‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 26 sur 89 · XXIV.— Revue des observations · texte numérisé non relu

XXIV.— Revue des observations

OBSEUVATION XXV.

De M. Molir (1), la plus ancienne qui nous soit connue.

Un homme de 50 ans fut attaqué, il y a quatre mois, de mouvements convulsifs, par paroxysmes réguliers, dans la lête, les mains, les bras et les jambes. En revenant un jour d'une montagne voisine, portant une lourde charge de bois, il fut obligé, après avoir déjà fait presque tout le chemin, de le recommencer involontairement, malgré son fardeau, et cela à reculons, « prislinam viam ad montes usque apicem undc jam devenerat, repelere et quidem inverso cancrorum more, coaclus est. » Il conserva l'usage de la parole et la conscience de soi-même restait intacte. Le mal durât plusieurs mois et fut guéri par un magicien.

Ce fait exige une crédulité bien robuste, et nous le rapportons plutôt en guise de curiosité que comme observation médicale.

Frédéric Hoffmann (2) raconte un cas de recul qui se changea plus tard en catalepsie et en épilepsie. Nous avons déjà vu un phénomène analogue dans l'observation h, p. 32, de la propulsion, et involontairement on demande comment il se peut faire, si la maladie a son siège dans une partie déterminée du cerveau, ainsi que tendent à le prouver toutes ks probabilités, qu'elle prenne subitement une seconde ou même une troisième forme ?

(1) Commercium lillerarium. Norimbergœ, 1733, p. 339.

(2) Consullaliones el responsa medicinalia, ceiUiir. 2, seclio iv, cas. Ibl, t. Il, p. 600. Ilal-cC Magdeburgicœ, 1734.

(oBSEnvAT. 20 ET 27.) 1>E RÉTROCESSION. 71

Un homme de 30 ans avait mené depuis sa jeunesse une bien fatigante existence. A dix-sept ans, il avait eu la gale. Pour s'en délivrer, il avait bu de son urine et s'était fait des frictions avec un onguent composé d'huile, de soufre et de mercure. La gale avait disparu ; mais bientôt après, il avait été attaqué d'une autre maladie, qui persistait depuis dix ans. Plusieurs fois par jour, il éprouvait dans le côté droit un mouvement d'ondulation qui lui montait à la tête, lui faisait perdre connaissance, et rendait tout ce côté immobile. Avant de perdre le sentiment, il ressentait une anxiété précordiale et des envies de vomir. Lorsqu'il avait perdu la connaissance, il marchait à reculons comme une écrcvisse, puis il tombait tout-à-coup à terre, immobile, la jambe droite étendue, la main droite tremblante. Face rouge, pas d'écume autour de la bouche, les pouces ne sont point incarcérés et les membres ne sont agités d'aucun mouvement. Le paroxysme dure une minute, après quoi il se relève bien portant, sans autre accident. Il reçut un médicament qui fit cesser le mouvement de recul et la chûte. Dès lors les accès ne consistaient plus qu'en uueimmobilitéde statue. Plus tard, ils dégénérèrent en une véritable épilepsie, dont les attaques avaient lieu surtout la nuit et se terminaient par un profond sommeil et une transpiration profuse.

M. Taube (1) rapporte le cas suivant comme un effet de

(1) Gescliichle der Kriebelkrankheit, besonders derjenigen welclie in den Jahren 1770 und 1771 in den Zellischen Gegcndcu gewiilhel liai. (;œuingen, 1782, p 121.

MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (observât. 27 ET 28j.

l'ergotismc qui régna dans le Hanovre en 1770. Pendant l'accès d'ergolisme, un malade fui deux ou trois fois i>ouss6 en arrière. Si l'accès le prenait au lit, la tôte et les membres n'étaient pas fléchis en arrière; mais tout le corps à la fois était poussé comme par une force extérieure d'une place à une autre, et cela rapidement plusieurs fois de suite. Dans cet état, le malade était sans connaissance, et lorsqu'il revenait à lui, il ne savait ce qui s'était passé.

M. Magendie (1) rapporte : M. Laurent de Versailles m'a montré dernièrement et a fait voir à l'Académie royale de médecine, une jeune fille qui, dans des attaques d'une maladie nerveuse , est obligée de reculer assez rapidement, sans pouvoir éviter les corps ou les creux vers lesquels elle se dirige, et sans éviter des chocs et des chûtes.

Nous croyons que ce cas est le même que celui dont parle M. Serres (2), et qui offre un exemple remarquable de guérison de celte maladie rare. On doit vivement regretter que le savant auteur n'ait pas daigné nous faire connaître les moyens qui ont opéré celte guérison. Voici ce qu'il raconte :

Une fille de 12 ans fut placée par MM, Magendie et Laurent dans ma division. Dans de courts accès d'épilepsie, qui se succédaient avec une grande rapidité, cette enfant était irrésisliblement enlraince à reculer. La têle était portée en arrière; le corps lui-même était légèrement incliné en ce sens. Si on s'opposait au renversement de la tête, le recule-

(1) Précis de physiologie, 1825, vol. i, p. 342.

(2) Aiialomie comparée du cerveau. Paris, 1827, vol. ii, p. C28.

(oDSEnvATiON 29.) DE RÉTROCESSION. 73

ment s'arrêtait; lorsqii'ou lui laissait parcourir ainsi un certain espace, en la tenant par la main, elle décrivait une courbe, qui fut en augmentant à mesure que la malade approcha du terme de la guérison. Elle sortit deux mois après son entrée, très bien rétablie, et depuis deux ans elle u'a éprouvé aucune rechûte.

Réflexion. De même que la propulsion, la rétrocession n'a pastoujours lieu en lignedroite, mais en courbe plus ou moins grande. Lorsque, dans la suite, un plus grand nombre de faits seront connus, on pourra, comme nous l'avons indiqué pour la propulsion (page 65), établir deux variétés du mouvement de recul,

De M. Schubert (de Tempelburg) (1).

Un garçon de 17 ans et demi, paraissant robuste et bien portant, est pris subitement d'une grande anxiété et d'oppression de la poitrine ; sa face devient très rouge et brûlante, il perd la parole et la connaissance, et se met à marcher à reculons comme une écrevisse. Après avoir marché ainsi pendant plus ou moins de temps, il s'arrête tout-ù-coup, devient livide et recouvre la voix et le sentiment. Veut-il alors reprendre le chemin qu'il suivait avant l'accès, il tourne sur lui-même et refait le même chemin qu'il a parcouru. Si quelqu'un l'accompagne, qui suive la direction opposée, comme le chemin véritable, il lui demande pour quel motif il retourne sur ses pas. L'auteur s'était engagé à décrire plus amplement ce cas ; nous ignorons s'il a tenu sa promesse.

(I) Caspcrs Woclieucshr'tft fiirdie gesamle Ileilkunde, 1837, p. 26i.

MUSCULATION IRRÉSISTIBLE

Page 1