DE ROTATION
2" Rotation autour de l'axe perpendiculaire , mouvement de toupie la tôle en bas.
3° Rotation autour de l'axe horizontal, roulement.
XWII. — Expérimentation physiologique.
C'est M. Serres (1) qui a constaté le premier que la lésion du pédoncule du cervelet produit une tendance irrésistible h tourner. Ses expériences ont été confirmées par celles de MM. Magendie (2), Flourens(3) et Longet (û) ; aussi les physiologistes sont-ils unanimes sur ce point. Cependant une question reste encore à vider, ù savoir si c'est du côté de la lésion ou du côté opposé que l'animal tourne. Suivant M. Magendie, le mouvement rotatoire se produit du même côté que la section ; tandis que, dans les expériences de M. Longet, il a toujours eu lieu du côté opposé. Une observation, faite par M. Gavarret (5) sur un mou ton qui se roulait de droite à gauche dans l'axe de sa longueur, a établi aussi que le pédoncule droit du cervelet était ramolli et comprimé par un kyste. Selon M. Romberg (6), un mouton, attaqué d'un hydatide (cœnurus cerebralis) tournait également du côté sain, c'est-à-dire du côté opposé à l'affection.
(1) Analomie comparée du cerveau. Paris, 1827, t. ii, p. 626.
(2) Leçons sur les fondions du système nerveux, l. i,p. 2S7. Paris, 1830,
(3) Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, p. 489, 2° édit. Paris, 1842.
(4) Analomie et physiologie du système nerveux. Paris, 1842, t. 1, p. 432.
(5) Longet, loc. cit., p. 45S.
(6) Ncrveukraukeileu des Meuschen, vol. i, p. 545. Berlin, 1843.
76 MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (obseevatiow 30. )
\XVIII. — Anatonile pathologique.
OnSEUVATION XXX.
De M. Belhomme (1). Mademoiselle G...., âgée de 00 ans, sujette depuis longtemps à une faiblesse des extrémités inférieures, éprouva un jour une crise nerveuse, avec besoin de tourner, qui dura pendant une demi -heure. En 1830 , à la suite d'une vive émotion causée par les événements de Juillet, elle fut reprise de nouveaux accès nerveux avec disposition à tourner à droite. Ces accès se reproduisirent d'abord tous les huit jours, et se rapprochèrent ensuite pour se renouveler quatre ou cinq fois dans la même journée. Son moral changea : elle devint triste, impatiente, et sa raison s'altéra au point de croire qu'elle avait un serpent dans le ventre et qu'elle était destinée à périr sur l'échafaud. En 1837, la malade perdit toutà-coup connaissance : ses membres se contractaient, et les fléchisseurs l'emportant sur les extenseurs, elle était forcée de s'accroupir. Une fois assise, eWeroulait le plus souvent à droite avec une extrême rapidité; et ce mouvement se serait prolongé longtemps si elle n'avait rencontré un obstacle. Quelquefois la rotation s'exécutait à gauche, mais d'une manière moins persévérante. Lorsque M. Belhomme vit Mlle G., elle était assise sur une chaise basse ; et son accès s'étaut déclaré, elle tourna sur un des coins de cette chaise avec une rapidité étonnante. La fréquence des accès, la diliculté d'avaler les aliments, l'avaient considérablement
(1) Considérallons sur les tournis chez les animaux et chez, l'homme, dans son 3" mémoire sur la localisalion des fonctions cérébrales et de la folie. Paris, 1839, p, 424.
(OBSEUVATJON 31.) »E ROTATION. 77
affaiblie, lorsque survint une bronchite à laquelle elle succomba le 18 avril 1838.
Autopsie. Les pédoncules du cervelet présentent de deux côtés une dépression sensible, surtout à gauche, ces dépressions correspondent exactement à deux exostoses, visibles sur les côtés de la gouttière basilaire et dont la gauche est plus grosse que la droite. La protubérance annulaire incisée sur la ligne médiane, présente à l'union de ses deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur une injection variqueuse formant une espèce de croissant dont les deux extrémités se dirigent vers les lobes du cervelet.
