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Orgues byzantines. Obélisque de Constantinople (ive siècle) - Voir l'explication de ce bas-relief, page 410.

Au cinquième siècle, Cassiodore le compare à une tour formée par des tuyaux; il parle des touches en bois et de l'habileté du maître qui tire de cet instrument des effets grandioses et suaves. Magistroruin digiti grandisonam efficiunt et suavissimam cantilenàm.

Dom Bedos, qui de tous les auteurs anciens et modernes est celui qui a traité l'art de la facture des orgues avec le plus de science et de détails pra-

l. « Organa dicuntur omnia instrumenta musieorum ; non soluin illud organum dicilur, quod grande est et inflatur follibus, sed etiam quidquid aptatur ad canlilenam et corporcum est. ))

tiques, déclare que l'usage des orgues se répandit promptement dans toute l'Allemagne dès le neuvième siècle.

Quelques années plus tard, le pape Jean VIII demandait à un évèque de Frésingue, en Bavière, un orgue approprié aux tons de la musique grégorienne et un artiste capable de le jouer.

Vers la même époque, Walafrid Strabon, dans la description qu'il fait des beautés de l'église d'Aix-la-Chapelle, n'oublie pas de mentionner un orgue que Louis le Débonnaire y lit placer et dont les sons avaient une douceur si enivrante qu'une femme, en l'entendant, perdit connaissance et mourut.

Dulcc molos tantuni varias deludere montes Cœpit, ut ima suis decedens scnsibus ipsam Fœmina pcrdidcrit, vocum dulcedirie, vitam.

Il est certain que l'orgue pneumatique était connu en France longtemps avant que Pépin le Bref fit placer dans l'abbaye de Saint-Corneille, à Com-

Orguc gallo-romain.

(Musée d'Arles.)

Orgue antique.

(Musée d'Arles.)

Bombulum.

piègne, celui qui lui fut envoyé de Constantinople. Il existe au Musée d'Arles une sculpture gallo-romaine représentant deux orgues : l'un a neuf tuyaux et est alimenté par deux hommes soufflant dans des porte-vents ; l'état fruste de l'autre ne permet pas d'en comprendre le mécanisme.

L'instrument appelé bombulum était formé d'une outre cylindrique percée de sept ouvertures d'où sortaient des tubes à pavillon qui produisaient des sons divers sous la pression de l'air.

La facilité avec laquelle on obtient par l'introduction du vent dans les

tuyaux une grande sonorité a, de tout temps, séduit certains hommes. Dans une lettre attribuée à saint Jérôme et adressée à un nommé Dardanus, il est question des orgues de Jérusalem, qu'on entendait du mont des Oliviers; d'un autre orgue colossal dont la soufflerie, espèce d'outre, était formée de deux peaux d'éléphants cousues, que douze hommes comprimaient, sans doute par le poids de leurs corps; l'air sortant de quinze tuyaux d'airain produisait le bruit du tonnerre1.

Dans un poème intitulé De laude Virginum, composé, dans la seconde moitié du septième siècle, par un moine anglais nommé Althelm, il est fait mention d'un orgue pneumatique dont les tuyaux étaient dorés.

Au dixième siècle, dans un autre poème dédié par son auteur le diacre Wulstan, de l'ordre de Saint-Benoît, à saint Elphège, évêque de Winchester, on lit la description d'un grand orgue pneumatique. S'il faut en croire le narrateur, cet instrument avait quatorze soufflets alimentant douze réservoirs d'air et mus avec effort par soixante-dix hommes : la partie sonore se composait de quatre cents tuyaux correspondant à quarante soupapes dont chacune faisait parler dix tuyaux. Deux organistes moines tenaient le clavier : comiduntque duo concordi pectore fratres. Le texte nous montre qu'ils se servaient de la notation en lettres : chacun d'eux abaissait les touches correspondant aux lettres qu'il avait sous les yeux ou dont il connaissait par cœur la série. « Et régit alphabetum recto r uterque suum. » On voit en outre que ces lettres étaient déjà réduites au nombre de sept, au lieu de quinze qui composaient la notation boétienne, et enfin on acquiert la preuve que ce clavier était accordé diatoniquement, c'est-à-dire qu'il offrait les demi-tons :

« Et feriunt jubilum septem discrimina vocum permixto lyrici carminé semitoni. »

