UT
Il MI
UT
En résumé, pour chanter la gamme de Gui, il fallait quitter la succession naturelle des notes avant même l'espace resté vide, et nommer dans une des colonnes voisines les notes nécessaires pour préparer et produire l'effet du ton ou du demi-ton. Ainsi, lorsqu'on voulait monter au-dessus de la, on quittait la colonne du milieu à l'endroit où se trouvait le ré, soit dans celle de droite, celle du bécarre, soit dans celle de gauche, celle du bémol. On chantait les notes qui y étaient indiquées, ré, mi, etc., jusqu'à ce qu'on fût arrivé à la même syllabe ré dans la colonne qu'on avait quittée. Alors on y rentrait et l'on continuait de même. Lorsqu'au contraire on voulait descendre au-dessous de Yut, on quittait la succession naturelle, c'est-à-dire la colonne du milieu, à l'endroit où se rencontrait le la dans une des deux autres colonnes, suivant qu'on chantait par bémol ou par bécarre, et l'on reprenait la succession naturelle à la même note, la.
Ces procédés de solmisation s'appelaient muances. Ils furent longtemps en vigueur, et rendirent l'étude du plain-chant très aride. L'admission du si abrégea beaucoup le temps qu'on était obligé d'y consacrer. Quels que fussent les inconvénients du système des muances, il faut croire que l'usage d'une septième note permanente et altérée accidentellement ne résolvait pas la difficulté d'une manière satisfaisante au jugement des musiciens, puisqu'au dix-septième siècle, malgré de nombreuses et persévérantes oppositions, les muances étaient encore pratiquées. En effet, il semble que depuis que la septième note, si, a, par sa dénomination, fait substituer dans l'enseignement du solfège l'heptacorde à l'hexacorde, la gamme d'ut est devenue la gamme principale : le si fixa la tonalité musicale moderne, mais aussi porta un coup funeste aux anciennes tonalités du plain-chant, en les rendant de plus en plus étranges à nos oreilles. Car l'habitude du chant de la gamme d'ut devint comme une seconde nature, et fit oublier que cette tonalité n'entrait que partiellement dans le système constitutif du plain-chant.
Lorsque la note si s'éloignait d'un ton de la note voisine et supérieure ut, pour se rapprocher de la note inférieure la et n'en être plus distante que d'un demi-ton, elle prenait le nom de za, dénomination qui fut abandonnée plus tard. Comme en ce cas le son de cette note devient plus doux, on ajouta à la lettre B, qui la représentait déjà, le mot mol. Telle est l'origine du bémol, et elle démontre clairement que dans le plain-chant il ne saurait y avoir une autre note que le si altéré de cette manière.
Quand le si cesse d'être bémol et reprend sa place naturelle à un degré, c'est-à-dire à un ton au-dessus du la, il prend le nom de B carré ou dur, dont voici la figure fc|.
Solmisation d'après la gamme de Gui.
f» la ut ut la ut fa sol fa mi la sol mi fa mi fa fa fa mi fa mi fa ré
Si est do-lor si- mi-lis si- eut
ré sol la l'a mi la mi fa mi la sol ré mi ré sol la la sol
do- lor me- us.