De M. Serres (1 ) . Un cordonnier, âgé de 68 ans, grand buveur, après un dîner oii il satisfit amplement son goût pour le vin, éprouva le 5 janvier 1849 un état d'ivresse qui le surprit beaucoup, ainsi que ses amis : au lieu de voir les objets tourner devant lui, comme cela lui était arrivé tant de fois, il lui semblait qu'il tournait lui-même ; et, en effet, peu d'instants après, il se mit à tourner réellement, ce qui fit croire à ses amis qu'il était complètement ivre. On le coucha, et, ce qui parut fort étrange, il continua à rouler dans son lit, comme s'il avait voulu s'envelopper immédiatement des couvertures; il conserva cette disposition tant que dura sa maladie, qui finit par le conduire au tombeau, le 24 mai 1819. A l'ouverture du corps, on trouva les hémisphères cérébraux dans leur état ordinaire. A l'entrée du pédoncule du cervelet, dans l'hémisphère droit de cet organe, il existait
(1) Journal de physiologie expérinienlale, t. iv, p. 40S, 18'24. — Analomic comparée du cerveau, l ii, p. G"23.
7b MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (observation 32.)
une excavation de neuf lignes de long oblique de dehors en dedans, et large de cinq lignes dans son plus grand diamètre transversal. Au pourtour de ce foyer, la substance blanche était devenue jaunâtre et plus consistante que dans l'état naturel. Le foyer était traversé par une bride jaunâtre et divisée en deux petites loges. Tout l'hémisphère droit du cervelet était plus consistant que le gauche, les radiations de la substance blanche avaient une teinte jaunâtre qu'on ne remarquait pas dans les radiations du côté opposé. Le reste de la protubérance annulaire, la moelle allongée et la moelle épinière ne présentaient rien de particulier.
OBSEnVATION XXXII.
DeM. Krieg(l). Un garçon de 11 ans fut renversé et reçut un coup de pied d'un cheval qui se cabra. Une demi heure après, environ, on le trouva étendu à terre, la tête ensanglantée, la respiration pénible, le pouls à peine sensible, l'œil gauche entièrement fermé par l'enflure, le droit monti ait une pupille largement dilatée. Le coup avait plus particulièrement porté sur l'os frontal gauche oii l'on remarquait, dans la partie supérieure, une plaie de neuf lignes de longueur, pénétrant jusqu'à l'os. Lorsque celte plaie fut sondée, le malade commença h donner de légers signes d'un retour de la sensibilité, qui se manifesta avec une énergie de plus en plus grande, dans le cours de la maladie, toutes les fois que la plaie fut sondée de nouveau, tandis que la parole et les fonctions des sens restèrent suspendues. L'enfant fut
(1) Caspcrs Wocliensclirifl, 48-40, n» 3, p. 31.
(OBSERyATiON3S.) »E ROTATION. 79
traité par les moyens ordinaires, mais il mourut de cette blessure le septième jour.
Le symptôme le plus remarquable se produisit depuis le troisième jour, symptôme analogue an tournis. Toutes les fois que l'on touchait la plaie, souvent môme sans cause^ le malade poussait des gémissements, fléchissait ses jambes en arrière, plaçait ses mains, les doigts très écartés, tantôt sur sa poitrine, tantôt sur son dos, et tournait autour de son axe, en s'appuyant sur les coudes et les genoux, plusieurs fois de gauche à droite, et cela avec une telle violence que deux personnes pouvaient à peine le contenir. Ce tournoiement était si rapide que l'on compta une fois dix-neuf tours en une seconde. Si on le maintenait avec force, il poussait les hauts cris, et il recommençait à tourner dès qu'on le lâchait.
A Vautopsie, on trouva la voûte cérébrale intacte; les méninges et le cerveau peu changés; on remarqua seulement des épanchements sanguins entre la pie-mère et le cerveau, et forte injection des deux lobes postérieurs et de l'hémisphère droit du cervelet. A la base du crâne, les bords antérieurs des apophyses d'ingrasias étaient séparés du frontal par leur suture béante d'un quart de ligne, et la pointe externe de ces apophyses était brisée.
— Revue des obgcrvations.
De M.Robert Walt (1). Dans ce cas, le mouvement, d'à-
(I) l.ondoii medico-cliirurgical TnnsncUoiir., vol. v, 1814, p,1,
»0 MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (onSEnvATiON 83.)
bord perpendiculaire , devint ensuite horizontal. Nous le rapporterons en abrégeant.