Le nombre de soufflets n'a rien de bien extraordinaire : avant l'invention des souffleries à pompe, il n'était pas rare de trouver des rangées de huit et dix soufflets massifs chargés de pierres et de poids énormes. Il est vrai que je n'ai jamais vu dépasser le nombre de six à huit souffleurs dans les plus grandes orgues de cathédrales. Le chiffre 70 offre un problème que je ne m'attarderai pas à chercher à résoudre; ce qu'il faut retenir, c'est qu'au dixième siècle on avait déjà eu l'idée d'installer l'orgue pneumatique dans

1. « Primum omnium ad organum, eô quod majus esse his in sonitu et fortitudine nimia computantur clamores veniam : de duobus elephantorum pellibus concavum conjungitur ; et per duodecim fabrorum sufflatoria comprensatur ; per quindecim ciculas cereas in sonitum nimium, quos in modum tonitrui concitat ; ita ut per mille passuum spatia sine dubio sensibiliter utique et amplius audiatur ; sic apud Hebreeos de organis, quœ ab Hierusalem, usque ad montera Oliveti et amplius sonitu auiliuntur comprobatur. »

de vastes églises comme celle de Winchester, et la manie barbare de lui faire imiter le tonnerre en abasourdissant les oreilles, ainsi que le prouve le distique suivant :

Inque moduni toriitrùs vox ferra verbcrat aures Quisque manu patulas claudat ut auriculas.

Nous avons vu que l'orgue était en usage au dixième siècle chez les Anglo- Saxons. Le psautier d'Edwin, manuscrit de cette époque, offre la représentation de la construction d'un orgue pneumatique ; quatre leviers font mouvoir des réservoirs cylindriques ; le facteur et son aide placent les tuyaux sur le sommier.

Le poète allemand Albert de Scharffenberg a placé dans sa description du « Temple de Graal » un orgue gigantesque, ayant la forme d'un arbre dont

Orgue anglo-saxon. (Miniature tirée du psautier d'Edwin, ms.

les branches creuses laissaient échapper comme d'autant de tuyaux des sons harmonieux; des anges munis de trompettes et des oiseaux nombreux étaient posés sur ces rameaux. Des instruments de ce genre ont existé réellement. L'empereur Théophile, au neuvième siècle, fit construire deux grandes orgues d'or, dans lesquelles le son s'échappait par des ouvertures ingénieusement ménagées dans les parties qui les composaient, pierres, branches d'arbres, ouvertures de plusieurs sortes : MéyMxra opyava o^o^puTo, {j.tTOL ^ia<pàpwv Xi'Oaiv "/.où ^évcJptov youffetov, sv w cTpouOot !<pe£o{/.evot Stà {/.yj^ocv^ç Ttvoç [Aoofftxû; è'/teXàSouv toO 7CV£uttaToç <ùà îcpumiœv rcopcov sic 7T£|/.tuo[7.£vo,j;.

Constantin Porphyrogénète, au dixième siècle, avait dans son palais un instrument analogue et, selon le chroniqueur Albéric, il imitait le chant de plusieurs oiseaux différents. « Ante imperatoris oculos stabat arbor asrea, sed deaurata, cujus ramos diversi generis volucres dcauratac rcplebant, quai secundum speciem suam avium voces rcddebant. »

Enfin, une miniature reproduite par Martin Gerbert dans ses Scriplores de musicâ sacra, d'après un manuscrit du douzième siècle de l'abbaye de Saint-Biaise, offre l'image d'un arbre creux peuplé d'oiseaux auxquels six soufflets font produire des sons doux et variés, avec cette légende : « Arbor fusitis de quo in Alexandri gestis legïtur quod in imis inspiratur et per ora avium dulces et diversas emittis voces. »

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Jwcrfàfcïinr Tir voces.

Orgue en arbre (xae siècle). D'après un manuscrit de l'abbaye de Saint-Biaise.

Au douzième siècle, on construisit de petites orgues pour accompagner les chants pendant les processions, les cortèges, les fêtes si populaires des translations de reliques et de corps-saints. Ces orgues portatives étaient suspendues au cou par une courroie comme nos orgues dites de Barbarie; l'artiste abaissait de la main droite les touches du clavier, tandis que de la gauche il pressait le soufflet. Les représentations de ces orgues sont très

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nombreuses. 11 ne faut pas s'étonner de voir que les tuyaux les plus hauts et par conséquent les plus graves sont à droite, c'est-à-dire dans l'ordre inverse qui a été adopté un peu plus tard. Dans ces petits instruments, il était plus aisé ta la main d'aller du grave à l'aigu en abaissant les soupapes les plus dures du pouce et du deuxième doigt que du petit doigt, et en outre le poids de l'orgue devait porter plus naturellement contre la poitrine de l'exécutant que sur le vide. Je suis étonné que cette observation n'ait

Orgue portatif.

