SYSTÈME MÉTRIQUE DES ASSYRIENS
PAk TH. MOMMSEN.
( Extrait du recueil intitulé lh< tirenslmlen, Leipzig, ô iimr» 1003. \
Nous possédons depuis peu d'années seulement des renseignements authentiques sur le système métrique des Assyriens; nous les devons à la découverte faite à Ninive, par M. Layard, d’un certain nombre de poids de bronze, coulés sous la forme de lions ou de canards, et que l’on peut voir aujourd’hui à Londres, dans les collections du Musée Britannique (1). M. Norris les a fait connaître au
(t) Les poids assyriens que l'on voit au Musi-e du Louvre ne sont pas en bronze, mais en Ici hématite taillé ; ils «ont nu nombre de sis dont cinq
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inonde savant, en les publiant dans le Journal of lhe Asialic tociety of Gréai hrilain (1856). La plupart de ces monuments portent une double légende : l'une en caractères cunéiformes, dont le sens a pu être parfaitement déterminé; l’autre en caractères qui se rapprochent de l'écriture phénicienne. Outre l'indication du poids, ces légendes contiennent souvent le nom d’un roi d'Assyrie ou de Babylone.
Ce système est double; c'est-à-dire qu'il existe deux séries de poids très-distinctes l’une de l’autre, mais se raccordant cependant l'une avec l’autre, puisque l'unité de la seconde est tout juste la moitié de l’unité de la première. M. Norris suppose que la première série appartient aux Assyriens et la seconde à Babylone; nous ne croyons pas que cette opinion soit fondée. En elTet, il existe deux poids de 30 mines appartenant l’un et l’autre à la série faible ; l’un est marqué du nom d’un roi d’Assyrie, et l’autre porte celui d’un roi de Babylone. 11 est donc probable que les deux séries ont été employées simultanément. Nous
ta forme (le canard» et un »eul en forme île télé de sanglier; il» ont eiaele-
ment le» poids suivant» :
1* Canards = MeSS
f Tète de sanglier = 16*', 50
3* Canard = 8<',nn
4* Id = VM
S* Id = î,r.65
Cf Id = 0*',»S
Ce dernier est le seul qui porte une légende en caractères cunéiforme» gravée sur la partie plate B.
DES ASSYRIENS. 4l>.»
avons vu que tout le monnayage de l'Asie Mineure est également basé sur deux unités : le statère de Phocée et la darique, dont l’une représente la moitié de l’autre, et qui évidemment doivent se rattacher à ces deux séries de poids. Les monnaies des villes sont presque toutes taillées d’aprés le poids le plus fort, et celles des rois, d’après le poids le plus faible. Nous donnerons provisoirement à ces systèmes les noms de poids faible et de poids fort de Babylont ; nous y sommes autorisés par l’exemple d’hlien, qui a donné ce nom à la plus faible des deux séries.
Ce que les poids découverts à Ninive nous apprennent île plus intéressant est le système de division en usage dans l’Assyrie, et qui diffère radicalement de celui que les Grecs avaient adopté.
MM. Norris et Hultsch ne paraissent pas avoir saisi cette différence; mais elle nous semble évidente, et elle a été parfaitement comprise par M. Hincks, qui ne l’a, cependant, que sommairement indiquée.
Les Grecs divisaient leur grande unité, le Talent, en 60 mines et la mine en 50 statères ou 100 drachmes. Le talent babylonien contient également 60 mines; mais la mine, au lieu de se diviser par 100, se divise par 60; de sorte que le talent grec renferme 3,000 ou 6,000 petites unités, tandis que celui de Itabylone en renferme 3,600, Parmi les poids trouvés à Ninive et actuellement à Londres, on compte dans la série forte des 1/4 de mine (lions n° 12 et n' 13), des 1/5 de mine (lion n* 14) et un autre poids difficile à déterminer, mais qui doit représen-
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ter 3/00 de mine (lion n0 15). Nous trouvons dans la série faible des 0/15 de mine (canards n“ 3 et n” 4) et un 8/30 de mine (canard n° 5). Tous ces poids sont marqués, et il parait positif que l'écriture cunéiforme avait des signes particuliers pour indiquer 1/15, 1/30, 1/00 et 1/1800 de la mine.
M. Hincks a trouvé, dans une inscription du Musée Britannique, la preuve que Ton comptait 4 Ninive par mines, par 60" de mine et par 30" du 00* de mine. I,es calculs astronomiques des Chaldéens étaient dressés suivant la même méthode. Le Saros contenait une période de 3,600 ans, divisés en six groupes ou Nerei de 600 ans, ou en 60 Sonet de 60 ans chacun ; l’année avait 360 jours divisés en douze mois de 30 jours; le jour, en 54 heures do 60 minutes (1).
(I) line grande partie des calculs astronomiques est encore basée aujourd'hui sur ce système Invente sur les bords de l'Euphrate, et oous vient de ces Chaldéens dont l'Ancien Testament nous vante le savoir et la sagesse; l'équateur est divisé en 300 degrés, nous comptons t>0 minutes dans une heure et GO secondes dans ta minute. Quant à la monnaie, le talent était divise on GO mines ou .Vanné? et la mine en GO unités. C'était donc encore le système de division de nos florins allemands, soixante petites unités valant une grande unité; aujourd'hui, la pière de !> francs valant 100 sous fait concurrence au florin et tend A le remplacer partout ; dans l'antiquité, la . minegrecquedeSOstatèresou 100 drachmes faisait concurrence à la mine asiatique de 60 petites unités : li^lutte du système tlécimal contre le système duodécimal dure donc depuis près de 3,000 ans, et il faut convenir que l'esprit pratique pour l'usage quotidien se trouve du côté des Chaldéens d’autrefois et de nos bons amis les Souabes, car de tous les nombres, 60 est celui qui a le plus de diviseurs: tous les nombres depuis 3 jusqu'à C, ainsi que 10, 12, 13, 20, 30, le divisent en autant de parties égales.