Une jeune fille de 10 ans souffrait depuis un mois de violents maux de tôteet de vomissements fréquents. Elle perdit l'usage de la parole et la faculté de marcher; et, debout sur ses pieds, elle se mit tout-à-coup à tourner, depuis le malin jusqu'au soir, avec une grande rap dité et dans la même direction, comme une toupie. En même temps, la langue s'agitait quelquefois rapidement en avant et en arrière. La céphalalgie disparut, et la malade reprenait sa connaissance. L'accélération du mouvement par l'aide de personnes étrangères semblait la soulager.
Au bout d'un mois, ce phénomène ayant cessé, la céphalalgie fut plus forte quejamais. Quinze jours après, les muscles du cou perdaient la force au point que la tête vacillait d'un côté à l'autre. Puis les maux de têtes s'apaisèrent de nouveau ; la malade recouvra un peu l'usage de la parole, et fut prise de mouvements d'un nouveau genre. De deux à sept fois par jour, elle lournait autour de son axe longitudinal coinme un cylindre, et se roulait avec une extrême rapidité, d'un bout du lit à l'autre, mais toujours dans le même sens. Plusieurs personnes étaient occupées à la replacer des pieds du lit à la tête, de la reporter incessament à son point de départ. Cette assistance lui ayant manqué, elle n'en continua pas moins à se rouler dans le lit, sans changer de place.
Dans le jardin, elle tournait d'un bout de l'allée h l'autre ; un jour elle se roula dans l'eau où elle se fût noyée si on ne lui eûtporté de prompts secours ; elle ne cessa pas néanmoins de tourner autour de son axe. Les bras dont elle se servait
(OBSERVATIO.N 3/i.) T>E ROTATION. 81
peu ou point dans cet état, elle les laissait souvent tendus raides le long du corps. Parfois la respiration était tellement gênée, qu'elle faisait douze à vingt tours pendant une seule inspiration. Abandonnée à elle-même, elle opérait de cinquante à soixante révolutions sur elle-même dans l'espace d'une minute.
Au bout de six semaines, ce mouvement fut remplacé par un autre. Couchée sur le dos, la malade rapprochait autant que possible la tête de ses talons et tombait avec force sur le derrière. Cet état durait de six à quatorze heures par jour.
Cinq semaines après, pendant quinze heures par jour, elle se dressait sur la tête de douze à quinze fois par minute ; mais toujours elle retombait comme morte.
L'accès la prenait à heure fixe, lors même qu'on dirigeait la pendule, qu'on produisait une obscurité artificielle. Il ne cessait entièrement que le soir, après qu'on avait fortement maintenu la malade pendant quelques minutes. Dans Ajournée, si on essayait delà contenir, cela n'aboutissait qu'à une lutte inutile.
On employa sans succès la saignée, les vomitifs, les purgatifs, les sinapismes, des sétons et des bains froids.
II se déclara une diarrhée spontanée; la maladie diminua d'intensité et guérit peu à peu.
De M. Berends. On lit dans le mémoire de M. Herzog (1): « lUustriss. Berends, meus medicinae professer, puellam vi-
(1) De palhologia morbi quem vocant choream S. Viti, dissert, inauguralis. Berolini, 1829, p. 19.
MUSCULATION IRRÏiSISTIBLE (obsehvation 35.)
disse refertquœ ciim accederemorbi insultumseniirel; subito m lectuluin insilii et, ibique per quartam circiter horœ partem circa corporis axim , licel celerrime, ila lamen secura circumrotarelur, ut nihiiominus e lectulo decideret. •
De M. Kennedy (1). A. M,, âgée de 13 ans, fut prise, le 13 juin 1836, des symptômes de la chorée. Pendant les deux premières semaines de l'attaque, elle fut légèrement constipée, et se plaignait de céphalalgie. Avant les attaques, elle était forte et bien portante. Ces attaques la prenaient subitement et commençaient par la sensation d'un aura qui partait des orteils et se terminait à l'abdomen. Deux ou trois hoquets se succédaient d'abord rapidement et étaient bientôt suivis d'un mouvement d'agitation de la tête et du cou de droite à gauche; ce mouvement était le précurseur constant des attaques qui étaient la maladie ellemême.