Ange jouant de l'orgue portatif.

Cliàsse de sainte Ursule, par Hemling.

pas été faite pour expliquer cette singularité qui existe jusque dans l'orgue que tient dans ses mains la sainte Cécile du tableau de Raphaël.

On voit dans le Miroir historial, manuscrit du quinzième siècle, un orgue portatif formé de deux rangées de tuyaux et de deux claviers.

On lit dans le Roman de la Rose ce passage qui prouve que l'orgue était au treizième siècle un instrument assez commode pour l'accompagnement, puisque la même personne pouvait alimenter l'orgue de vent, faire parler les tuyaux au moyen des touches et chanter en parties :

Orgues avaient bien maniables

A une main portables,

Où il mesme souffle et touche,

Et chante à haute et pleine bouche,

Mottez à contre et à tenure.

Lorsque l'orgue était placé sur une table, la disposition des tuyaux était

différente et ils s'abaissaient de gauche à droite.

C'est cet orgue fixe qu'on a appelé positivum et qui n'a pas tardé à être installé dans le chœur des églises, sur les jubés et enfin dans des tribunes.

On a la description d'un orgue du douzième siècle, à Utrecbt, dont le sommier supportait douze rangs de tuyaux; chaque touche faisait parler à la fois tous les tuyaux du même rang et produisait ainsi la diaphonie, cet ensemble d'octaves et de quintes, qui était la forme de l'harmonie à cette

Ange jouant de l'orgue portatif.

(Cathédrale de Sens.)

Orgue positif à 5 rangs de tuyaux.

(xve et xvi° siècles.)

Ange jouant de l'orgue positif.

Rosace de la cathédrale de

Sens (xv° siècle).

époque. Il est probable, toutefois, que plusieurs de ces tuyaux étaient à l'unisson.

Si le musicien faisait manœuvrer la soufflerie de l'orgue portatif de la main droite, la main gauche, du pouce au petit doigt, abaissait les touches

du grave à l'aigu, à l'inverse de la marche ordinaire où, du petit doigt au pouce, les sons se succèdent en montant.

Si l'organiste au contraire faisait agir le soufflet de la main gauche, l'échelle des sons s'obtenait de gauche à droite en suivant l'ordre des doigts. Il ne faudrait pas conclure de nos citations et des représentations des manuscrits qu'il n'existait, pendant le moyen âge, que des petites orgues. Praetorius cite un orgue construit à Halberstadt, vers 1559, par Nicolas Faber, et qui avait quatre claviers et des pédales. Le tuyau le plus grand donnait le si naturel et avait trente et un pieds de hauteur. Cet orgue considérable était alimenté par vingt soufflets.

Orgue positif à 5 jeux (xvi° siècle).

Il a été restauré en 1495 par Grégoire Kleng. On a dû ajouter au moins le quatrième clavier dit de pédale, qui paraît avoir été inventé en Italie.

Quant à ce qu'ont prétendu quelques historiens concernant la résistance des touches qui aurait exigé les plus rudes efforts, même des coups de poing pour ouvrir les soupapes, c'est làun conte réfuté par les pièces d'orgue et de clavicembalo les plus anciennes, qui eussent été injouables de cette manière. Plus on multipliait le nombre des jeux et les accouplements des claviers, plus l'abaissement de la touche exigeait d'efforts. Les facteurs ont dû naturellement lutter contre cette résistance relative du clavier, jusqu'à la belle invention du levier pneumatique par Barker. On a pris trop à la lettre les rudes coups de poing trouvés dans un seul auteur, Gaspard Calvor.

On appelait régale un petit orgue dont les tuyaux, placés souvent horizontalement, étaient garnis d'anches battantes. L'accord en était bien déterminé, et c'était sur la régale placée dans l'intérieur des orgues, qu'on accordait les autres jeux. Il jouait dans les anciennes orgues le rôle que joue le prestant dans les modernes. Régale (xvie siècle).

