frappait plus que des bronzes, et que la distribution des diverses espèces de monnaies dans les diffé* rents ateliers, que nous avons déjà reinarquée en Orient pour l'argent, existait aussi pour le cuivre.
Ainsi, dans la petite province de Judée, gouvernée par un procurateur et qui dépendait du district monétaire de la Syrie, et où, par conséquent, circulaient de droit Taureus et le denier de l'Empire, ainsi que les tétradrachmes d'Antioche et les drachmes de Gappadoce, on fabriquait une petite monnaie de cuivre particulière. Les provinces qui dans rOrient avaient une monnaie d'argent en fabriquaient aussi une de cuivre, et l'on rencontre plusieurs pièces portant le nom du pays (xoit^v), comme la Macédoine, l'Asie, la Bithynie, la Gilîcie, l'île de Gypre, l'Ile de Grète et plusieurs autres (1). Excepté sur les monnaies siciliennes du temps de la République, la langue parlée dans le pays est adoptée pour la légende des monnaies provinciales de bronze. BronxedeiTiiiM. Los bronzes des villes n'ont pas besoin de grande explication, on les reconnaît facilement ; cependant il serait à désira*, pomr éclaircir l'histoire des administration» munid-
(1) Eckhcl» Doct, fium. vet, t*. IV, p. 428. — D'autres pièces de broue» marquées seulemeotdu noin de l'empereur en grec, semblent pouvoir être attribuiéesy d'après le type, à une province déterminée, par exemple celles qut portent la télé d'Anmon, à la province de Gyréne. Cf. mijdv*6> p. 891, M Duchalais, Rev. ntim., 1851, p. 97 et suiv., où cependant il est parlé de beaucoup de monnaies de cuivre qui, ce nous semble, n'ont pas été frappées à Cyrène même.
LA MONNAIE DE L'eMPIBE ET LA MONNAIE PROVINCIALE ttl
pales du temps de l'Empire, de connaître plus spécialement leurs droits monétaires particuliers et de les comparer avec leur position administrative. Remarquons seulement ici que dans la partie occidentale de l'Empire, où le denier d' argent circulait seul, les monnaies de bronze des provinces et des villes furent de bonne heure supprimées. Les dernières pièces de bronze qui furent fabriquées en Occident sont celles des trois provinces septentrionales delà Gaule» frap*péesà Lyon, et celles de la colonie de Babba, dans Tempire actuel du Maroc; ces deux émissions vontjusqu à Néron (1^. Vers cette époque, les ateliers ont dû être tous fermés, et le bronze, particulier aux provinces et aux villes, qui circulait encore retiré ou assimilé à la monnaie de TEmpire. En Orient, au contraire, la petite monnaie locale a duré jusque assez avant dans le nv siècle de notre ère, et a même sou^ vent gardé les anciennes dénominations (supra, p. 308 et 309), non*seulement dans les endroits qui avaient conservé une monnaie d'argent provinciale, mais encore en Macédoine et en Grèce, où elle n'a entièrement disparu que dans la catastrophe générale qui entraîna la ruine de la monnaie de l'Empire.
Toutes les monnaies locales d'argent ou de cuivre étaient ^^^^^"^^ légalement des parties aliquotes de l'aureus et du denier. Quand l'altération et la dépréciation de la monnaie romaine commencèrent, elles partagèrent son sort : on peut l'observer particulièrement pour les tétradrachmes d'Antioche, qui suivent la décadence du denier ; et même ils se transformèrent en billon encore plus vite que les de*^
(1) a.Eckhel^ Doct. nwn. vet., t.lV, p. 153, ei &00; t \l, p. 185. U mon* naie de Babba, qu'on dit porter la tôte de Galba (Mloonet, t. VI, p. 596^ d* 36)i aurait besoin d'élre eiaminée de nouveau.
numaalet localei
352 GHÂPITRE IT.
niers de T Empire, et lorsque, sous Gordien III, ces deux genres de monnaies furent assimilés, on peut dire qu'elles valaient aussi peu l'une que l'autre. Les cistophores ne suivirent pas le denier dans cette rapide décadence ; c'est la raison qui en arrêta l'émission sous Hadrien et les fit disparaître du commerce. Gomment, en effet, les cistophores auraient-ils pu conserver leur valeur de trois deniers, lorsque le denier était réduit à l'état de petite monnaie d'appoint? La monnaie locale de cuivre qui, dans l'origine, consistait en pièces souvent de grand module et d'un poids considérable, ne pouvait pas non plus subsister après la disparition complète de la monnaie d'argent. Le cuivre, que la proportion légalement établie avec l'argent fit tomber à sa valeur intrinsèque, puis au-dessous même de cette valeur, dut nécessairement perdre de son poids et de sa pureté, et enfin disparaître entièrement (1). Il est probable que les empereurs du in* siècle ont peu à peu admis comme monnaie de l'Empire toutes les monnaies locales d'argent et de cuivre, parce qu'ils trouvaient dans ces monnaies d'un titre relativement bon une ressource précieuse dans la détresse tou* jours croissante de la monnaie de l'Empire. Il résulta de ces expédients précaires, qu'ils détruisirent la monnaie des provinces sans améliorer celle de l'Empire. Nous trouvons des traces de ces dispositions dans les monnaies de bronze frappées à Àntioche et dans d'autres villes de la Syrie (supra, p. 32i et suiv.). Ges mesures probablement ne s'arrêtèrent pas aux dernières émissions, sur lesquelles nous
(1) 11 nous manque des analyses da métal de ces pièces. Une monnaie de 11^,1 B (=274), frappée à Samosate vers Tan 212, donne, d'après les recherches de Phillips, 70,91 de cuiyre, 6,75 d'étain, 21,96 de plomb. Il reste incertain si Ton trouve du sine dans les plus anciennes.
LA MONNAIB DE l'eMPIRE ET LA MONNAIE PROVINCIALE. 353
en voyons des preuves évidentes, mais elles s'appliquèrent aussi à toutes les monnaies qui existaient dans la circulation et devinrent de plus en plus générales. Le grand nombre de pièces de billon et de cuivre de Syrie et d'Egypte que nous trouvons sur les bords du Rhin, aux lieux où stationnèrent les légions (1), prouve bien qu'à la fin du m* siècle les monnaies provinciales et locales de l'Orient avaient
(1) En doonaot la liste salyaote, dressée d'après les renseignements qoe nous ayons pn recueillir sur les monnaies proyinciales appartenant à 1*0* rient romain, qal se sont trourées dans TOccident, noos n'avons pas la prétenUon de donner Ici des résultats définitifs; la plupart de ces monnaies ont pn sTOir été égarées et dispersées par l'effet du hasard. Mais 11 est à remarquer que, dans les tronyailles faites sur les bords du Rhin, un nombre considérable de pièces sont des monnaies proyinciales qui avalent cours en Syrie au m* siècle. 11 y a là un fait qui peut se rattacher au changement dans les cantonnements des légions.