Pendant les préludes, le corps était dans uue espèce de flexion : les cuisses étaient fléchies sur l'abdomen, et le front reposait sur la partie postérieure de l'avant-bras droit que la main gauche tenait saisi au poignet. Après être restée quelques instants dans cette position, immobile et même tout-àfait insensible aux cris et aux coups par lesquels on cherchait à la tirer de cet état, elle agitait son corps dans toutes les directions, se mettait en boule, ayant la tête au milieu du corps ; dans d'autres instants , elle s'appuyait sur la tête qui posait sur le solet tournaitsur elle comme un pivot, lespieds en
(1) Gazeue médicale de Paris, t. vi, p. 747, 4838.
(OBSERVATION 35.) ROTATION. »d
l'air el appuyés contre la muraille, A ce moment, sa figure était gonflée et exprimait une vive soufî"rance. Elle retenait pendant une minute sa respiration, qui sortait ensuite avec un sifflement douloureux et interrompu. Quelquefois elle était fortement penchée en arrière, les talons appuyés sur les protubérances ischiatiques ; dans un autre moment , elle se pliait en deux et se frappait la tête sur l'oreiller de son lit avec une célérité surprenante. D'autres fois, elle se laissait tomber de haut sur les genoux, dansait dans cette position, et faisait une foule de mouvements convulsifs qui exprimaient quelquefois la colère, dans d'autres instants, le désappointement ou une espèce de désespoir diabolique. Il lui arrivait souvent de tourner sur ses genoux, puis elle prenait le bord de son lit, cherchait à le détacher, et ne pouvant y réussir, se mettait à le ronger avec les dents, comme aurait fait un rat ; alors elle se traînait hors de son lit et terminait son accès sur le plancher. Elle montait pourtant deux fois sur son lit où elle pratiquait ces difl"érentes évolutions que nous venons d'indiquer, et alors finissait l'accès.
Dans les premiers temps, elle chantait pendant les paroxysmes; aussitôt après que l'accès était terminé, elle reprenait son apparence ordinaire, manifestait de l'étonnément du désordre oii elle trouvait toutes ses afl'aires, et paraissait avoir entièrement oublié ce qui s'était passé. Chaque jour el!e avait ainsi quatorze ou quinze accès qui commençaient le matin régulièrement à huit heures et venaient plus ou moins fréquemment jusqu'à onze heures ou minuit; la durée de l'accès variait dans les premiers temps de vingt minutes à une demi-heure; mais plus tard elle fut d'une heure et demie à deux heures.
8A MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (odsebvation 35.)
Pendant les trois premiers mois, elle reçut les soins de deux médecins qui la traitèrent par les purgatifs auxquels ils firent succéder les toniques et les antispasmodiques, mais sans la plus légère amélioration.
Pendant quelque temps on lui administra le carbonate de fer à haute dose, deux dragmes, trois fois par jour, et mêlé avec un scrupule de rhubarbe et de gingembre. Au bout de trois semaines, on cessa son traitement sans amélioration.
Les affusious froides^ Vèmélique à dose nauséeuse ne produisirent qu'un elTet très court, et furent abandonnés pour Vacide hjdrocyanique qui fut administré à la dose de 75 gouttes dans la journée, et produisit uu effet assez énergique pour que le médecin craignît uu empoisonnement, mais sans résultat définitif sur la maladie.
Une semaine de repos fut alors accordée à la malade, puis les pilules de coloquinthe, un large vésicatoire sur la partie cervicale de l'épine, et qu'on pansait avec de la pommade slibièe furent encore sans effet.
Au bout de trois semaines, pendant lesquelles la malade ne prit aucun médicament, on appliqua un large vésicatoire sur le sacrum, et un très petit, de la largeur d'une pièce de cinq francs, à la nuque; ils furent tous deux pansés avec de Vonguent de sabine. Au bout de quatre jours, les accès avaient entièrement cessé, et le sixième jour les règles apparaissaient.
Cependant, la santé de la malade, au lieu de s'améliorer par la cessation des attaques, s'altéra sensiblement. Le pouls était au-dessus de 100, et elle était prise fréquemment d'attaques qui duraient un quart d'heure; à la fin même, elle vomissait presque tous les jours. Le sulfate de quinine