Un facteur nommé Traxdorff construisit en 1468, à Nuremberg, un orgue qui, indépendamment du clavier à mains, avait aussi un clavier de pédales d'une octave.

Il résulte de ces documents que ce fut à partir du quatorzième siècle que les grandes orgues se multiplièrent dans les églises, et, ce qui est digne de remarque, elles furent construites à peu près sur le modèle que les facteurs ont conservé jusqu'à nos jours.

Il paraît cependant que les orgues n'étaient pas admises dans toutes les cathédrales. On sait que l'église de Lyon en a rejeté l'usage jusqu'au commencement de ce siècle. A Notre-Dame de Paris et à la cathédrale de Reims, le jeu d'orgue n'aurait eu que vingt tuyaux en 1684, d'après le témoignage de Perrault dans sa traduction de Yitruve. Nous soupçonnons ici une erreur dans l'assertion de l'habile architecte; car elle est tout à fait extraordinaire. La plupart des églises auraient adopté l'usage des orgues renfermées dans des buffets qui, au commencement du dixseptième siècle, étaient déjà devenus des pièces de sculpture considérables, et, sans avoir fait connaître les mômes raisons que l'église de Lyon, celles de Paris et de Reims n'auraient admis que vingt tuyaux d'orgue, c'est-à-dire ce qui était strictement nécessaire pour accompagner le plainchant note à note, sans contrepoint ni diaphonie. Cela n'est pas pré-

sumable. Nous pensons que Perrault n'a voulu parler que de la montre en cette occasion, c'est-à-dire des tuyaux apparents de ces deux buffets d'orgues.

Il n'en était pas de même à Toulouse. Une charte que j'ai trouvée dans les archives départementales m'a appris qu'en 1463 cinq orgues furent données à l'église cathédrale de Saint-Etienne par Bernard du Rosier, archevêque de Toulouse. (Donatio facta confratrise Corporis Christi per Reverendissimum Dominum Bernard um de Rosergio archiepiscopum Tolosanum de organo existente a parte pilaris altaris crucifixi. — Fol. 34 d'un cartulaire ayant appartenu à l'ancienne confrérie du Corpus Christi de Saint-Etienne de Toulouse \)

Au seizième siècle, l'orgue est déjà un instrument considérable par la variété de ses jeux, la forte alimentation de la soufflerie, les dimensions et la décoration du buffet.

1 . Ces orgues étaient considérables par le nombre de leurs jeux et par l'importance de leur décoration. « Quœdam organa solemnia in magna et solemni forma intégra et compléta quse idem Dominus Tolosamis fieri fecit suis sumptibus supra porta m principalem cliori. » Elles furent placées sur le jubé, et le plus grand de ces orgues remplissait tout l'espace compris entre la chapelle du Crucifix et celle de Saint-Barthélémy. Un second orgue de petite dimension était placé devant le grand orgue, et un troisième existait au liant du grand orgue; il était surmonté d'une statue d'ange. « Aliud ante magnum organum correspundens ante cliorum quod est parvum, et unum aliud in cacumine majoris organi cum angelo desuper existent^, cum omnibus aliis pertinenliis et confrontationibus et seclificiis, tam ligneis quam ferreis. » Ainsi, la disposition de ces trois orgues était la même que celle des orgues modernes. Elle offrait un grand orgue, un positif et un récit ou écho. Un autre orgue était placé sur la partie du jubé voisine de la chapelle du Crucifix et un cinquième enfin, à l'opposilc, près de la chapelle de Saint-Barthélémy. L'usage de ces deux instruments était réservé aux deux confréries de saint Etienne et du Corpus Christi, qui en conservaient les clefs. Les trois orgues situées dans la partie centrale appartenaient au chapitre, qui cependant pouvait à son gré se servir de toutes ces orgues et les faire jouer simultanément. Les confréries étaient chargées de l'accord et de l'entretien de leurs deux orgues. L'entretien des trois autres était à la charge du chapitre. « Similiier prwpositus canonici et capilulum Sancli Stephani leneanlur lenere conducla reparala, consonanlia et sonabilia alia tria organa eis assignata sumptibus dicli capituli perpeluo. » Ce don de l'archevêque était à ses yeux, comme à ceux des chanoines et confrères, d'une importance capitale, car on prit toutes les précautions pour éviter qu'on ne l'aliénât dans la suite. Ces orgues ne devaient sortir de l'église qu'en cas de réparations urgentes et ne pouvaient être vendues qu'avec l'agrément du souverain pontife. « Voluit eliam quod non possint extrahi a dicta ecclesia nisi quatenus esscl necessarium pro reparalione, et hoc, vocalo uno cellerario dictse ecclesiœ; et casu venderentur, idem Dominas Tolosanus voluit quod fiât uuctorilale aposlolica domini nostri Papœ. » Cet acte qui, mieux que les traités théoriques, nous fait connaître le rôle important des orgues dans les églises au quinzième siècle, a été passé sur les fonts baptismaux en 1465. Ces orgues furent fondues dans l'incendie qui en 1609 détruisit le jubé et le chœur. Le public les regreltait tellement qu'en 1612, lorsque le cardinal de Joyeuse fit construire le jubé actuel, on y plaça la représentation de l'ancien buffet d'orgues en bois peint pour remplacer celui qui avait été dévoré par les flammes. Ce fut à cette époque qu'on jugea plus convenable d'adosser le nouvel instrument au mur et à une grande hauteur. Cette circonstance a un certain intérêt, parce qu'elle s'est produite au commencement du dix-septième siècle dans presque toutes les grandes églises.

■ Wëmà

Buffet d'orgue de Saint-Brieuc,

Les effets d'imitation ont toujours tenté les facteurs d'instruments et séduit les gens d'un goût peu cultivé. Dans les Flandres et dans beaucoup de villes de France, à Strasbourg, à Saint-Quentin, h Dunkerque, à Moulins, la population aimait à voir des personnages en fer, en plomb ou en bois frapper avec un marteau les timbres d'une horloge, la famille Jacquemard remplir l'office de sonneurs à tour de rôle. Le père fait résonner les heures, la mère les demi-heures et les enfants les quarts.

Quant aux orgues, les sculptures, souvent remarquables, représentent David jouant de la harpe, les anges sonnant de la trompette, battant des timbales ; tantôt des cariatides colossales soutiennent les tourelles ; d'autrefois ce sont des anges bouffis aux petites ailes éployées. Les buffets étaient de proportions raisonnables et offraient quelquefois des chefs-d'œuvre de sculpture sur bois au dix-septième siècle ; mais ils devinrent ensuite de gigantesques bastilles. Le buffet du grand orgue de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi n'a pas moins de onze tourelles et de dix plates faces. Celui de Rodez est chargé d'une grande quantité de figures sculptées. Nous donnons ici, comme spécimen des buffets d'orgues modernes, celui de la cathédrale de Saint-Bricuc, restauré par M. Cavaillé-Coll, et celui de l'orgue de Saint- Eustache, exécutés d'après les dessins de M. Victor Baltard. Cet orgue remarquable a été reconstruit par M. Joseph Merklin. On pourra se rendre compte de la nature du jeu de l'organiste à la vue des claviers, des jeux et des pédales.

Un ne se bornait pas à ces décorations iconographiques; les organistes employaient divers procédés pour imiter le gazouillement des oiseaux, le bruit de la grêle. Ces moyens étaient très simples, mais on y renonça parce qu'ils avaient pour résultat de détériorer les orgues. Les organistes ont seulement conservé et perfectionné l'imitation du tonnerre.

Sans avoir recours à ces enfantillages indignes de l'art religieux, des organistes du plus grand mérite se succédèrent pendant les dix-septième et dix-huitième siècles.

Des perfectionnements successifs permirent de réunir des jeux appartenant à des claviers différents, de mêler la sonorité des jeux d'anches à celle des jeux de fond, de rendre facile le jeu des pédales, de produire enfin des combinaisons innombrables.

Afin que le lecteur se fasse une idée du développement considérable, peut-être exagéré, qu'ont reçu les orgues modernes, je mets sous les yeux du lecteur la composition instrumentale du grand orgue de l'église Saint- Eustache, le nombre et le diapason de ses jeux, les pédales qui permettent d'accoupler des timbres différents, des octaves graves ou aigus, enfin de modifier la sonorité au gré de l'organiste.

L'exposition du mécanisme intérieur est fort intéressante ; mais comme il est nécessaire de se borner dans un ouvrage comme celui-ci, je me

Orgue de Saint-Eustaehe.

contenterai de terminer ce qui pouvait être consacré à l'orgue dans ce volume par la représentation des claviers, des registres et des pédales :

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